Chapitre 80
[Relecture – Gun]
Chapitre 80 : Seconde trahison (6)
« Hé, Cairn. Tu as déjà un partenaire ? »
« Oui, j’en ai déjà un. »
« Ah, d’accord. Merci. »
Les propositions affluèrent.
Rien d’étonnant : tous les mages voudraient avoir à leurs côtés un combattant de première ligne aussi doué.
Même Dolores, à qui Cairn avait coupé les cheveux la veille, cherchait à faire équipe avec lui.
« Hé. »
« Quoi ? »
« Tu as déjà un partenaire ? »
« Waouh, tu n’y vas pas par quatre chemins. »
Il fallait oser demander ça après ce qui s’était passé la veille.
Il ne pouvait s’empêcher d’admirer son culot.
« Ne te méprends pas. Tu m’as coupé les cheveux, mais… disons que faire équipe avec moi pourrait aussi t’être bénéfique. »
Un étudiant ordinaire aurait probablement été flatté de faire équipe avec la mage la mieux classée de la faculté de magie, mais Cairn avait d’autres projets.
« Désolé, c’est impossible. J’ai déjà une partenaire. »
« C’est… elle ? »
Dolores désigna Merhen, la fille que Cairn avait choisie.
« Oui. »
« Pourquoi ? Tu n’as rien à y gagner ! C’est la pire en magie et elle a même raté le dernier examen. Tu dois améliorer tes résultats ! »
« Je n’ai besoin de personne pour arriver premier. »
« Alors… tu l’aimes vraiment, hein ? »
« Hé, Dolores. »
La voix de Cairn baissa d’un ton, et elle tressaillit.
« Quoi ? »
« Depuis quand on se tutoie ? Avant, tu ne me parlais jamais comme ça. »
« Ben, toi aussi tu m’appelles par mon prénom, et on a le même âge, alors… »
« C’est vrai. Mais si tu veux qu’on se tutoie, alors fais-le. Ne change pas en cours de route. »
« … D’accord. »
« Parfait. Bref, je ne peux pas faire équipe avec toi, j’ai déjà une partenaire. »
« Mais… alors, vous deux, vous êtes… ensemble ? »
« C’est important ? »
« Oui, c’est important ! Je… je t’aime bien. »
« … Quoi ? »
Ça, c’était sorti de nulle part.
Même Merhen, assise non loin, semblait déconcertée par la déclaration soudaine de Dolores.
« Pourquoi ? »
« Est-ce qu’il faut vraiment une raison pour aimer quelqu’un ? Tu as été le premier à me traiter comme ça et… ça m’a fait battre le cœur. »
Dolores rougit jusqu’aux oreilles en parlant, attirant encore davantage l’attention.
Les chuchotements des étudiants alentour s’amplifièrent.
La situation dégénérait à toute vitesse.
« Désolé, j’ai déjà choisi ma partenaire. »
« Alors… vous deux, vous sortez ensemble ou quoi ? »
« Non, pas vraiment. »
« … Donc, tu dis que j’ai encore mes chances ? »
« Dolores, tu devrais peut-être penser aux sentiments des autres, au lieu de ne penser qu’aux tiens. »
« Tu ne m’aimes pas ? »
« Prends un instant pour réfléchir à la façon dont tu te comportes. Puis demande-toi si c’est comme ça que tu veux être perçue. »
« Mais… je suis toujours jolie, même avec les cheveux courts ! »
Croyait-elle vraiment que « la façon dont tu te comportes » ne concernait que son apparence ? Le tremblement de ses yeux laissait penser qu’elle avait compris ce que Cairn voulait dire.
Elle fonçait peut-être malgré la honte qu’elle ressentait.
Cairn ricana doucement.
Au moins, côté romance, Dolores semblait très entreprenante.
C’était admirable, à sa manière.
Les gens qui se donnent à fond, quelles que soient les circonstances, sont toujours agréables à voir.
Cela dit, Cairn savait qu’il devait être honnête avec elle.
« Je ne te déteste pas, mais je ne pense pas qu’on puisse être ensemble. Désolé. »
« …… »
« Je dois y aller. »
Il fit signe à Merhen, puis ils sortirent.
Naturellement, il lui demanda :
« Alors, tu veux bien qu’on fasse équipe ? »
« Si ça ne te dérange pas, oui. »
Leur dernière conversation avait dû la marquer.
Merhen accepta rapidement sa proposition.
« … Pourquoi tu fais tout ça pour moi ? On n’a pas vraiment de raison de se fréquenter. »
C’est vrai, pourquoi ?
Il s’agissait maintenant d’accumuler des points pour pouvoir s’en servir plus tard.
En plus, s’il l’aidait, il aurait peut-être droit à un bonus quand la tâche serait terminée.
Il fallait commencer à engranger des points tôt pour obtenir les meilleures récompenses.
Mais il ne pouvait pas lui dire ça.
