Chapitre 272
La raison pour laquelle l’Œil démoniaque lui avait ordonné de remplir toutes les classes des squelettes sur la Voie de la croissance.
Il ne tarda pas à la découvrir.
[Vous avez rempli toutes les classes des squelettes !]
[Tous les squelettes acquièrent le trait « Transformation de forme » !]
Un message venait de s’afficher.
Transformation de forme.
Le principe était simple.
Avant, pour transformer un forgeron invoqué en épéiste, il fallait annuler l’invocation, puis invoquer de nouveau un épéiste.
Mais les choses avaient changé.
Les Soldats-dents de dragon étaient au combat.
Haeo, qui était un assassin, se transforma aussitôt en guerrier armé d’une épée à deux mains et frappa.
Un changement de posture parfait, sans le moindre délai.
Ses articulations osseuses se réassemblaient en temps réel pour adopter la forme la mieux adaptée à la situation.
Même le système réagit à ces mouvements grotesques, mais fluides.
[La maîtrise des Soldats-dents de dragon dépasse le seuil critique !]
[Tous les squelettes préalablement transformés possèdent « Transformation de forme » !]
[Le trait unique « Corps sans forme » est débloqué !]
[Le délai lié au changement de classe est supprimé. Le remplacement en temps réel au combat est désormais possible.]
« Corps sans forme… »
Les lèvres de Kim Minwoo s’étirèrent en un large sourire.
En plein combat.
Tous les squelettes, y compris les Soldats-dents de dragon, une forme de transformation supérieure, pouvaient désormais changer de classe en un instant.
D’épéiste à mage, puis prêtre, assassin et enfin archer.
Une légion polyvalente qui dominait le champ de bataille sans jamais prendre de forme fixe. Le nom lui allait à la perfection.
Les séances d’entraînement qu’il avait menées au cours des trois derniers jours, dans des conditions presque réelles, lui avaient permis de mesurer à quel point cette puissance était terrifiante.
En bref… c’est une tuerie.
Même Kim Minwoo avait dû se donner du mal pour affronter dix Soldats-dents de dragon…
On pouvait vraiment parler d’un jackpot.
Pendant qu’il poursuivait l’entraînement des Soldats-dents de dragon…
Le monde, lui, devenait de plus en plus agité.
La Chine, surtout.
[Dernière minute] Plusieurs portails de rang S apparaissent dans l’intérieur de la Chine ! Fréquence d’apparition exceptionnellement élevée…
[Dernière minute] Province du Gansu, ville de Lanzhou : explosion d’un portail ! Apparition massive de monstres, le centre-ville paralysé !
[Dernière minute] Le gouvernement chinois déploie l’armée en urgence, mais peine à établir des lignes de défense…
Des bandeaux rouges défilaient sans arrêt au bas de l’écran.
Les images qui passaient à la télévision montraient un véritable chaos.
Les gratte-ciel de Lanzhou s’effondraient sans résistance, tandis que les silhouettes de monstres gigantesques se découpaient dans les nuages de poussière. Le vacarme des cris et des sirènes semblait prêt à couvrir la voix pressante du présentateur.
« Ça part complètement en vrille. »
Kim Minwoo claqua la langue.
Ce n’était pas une simple catastrophe naturelle.
La fréquence d’apparition des portails, leur emplacement, et même le moment de leur explosion…
Ils n’auraient pas pu exploser tous en même temps sans que quelqu’un les ait manipulés de manière délibérée.
C’est alors que…
Le smartphone posé sur la table se mit à vibrer bruyamment.
Appelant : président Lee Kanghoon.
« Oui, Monsieur le Président. Je regarde les informations. »
À peine Kim Minwoo eut-il décroché que la voix grave de Lee Kanghoon retentit à l’autre bout du fil.
― Monsieur Minwoo. La situation en Chine est anormale. Alors… vous auriez une idée de ce qui se passe ?
