Chapitre 425
« Ils veulent sûrement que j’économise mes points pour acheter ces trésors secrets ou ces élixirs, là-haut. »
Kim Minwoo parcourut tranquillement du regard les articles hors de prix qui trônaient tout en haut de la liste de la boutique.
[Poussière d’os d’un transcendant], [Élixir de libération de la puissance divine], et ainsi de suite.
Aux yeux des challengers ordinaires, c’étaient des trésors secrets de rang mythique qu’ils auraient voulu obtenir même au péril de leur vie.
Cependant…
« Pour moi, ce ne sont que des objets inutiles, de toute façon. »
Il était déjà un Dieu supérieur.
Les obtenir n’élèverait ni son statut divin ni son autorité.
Un rapport coût-efficacité incertain.
Des performances tout aussi incertaines.
À vrai dire, leur rapport coût-efficacité était bien inférieur à celui des fidèles potentiels.
Il avait accaparé le boss nommé du cinq-centième étage.
À cela s’ajoutaient les points qu’il avait amassés peu à peu en leur faisant faire un tour de bus pendant l’ascension.
Un détail notable ressortait de ce décompte.
À savoir…
« Même les points gagnés par les Commandants de légion me revenaient tous. »
En fait, c’était tout naturel.
Après tout, les Commandants de légion étaient essentiellement des invocations.
Le fil du destin d’Ananke et les masques de déguisement.
Il n’avait fait que tromper le système en y ajoutant le pouvoir du chaos, mais, à la base, ils étaient bien ses invocations.
Il avait donc accumulé une sacrée quantité de points.
Assez pour nourrir et abreuver trente mille personnes pendant une semaine entière.
Kim Minwoo s’avança d’un pas tranquille vers le plus imposant des distributeurs dorés, situé au centre de la place.
Il poussa au maximum le curseur de la quantité pour l’achat en gros de produits de première nécessité, puis appuya sans hésiter sur le bouton de paiement.
Crac, crac, crac… !
Kwooooo… !
À cet instant, la trappe du gigantesque distributeur s’ouvrit dans un hurlement, et des bouteilles d’eau, du pain de seigle et des potions de soin de qualité supérieure se mirent littéralement à déverser leur contenu en cascade.
« Euh, hein ?! »
« M-mais qu’est-ce que c’est que ça… ! »
Les trente mille challengers, affalés sur la place, se redressèrent, stupéfaits.
Quant aux participants qui avaient rassemblé leurs dernières économies avant de se précipiter vers les autres distributeurs, ils retinrent tous leur souffle devant les messages d’erreur rouges qui s’affichaient sur les écrans.
[ÉPUISÉ]
[Quelqu’un a accaparé tout le stock de produits de première nécessité de la base. Il n’est plus possible d’en acheter.]
Un monopole absolu de l’approvisionnement : même avec de l’argent, impossible d’acheter la moindre gorgée d’eau.
Les regards des trente mille personnes plongées dans le désespoir convergèrent vers un même endroit.
Au milieu de la place de marbre, le pain de seigle dur et les bouteilles d’eau qui venaient de jaillir s’entassaient en une tour gigantesque. C’était le résultat d’un calcul de rentabilité méticuleux : il n’avait pris que les produits de première nécessité les moins chers, pour deux mille points.
« … »
Grrrrrrr.
Alors que la pénalité de douze heures de jeûne resserrait lentement son étau autour de leur cou, des dizaines de milliers de challengers déglutirent en contemplant cette montagne de pain de seigle.
L’instinct de survie leur hurlait qu’ils mourraient sur-le-champ, conformément aux règles, s’ils ne parvenaient pas à avaler un morceau de ce pain sec et une gorgée d’eau.
« J-Je devrais le voler… ? »
Quelqu’un dans la foule fut saisi d’une impulsion fugace, mais secoua bientôt la tête.
Oser s’en emparer par la force ?
Qui étaient les cinq personnes installées devant cette montagne de nourriture ?
Des vétérans hors normes qui, au cent-cinquantième étage, avaient tranché d’un seul coup le dragon démoniaque nommé du cinq-centième, et qui avaient broyé les gardiens de portails de classe catastrophe des centaines d’étages suivants comme s’ils passaient la tondeuse dans les mauvaises herbes.
