Chapitre 5
Nora
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Je me nomme Nora, Nora Narth pour être plus exacte. Je suis née le 24 décembre 2009, le même jour que le Christ. Ça a été une vraie joie pour mes parents, eux qui étaient ultracatholiques.
J’ai passé une primaire assez basique dans une école, elle aussi catholique. Je m’y suis fait des camarades, mais pas des amis. Mes parents refusaient que j’aie des amis d’une classe inférieure à la mienne. Je trouvais ça injuste, mais avec le temps, j’ai trouvé ça plutôt normal.
J’allais prier tous les dimanches, mais, arrivée en 6e, je relus la Bible et me dis : « On aura beau prier, notre jugement divin est déjà arrivé. Il ne sert plus à rien de croire en qui que ce soit. » J’ai donc remis ce livre à ma petite sœur, qui avait deux ans de moins que moi, mais qui ne croyait aucunement en Dieu.
De ce que je me souviens, elle m’appelait « grand frère ». Puis vint ce jour, au milieu de mon année de 3e, où je lui ai dit de ne plus m’appeler « grand frère », mais « grande sœur ». Quand je lui ai prononcé ces mots, elle m’a regardée désespérément et m’a dit : « Non, pas toi… » Elle s’est mise à pleurer à cause de mes différences. J’ai beaucoup regretté d’avoir prononcé ces mots. Aurais-je trahi une confiance entre nous ?
Vint le jour où j’ai demandé à mes parents de ne plus m’appeler « mon fils », mais « ma fille ». Ils m’ont fusillée du regard, comme si j’avais annoncé la pire des atrocités. Si je devais vous reconstituer la discussion, ça a dû ressembler à peu près à ça.
Nora : Mère, père, en ce jour qui marque une nouvelle étape de ma vie, j’ai une annonce à vous faire. Même si elle va à l’encontre de vos croyances, j’espère que vous l’accepterez quand même.
Monsieur Narth : Nous t’écoutons, jeune homme.
Nora : À partir d’aujourd’hui, j’aimerais que vous ne me considériez plus comme votre fils, mais comme votre fille.
Mademoiselle Narth : Ah, Dieu soit loué… Mon fils, tu te rends compte de ce que tu dis ? Tu es tombé sur la tête ?
Nora : Malheureusement pour vous, mère, non. J’ai pris conscience de ma véritable identité il y a maintenant trois mois.
Monsieur Narth : Trois mois… Trois mois après l’incident. Ça fait une belle coïncidence avec ton choix. Es-tu sûre que ce n’est pas plutôt une nouvelle histoire que tu te crées à cause de ce soi-disant « drame » à l’école ?
Nora : Sans vouloir vous offenser, père, je vous prierais de ne pas parler de ce drame dont je vous prouve la vérité depuis maintenant deux mois !
Monsieur Narth : Moi, je te prierais de ne pas me parler sur ce ton, p’tite merde !
Après ça, mon père me donna un coup et je me mis à saigner du nez. Ma mère ne réagit pas pendant un moment, puis demanda à mon père si ses bijoux n’étaient pas tachés de mon sang.
Mademoiselle Narth : Chéri, tes bijoux n’ont rien ?
Monsieur Narth : …
Mon père regarda ses bijoux tachés et le petit diamant de sa bague, qui était fissuré. Pris d’un coup de colère, il me donna un autre coup en pleine tête, puis m’en asséna un autre dans le ventre. Mais je restai silencieuse pour ne pas l’énerver davantage. La douleur était présente, et la haine aussi.
J’ai redoublé cette année de 3e à cause de mes absences en cours. À la suite du traumatisme que j’ai subi là-bas, j’ai refusé d’y retourner, malgré les menaces de mes parents.
Ma seconde année de 3e fut difficile, mais normale. J’ai pu passer mon brevet et, entre-temps, j’ai même pu déménager dans mon propre appartement, un peu reculé du village, à environ vingt minutes de route. J’ai donc passé le permis AM et suis partie à l’école en scooter.
Pendant les vacances d’été, je rendis visite à mes parents avec un tout nouveau look, assez gothique et plus féminin. J’avais déjà des traits assez féminins de base, donc on reconnaissait à peine mon ancien moi. À mon arrivée à la maison familiale, l’ambiance était tendue. Nous étions tous autour de la table et restions bien silencieux, pourtant, c’étaient eux qui m’avaient invitée.
Monsieur Narth : Alors… Arone…
Nora : Nora.
Monsieur Narth : Tss… Arone, ça fait déjà cinq mois que tu vis seule et que tu ne dépends plus de nous, mais ça fait aussi cinq mois que notre entreprise est en faillite.
Ah oui, c’est vrai, l’entreprise qu’ils ont lancée il y a deux ans… L’entreprise est tellement merdique que je n’ai même pas eu le temps d’en parler.
Madame Narth : Et tu étais la mascotte de l’entreprise. Maintenant que tu es partie, plus personne ne vient acheter et personne ne se propose pour te remplacer. Nous voulons donc te demander de revenir et, en échange, nous te paierons ton opération.
Pour eux, je ne suis qu’une bête de foire. Accepter ce travail serait une grosse erreur et entacherait ma nouvelle vie de bonne citoyenne. Je me demande s’ils m’ont déjà considérée comme leur enfant…
Nora : Je refuse.
Leurs regards ainsi que leur ego se décomposèrent. Je partis donc dans un restaurant chercher un plat à emporter pour détendre l’atmosphère. Sur le chemin du retour, j’avais un mauvais pressentiment, un très mauvais pressentiment.
Quand j’arrivai devant la maison, la porte était entrouverte, alors qu’elle était toujours fermée à clé. Je rentrai dans la maison et vis une traînée de sang. Une odeur de corps en décomposition était présente, une odeur qui venait de la cuisine, je dirais.
J’avançai vers la cuisine et vis les corps de mes parents en train d’être dévorés par une créature mi-humaine, mi-corbeau. La créature se retourna et me regarda et… bizarrement, elle ne me terrifiait pas. J’étais plutôt admirative. Quelqu’un avait fait ce que je voulais faire depuis des années. Je voulais le remercier, mais il prit la fuite par une fenêtre.
Quelques semaines plus tard arriva ma première année de lycée. À l’heure où je vous parle, je n’ai entamé qu’une seule journée et, en une journée, c’est déjà parti en couille. J’ai déjà retrouvé la personne envers laquelle je n’ai ressenti aucune haine, mais plutôt une sorte d’admiration morbide.
À suivre…