Chapitre 255
Thuron ne fut pas le seul à passer sur Terre.
Les cinq représentants des races non humaines avaient tous franchi le portail.
Bientôt, leurs yeux s’écarquillèrent de stupeur.
Des tours d’acier et de verre s’élevaient à perte de vue.
Devant cette majesté écrasante, bâtie sans la moindre trace de magie, même les remparts du continent semblaient de vulgaires jouets.
Pour Thuron, qui avait quelques connaissances en architecture, le choc était encore plus grand.
« Est-ce… vraiment un monde créé par les humains ? »
Les gens étaient tout aussi surpris.
Des races différentes ?
Dans un portail, on en voyait tout le temps.
Mais sur Terre, c’était autre chose.
D’ordinaire, on n’en croisait qu’une ou deux fois lorsqu’un portail explosait, et puis…
« Des races qui n’attaquent pas… C’est la première fois de ma vie que je vois ça. »
C’était aussi la première fois qu’ils voyaient ces gens les regarder avec une telle curiosité.
Robert, qui s’approchait avec Kim Minwoo, sourit largement et prit la parole.
« Je suis Robert, le président des États-Unis. Vous pouvez me considérer comme le représentant des humains. Je souhaite la bienvenue à tous les visiteurs non humains ! »
[Une protection est appliquée aux visiteurs ayant franchi un portail vers la Terre !]
[Si un visiteur subit un préjudice sans raison particulière, de lourdes sanctions pourront être appliquées.]
[Les visiteurs du Continent de Kaisar bénéficient également de cette protection.]
Un message apparut devant les yeux de tous.
Les non-humains écarquillèrent les yeux en le voyant.
Ce n’était ni de la magie ni une hallucination.
Il venait d’apparaître de nulle part…
« C’est donc ça, le Système dont parlait le Gérant ? »
« Chwiik. Quelle corvée. »
Au milieu de l’accueil enthousiaste des humains, les échanges commençaient.
* * *
Tout pouvait changer en un instant.
Les échanges avec une autre planète n’y faisaient pas exception.
Un bon départ, c’est la moitié du travail.
Ce dicton était parfaitement adapté.
De l’autre côté du portail relié à la Terre, Astera, sur le Continent de Kaisar, bouillonnait comme un haut-fourneau.
Les yeux des éveillés venus chercher de nouvelles possibilités brillaient comme ceux de bêtes affamées.
Un bonus par-ci, un bonus par-là.
« Oh ! C’est donc ça, la trempe des Nains ! »
Le quartier des forgerons résonnait du martèlement des marteaux et suffoquait sous la chaleur.
Chaque fois qu’un Nain musclé frappait un lingot de fer rouge, des étincelles jaillissaient dans toutes les directions. À ses côtés, des éveillés forgerons avalaient leur salive, carnet à la main.
La source de la technologie dont le Groupe Ilsung avait le monopole.
Leur regard suivait avec obsession le bout des doigts du Nain, de peur de manquer la moindre trajectoire du marteau.
Au cœur de la forêt, la demeure des Elfes baignait dans le parfum des herbes odorantes.
Des perles de sueur froide perlaient sur le front des alchimistes qui imitaient les gestes délicats de leur maître elfe.
L’alchimie elfique, qui maximisait l’efficacité des potions.
Pour apprendre ne serait-ce qu’une parcelle de ces secrets, des artisans renommés s’inclinaient comme des enfants et suppliaient qu’on leur enseigne.
Le quartier des Barbares offrait une scène étrange, où cris et joie se mêlaient.
« Aaaah ! Grave-le p-plus profondément ! Plus grand ! »
« Haha ! Cet humain sait ce qui est classe ! Ne t’inquiète pas ! Je vais t’en graver un bien majestueux ! »
Les joueurs de haut rang, torse nu pour se faire tatouer, serraient les dents et supportaient la douleur.
Et ce n’était pas tout.
L’atelier des Gnomes était bondé d’éveillés venus apprendre leurs techniques sophistiquées de gravure de runes ; il n’y avait même plus assez de place pour poser le pied.
La soif de savoir et de pouvoir des Terriens insufflait une vitalité sans précédent à ce continent en déclin.
Et que recevait le camp qui transmettait ces connaissances ?
C’était simple.
[Le maître forgeron Oberon transmet des techniques d’artisanat nain !]
[Lien d’apprentissage établi !]
[La transmission de compétences vous donnera droit à 5 % de tous les revenus futurs liés à la compétence concernée.]
La création d’une source de revenus permanente.
C’était aussi une exigence précise de Kim Minwoo.
Plus les compétences des non-humains se répandraient, plus le nombre d’experts capables de les enseigner sur Terre finirait par augmenter.
