Chapitre 279
Plus l’équipement était de haut rang, plus il était difficile de s’en procurer.
C’était un fait incontestable.
Pourtant, cette règle ne s’appliquait plus à Kim Minwoo.
‘Parce que je peux simplement le compresser.’
En utilisant Compression, il le sentit.
C’était tout bonnement de la triche.
‘Améliorer le rang en soi n’a aucun sens.’
Ce n’était pas pour rien qu’on disait que le potentiel de chacun était déterminé dès la naissance.
Combiner deux objets de même rang pour avoir une chance d’en augmenter le rang ?
C’était tout bonnement délirant.
Ce qu’il venait de faire en était la preuve.
[Vérification des informations de l’objet.]
[Nom : Plastron du Moissonneur d’âmes forgé par le dragon]
[Rang : antique (type évolutif)]
[Condition de port : Nécromancien, niv. 600 ou supérieur]
[Description : Un plastron forgé selon les techniques artisanales des dragons. Les rancœurs de dizaines de milliers de morts ont été fusionnées à une écaille inversée de dragon, permettant à celui qui le porte de renaître en Seigneur de la Mort.]
[Effet 1. Toutes les caractéristiques +70]
[Effet 2. Absorbe l’âme des ennemis tués au combat et restaure simultanément la santé et le mana de son porteur.]
[Effet 3. À chaque coup reçu, 18 % de chances de déclencher le « Rugissement du Cocktail des Morts », qui inflige Peur et Malédiction aux ennemis alentours.]
[Effet 4. Résistance physique et magique de la Légion des morts-vivants +15 %]
« Kya… La qualité est monstrueuse, vraiment monstrueuse. »
C’était un objet de rang antique, rien que ça, et il possédait en plus la propriété Type évolutif.
Les squelettes ordinaires fabriquaient des objets allant du rang magique au rang rare, mais les dix Soldats-dents de dragon jouaient dans une toute autre catégorie.
‘Au minimum, unique. Légendaire si j’ai de la chance.’
À condition d’utiliser les matériaux sans lésiner, ils fabriquaient souvent des objets de rang légendaire.
Et les résultats obtenus ainsi…
‘Je n’ai plus qu’à les compresser.’
La particularité de Compression :
Même en cas d’échec, le rang ne baissait pas.
Unique + unique = unique amélioré ou légendaire.
C’était comme ça.
Et…
S’il rassemblait ces objets améliorés et les compressait, les chances d’obtenir un objet légendaire augmenteraient considérablement !
Le résultat, c’était l’armure de rang antique (type évolutif) qui se trouvait sous ses yeux.
« Le Dieu extérieur a vraiment eu une réussite terrifiante. »
Avec un pouvoir aussi aberrant, il avait dû faire la loi dans tout l’univers.
Et puis…
Comme on lui avait volé cette capacité, c’était sûrement pour ça qu’il était entré dans une rage folle.
Il changea d’armure.
[Remplacement de « Armure sombre du Gardien des mousses (légendaire) » !]
[Équipement de « Plastron du Moissonneur d’âmes forgé par le dragon (antique) » !]
L’armure épousa parfaitement son corps.
Comme prévu, on sentait la différence dès qu’on enfilait un objet de qualité.
S’il y avait un inconvénient…
‘Il faudra du temps avant que la salle des ventes soit à nouveau bien approvisionnée en matériaux.’
L’argent, c’était une chose, mais le vrai problème était l’approvisionnement en matériaux. Pour fabriquer des objets de rang unique, il fallait naturellement des matériaux de valeur équivalente.
Ces matériaux étaient rares, et les quantités disponibles limitées.
De plus, puisqu’il avait compressé des objets de rang légendaire, voire supérieur, jusqu’à obtenir du rang antique… les stocks des grandes salles des ventes des puissances éveillées étaient quasiment épuisés.
« Bon, ce n’est pas grave. »
Il lui restait le matériau essentiel.
