Chapitre 320
La prise du district 8 se déroula sans encombre.
Ce n’était pas qu’il n’y avait aucune résistance.
Mais personne n’était assez puissant pour tenir tête à Kim Minwoo, et la plupart des types n’étaient que des salauds qui avaient pris la fuite.
Peu importait.
Il n’aurait qu’à les tuer quand il les croiserait.
Il leur avait déjà fait grâce une fois. Il n’y aurait pas de deuxième fois.
Le troisième jour de l’occupation.
Tout le district 8 baignait dans une atmosphère où chacun retenait son souffle.
Un dirigeant écrasant était apparu.
Et sans pitié, avec ça.
« Ouf… Je me demande ce qui va se passer… »
Une plainte s’échappa d’un coin du bar.
On pesait chacun de ses mots.
Personne ne savait qui pouvait les écouter.
La rumeur courait que les invocations de Kim Minwoo étaient partout.
Et c’était vrai.
Des morts-vivants patrouillaient dans tout le district 8.
À chaque éclat de leurs orbites bleues, les passants baissaient la tête.
La moindre velléité de rébellion ?
Ils étaient finis sur-le-champ.
La peur faisait régner l’ordre.
Mais Kim Minwoo le savait.
On ne dominait pas par le seul sang et la seule peur.
« Kku ? »
Hayang pencha la tête.
Kim Minwoo regardait un tas de butin qui s’élevait sur un côté de la place.
Les Commandants de légion et les membres des guildes fraîchement recrutés l’avaient amassé au cours des derniers jours.
Les armes des rescapés du Drapeau Rouge.
L’équipement laissé par l’unité d’expédition du Culte démoniaque.
Les provisions abandonnées par les guildes en fuite.
Et même les fonds secrets qu’Irokes avait cachés.
Des milliers d’objets, à vue de nez.
De quoi représenter la moitié du volume total des marchandises en circulation dans le district 8.
Kim Minwoo eut un petit rire.
« Ici aussi, les pontes gardent tout pour eux. Bon, la domination est à peu près assurée, alors… »
Il indiqua le tas d’un mouvement du menton.
« Maintenant, je devrais distribuer quelques avantages, non ? »
Olivia pencha la tête.
« Des avantages ? »
« Ouais. Des avantages. Une fois que j’ai serré la vis comme il faut, il faut desserrer un peu. »
Kim Minwoo tendit la main dans le vide.
La fenêtre de la boutique des points de mérite apparut.
[Orbe de foi — 1 point.]
C’était un nouvel objet, qui venait d’être ajouté.
Il fit glisser le doigt, et un orbe transparent tomba dans sa paume. Une faible lueur flottait dans sa surface limpide comme du verre.
[Orbe de foi]
[Qualité : spéciale.]
[Orbe permettant de vérifier si une personne croit en Kim Minwoo.]
[Effet 1. Quand un fidèle se tient devant l’orbe, une lumière noire en émane. Plus sa foi est grande, plus la couleur s’assombrit.]
Kim Minwoo fit rouler l’orbe entre ses doigts.
Un seul point de mérite.
Pour un effet pareil à ce prix-là ?
« C’est complètement dingue, une vraie affaire. »
Il pouvait distinguer les croyants des incroyants.
Ce qui signifiait…
« Je peux mettre en place un système où seuls les croyants profitent des avantages, pas vrai ? »
Distribution des provisions.
Accès aux boutiques.
Passages vers les zones sûres.
Il pouvait tout filtrer avec ce seul orbe.
La bouche de Kim Minwoo se tordit.
« Si tu crois, tu manges et tu vis. Et si tu ne crois pas ? »
C’était simple.
Il n’aurait qu’à les empêcher d’utiliser leurs Marks.
Exclus de toutes les transactions du district 8.
Qu’ils meurent de faim ou de froid, ils viendraient ramper jusqu’à lui d’eux-mêmes.
Après les avoir tenus en respect par la peur, il était temps de les apprivoiser avec des carottes.
« Je vais distribuer les marchandises. Occupez-vous de la surveillance. Si quelqu’un en détourne, réglez-lui son compte. »
« Compris. »
Kim Minwoo désigna le tas de butin.
« Ouvrez un atelier. La réparation sera à moitié prix. Mettez aussi en place une bourse d’échange d’équipement, avec seulement 5 % de commission. Les terrains de chasse seront ouverts à tous. Tous ceux que les meilleures guildes se partageaient et accaparaient jusqu’ici. Supprimez les droits d’entrée. La chasse sera gratuite, dans la limite des places disponibles. »
À ces mots, les membres des guildes tressaillirent.
Il faisait peur.
Et pas seulement parce qu’il était puissant.
Cet homme savait tendre la main après les avoir écrasés sous la peur. Il les faisait trembler, puis les rendait reconnaissants. Il ajoutait la gratitude à la peur.
C’était encore plus effrayant.