Avec le temps, la sphère économique du Continent de Kaisar risquait de se retrouver complètement envahie.
C’était logique : la population de Kaisar avait chuté, tandis que la Terre débordait encore de vie.
Autrement dit, ils seraient largement dépassés en matière de puissance économique.
Cette redevance de 5 % était une sorte de mesure de sécurité contre cela, ainsi qu’une pension à vie.
Plus les Terriens perfectionneraient les techniques et développeraient leurs entreprises grâce à ce qu’on leur enseignait, plus les poches des artisans d’origine — les non-humains — se rempliraient.
Une sorte de mécanisme de défense contre le pillage économique.
Ça ne voulait pas dire que les éveillés y perdaient au change.
Obtenir de telles compétences pour de simples frais d’utilisation constituait déjà un avantage considérable.
Ainsi, les quatre races dotées de compétences qui leur étaient propres pourraient vivre à leur aise.
Et qu’en était-il de la dernière race, les Orques ?
* * *
Dans l’immense salle du centre d’entraînement Ilsung.
Au son de la voix de Kim Minwoo, des centaines d’Orques alignés sur le terrain d’exercice se mirent au garde-à-vous d’un seul mouvement.
« Garde à vous. À partir de maintenant, vous allez découvrir la civilisation avancée de la Terre. Plus précisément, les “métiers de service”. »
— Chwiik ! Des métiers de service ? Ça veut dire qu’on doit aussi fendre des crânes à la hache ?
À la question pleine d’entrain d’Urkan, Kim Minwoo ravala un rire et secoua la tête.
« Non, vous allez apprendre à protéger, pas à fendre des crânes. Bien, on commence par le groupe un. »
Le premier cours était une formation de coach sportif en salle.
Un instructeur, ancien culturiste de l’équipe nationale, se tenait devant le développé couché, l’air nerveux.
« Bon, l’isolation et la contraction du grand pectoral sont importantes. Sentez la texture du muscle et allez-y lentement… »
— Chwiik ! C’est trop léger !
Un grand chef orque souleva d’une main une barre de deux cents kilos, puis la lança derrière lui et se gratta le dos avec comme avec un grattoir.
Crac !
La barre élastique haut de gamme se plia comme du caramel mou.
La mâchoire de l’instructeur manqua de se décrocher.
« C-combien ça a coûté… »
— Chwiik ! C’est trop mou ! Vous n’avez rien de plus dur ?
Le terrain d’entraînement à la sécurité, dans le cours suivant, était tout aussi chaotique.
« Si le client est menacé, jetez-vous immédiatement devant lui pour former une “formation bouclier”… »
— Chwiik ! Pourquoi bloquer, c’est pénible ! Il suffit de lui faire exploser la tête !
« Non, je vous ai dit que le client déteste voir du sang éclabousser juste devant lui ! »
— Alors je lui tordrai le cou pour le tuer sans faire gicler de sang !
Le chef de l’équipe de sécurité, au bord de l’effondrement, se tenait la nuque. Couvert de sueur, il s’approcha de Kim Minwoo.
« … Excusez-moi, jeune maître. On est vraiment obligés d’enseigner à ces Orques ? »
« Oui. On n’a pas le choix. Les échanges vont se multiplier, alors ils doivent acquérir au moins quelques bases de savoir-vivre. Au moins les Orques de rang chef. »
À l’origine, le Continent de Kaisar faisait partie d’un portail.
Autrement dit, il n’y avait aucun autre portail à l’intérieur du continent.
Mais les choses avaient changé.
Le Système le reconnaissait désormais comme une planète à part entière, et non comme un portail. Peut-être à cause de cela, des portails apparaissaient partout sur le Continent de Kaisar. Avec une population réduite, impossible de couvrir tout le continent.
C’était une autre raison de s’allier à la Terre.
Plus le Système s’activerait, plus les échanges avec les humains se multiplieraient à l’avenir.
Il était vraiment indispensable de cultiver leur savoir-vivre.
Dans cette optique, aucun groupe de métiers ne convenait mieux que les métiers de service pour améliorer leur aptitude à vivre en société.
Les Orques étaient une race qui surpassait les humains en force, même s’ils n’avaient pas la tête bien faite.
S’il existait des métiers de service qui leur convenaient…
« Coachs sportifs, équipes de gardes du corps, figurants de cinéma, employés de parcs à thème. Ce genre de choses, quoi ? »
Ou alors des travaux manuels, même s’ils ne relevaient pas des métiers de service.
Des emplois où ils pourraient mettre à profit leur apparence féroce ou leur force.
C’était précisément pour cela qu’ils s’entraînaient à présent.
