« Rengu ? »
À l’écoute de ce nom, Lin Yu se rappela aussitôt les informations qui s’y rattachaient : directeur régional du district de Chine méridionale de l’Ordre, sa Classe était « Official » !
Rengu était bien plus jeune que Lin Yu ne l’avait imaginé. Malgré sa tenue un peu démodée et son air de fonctionnaire, il ne semblait pas beaucoup plus âgé que Lin Yu. L’Ordre l’avait donc envoyé en renfort cette fois-ci ; Lin Yu avait d’abord cru qu’ils dépêcheraient seulement un Tycoon !
Et… apparemment, il était arrivé depuis longtemps.
Face au ton quelque peu accusateur de Tycoon, Rengu se tenait dans la cellule vitrée et lui répondit d’une voix contrite :
« Désolé, patron He. Je voulais d’abord observer la situation… Après tout, à mes yeux, le moment n’était pas encore venu où je devais absolument intervenir. »
Tout en parlant, Rengu sortit de la cellule de confinement, comme s’il n’avait pas conscience de la présence de la vitre. À l’instant où son corps allait la toucher, des ondulations semblables à des vagues se propagèrent sur lui. Puis il traversa simplement la vitre.
Une fois dans la pièce, Rengu s’immobilisa à côté de Tycoon.
Nineteen plissa les yeux. « Hmph… C’est donc lui qui s’est pointé. Ça risque d’être gênant. »
« Même si les Veilleurs de Nuit en envoient un autre… Bi Fang ou Chongming, par exemple… l’Enseignant Wundt m’a dit que vous enverriez aussi un spécialiste de rang S. On pourra donc toujours leur tenir tête. »
« Quels que soient les calculs, on gagne. »
Lacan hocha la tête. « Ce que vous dites n’est pas faux… Seulement, si nous décidons de l’issue du combat de cette manière, cela prendra beaucoup trop de temps. Le dieu des Îles Brumeuses n’est pas si facile à affronter. Et je n’ai pas vraiment envie de me mettre à dos la Seigneur de l’Île elle-même. »
« De plus, Nineteen, je crois que vous avez négligé un détail », ajouta Lacan avec tact. « Tycoon vient de Jiangcheng. »
Puis il désigna l’écran au-dessus d’eux. « Et cet écran qui s’est éteint tout à coup, sans raison… ça me met assez mal à l’aise. »
Aux mots de Lacan, Nineteen se figea un instant, puis expira. « Vous parlez du Maître du Jeu ? Je ne l’ai jamais vu intervenir… C’est sûrement juste l’Ordre qui cherche à impressionner son monde, avec des rumeurs qu’on fait passer pour la vérité ! »
« Non, non, vous devez vous méfier de lui », insista Lacan avec entêtement. « Le Devin ne vous en a jamais parlé ? »
« Frère Zhan m’en a parlé, oui. Je sais que ce type existe, mais il m’a aussi dit qu’il était soumis à plus de contraintes et de restrictions que tous les autres joueurs réunis », répondit Nineteen en agitant la main avec désinvolture. « Alors… il n’y a pas grand-chose à craindre, non ? »
« Tant qu’il n’y a pas d’“équipement” en jeu. Mais avec un écran aussi grand sous les yeux, c’est différent. » Lacan leva la tête vers l’écran. « Certes, elle ne peut pas agir… mais nous devons nous préparer au pire. »
Pendant qu’ils se disputaient, Rengu prit à son tour la parole, d’un ton calme. « À ce que je vois, Lacan, vous ne tenez pas tant que ça à nous combattre jusqu’au bout. »
« À l’origine, nous sommes venus chercher ce que le premier Freud a laissé derrière lui, et cette chose devait de toute façon nous revenir », répondit Lacan en rajustant le col de son manteau. « Si possible, bien sûr, je préférerais éviter toute dispute… »
Rengu acquiesça. « Puisque vous le dites… “Les deux parties n’ayant aucune objection à régler leur différend, je crois que le conflit qui se déroule ici peut être entièrement résolu, et que chacun doit garder son sang-froid et faire preuve de retenue.” Êtes-vous d’accord ? »
À mesure qu’il prononçait la seconde moitié de sa phrase, sa voix prenait de l’ampleur, comme diffusée par un haut-parleur.