Réparations à moitié prix, terrains de chasse ouverts à tous, droits d’entrée supprimés.
Dès qu’ils accepteraient ces avantages, ils auraient une dette. La dette deviendrait loyauté, et la loyauté, foi.
« Ce n’est pas de la domination. »
La main qui tenait un verre d’alcool trembla.
« C’est de la cooptation. Il s’empare de leur âme tout entière. »
Son instinct l’avertissait.
Ce Nécromancien ne commandait pas seulement des cadavres.
Il cherchait aussi à récolter le cœur des vivants.
Si cette clémence durait ?
Sa domination se consoliderait.
Et finirait par bâtir une forteresse parfaite, contre laquelle personne ne pourrait se rebeller.
* * *
Les rumeurs se répandaient plus vite que la couleur du sang.
Non. Cette fois, ce n’était pas la couleur du sang.
C’était la couleur de l’or.
« Hé, c’est vrai, cette histoire ? »
« Quoi donc ? »
« L’atelier géré directement par la Guilde Money Talks. On dit que les réparations sont à moitié prix. »
« Arrête tes conneries. Qui ferait une chose pareille… »
« Non, c’est vraiment vrai ! J’y suis allé et j’en reviens ! »
La place centrale du district 8.
Une foule s’était massée devant un bâtiment flambant neuf.
Sur l’enseigne, on pouvait lire : « Atelier de la Guilde Money Talks — Succursale du district 8 ».
« Bienvenue. »
L’homme-rat derrière le comptoir prit l’équipement avec adresse. Derrière lui, le bruit de la forge retentissait à grand fracas.
« Combien ça coûte, de réparer cette épée ? »
« Voyons ça. Ah, vous êtes un fidèle du Culte de la Mort ? »
« Euh… Vous êtes obligé de le dire aussi solennellement ? Un fidèle… »
Il avait juste prié un peu parce qu’on lui avait dit de croire en eux.
À ces mots, l’homme-rat désigna l’orbe.
Une faible lueur noire y vacillait.
« S’il luit, c’est que vous êtes bien un fidèle. Votre rang est F. »
« … F ? »
« Ça veut dire que votre foi n’est pas encore assez profonde. Autrement dit, vous êtes novice. Enfin, bref… »
L’homme-rat examina l’épée.
La lame était ébréchée et la poignée branlante.
« Comme vous êtes un fidèle, nous vous faisons une réduction. Ça fera 12 Marks. »
« … Quoi ? »
Le propriétaire de l’épée ouvrit de grands yeux.
« 12 Marks ? Elle coûte normalement 30, pourtant ! »
« C’est une réduction spéciale réservée aux fidèles. »
« F… Foutre… »
Un juron lui échappa tout seul.
Mais c’était un juron de joie.
« Le district 9 nous a bien pompé tout le miel, hein ? »
Quelqu’un marmonna.
C’était vrai.
Ce système avait déjà fait ses preuves dans le district 9.
La politique économique de la Guilde Money Talks.
Petite marge, gros volume de ventes.
Distribution à grande échelle.
Démantèlement des monopoles.
Et le résultat ?
L’économie du district 9 avait connu une croissance fulgurante.
L’équipement des recrues s’était amélioré.
L’efficacité de la chasse avait augmenté. Et les points de mérite récoltés aussi.
Ce qui relançait la consommation.
Un cercle vertueux.
Et au centre de tout ce mouvement se trouvait la Guilde Money Talks.
« J’ai entendu dire qu’ils allaient aussi ouvrir une bourse d’échange d’équipement. C’est pas bizarre ? »
« On dit qu’ils ont supprimé les droits d’entrée aux terrains de chasse. »
« Quoi ? Même au terrain de chasse du Sang-de-Fer ? »
« Ouais. Chasse gratuite, dans la limite des places disponibles, paraît-il. »
Les murmures s’amplifièrent.
C’était difficile à croire.
La plupart des terrains de chasse du district 8 étaient monopolisés par les meilleures guildes. Rien que le droit d’entrée coûtait des dizaines de Marks par jour.
Pour les recrues ordinaires, c’était un rêve inaccessible.
Et voilà qu’on leur ouvrait ces terrains ?
« Hé, mais c’est pas un piège ? »
« Quel piège ? »
« Ils nous donnent tout gratuitement et après, ils nous poignardent dans le dos… »
« Imbécile, regarde le district 9. Ça fait des mois qu’ils font pareil. Ils ont poignardé quelqu’un dans le dos, peut-être ? »
« … »
« Non. Ils font vraiment ce qu’ils disent. »
Le silence retomba.
Puis quelqu’un prit son courage à deux mains.
« … Je vais essayer de vendre mon équipement. »
« Hé, tu y vas vraiment ? »
« Ouais. Pourquoi pas ? Si je meurs, je meurs. Sinon, c’est tout bénef. »
Le premier pas était fait.