« Tu connais ma réputation, pas vrai ? On m’appelle le fauteur de troubles. »
« … Oui, j’en ai entendu parler. »
« Avant, j’étais dernier du classement à la faculté d’escrime. En te voyant dans une situation qui me rappelle la mienne, j’ai eu envie de t’aider. Ce n’est pas plus compliqué que ça. J’ai juste eu l’impression que tu avais besoin d’un coup de main. »
Elle resta silencieuse un moment, visiblement plongée dans ses pensées, puis reprit :
« … Merci de m’aider. »
« Je le fais parce que j’en ai envie. Pas besoin de me remercier. »
« Mais… tu cachais tes véritables capacités ? »
« Quelque chose comme ça. »
Bien sûr, il ne pouvait pas lui dire que ce corps appartenait techniquement à quelqu’un d’autre.
Alors, il laissa entendre que c’était le cas.
« On a le même âge, pas vrai ? Ça fait bizarre de continuer à se parler aussi formellement. Tu ne trouves pas ? »
« … J’imagine. »
« Soyons amis. À l’académie, on est tous égaux, non ? Alors, qu’est-ce que tu en dis ? On est quittes ? »
« Oui, d’accord… »
« Parfait. Entendons-nous bien. »
Il lui tendit la main.
Elle hésita un instant avant de la saisir.
[NDT : « On est quittes ? » Et le voilà qui lui tend la main. Pourquoi ce type se comporte-t-il comme le héros d’un anime estival qui fait craquer l’héroïne sans même s’en rendre compte, juste avec son « charme » ?]
* * *
Il restait un peu de temps avant le début de l’épreuve pratique.
En attendant, Cairn décida de tester une idée qui lui trottait dans la tête.
Il rendit visite au professeur Wellington.
« Oh ! Cairn ! Qu’est-ce qui t’amène ? Tu veux enfin rejoindre l’École de la Mort ? »
« Professeur, j’ai d’abord une question. »
« Bien sûr, laquelle ? »
« Il n’existe vraiment aucun sort d’invocation à l’École de la Mort ? »
« D’invocation ? »
« Oui, vous savez, pour invoquer des morts-vivants ou quelque chose comme ça. »
« Non, ce n’est pas vraiment une pratique. »
« Pourquoi ? Ça semble être le prolongement logique de l’étude des cadavres, non ? »
Wellington hocha la tête.
« C’est vrai. Beaucoup de mages ont tenté de s’engager dans cette voie, mais personne n’y est jamais parvenu. »
« Et si quelqu’un réussissait à invoquer des morts-vivants, qu’est-ce qui se passerait, à votre avis ? »
« Si quelqu’un en était vraiment capable ? »
« Oui. Les groupes religieux le pourchasseraient, par exemple ? »
[Relecture – Gun]
« Ha ! Ne sois pas ridicule. Si c’était le cas, tu crois que les gens auraient seulement essayé ? »
Cairn hocha la tête.
Il partageait l’avis de Wellington.
Les résultats de mes recherches vont dans le même sens.
Il avait fouillé les archives de l’académie.
Il avait ainsi découvert que si ces types n’invoquaient pas de morts-vivants, ce n’était pas à cause de pressions extérieures : c’était tout simplement parce qu’ils n’en étaient pas capables.
Rien d’étonnant.
Créer un mort-vivant, est-ce que c’était facile, au fond ?
Avec un peu de savoir-faire ou une révélation, ça pouvait être simple. Mais quand il fallait partir de zéro dans un domaine inconnu, le sujet devenait très complexe.
« Donc, si quelqu’un réussissait à invoquer des morts-vivants, il serait bien accueilli ? »
« Bien sûr. Parmi nous, les mages de la mort, ce serait un héros. Ce serait la preuve qu’il est possible d’invoquer des morts-vivants. »
« Et les autres branches de la magie ? Elles le traiteraient différemment ? »
« Ha ! Malheureusement, ces magiciens n’en ont pas grand-chose à faire. S’ils ne voulaient pas côtoyer des choses “répugnantes et malodorantes”, ils ne seraient pas devenus mages. Invoquer des morts-vivants ? Ils se contenteraient probablement de ricaner. »
« Je vois. »
« Mais pourquoi tu me poses ces questions ? »
La réponse de Wellington confirma les soupçons de Cairn.
S’il parvenait à invoquer des morts-vivants, les mages de la mort trouveraient ça extraordinaire, mais les autres branches de la magie s’en moqueraient.
Les autres mages évitaient l’École de la Mort parce qu’ils ne voulaient pas s’occuper des aspects les moins ragoûtants de la magie, comme les corps en décomposition.
En revanche, les mages de la mort seraient probablement fous de joie devant une simple invocation de squelette, vu le nombre d’entre eux qui avaient essayé sans succès d’en faire autant.
Ce serait comme franchir une étape que tous les autres avaient été incapables d’atteindre.
Alors, si quelqu’un invoquait une liche ou un chevalier de la mort, ils deviendraient complètement fous, non ?
Il avait sa réponse.
La capacité d’invoquer des morts-vivants pouvait avoir de la valeur aux yeux des mages.
Les autres magiciens s’en désintéresseraient peut-être, mais pour les mages de la mort, ce serait une avancée révolutionnaire.