Les trente mille challengers savaient jusqu’au fond de leurs os que toucher à leurs affaires à la légère était le moyen le plus rapide de se suicider.
Et puis…
Les regards des trente mille personnes désespérées commencèrent à vaciller, prudents.
« Est-ce qu’ils auraient acheté cette montagne de provisions pour tout manger eux-mêmes ? »
« Ça n’a aucun sens. Alors… ils comptent partager avec nous ? »
Les challengers déglutirent avec difficulté.
Mais, dans le même temps, de terribles doutes s’éveillèrent en eux.
« Où est-ce qu’on trouve des bonnes poires pareilles ?! »
Prendre la tête dans les escaliers, trancher les monstres et leur faire faire un tour de bus, ça pouvait se comprendre, dans une certaine mesure.
Ils avaient peut-être simplement fait les excentriques parce qu’ils s’ennuyaient.
Mais accepter d’y perdre de l’argent pour les sauver, c’était une autre histoire.
Ces actions ne leur rapportaient pas grand-chose et ne leur coûtaient pas grand-chose non plus.
Mais là, il s’agissait de points.
Vider leurs économies, gagnées à la sueur de leur front et capables d’améliorer leurs propres statistiques, pour faire la charité à trente mille parfaits inconnus ?
Et au beau milieu de prix aussi odieusement exorbitants ?
« À ce stade, ce ne sont pas des anges, carrément ? »
Comparé aux véritables anges qui tentaient de les affamer à mort depuis le ciel, ce groupe de paysans aux prouesses martiales démoniaques paraissait des centaines de millions de fois plus bienveillant et sacré.
La foule, réduite à saliver, céda devant la puissance martiale écrasante et la fortune colossale.
Kim Minwoo, qui savourait ce spectacle remarquable, installa un stand et prit le mégaphone enchanté d’un sort d’amplification qu’il avait acheté au distributeur.
« Ah, ah. Test du micro. Tout le monde, écoutez bien. »
À cette voix qui résonna sur toute la place, les challengers sursautèrent et tremblèrent.
« Ces salauds d’anges ont augmenté les prix des produits de première nécessité sans la moindre éthique commerciale, alors j’ai tout racheté. À partir de maintenant, le Culte de la Mort ouvre une soupe populaire géante et gratuite. »
« U-Une soupe populaire gratuite… ? »
« Ouais. L’eau en bouteille et le pain entassés ici, comme une montagne. Je vous les distribuerai gratuitement, deux repas par jour. Autrement dit, je ne vous laisserai pas mourir de la pénalité de jeûne. »
À cette annonce inattendue, les yeux des challengers s’ouvrirent si grand qu’ils semblèrent prêts à leur sortir de la tête.
Mais rien n’est gratuit en ce monde.
Kim Minwoo esquissa un sourire en tapotant légèrement l’orbe de cristal transparent posé sur la table.
« Cela dit, pour recevoir de la nourriture, il vous suffit d’adresser une courte prière sincère à notre Dieu de la Mort, Kim Minwoo. Une seule fois. Dès que l’Orbe de foi détectera la moindre petite lueur, je distribuerai immédiatement de quoi manger. Et ce, pendant toute une semaine. »
À cet instant, l’un des participants lui posa une question, l’air méfiant.
« Quelles sont les conditions pour que l’orbe s’illumine ? »
« Je vous l’ai dit. Une prière au Dieu de la Mort. C’est tout. »
Un lourd silence s’abattit sur les challengers.
C’était trop facile.
Même pour une chose facile, c’était beaucoup trop facile.
« Elle va vraiment s’allumer après une seule prière ? »
« Le seuil doit être élevé. C’est forcément un piège : l’orbe ne s’allumera que si on le supplie au point de vendre son âme. »
Personne n’osait s’avancer ; tous se contentaient de jauger la situation.
Un homme au regard suspicieux fendit alors la foule et s’avança.
« Très bien ! Je vais essayer. Mais avant ça, est-ce que je peux vérifier que cet orbe n’a pas été trafiqué ? »
« Je vous en prie. »
L’homme posa prudemment la main sur l’orbe de cristal.
C’était un athée convaincu qui n’avait fait que manier l’épée toute sa vie.
Comme prévu, l’orbe resta plongé dans une obscurité totale.
« Hmm. Au moins, ce n’est pas un objet défectueux qui réagit au premier venu. »
L’homme s’éclaircit la gorge d’un toussotement feint, ferma les yeux et se mit à marmonner.