Quand une personne bougea, deux autres suivirent. Quand elles furent deux, dix les imitèrent.
Les vannes cédèrent.
* * *
Le paysage du district 8 changeait à chaque jour qui passait.
Boum. Boum. Boum.
Le bruit des marteaux résonnait partout.
De nouveaux bâtiments sortaient de terre.
Des installations gérées directement par la Guilde Money Talks.
Des ateliers, des bourses d’échange, des hébergements, des terrains d’entraînement.
Les Soldats-dents de dragon transportaient les matériaux, tandis que les membres des guildes intégrées participaient à la construction. L’efficacité était stupéfiante.
Une main-d’œuvre morte-vivante qui travaillait sans bruit, sans se plaindre ni montrer le moindre mécontentement.
Sans compter un système de commandement centralisé.
Des travaux qui auraient pris dix jours s’achevaient en trois.
« Regardez ça. »
Quelqu’un désigna le ciel.
À la périphérie du district 8.
Une immense muraille s’élevait. Non, ce n’était pas qu’une muraille. Des tours de guet avaient été dressées partout.
Des Soldats-dents de dragon étaient alignés à leur sommet.
Des installations défensives.
Le même modèle que celui du district 9.
Un dispositif destiné à empêcher les intrusions extérieures et à maintenir l’ordre à l’intérieur.
« On dit que tout ça, c’est pour nous protéger. »
« Vraiment ? »
« Ouais. Que ce soit le Drapeau Rouge ou le Culte démoniaque, ils ne pourront plus débarquer à leur guise. »
Un soupir de soulagement s’échappa.
Le plus grand fléau des recrues du district 8, c’était la guerre. Les affrontements entre le Drapeau Rouge et le Culte démoniaque.
Les faibles pris entre les deux camps en faisaient toujours les frais.
Pris dans les guerres de territoire, ils mouraient, se faisaient piller et chassaient de chez eux.
Mais maintenant ?
« On dit que la Guilde Money Talks va nous protéger. Et nous donner tous ces avantages. »
« Tout donner comme ça ? C’est louche. Ce serait un plan machiavélique ? »
« D’après ce que j’ai entendu, ils veulent quelque chose en échange. »
Gloups.
Un passant qui venait d’avaler sa salive demanda :
« … Quoi donc ? »
« Une seule chose. Obéir, paraît-il. »
« … Obéir ? »
« Obéir avec foi. À Kim Minwoo. »
« … Comme si on croyait en un dieu ? »
« Ouais. Comme si on croyait en un dieu. »
« … C-C’est vraiment tout ce qu’il faut ? »
« Mais apparemment, il faut vraiment y croire. »
À ces mots, un des passants pencha la tête.
Il fallait croire, d’accord, mais qu’est-ce que ça voulait dire, « vraiment y croire » ?
« Le plus étonnant, c’est qu’ils ont l’air de pouvoir faire la différence. Si tu fais semblant d’y croire. »
« Non, mais comment ils peuvent savoir ça ? »
« Il y aurait un genre d’orbe, ou un truc comme ça. Si t’es croyant, l’orbe brille ; sinon, il reste sombre. C’est ce qu’on raconte. Les membres de la guilde qui gardent les terrains de chasse en ont, il y en a à la bourse d’échange, ils sont partout, je te dis. »
« C’est vrai. J’ai vérifié aussi. »
« Alors, vraiment… Il faut vraiment croire en lui, sincèrement ? »
« Non, apparemment, pas besoin d’aller jusque-là. Un peu de foi suffit. Mais si tu crois vraiment, ton rang augmente et tu as droit à plus d’avantages, ou un truc du genre. »
« Vraiment ? »
« Ouais. Enfin, c’est quand même rassurant. Franchement, comment devenir un fanatique du jour au lendemain ? Que Kim Minwoo soit puissant, c’est une chose. La foi, c’en est une autre. »
À ces mots, l’agitation gagna les alentours.
« Alors bon… On ne pourrait pas essayer d’y croire un peu, pour commencer ? »
« C’est ce que je me suis dit aussi. »
« Ils nous donnent tous ces avantages juste pour y croire ? »
« Ce type, Kim Minwoo… Ce serait pas un ange, en fait ? »
Le silence retomba.
Puis quelqu’un ricana.
« … Il est peut-être vraiment un ange ? »
« Quand on voit ce que les autres salauds ont fait jusqu’ici, ça y ressemble, non ? »
Quel imbécile refuserait de profiter de Marks qui se multiplient juste parce qu’on croit ?
Les rires fusèrent.
Ils naissaient du relâchement de la tension.
« Hé, je vais aller m’inscrire comme croyant. »
« Euh, attends, moi aussi. »
« Putain, j’y vais aussi. »
Les passants pressèrent le pas.
Dans le district 8, les fidèles du Culte de la Mort se multipliaient à vue d’œil.