« Les informations disent vrai, alors ? Je pensais qu’ils imposeraient un black-out. »
― La situation a dépassé ce qu’ils pouvaient étouffer. Les hauts responsables chinois ont tout fait pour contrôler les informations, mais les vidéos en temps réel se sont répandues sur les réseaux sociaux. Et maintenant, toutes les lignes diplomatiques sont coupées. Nous n’arrivons même plus à joindre Pékin.
La voix de Lee Kanghoon trahissait son désarroi.
Même si la Chine était un pays fermé, couper les lignes d’urgence avec les pays voisins en pleine catastrophe nationale dépassait l’entendement.
Ils se vantaient sans cesse d’être une grande puissance. Même s’ils refusaient l’aide, ils auraient au moins dû maintenir le contact, non ?
Kim Minwoo garda le silence un instant, puis prit la parole.
« Rien d’étonnant. La personne qui devrait donner les ordres a l’esprit occupé ailleurs. Forcément, vous n’arrivez pas à la joindre. »
― … Pardon ? Qu’est-ce que vous voulez dire ?
« D’après mes sources, le président chinois est en train de faire ses valises. »
― I-il fait ses valises ?
« Au sens propre. Comme son pays est au bord du gouffre, il rassemble les biens et les objets de valeur de l’État pour fuir. Comment voulez-vous que les communications fonctionnent si le poste de commandement ne pense qu’à prendre la fuite ? »
Un souffle étranglé retentit au bout du fil.
Lee Kanghoon lui répondit comme s’il n’arrivait pas à y croire.
― C-c’est vrai ? Non, un dirigeant… qui essaie de fuir avec les biens de l’État pendant que ses citoyens meurent ? Mais quel enfoiré !
Le doux Lee Kanghoon finit par lâcher un juron. La nouvelle l’avait vraiment bouleversé.
Même si le président de l’Association des chasseurs prenait la fuite, il serait critiqué. Mais qu’un chef d’État tente de s’échapper avant tout le monde ?
« Les Ombres l’ont probablement appâté. Il était déjà très impliqué avec leur branche chinoise. Ils lui ont sans doute promis de le mettre en sécurité. C’est probablement leur façon de saborder le navire chinois avant de filer comme des rats. »
― Les Ombres… C’était donc bien eux ?
« Oui. Il y a de fortes chances qu’ils aient provoqué ces explosions de portails. Pour exfiltrer le président au milieu du chaos, plonger la Chine dans l’anarchie et l’engloutir tout entière. Ou bien… »
Kim Minwoo plissa les yeux.
Le chaos n’était peut-être pas leur seul objectif.
Pourquoi s’en prendre précisément à la Chine ? À cause de son immense territoire et de sa population.
Les paroles du grand prêtre lui revinrent en mémoire.
― Le Dieu extérieur a retrouvé sa gloire. Le monde va connaître une catastrophe. Pas dans un avenir lointain et incertain. Très bientôt.
― Nous construisons une arche pour nous y préparer.
Une catastrophe.
Le chaos qui ravageait la Chine en ce moment faisait-il partie de ce processus ?
Bien sûr, il y a beaucoup de choses qui ne collent pas…
Si le monde était frappé par une catastrophe, le chaos qui régnait en Chine devrait se produire partout.
Pourtant, même si la fréquence d’apparition des portails avait augmenté ailleurs, la situation n’avait pas dégénéré à ce point.
Est-ce parce que le président a fermé les yeux ?
Peut-être.
Quand la tête est pourrie, la défense ne peut pas tenir.
― … Attendez.
La voix de Lee Kanghoon se fit soudain plus dure.
Elle était empreinte d’une peur instinctive, bien différente de la colère ou du désarroi qu’il avait manifestés un instant plus tôt.
― Monsieur Minwoo, je crois que vous devriez regarder les informations tout de suite.
« Oui ? »
― À l’instant… une nouvelle de dernière minute vient de tomber. C’est… impossible.
Kim Minwoo tourna aussitôt la tête vers l’écran.
Les images de Lanzhou, qui s’y succédaient encore quelques instants plus tôt, furent brutalement interrompues et remplacées par un avertissement rouge qui recouvrit tout l’écran.