Nineteen fronça les sourcils, mais Lacan réfléchit un instant avant de répondre le premier : « Je suis d’accord. »
À côté de Rengu, Tycoon fronça légèrement les sourcils. « Frère Rengu, vous savez, pour ce qui est de Lacan, je… »
« Tu en auras l’occasion, mais pas maintenant », dit Rengu à voix basse. « Je sais que tu n’arrives pas à oublier ceux qui sont morts, mais pour l’instant… n’oublie pas qu’il y a encore quelqu’un qu’on peut sauver. Plus vite tout ça sera terminé, mieux ce sera ! »
Il regarda le « Vieux Yao » étendu par terre, dont la respiration était faible. Ses signes vitaux s’étaient considérablement stabilisés, mais il restait dans un état précaire. Rengu prit un air grave. « Idéalement, il ne devrait y avoir aucune victime inutile. »
Tycoon prit un air solennel et retrouva enfin ses esprits.
« Vous avez raison… »
Rengu se tourna de nouveau vers Lacan et reprit la parole, sur ce ton grave auquel une réverbération naturelle donnait de l’ampleur.
« “Au nom du calme, de la retenue et de l’évitement des conflits, je déclare que l’usage des Domaines du Cœur est interdit en ces lieux.” »
À ces mots, les Domaines du Cœur de Tycoon et de Lacan disparurent complètement : les chiffres verts qui entouraient Tycoon et les yeux noirs qui flottaient à côté de Lacan s’évanouirent eux aussi.
En entendant Rengu et en sentant le changement autour de lui, Lin Yu, toujours étendu au sol, faillit bondir de stupeur.
Jusque-là, il n’avait pas vraiment compris l’étendue des pouvoirs de Rengu. Il avait beau avoir entendu dire que ce « faiseur de règles » avait chassé les membres des trois grandes organisations de tous les « rassemblements hors ligne » organisés par l’Ordre, rien ne prouvait qu’il s’agissait d’un pouvoir directement utile au combat. Il était tout à fait possible que l’Ordre tout entier l’ait soutenu et que son « pouvoir » n’ait été que le dernier maillon permettant d’obtenir ce résultat.
Mais à voir la situation…
Rengu n’avait peut-être reçu aucune aide.
Après tout…
Il avait certes posé des bases considérables, et semblait même avoir prévu une étape consistant à « obtenir le consentement de Lacan ».
Mais Rengu venait-il vraiment de neutraliser deux Domaines du Cœur de Quatrième Rang d’une seule phrase ?!
Mais quel était donc son niveau ?!
Et ce n’était pas tout…
Rengu n’avait pas fini.
« De plus, l’usage des Objets exclusifs est interdit en ces lieux. »
À ces nouveaux mots, même le panneau gris derrière Nineteen disparut.
La tirelire de Tycoon disparut elle aussi. Après tout, puisqu’elle provenait de son Objet exclusif, elle était manifestement considérée comme un Objet exclusif à part entière.
Mais celle qui en pâtit le plus ne fut autre que Dolantine : son corps se transforma radicalement et reprit son apparence frêle habituelle, avec sa peau, ses cheveux et son teint pâles.
« Je vais te… Hein ? Même pas d’effets secondaires ? »
Dolantine s’apprêtait à laisser éclater sa colère, mais sembla alors remarquer quelque chose et ravala ses insultes, ce qui ne lui ressemblait guère.
« Cette règle est plutôt équitable ; elle ne favorise ni les uns ni les autres. C’est peut-être aussi une forme de limitation. »
Lin Yu se fit cette réflexion en silence.
Pourtant, il commençait à être sérieusement inquiet.
Les capacités de Troisième et de Quatrième Rang étaient déjà interdites. Et s’ils finissaient par interdire celles du Deuxième palier, voire du Premier palier ?
Ce n’était pas l’interdiction du Premier palier qui l’inquiétait. Après tout, Lin Yu connaissait le principe du Faux Visage. Sa transformation était complète, pas un simple déguisement. Il ne pourrait que passer temporairement de Vieux Yao à une autre apparence ; il ne serait pas « ramené à sa véritable forme » comme Dolantine.
Mais l’interdiction du Deuxième palier serait un vrai problème !
Il aurait encore besoin de son Objet de Deuxième palier plus tard.
Heureusement, toutefois…
Rengu n’alla pas plus loin. Après avoir énoncé ces deux règles, il sembla complètement épuisé, abattu et somnolent, et ne continua pas à activer son pouvoir.