Il sortit de son inventaire le cadavre de Magenta.
Magenta, la Reine des araignées.
‘La fille de Hardronox.’
Quel genre d’objet obtiendrait-il en fabriquant quelque chose à partir des matériaux issus d’un monstre de ce calibre ?
‘Au moins antique, non ?’
Il était indispensable de renforcer sa puissance de combat.
Il s’adressa aux Soldats-dents de dragon, dont les yeux brûlaient.
« Démontez tout. »
Ainsi, le cadavre de Magenta commença à être démantelé.
* * *
Seo Yerim, qui s’était rendue dans la Cité céleste.
Elle était revenue sur Terre.
Elle se réveilla au Pavillon de la Mer de l’Épée et contempla son propre corps.
« …Je suis de retour. »
Après avoir reçu une lettre de parrainage de rang diamant,
après être passée au niveau de difficulté meurtrier au terme de nombreuses péripéties, elle s’était installée dans le district 9 de la Cité céleste.
Là-bas, elle avait constaté que le district 9 avait tant changé que le mot « cataclysme » lui convenait parfaitement.
‘Quand mon frère y est allé pour la première fois, il m’avait pourtant dit que l’endroit était rempli de bidonvilles en ruine…’
Des bidonvilles ? Pas du tout.
Les grandes artères étaient bien aménagées, les marchands non humains interpellaient les passants avec chaleur et les habitants affichaient de grands sourires.
Ce qui se lisait sur leurs visages, c’était l’espoir.
— Tout ça, c’est grâce au Chef de guilde Kim Minwoo ! Quand vous le reverrez, dites-le-lui, s’il vous plaît. Les habitants du district 9 attendent avec impatience le jour où le Chef de guilde reviendra.
La Guilde Money Talks, installée dans le district 9 de la Cité céleste.
Ces mots avaient été prononcés par le chef du district, Amteron, un homme-lézard.
À partir de là, la vie de Seo Yerim avait suivi une voie toute tracée.
Dès qu’elle mentionnait le nom de la Guilde Money Talks, toutes les portes s’ouvraient en grand. Logements haut de gamme, livres de compétences rares, et même terrains d’entraînement privés : tout ce qu’elle désirait lui tombait entre les mains.
‘Mais ce que j’ai préféré, c’était l’amélioration de l’entraînement.’
Difficulté meurtrière.
La difficulté montait en flèche dans tous les domaines.
Mais il y avait une contrepartie.
L’entraînement suivait la même règle.
Chaque fois qu’elle se poussait jusqu’à croire qu’elle allait vraiment mourir, elle atteignait un niveau d’éveil considérable.
Et comme elle possédait le trait Sincérité — qui récompensait les efforts —…
La Cité céleste était en somme l’endroit idéal pour s’entraîner.
Après s’être levée, Seo Yerim prit son téléphone portable.
‘Je me demande à quel point le monde a changé.’
En faisant défiler l’écran, elle vit déferler comme une cascade les notifications reçues en son absence. Rien qu’en lisant les titres, des mots inquiétants lui sautèrent aux yeux.
Shanghai, portail de rang SS, anéantissement, Reine des araignées. Révolution chinoise (?)
Seo Yerim fronça les sourcils.
« …Qu’est-ce que c’est que tout ça ? »
‘Qu’est-ce qui a bien pu se passer pendant mon bref séjour dans la Cité céleste ?’
Elle devait entendre les détails de vive voix.
Son doigt, qui faisait défiler ses contacts, s’arrêta sur un nom.
Han Siah.
C’était la seule autre femme de la guilde — Merhen était une morte-vivante — et celle avec qui elle pouvait discuter assez facilement.
Elle avait une présence si chaleureuse que les mots venaient tout seuls. À peine Seo Yerim eut-elle appuyé sur le bouton d’appel que Han Siah décrocha, avant même la deuxième sonnerie.
