Chapitre 9
Duncan ne savait pas depuis combien de temps il fixait le ciel, mais il finit par détacher ses yeux des nuages, ses orbites le brûlant atrocement. Pourtant, l'image du « soleil » restait gravée sur sa rétine, même paupières closes.
Le soleil n'était pas censé ressembler à ça, mais il devait se rendre à l'évidence.
Il se trouvait dans une contrée étrangère, un lieu plus lointain qu'il n'aurait jamais pu l'imaginer.
En tournant inconsciemment la tête vers la porte de la cabine du capitaine, Duncan savait qu'il pouvait retourner dans l'appartement où il avait vécu tant d'années. Mais il n'y avait rien pour lui là-bas. Hormis cet épais brouillard grisâtre et poisseux, que pouvait-il accomplir dans ces quelques mètres carrés ?
En réalité, le « foyer » qu'il croyait familier n'était qu'un autre bateau solitaire — métaphoriquement parlant, bien sûr.
Dans le long silence, la voix de la tête de bouc revint briser sa mélancolie : « Capitaine, où allons-nous ensuite ? Avez-vous un plan de navigation en tête ? »
Un plan de navigation ? Comment Duncan pourrait-il avoir une telle chose ? Bien qu'il fût impatient de formuler un plan parfait pour explorer le monde et finaliser le prochain voyage, il n'avait pas la moindre idée, ni les connaissances nécessaires pour tracer une route sur une carte.
En fait, piloter le Vanished ne lui était venu à l'esprit qu'il y a quelques heures. Néanmoins, il réfléchit à la question avant de répondre : « D'où venait le navire qui nous est rentré dedans ? »
« Vous parlez de ces cités-États ? Laquelle souhaitez-vous rejoindre ? » La voix de la tête de bouc marqua une légère surprise avant de tenter de l'en dissuader : « Je vous suggère de ne pas vous approcher des voies maritimes contrôlées par ces cités-États… Du moins, pas maintenant. Bien que vous soyez le grand Capitaine Duncan, l'état actuel du Vanished est… moins bon qu'autrefois. Les garnisons qui patrouillent ces eaux résisteront certainement à votre offensive… »
Duncan resta sans voix un instant. Il aurait voulu savoir ce que le « Capitaine Duncan » original avait bien pu faire pour susciter une telle haine.
De plus, l'euphémisme de la tête de bouc révélait à Duncan que le navire n'avait jamais été aussi bien entretenu qu'il l'avait cru — peut-être la raison principale pour laquelle ce vaisseau fantôme errait depuis si longtemps était-elle la peur de retourner dans un port du monde civilisé.
Duncan était un peu accablé. Il devait trouver d'urgence un moyen de comprendre ce monde, et il lui fallait contacter la « société civilisée » là-dehors. Que ce soit pour sa survie à long terme ou pour résoudre le mystère de son retour « chez lui », il devait trouver comment mettre fin à cette errance sans fin. Le problème, c'est que la société civilisée ne semblait pas l'accueillir à bras ouverts, au point que sa simple présence suffisait à provoquer un raid de vingt-cinq hommes pour le bannir dans les abysses.
Soupirant face à sa propre infortune, Duncan regretta qu'il n'y ait pas au moins un livre sur le Vanished en ce moment — il manquait d'informations, et sa seule source était cette tête de bouc.
Mais là encore… Comment se faisait-il qu'il n'y ait même pas un livre sur ce grand navire ?
Une longue traversée en mer peut être stressante, c'est pourquoi les marins avaient toujours des moyens de se détendre, comme la lecture ou les films. Le « vrai Duncan » était-il… illettré ?
Duncan posa la question à voix haute, incapable de se retenir. Contre toute attente, le bouc répondit sans hésiter : « Des livres ? Lire en mer est dangereux. Les ombres dans les profondeurs et celles qui se cachent dans le sous-espace attendent toutes que l'esprit d'un mortel montre une faille. Les "classiques" de l'Église sont acceptables, mais ils sont si ennuyeux qu'il vaut mieux récurer le pont… Mais Capitaine, n'avez-vous pas toujours été désintéressé par les choses de l'Église ? »
Duncan haussa immédiatement un sourcil à cette nouvelle.
Comment la lecture d'un livre en mer pouvait-elle mettre la vie en danger ? Seules les écritures de l'Église seraient sans risque ? Quel genre de maladie frappait cette Mer Sans Limites ?
Il en apprit un peu plus sur ce monde, mais cela souleva en même temps davantage de questions sur sa nature. Refoulant son envie d'en savoir plus, il s'approcha du bastingage et fixa l'horizon lointain.