La voix du présentateur tenait désormais du cri.
[Alerte info] Un portail estimé de rang SS ou supérieur s’effondre au-dessus de la Tour de la Perle de l’Orient, à Shanghai !
[Urgence absolue] Valeur de la vague de mana inestimable ! La limite de mesure est dépassée !
[Alerte] Ordre d’évacuation immédiate dans un rayon de 100 km !
[Un portail estimé de rang SS ou supérieur s’est effondré à Shanghai. Aucun signalement préalable n’ayant été fait, il s’agirait d’un portail que la Chine aurait dissimulé…]
« … Ha. »
Kim Minwoo laissa échapper un ricanement.
Rang SS+.
Puisqu’il avait explosé après l’échec de la première conquête, sa difficulté avait dû augmenter d’un demi-rang.
Ce n’était pas une simple catastrophe.
C’était un cataclysme capable de rayer un pays entier de la carte si les choses tournaient mal.
Ils ont donc dissimulé une chose pareille…
Les portails n’étaient pas conçus pour exploser et laisser aussitôt déferler des monstres dès leur apparition.
Un certain délai était accordé pour les conquérir et, une fois le portail conquis, il restait calme pendant un certain temps.
Et celui-ci avait explosé, maintenant ?
Cela signifiait que la Chine avait dissimulé son existence pendant au moins plusieurs mois.
À l’écran, un vortex rouge sombre déchirait le ciel au-dessus des gratte-ciel de Shanghai.
Une énergie d’un noir d’encre se déversait en cascade, comme si un immense trou avait percé le ciel.
― Bon sang… Monsieur Minwoo, on dirait que la Chine est condamnée. Un portail pareil vient de s’ouvrir, et ce président de merde essaie de s’enfuir…
Le soupir de Lee Kanghoon était chargé de désespoir.
C’était compréhensible.
Jusqu’ici, seuls des portails de rang S étaient apparus sur Terre. Et voilà qu’un portail de rang SS venait d’exploser.
Pourtant, le regard de Kim Minwoo s’était refroidi.
Fixant le vortex noir à l’écran, il murmura :
« Il ne se contente pas de fuir. »
Le moment était trop parfait.
La fuite du président et l’explosion du portail de rang SS.
Ce n’était pas une coïncidence.
C’était un scénario minutieusement calculé et préparé par les Ombres.
« Nous devons nous préparer. »
Kim Minwoo se leva.
Ce serait déjà heureux si la catastrophe s’arrêtait à l’effondrement de la Chine, mais un portail d’une telle ampleur ne manquerait pas d’avoir des répercussions jusqu’en péninsule coréenne.
Non. Peut-être que la Chine n’était pas leur véritable cible.
« Monsieur le Président, placez immédiatement toute l’armée en état d’alerte. Ce n’est pas seulement le problème de la Chine. »
Kim Minwoo resserra sa prise sur le téléphone.
L’occasion de déployer les Soldats-dents de dragon, tout juste achevés, au combat réel était arrivée bien plus tôt que prévu.
Grand prêtre.
Il allait peut-être revoir cet enfoiré.
* * *
[Dernière minute] Le gouvernement chinois refuse catégoriquement l’aide humanitaire de l’ONU et des pays du monde entier !
[Dernière minute] Le Comité permanent chinois adopte une résolution d’urgence, « Protection de la Chine »… « Toute intervention armée étrangère sera considérée comme une atteinte à notre souveraineté et une déclaration de guerre. »
[Dernière minute] « Le peuple chinois résoudra la catastrophe qui frappe la Chine. »
À la télévision, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères s’exprimait avec une arrogance qui dépassait la simple fermeté.
Même face à cette catastrophe sans précédent, avec l’effondrement d’un portail de rang SS sur Shanghai, ils avaient fermé leurs portes.
Alors que le contact avec le président était rompu, les membres du Comité permanent qui détenaient réellement le pouvoir avaient choisi l’isolationnisme et s’étaient résolus à s’isoler.