« Unnie, c’est moi. Tu es occupée, par hasard ? »
— Oh là là, Yerim ? Ça fait si longtemps que je n’ai pas entendu ta voix ! Non, je ne suis pas occupée. Pourquoi ?
Cette voix familière lui chatouilla les oreilles. Les lèvres de Seo Yerim s’incurvèrent légèrement.
« Je viens de rentrer. De la Cité céleste. »
— Vraiment ? Pas étonnant que je n’aie plus eu de tes nouvelles. Tu as dû en baver.
« À ce propos… »
Seo Yerim regarda par la fenêtre.
Au-delà de la cour du Pavillon de la Mer de l’Épée s’étendait un ciel paisible. Pourtant, les titres qu’elle venait de lire sur son téléphone continuaient de lui trotter dans la tête.
« Ça te dirait qu’on se voie ? On a beaucoup de choses à se raconter et j’aimerais savoir comment le monde a évolué. »
— Bien sûr. J’avais justement quelque chose à te dire, moi aussi. Tu veux venir au café ? Ou tu peux passer directement à la guilde.
« Au café. Après tout ce temps, j’ai envie de manger quelque chose de sucré. Il n’y avait pas beaucoup de douceurs dans la Cité céleste. »
— D’accord. Alors rendez-vous dans une heure, à l’endroit habituel.
* * *
Dès qu’elle entra dans le café, leur lieu de rendez-vous, Seo Yerim tourna les yeux vers la fenêtre.
Des cheveux noirs familiers.
Une robe de prêtresse impeccable.
C’était Han Siah.
‘… ?’
Sans s’en rendre compte, Seo Yerim ralentit le pas.
Ses sens d’archère aiguisés avaient perçu une infime dissonance.
Ses yeux, capables de déceler jusqu’au souffle d’une cible à plusieurs kilomètres, remarquèrent que quelque chose avait changé chez Han Siah.
Sa posture était différente.
Autrefois, Han Siah semblait toujours se recroqueviller.
Elle avait le regard baissé, les épaules rentrées, et dégageait l’impression d’être écrasée sous le poids du monde.
Mais à présent…
De profil, tandis qu’elle contemplait la fenêtre, elle ne vacillait pas. Comme une pierre enfouie au fond de l’eau, quelque chose de silencieux et de solide lui donnait de l’aplomb.
« Unnie Siah. »
Han Siah tourna la tête.
Un doux sourire s’étira sur ses lèvres lorsqu’elle aperçut Seo Yerim.
« Yerim, ça fait longtemps. »
Seo Yerim s’assit en face d’elle et l’observa attentivement. Ses doigts tapotaient machinalement sa cuisse.
Le réflexe de jouer avec ses pointes de flèche lui revenait même les mains vides.
« Au fait, tu as beaucoup changé, non… ? »
Son ton était direct.
Tourner autour du pot ne faisait pas partie de la nature de Seo Yerim.
Han Siah pencha légèrement la tête.
« Tu trouves ? En quoi ? »
« Ton aura ? Ton atmosphère ? J’ai l’impression que tout ça a complètement changé. »
« Yerim, ce n’est pas que j’ai changé. C’est simplement que j’étais stupide et que je viens seulement de comprendre ce que j’aurais toujours dû être. »
Han Siah tourna un instant les yeux vers la fenêtre.
La lumière du soleil reposait doucement sur sa peau pâle.
« Je m’étais égarée. Ma foi avait toujours été insuffisante. Puis, je suis partie dans un portail avec les autres. »
« Un portail ? »
« Oui. Il s’appelle le Vieux Château du Dragon ; tu le trouveras en faisant une recherche. Bref, j’y ai rencontré un certain Dragonkin… Au début, je croyais qu’il était simplement fou. Mais ce n’était pas ça. »
Le regard tourné vers la fenêtre, elle fixa le lointain, comme si elle revoyait la scène.
