« On est mal… »
En entendant Lacan, Lin Yu ne put s’empêcher de soupirer.
Tout le monde savait que Tycoon était largement considéré comme le plus faible de tous les Joueurs de quatrième palier…
Ce qui signifiait que Lacan, qui avait lui aussi éveillé son Domaine du Cœur et appartenait également au quatrième palier, devait être plus puissant que Tycoon dans l’ensemble… du moins selon le classement établi par Shen Bingmiao.
Et ce n’était pas tout…
Même sans tenir compte de la différence de « caractéristiques », rien qu’en regardant leurs capacités, Lacan semblait avoir l’avantage sur Tycoon !
C’était la première fois que Lin Yu voyait leurs Domaines du Cœur, et toutes les informations dont il disposait provenaient de ses observations et de ses déductions, allongé par terre. Autant dire qu’il n’avait pas grand-chose à se mettre sous la dent.
Mais ces informations… suffisaient.
À ce qu’il pouvait en juger, le Domaine du Cœur de Tycoon, L’argent fait tourner le monde, dépensait ses ressources financières pour modifier tout ce qui l’entourait — jusqu’aux objets de son adversaire — de façon à servir ses intérêts.
Et le Regard et l’examen de Lacan…
Il prétendait que cette capacité lui permettait d’observer les pensées des autres, mais au vu de ce qu’il avait montré jusque-là…
Il pouvait formuler des « suggestions psychologiques qui faisaient perdre leur maîtrise émotionnelle aux autres » et « se remettre de blessures physiques après avoir été mis à terre ».
De plus, ce Domaine du Cœur semblait fonctionner comme une malédiction mortelle : il s’activait à travers son cadavre une fois qu’il avait été « tué ».
Ce qui signifiait…
Tycoon, qui ne disposait que de moyens d’« attaque physique », semblait bien en peine de venir à bout de ce type !
« Le principal problème, c’est qu’on ne sait pas assez de choses sur lui… Éveiller un Domaine du Cœur ne peut pas lui avoir donné un corps vraiment impossible à tuer. Il doit bien y avoir une limite ou une faiblesse », réfléchit sérieusement Lin Yu, toujours allongé par terre. « Seulement, Tycoon ne doit pas savoir de quelle “limite” ou de quelle “faiblesse” il s’agit. »
Et même s’il le savait, Tycoon ne serait peut-être pas capable d’y répondre efficacement…
Mais, d’un autre côté…
Lacan n’avait pas non plus montré de capacité qui lui permettrait de franchir facilement les défenses de Tycoon — du moins, pas physiquement.
Psychologiquement, en revanche, Tycoon était probablement au bord de la rupture.
Lin Yu réfléchit à toute vitesse.
Si l’arrivant avait été un Joueur de quatrième palier des Maraudeurs, Lin Yu ne s’y serait pas autant intéressé.
Le seul Maraudeur contre lequel il nourrissait une véritable rancune, c’était le Devin lui-même.
Mais il s’agissait d’un Joueur de quatrième palier de la Société Psychologique. Avec la haine profonde et inextinguible qu’il éprouvait pour elle, Lin Yu considérait chacun de ses membres comme un ennemi potentiel.
Et si le vieux Zheng disait vrai, les pontes de la Société Psychologique étaient des gens qu’il devrait peut-être trouver un moyen d’éliminer, un par un.
Sans parler de…
Quant au Regard et à l’examen de Lacan, Lin Yu estimait que cette capacité ne devait pas permettre de lire directement dans les pensées. Et comme son propre niveau de « dissimulation » était tout à fait respectable, l’autre ne pourrait peut-être pas percer son secret…
Pour l’instant, en tout cas, Lacan ne semblait pas avoir remarqué qu’il faisait le mort par terre, ni compris que les pensées de Lin Yu étaient en réalité très actives.
Mais quand même…
Plus tôt ce type mourrait, plus Lin Yu serait tranquille.
Alors… Lin Yu s’employait activement à recueillir des informations sur Lacan et à les analyser.
Après que Lacan et Tycoon eurent activé leur Domaine du Cœur, le combat acharné qui faisait rage sans interruption s’interrompit inévitablement.
Tycoon ne pouvant pas tuer Lacan, et risquant même de renforcer son ennemi en le faisant, il avait cessé provisoirement de l’attaquer.
Lacan…
Ne semblait pas non plus avoir l’intention de s’en prendre à Tycoon.
Tous deux restèrent silencieux, debout face à face. L’espace entre eux formait une ligne de démarcation qui divisait toute la zone en « deux moitiés ».