Si l'on faisait abstraction de l'aspect sinistre du soleil brillant sur l'eau, ce scintillement de la mer aurait pu être considéré comme magnifique.
« J'aimerais entendre tes conseils », dit Duncan prudemment à la tête de bouc, « je suis un peu lassé de ce voyage sans but, peut-être… »
Au milieu de sa phrase, une étrange « sensation » monta soudain du fond de son cœur, une sensation née de la connexion entre lui et le « Vanished ». C'était comme si un « objet étranger » venait de toucher le navire, juste avant qu'il n'entende un « boum » du côté de la poupe.
Duncan fronça les sourcils, sortit son pistolet à silex et son sabre de pirate de sa ceinture. Sans perdre une seconde, il courut vérifier et vit quelque chose reposer tranquillement sur le pont — c'était encore ce cercueil en bois orné avec l'étrange poupée…
Un sentiment d'effroi monta en lui. La boîte était encore humide d'eau de mer, mais surtout, les clous qu'il avait utilisés pour sceller le couvercle avaient été arrachés !
Après plusieurs minutes de confrontation vigilante, Duncan prit une décision. Serrant le pistolet d'une main et le sabre de l'autre, il utilisa la pointe de la lame pour pousser avec force le couvercle entrouvert.
La poupée gothique apparut dans un grincement audible — toujours aussi inanimée et belle qu'avant.
Duncan fixa l'objet pendant plusieurs secondes, puis dit d'une voix grave et sérieuse (qu'il jugea autoritaire) : « Si tu es vivante, lève-toi et parle-moi. »
Après l'avoir répété deux fois, la poupée ne bougea toujours pas.
Duncan fronça les sourcils avant d'adoucir le ton : « Très bien, tu ne me laisses pas le choix, je vais te rejeter par-dessus bord. »
Sans hésiter, il referma le couvercle et utilisa ses outils pour clouer le cercueil avec encore plus de vigueur et de clous. Cette fois, il saisit des chaînes en fer trouvées dans un coin pour le maintenir fermement scellé.
Frappant dans ses mains avec satisfaction une fois le travail terminé, Duncan hocha la tête et fit le tour de la boîte à plusieurs reprises : « J'aimerais bien te voir sortir de là cette fois. »
Sans hésitation, il donna un coup de pied dans la boîte pour la renvoyer à la mer.
Il poussa un soupir de soulagement en regardant la boîte s'éloigner. Il s'apprêtait à passer à autre chose après une minute d'attente, quand il se retourna brusquement.
« J'aurais peut-être dû y attacher un boulet de canon ou quelque chose comme ça… »
Duncan marmonna avant de s'éloigner pour de bon.
« Vous êtes un peu dur avec cette dame. » La voix de la tête de bouc résonna dans son esprit.
« Tais-toi. Comment peux-tu appeler une poupée maudite "Dame" ? »
« Elle ressemble effectivement à une poupée maudite… Mais quelle malédiction sur cette vaste mer peut se comparer au Vanished et à son grand Capitaine Duncan ? Capitaine, cette dame est en fait assez douce et inoffensive… »
Duncan : « … »
Pourquoi cette tête de bouc était-elle si fière de la malédiction et de la notoriété du Vanished et du Capitaine Duncan ?
Sentant peut-être que Duncan était d'humeur massacrante, la tête de bouc changea immédiatement de sujet : « Capitaine, vous disiez vouloir entendre mes conseils, plus précisément… »
« On en reparlera plus tard. J'ai besoin de faire une pause. J'ai épuisé mon énergie en pilotant le Vanished dans le monde des esprits, alors fais-toi discret. »
« Oui, Capitaine. »
Duncan retourna dans la cabine du capitaine et s'assit devant la table à cartes où le plan était toujours étalé.
La seconde suivante, son regard se figea.
La carte semblait avoir subi un changement subtil — les taches gris-blanc qui recouvraient à l'origine tout le dessin, comme si elles grouillaient constamment, semblaient s'être un peu dissipées, et la surface de la mer autour du Vanished devenait plus claire !
Cette carte mettait-elle à jour les informations des eaux environnantes en temps réel au fur et à mesure que le Vanished naviguait ?
Cela capta immédiatement toute l'attention de Duncan. Cependant, sa concentration fut bientôt interrompue.
Au plus profond de son âme, le Vanished envoya à nouveau un signal de « contact avec un objet étranger » avant que ses oreilles ne perçoivent le « boum » sonore provenant du pont.