« Ils sont cinglés, complètement cinglés. Tout le monde va mourir pendant qu’ils sauvent la face. »
Les gens qui suivaient les informations claquaient la langue, mais, lorsque l’écran passa aux images de Shanghai, leurs moqueries se changèrent aussitôt en stupéfaction.
Un hélicoptère filmait les abords de Shanghai.
Une foule immense s’y étendait à perte de vue, telle une gigantesque barrière.
[Vous y croyez, vous ? Tous les combattants que vous voyez à l’écran sont des éveillés de rang S ou supérieur !]
La voix du journaliste tremblait d’excitation.
Une force écrasante, que seule l’expression « l’esprit du continent » pouvait décrire.
À l’image de cette grande nation de 1,5 milliard d’habitants, le nombre d’éveillés de rang S mobilisés aux quatre coins de la Chine atteignait le chiffre ahurissant de 20 000.
Une force équivalente à l’armée d’un pays de taille respectable s’était rassemblée pour bloquer un seul portail.
Et au cœur de cette marée humaine gigantesque…
La caméra se rapprocha de quelques silhouettes dont la présence écrasait la foule.
Krrrsh !
Un éclair déchira le ciel sans nuages et révéla un homme.
Il se tenait dans les airs, enveloppé d’arcs électriques bleus.
Vingt-septième au classement mondial.
Le plus grand maître des esprits de la Terre, l’homme qu’on surnommait l’« Empereur du Tonnerre » : Chen.
« Ce n’est qu’un seul portail. La puissance de la Chine dépasse les cieux et s’étend plus loin que la terre ; rien ne peut nous arrêter ! »
La terre vibra à ses paroles.
À ses côtés se tenaient Liu, l’invocateur surnommé le « Roi de Sagesse inébranlable », accompagné d’un immense géant de roche, et Wang Xiao, descendant de l’Empereur de l’Épée, le dieu martial légendaire qui aurait fendu le Yangtsé d’un seul mouvement de ses deux épées.
Ses deux épées fendaient l’air comme si elles dansaient. Le sifflement glacial de l’air déchiré, comme si l’espace lui-même était tranché, dominait le champ de bataille.
La majesté de l’Empereur du Tonnerre et ses éclairs, la présence écrasante du Roi de Sagesse inébranlable, la lame acérée de l’Empereur de l’Épée…
Et ce n’était pas tout.
Derrière eux, une silhouette gigantesque, portant un bouclier aussi grand qu’une maison, s’avança en faisant trembler la terre à chaque pas. Boum. Boum.
C’était Zhang Wei, le meilleur tankiste de Chine, qu’on surnommait le « Rempart vivant ».
Dès qu’il prit position au premier rang, son aura d’infranchissable mur de fer écrasa le champ de bataille.
Quatre combattants transcendants, tous classés parmi les vingt premiers du classement mondial, s’avancèrent avec une majesté écrasante.
Quand les 20 000 éveillés de rang S qui se tenaient derrière eux libérèrent leur mana d’un seul coup, le ciel de Shanghai se teinta de mille couleurs éclatantes.
« Nous sauverons la Chine ! Citoyens, n’ayez pas peur ! »
Le rugissement de l’Empereur du Tonnerre fut retransmis à travers tout le pays.
À cet instant, des centaines de millions de Chinois qui tremblaient d’inquiétude dans les rues poussèrent tous ensemble des acclamations.
« Ouaiiiis ! »
« Chine ! Chine ! Chine ! »
« Vive l’Empereur du Tonnerre ! Vive le Parti communiste ! »
La ferveur sinocentriste ne faiblissait pas, même face à la menace de l’anéantissement.
Ces cris de folie évoquaient un rassemblement religieux.
Pas une seconde, ils ne doutèrent que…
ces grands héros les sauveraient.
« En avant ! Fils de Chine ! À l’assaut ! »
Les éveillés chinois se mirent en marche vers Shanghai, plongée dans le chaos.