Lacan observa longuement Tycoon, puis se tourna vers Dolantine.
« Euh… Dolantine, désolé de te déranger, mais pourrais-tu soigner ce jeune ami des Maraudeurs ? Sinon, ça risque d’être difficile à expliquer de leur côté. »
Son ton était empreint d’excuses, mais parfaitement mesuré.
Dolantine acquiesça. « Ça fait partie de mes fonctions, tu es trop aimable… Cependant, son état mental risque d’être instable. J’ai peur que tu aies une influence sur lui. »
Elle dit cela d’un ton détaché, confirmant la théorie de Lin Yu : « Lacan peut influencer l’état mental des autres. »
Lacan ne sembla pas s’en formaliser et hocha simplement la tête. « Ne t’inquiète pas, je vais me contenir. »
Il marqua une pause, puis ajouta : « Mais il faut faire vite. »
Tycoon regarda Lacan organiser tranquillement les soins, puis souffla : « Furbollo, continue de casser la vitre, toi aussi. »
Après tout, au vu de leurs positions respectives, la salle vitrée où se trouvaient les Statues maudites était maintenant dans la moitié contrôlée par Tycoon.
Fu Luo se remit aussitôt à l’ouvrage.
Peu après…
« Crac ! »
En unissant leurs efforts, Fu Luo, King Vulture et Kitty parvinrent à percer la vitre épaisse et à y ouvrir un trou assez grand pour laisser passer une personne.
Mais dès que la salle vitrée fut percée, l’ombre noire sous les statues se mit à bruire comme si elle chuchotait. Pendant un instant, personne n’osa bouger.
Pendant ce temps…
Dolantine avait également piqué Nineteen à quelques reprises avec des aiguilles remplies de médicaments. Nineteen reprit connaissance en aspirant bruyamment de l’air.
« Hiii… Ah ! »
Cependant, son état faisait penser à quelqu’un qu’on aurait forcé à redémarrer : ses blessures n’étaient pas du tout guéries et il grimaçait de douleur.
C’était précisément ce que Dolantine cherchait.
« Tu es réveillé. Tu dois avoir tes propres potions de soin, non ? »
Avant même que Dolantine ait fini de parler, Nineteen évalua son état et sortit rapidement de son espace de stockage des objets une bouteille remplie d’un liquide épais, vert sombre. Iel déboucha le flacon et le vida dans sa bouche. Après en avoir avalé une grande gorgée et repris son souffle, iel demanda, surpris.
« Vous êtes de la Société Psychologique ? Qui êtes-vous ? »
Dolantine se présenta. « Dolantine. Nous avons dû nous rencontrer avant. Celui qui se trouve là-bas, c’est Lacan, de notre organisation. »
Nineteen resta interloqué. « Vous êtes Dolantine ? Même les spécialistes de rang S ont droit à une nouvelle itération ? La Dolantine que j’ai rencontrée avant… ne ressemblait pas à ça ! »
Dolantine ne s’en offusqua pas. Iel sourit et répondit : « C’est ma deuxième phase. »
Nineteen l’observa plus attentivement. « Ah, pardon, vous avez quand même un petit air de famille… Mais dites, entre Lacan, vous et moi… il n’y a que Tycoon en face, et les autres ne sont pas encore arrivés. Pourquoi ne pas attaquer ? »
Nineteen, qui regardait la salle vitrée désormais percée, sortit sa potion magique et posa la question.
« L’héritage est juste là… vous n’êtes pas pressé ? »
Lacan jeta de nouveau un regard à Nineteen. « Même s’il ne peut rien me faire, je ne suis pas sûr de pouvoir briser L’argent fait tourner le monde. Et puis, en face, il n’y a pas qu’une seule personne. »
« Les renforts de l’Ordre sont arrivés depuis longtemps. »
Nineteen et Dolantine furent tous deux stupéfaits. « Où ça ? »
Lacan leva la main et désigna une salle vitrée. À l’intérieur se dressait un arbre largement métallisé, dont les branches et les feuilles étaient luxuriantes.
« Là. »
À ces mots, la peinture à l’huile entre les arbres s’effaça, révélant un jeune homme vêtu d’une veste administrative et d’une chemise bleue, avec l’allure d’un fonctionnaire. Une petite queue de cheval était nouée à l’arrière de sa tête.
« Tu as l’œil, Lacan. »
Sur ces mots, l’homme sauta de l’arbre.
Tycoon tourna la tête et le reconnut.
« C’est frère Rengu ! Tu es arrivé depuis longtemps ? Pourquoi tu ne t’es pas montré ! »