« Euh, hum. Ô grand… Dieu de la Mort, veuillez prendre soin de ce misérable. »
Sa voix trahissait toute sa gêne, ainsi qu’une pointe de doute.
Pourtant, l’instant d’après…
Paaat…
Au cœur de l’orbe de cristal noir, une lueur infime vacilla.
Une preuve de foi de survie, timide et fragile, qui semblait prête à s’éteindre au moindre souffle.
L’homme se mit à suer à grosses gouttes, l’air embarrassé.
« C-Ce n’était peut-être pas évident, mais, pendant un très bref instant, ma sincérité… »
« C’est confirmé. »
Sans hésiter, Kim Minwoo déposa deux morceaux de pain et deux bouteilles d’eau dans les bras de l’homme. Boum.
« Revenez demain à la même heure. »
« … Pardon ? »
Pas seulement l’homme : les trente mille challengers qui observaient la scène en restèrent bouche bée.
C’était vrai.
Il distribuait sans hésiter pour quatre mille points de produits de première nécessité, gagnés à la sueur de son front, dans cette base infernale où survivre un jour ou deux relevait déjà de l’exploit ?
Tout ça pour une prière aussi timide ?
La foule se divisa en deux camps.
« Ne vous laissez pas berner ! Ils sont peut-être de mèche ! C’est forcément un piège pour nous envoyer un complice et nous enchaîner l’âme tout entière ! »
Les maîtres de très haut niveau, méfiants et disposant encore d’un peu de marge, reculèrent sans baisser leur garde.
Mais les traînards de rang inférieur, qui risquaient déjà de succomber à la pénalité de jeûne s’ils ne mangeaient pas pendant encore une demi-journée, réagirent autrement.
Qu’est-ce que ça pouvait faire que ce soit un complice ou un piège ?
Ils étaient sur le point de rendre leur dernier souffle !
« M-Moi aussi ! Je vais prier ! »
« Poussez-vous, je passe d’abord ! Ô grand Dieu de la Mort ! »
Bientôt, des milliers de traînards qui avaient perdu la raison et dont les yeux s’étaient révulsés se ruèrent vers l’orbe comme une horde de zombies, à la recherche de pain et d’eau.
De loin, les puissants de haut rang assistèrent à ce chaos et se mordirent les lèvres, partagés.
« On n’y peut rien. Tenons bon en grignotant des sandwichs ou du bœuf séché, même si ça ne vaut pas grand-chose. »
Les maîtres de haut rang avaient encore un peu de marge financière.
En se privant de nourriture pendant quelques jours, ils auraient pu s’offrir un bon élixir ou un trésor secret. Mais malgré tout, ils ne pouvaient pas s’agenouiller et vendre leur âme à un dieu maléfique qu’ils n’avaient jamais rencontré.
« Si on attend, une faille pour gagner des points finira peut-être par apparaître. »
« C’est vrai. Le Rituel d’Ascension ne va pas nous laisser mourir de faim comme ça. Il doit forcément y avoir un élément caché. »
Ils détournèrent le regard, tentant ainsi de nier la réalité.
Seuls quelques excentriques comme Kyle s’étaient inclinés dès le début pour louer le Dieu de la Mort ; la grande majorité des élites s’accrochait à son orgueil dérisoire.
« Inutile de s’inquiéter. Continuons à nous entraîner et à rester au meilleur de notre forme, comme toujours. »
Ils choisirent un coin de la place et sortirent chacun leur arme.
Plus la situation était extrême, plus il fallait garder son sang-froid.
C’était le secret qui leur avait permis d’atteindre le sommet de leurs dimensions respectives.
Fiooou… !
Paaat !
D’un côté, un homme surnommé le Démon de l’Épée dégageait une aura tranchante ; de l’autre, des archimages traçaient dans le vide des cercles de mana complexes et y inscrivaient des formules.
Mais c’est alors que…
« Tss, tss. Ce n’est… ce n’est pas comme ça qu’il faut faire. »
Sans qu’on l’ait entendu approcher, un vieil homme appuyé sur une vieille canne s’était glissé derrière celui qui s’entraînait en dispersant son aura d’épée.
L’homme sursauta et retira son épée.