Cela lui ouvrait des perspectives. Une simple invocation de squelette pourrait lui gagner la faveur des mages et lui donner accès à leurs connaissances. Étant donné la polyvalence des sorts de nécromancie, ce serait un avantage considérable.
La magie fondée sur les cadavres.
La magie qui utilisait les os pour attaquer comme pour se défendre.
La magie fondée sur le poison.
Tous ces sorts étaient de niveau supérieur et très utiles.
Ce serait parfait pour mes mages squelettes.
Les mages squelettes connaissaient quelques sorts, mais la plupart étaient de niveau élémentaire.
Contre les monstres de haut niveau, leurs attaques rebondissaient souvent sans leur faire de mal.
Il lui fallait des sorts plus puissants, capables de frapper fort en dépensant davantage de mana.
« Professeur, je peux invoquer des morts-vivants. »
« Q-quoi ? »
Cairn claqua des doigts et invoqua un mage squelette.
L’expression de Wellington passa instantanément de la stupeur à l’émerveillement.
« C’est impossible ! C-comment as-tu fait ? »
Il saisit le crâne du mage, les mains tremblantes d’incrédulité.
« Je l’ai simplement imaginé. »
« T-tu veux dire qu’il a suffi d’y penser pour que ça arrive ? »
Le regard de Wellington s’aiguisa, concentré au plus haut point.
« Raconte-moi exactement comment tu as fait. »
« J’ai visualisé le mort-vivant et tendu la main. Le mana s’est écoulé tout seul. »
« Hmm… Avec tes aptitudes extraordinaires, il est possible que tu réussisses là où les autres ont échoué, »
dit Wellington en hochant lentement la tête.
Puis ses yeux s’écarquillèrent, pressés par l’urgence.
« Il faut que tu nous laisses l’étudier ! Ce serait une avancée majeure ! Je te donnerai tout ce que tu veux, mais laisse-nous étudier ce mage ! »
« Professeur, ce ne serait pas mieux d’avoir davantage de sujets pour nos recherches ? »
« Bien sûr ! »
« Je peux invoquer plein de mages squelettes. Vous pourrez les étudier autant que vous voudrez. »
« Vraiment ? Merci, merci ! Tu es le sauveur de notre École de la Mort ! »
« Il me faut juste une faveur en échange. »
« Tout ce que tu voudras ! »
« Enseignez la magie de la mort aux mages squelettes, autant que possible. »
« Entendu. Je vais réunir tous les professeurs du département et nous commencerons les cours tout de suite. Mais… est-ce qu’ils pourront apprendre les sorts ? »
« Eh bien, nous ne le saurons qu’en essayant. »
« Attends ici ! »
Wellington s’empressa de faire venir les autres professeurs du département de magie de la mort.
Quelques minutes plus tard, il revint avec quatre collègues.
Tous poussèrent un cri de surprise en voyant le mage squelette.
« Oh, une invocation de morts-vivants ! »
« C’est vraiment possible ? »
« Donc, si vous nous enseignez la magie, nous pourrons vraiment étudier ces morts-vivants ? »
Il hocha la tête.
« Notre École de la Mort va peut-être renaître de plus belle. »
« Ha ha ! Exactement ! Si nous pouvons invoquer des morts-vivants comme ceux-là, tout devient possible ! »
Les yeux des professeurs s’illuminèrent.
Si l’invocation de morts-vivants devenait possible, l’École de la Mort aurait bien plus de potentiel qu’avant.
Les squelettes n’étaient qu’un début.
S’ils parvenaient à comprendre le mécanisme d’invocation, rien ne les empêcherait d’invoquer des créatures plus puissantes.
Tout un monde de possibilités s’ouvrirait alors à tous les mages de l’École de la Mort.
Ils pourraient même grimper d’un seul coup du rang le plus bas au rang intermédiaire, voire plus haut.
Les yeux des cinq professeurs brillaient.
« Invoque-en d’autres ! »
[Invocation de 1 628 mages squelettes !]
Le claquement des os remplit l’immense salle à mesure que de nouveaux mages squelettes apparaissaient.
Les professeurs étaient hors d’eux de joie devant cette véritable marée de morts-vivants.
« Ah… c’est donc ça, le paradis ? »
« Enseignez-leur les sorts ! C’est essentiel pour nos recherches ! »
« Très bien ! Écrivons l’histoire ! Ce sera notre plus grand projet de recherche de l’année ! »
Les cinq professeurs se lancèrent aussitôt dans un cours intensif. Ils enseignèrent divers sorts aux mages squelettes pendant que Cairn observait la liste de messages, qui s’allongeait à vue d’œil.
[Miley a appris « Explosion de cadavres » auprès du professeur Hammerson…]
[523 mages squelettes ont appris « Bouclier d’os » auprès du professeur Stal…]
[1 102 mages squelettes ont appris « Formation de cercle magique » auprès du professeur Milennol…]
Les messages déferlaient, annonçant le partage d’une quantité croissante de nouvelles connaissances entre les mages squelettes.
Le pari de Cairn avait payé.
[Relecture – Gun]