Chapitre 4
Au moment où nous étions en train de nous disputer, je sentis quelque chose de gros arriver derrière nous. Serait-ce le S.E.B. de tout à l’heure ou autre chose ?
Je me retournai et, étonnamment, ne vis rien à part une ambulance et la gendarmerie arriver sur les lieux du massacre. Un gendarme s’avança vers Nora et moi et nous demanda :
Gendarme : Salut, les jeunes… J’aimerais vous poser quelques questions sur ce qui s’est passé dans ce collège.
Le gendarme avait l’air tout aussi blasé que Nora et ne semblait ni attristé ni inquiet par ce qui venait de se passer, comme s’il était habitué à ce genre d’horreurs. Si je devais décrire physiquement ce gendarme, je dirais qu’il devait être dans la cinquantaine. Il était maigre, avait les cheveux gris et portait une légère barbe.
Gendarme : Première question… Où étiez-vous pendant l’attaque ?
Ange D. : J’étais en train de me promener, comme tous les mercredis, et je suis arrivé à la fin de l’attaque.
Gendarme : D’accord… Et vous, madame ?
Nora : J’étais présente dès le début de l’attaque et j’ai essayé de faire de mon mieux avant votre arrivée.
Gendarme : C’est vous qui avez abattu ce monstre ?
J’attendais cette question. Enfin, je vais pouvoir me mettre en valeur et prouver que je peux devenir un héros de la nation ! Il est temps de raconter mon exploit…
Nora : Oui, c’est moi. Je l’ai abattu d’une balle de carabine en pleine tête.
Gendarme : Eh bah, les jeunes de nos jours sont courageux ! Vous pouvez être fiers de vous.
Nora : Merci beaucoup.
Alors là, je suis bouche bée ! C’est moi qui ai fait tout le boulot et c’est à elle que reviennent les mérites ! Nan, mais attends, je vais mettre les points sur les i et les barres sur les t !
Ange D. : Attendez, monsieur, c’est m—
Nora mit une main sur ma bouche au moment où le gendarme partit rejoindre ses collègues. Je la regardai du coin de l’œil en fronçant les sourcils, puis elle me prit à part, derrière le même muret où elle s’était cachée pendant que je me faisais péter la gueule.
Nora : Quoi qu’il arrive, tu ne dois en aucun cas dire que tu es un déchet.
Ange D. : Et pourquoi ? J’ai abattu ce monstre moi-même et, en plus, tu me voles la vedette ! Tu sais quoi ? Je vais aller voir ce gendarme et lui dire toute la vérité !
Voilà, bien envoyé, Ange !
Nora : Il en est hors de question !
J’arrive vraiment pas à cerner cette fille. D’un coup, elle est ultra méchante et me menace, puis, un autre coup, elle essaie de me protéger. Elle est sûrement bipolaire.
Ange D. : Puis, de toute façon, tu vas faire quoi avec ta petite taille ?
Nora : Rien, à part ça.
C’était si rapide que je n’ai même pas pu suivre son mouvement des yeux. Nora sortit un couteau et me blessa au cou. Je perdis connaissance presque instantanément. Ah là là, Nora, tu as beau être mignonne, tu es un vrai petit diable ! Et putain, que ça fait mal !
Mercredi soir, 22 h 45.
Alors qu’Ange était encore évanoui, Nora était en train de nettoyer ses fusils, tous accrochés au mur. Ses armes étaient tellement propres et brillantes qu’on pouvait voir l’étendue de la pièce à travers leurs surfaces.
Après ce grand nettoyage, elle partit se préparer à manger. Pour ce soir, deux œufs au plat et une poignée de légumes variés. Pour accompagner cela, un verre de champagne, puis, pour couronner le tout, une part de flan à la noix de coco en dessert.
Après vingt-cinq minutes de préparation, le repas était enfin prêt et elle commença à le dévorer. Elle mangea vite, essayant de compenser le repas du midi.
À minuit, Nora regarda les informations pour voir s’ils parlaient du drame de la journée. Et, en effet, ils en parlaient.
Présentateur : Aujourd’hui, un attentat a eu lieu dans un collège en Normandie. Soixante-trois morts, cinquante-six blessés et un coupable : un jeune élève de cinquième qui s’est transformé en pleine classe à la suite d’un lynchage perpétré par ses camarades. Notre journaliste étant sur les lieux, je vous laisse la parole.
Journaliste : En effet, je suis sur les lieux de l’incident. Il y a encore des victimes en cours de réanimation, tandis que d’autres sont sur le bord de la route, sous des couvertures de survie, encore traumatisées par les événements. Quant au S.E.B., il s’avère qu’il s’agissait en fait d’un déchet, parfaitement conscient de ce qu’il faisait. Il a massacré tous ses camarades de classe.
Présentateur : Merci, Gil. Nous vous tiendrons au courant si de nouvelles informations nous parviennent. Parlons maintenant des manifestations…
Nora coupa la télé et regarda Ange, toujours dans les vapes. Elle décida donc de prendre une bougie parfumée et de la placer à côté de lui.
Je me réveillai d’un seul coup et regardai mon environnement. J’étais dans une pièce composée seulement d’une table assez basse, comme on pourrait en trouver dans les maisons de campagne japonaises, et d’une télé posée sur un meuble aux motifs de bois de chêne.
Mon regard se tourna vers Nora et je reculai. Cette Nora me faisait peur ! Puis, elle s’approcha de moi et, au moment où je crus qu’elle allait en finir avec moi, elle me regarda droit dans les yeux et me dit d’un ton sérieux, mais déprimant :
Nora : Tu as tué ma seule famille. Voilà ce que tu as fait…
À suivre…