« Même alors que tout son corps était déchiré, que ses os se brisaient et que son esprit volait en éclats… cet être n’a pas cessé de prier. Sans relâche, sans jamais s’arrêter, comme s’il respirait. En le voyant, j’ai compris ce qu’était la vraie foi. »
Le coin de ses lèvres trembla imperceptiblement.
« Peut-être que c’est un autre nom pour la folie. Quelque chose que la raison ne peut expliquer, comme une flamme qui jaillit du plus profond de l’âme. »
Han Siah releva la tête.
Sous la lumière du soleil, ses yeux paraissaient sereins.
Pourtant, la lueur qui ondoyait au fond d’eux était bien trop brûlante pour n’être qu’une simple piété.
« En le voyant… j’ai ressenti de l’envie. Puis la jalousie m’a envahie. Moi aussi, je crois. Mais mon attitude était-elle vraiment sincère et à la hauteur ? Je me suis remise en question. Après avoir longuement réfléchi… ma foi est devenue inébranlable. Sincèrement. »
« …La foi ? Unnie, tu crois vraiment en un dieu ? »
« Oui, maintenant. »
« Ah, eh bien… les prêtres deviennent plus forts à mesure qu’ils croient, après tout. J’ai entendu dire que plus la foi d’un prêtre est profonde, plus ses compétences deviennent extraordinaires, c’est bien ça ? »
« Oui. C’est comme ça que ça fonctionne. »
Alors voilà.
Cet événement avait donc bouleversé son aura à ce point.
‘Le dieu auquel Unnie croit… c’est celui qu’elle disait avoir rencontré en obtenant la Relique sacrée ?’
Ticket de changement de classe.
C’était grâce à ce ticket que Han Siah avait obtenu la Relique sacrée Iverg, dans l’endroit où elle s’était rendue.
Jusqu’ici, Seo Yerim ne lui avait pas demandé de précisions sur ce dieu.
La curiosité la prit soudain.
Quel genre d’être fallait-il être pour qu’on croie en lui avec autant de ferveur ?
« Alors, en quoi crois-tu ? Au Dieu de la Lumière ? À la Déesse de la Vie ? Ou peut-être au Dieu de la Lune ? »
À la question de Seo Yerim, le coin des lèvres de Han Siah trembla imperceptiblement.
« …À quelque chose du même genre. »
Sa voix était douce.
Mais la conviction qu’elle portait était dure comme l’acier.
« Je crois en Celui qui m’a tendu la main dans les ténèbres, Celui qui m’a tirée du fond du désespoir. »
Seo Yerim médita ces paroles.
‘C’est donc la forme que prend la foi d’Unnie, au fond d’elle ?’
Le dieu intérieur dont parlaient souvent les prêtres.
Un objet de croyance abstrait.
C’est ainsi que Seo Yerim le comprit.
« C’est une bonne chose. Je ne sais pas ce que c’est, mais si ça te donne de la force, Unnie, alors ça me suffit. »
« Tu trouves ? »
« Oui. Tu as l’air bien. Beaucoup mieux qu’avant. Même si c’est un sentiment de dépendance, il n’y a rien de mal à ça. »
À ces mots, Han Siah contempla Seo Yerim d’un air absent, sa tasse de café entre les mains.
Un souvenir lui revint soudain.
Elle revit le moment où elle avait encouragé cette jeune fille à se rapprocher de Kim Minwoo, lors de leur chasse au Monarque des Abysses.
Elle avait certes ressenti un pincement au cœur, mais à l’époque, son soutien avait été sincère.
Mais l’émotion qui l’agitait maintenant était-elle la même ?
Après un instant de réflexion, elle reposa sa tasse.
« Pardon. »
« Pourquoi ? »
« …C’est juste que j’ai l’impression que beaucoup de choses ont changé. »
On dirait bien que ce n’est pas le cas.