« Ce vieillard… c’est l’un des monstres de tout à l’heure. »
Cédric. Il se souvenait très bien de cette puissance martiale écrasante avec laquelle le vieil homme avait fracassé à coups de canne la tête des boss monstres dans les escaliers.
L’homme déglutit, tendu à l’extrême.
« Que voulez-vous… dire ? »
« Votre posture, voyons. Vous avez les épaules beaucoup trop crispées. Et votre façon de pousser le mana jusqu’à la pointe de l’épée est complètement dépassée. »
« … Pardon ? »
« Baissez l’épaule droite d’un demi-pouce et faites remonter le mana de votre dantian le long du flux de l’épée.
Au moment de l’impact, donnez un coup de poignet de quinze degrés. »
L’homme fronça les sourcils.
Son escrime était l’art secret de sa famille, perfectionné au terme de décennies d’entraînement acharné.
Et voilà qu’un vieillard de passage prétendait la corriger en quelques mots ?
Mais son interlocuteur était un vétéran parmi les vétérans.
Se disant qu’il n’avait rien à perdre, l’homme rectifia sa posture comme Cédric le lui avait indiqué et fit remonter son mana.
Puis il donna une légère estocade dans le vide.
Kwoooom… !!!
Une aura d’épée fulgurante jaillit de la pointe de son arme, défonça le sol de marbre de la place et s’étira sur des dizaines de mètres.
Le coup était une fois et demie plus destructeur que l’aura d’épée qu’il avait produite jusque-là.
« H-Hein ?! »
L’homme poussa un cri bizarre en regardant l’épée qu’il tenait à la main.
C’était impossible.
Qu’est-ce qu’il venait de faire ?
C’était un mur qu’il n’avait jamais réussi à franchir, même après dix ans d’entraînement acharné et à cracher du sang.
Le summum de l’art de l’épée, qu’il l’atteigne ou non après y avoir consacré toute sa vie.
Et il venait de le franchir d’un seul souffle, grâce au conseil d’un vieillard croisé par hasard ?
Les yeux des autres maîtres de haut rang, qui avaient assisté à la scène, s’écarquillèrent.
Ils savaient à quel point c’était absurde.
Briser d’un seul conseil le mur d’une personne au sommet de sa dimension tenait du miracle.
« Votre formation magique est mal fichue. Essayez de recalculer le troisième cercle et le septième, puis superposez-les. Votre vitesse d’incantation doublera. »
« Avec cette façon de frapper, la flamme s’éteint ! Retenez votre souffle dans le dantian et faites exploser votre qi de feu au moment de l’impact ! »
« Vos pas font trop de bruit. Pour fondre le mana dans l’ombre, commencez par ralentir de moitié votre rythme cardiaque. »
Merhen passa près d’un archimage et corrigea sa formule d’une tape ; Vulcan, lui, indiqua avec désinvolture les méthodes de respiration de ceux qui maîtrisaient les flammes et les arts martiaux.
Même Olivia donna des conseils sur les techniques de furtivité des assassins qui effaçaient leur présence comme des fantômes.
« Oh ! M-Ma puissance magique a doublé ! »
« L-Les flammes infernales ont imprégné mon poing ! »
« H-Hein ! Mon corps ne fait plus qu’un avec l’ombre… ! »
« Dans notre Culte, toutes ces leçons sont également gratuites. »
Le mot « gratuit » frappa l’esprit des maîtres de haut rang comme un éclair.
Des points pour acheter des trésors secrets ou des élixirs ?
À quoi bon les économiser ?
Il leur suffisait d’apposer leur empreinte ici et d’adresser une seule prière : en plus des produits de première nécessité, ils pourraient briser des murs qu’une vie entière d’efforts n’aurait pas suffi à franchir !
« Poussez-vous ! »
« M-Moi aussi ! Je veux prier ! Ô grand Dieu de la Mort ! »
« Maître ! Regardez mon escrime, juste une fois ! Je vous dédierai même mon âme ! »
Les yeux des élites de haut rang, qui s’étaient cramponnées à leur orgueil dérisoire, se révulsèrent complètement.
Repoussant de force les traînards de rang inférieur qui réclamaient de la nourriture, les maîtres se précipitèrent pour se faufiler devant l’Orbe de foi.
En un instant, la place se transforma en mêlée générale pour l’inscription aux cours de maître du Culte de la Mort.