« Une fois qu’ils auront un peu terminé leur adaptation à la société… »
Si les chefs qui auraient ainsi achevé leur adaptation étaient renvoyés dans leurs tribus respectives, ils pourraient aussi aider les Orques ordinaires à s’améliorer un peu.
« Je n’espère même pas la perfection. »
Ils devaient bien posséder quelques rudiments, à l’heure de la mondialisation.
« Pfiou… »
Il vit le chef de l’équipe de sécurité soupirer et se gratter la tête en retournant péniblement vers les Orques.
« Courage, chef. »
En voyant ses cheveux, qui s’étaient clairsemés depuis quelque temps, Kim Minwoo l’encouragea silencieusement.
* * *
[Un échange interplanétaire a eu lieu.]
[Commission du Gérant acquise !]
[Possession d’une boutique de hauts faits détectée ! Conversion en points de hauts faits multipliée par 2 !]
[Points de hauts faits + 0.02]
[Points de hauts faits + 0.01]
[Points de hauts faits + 0.0052]
.
.
[Activation/désactivation de la réduction de la fenêtre de notification]
« C’est dingue. »
Il pensait que le règlement aurait lieu une fois par mois, mais les points affluaient à chaque instant, à chaque respiration.
Et ils arrivaient de plus en plus vite à mesure que le temps passait.
Il suffisait de voir les points reçus au cours des cinq derniers jours pour s’en rendre compte.
Le premier jour des échanges, cinq points.
Le deuxième jour, douze points.
« Aujourd’hui, j’en ai reçu presque trente. »
En cinq jours, il avait gagné la bagatelle de cent points, rien qu’en respirant.
« C’est comme si j’avais deux nécromanciens de rang SS supplémentaires, non ? »
Comme chacun rapportait en général cinquante points.
Le score était colossal.
Et il l’était d’autant plus si on le convertissait en argent de la Terre.
Actuellement, le taux de conversion tournait autour de 770 milliards de wons par point de haut fait.
« Ça ferait donc environ 77 000 milliards de wons ? »
Les échanges entre les deux planètes venaient à peine de commencer ; leur volume ne pouvait pas atteindre une telle somme.
Il devait y avoir une sorte d’ajustement lorsque les gains étaient convertis en points de hauts faits et versés sur son compte.
[Ouverture de la boutique des hauts faits !]
[Grade : Or (total des points acquis : 3930)]
[Points de hauts faits en possession : 500]
Il possédait actuellement cinq cents points.
« D’abord, je dois augmenter un peu mon niveau plafond. »
Il acheta quatre élixirs de dépassement de limite et les but d’un trait.
[4 élixirs de dépassement de limite achetés !]
[400 points de hauts faits ont été dépensés.]
[Le niveau potentiel passe de 700 -> 900 !]
Son niveau actuel était de 655.
Il pouvait souffler un peu, pour l’instant.
« Quand les points commenceront à tomber à la pelle… je devrais acheter le Livre secret. »
Le Livre secret de nécromancie.
Un objet valant la somme astronomique de 3 000 points, et le plus cher de la boutique à l’heure actuelle.
Il le convoitait depuis longtemps, mais n’avait jamais pu se l’offrir.
Les points de hauts faits avaient toujours été une ressource rare.
« Au point que je ne pouvais même pas offrir correctement à mes Commandants de légion des cocktails à cent points. »
La situation était à ce point tendue.
Heureusement, un duplicateur de points était apparu.
« Si ça continue… je pourrai peut-être en générer plus de cent par jour ? »
Il se demanda si c’était ce qu’on ressentait quand on gagnait à la loterie des rentes.
Mais le plus effrayant, dans tout ça…
C’était que d’autres choses que les points de hauts faits étaient elles aussi dupliquées.
[Le guerrier orque Vecto vous prie de l’aider à développer ses muscles !]
[Foi faible acquise]
[L’alchimiste elfe Shuri vous prie de lui accorder la réussite !]
[Foi faible acquise]
[Le Barbare Ulyan vous adresse une prière de gratitude avant son repas !]
[Foi faible acquise]
[L’éveillé terrien Han Seongmin prie avant de partir chasser…]
.
.
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Les messages apparaissaient sans discontinuer.
Le clou du spectacle était le dernier.
[Le Terrien Choi Seongmin vous vénère en voyant le cours de ses actions grimper !]
[Une quantité considérable de foi a été acquise !]
Il avait demandé aux représentants de Kaisar de prier, même simplement.
Les consignes avaient dû être bien transmises jusqu’aux échelons inférieurs, car les messages de prière se multipliaient.
La Terre faisait de même.
L’ordre spécial qu’il avait donné à Liang Xiaojun et Merhen.
Ils semblaient bien s’en acquitter.
« La foi aussi se duplique régulièrement. Maintenant que le mouvement perpétuel est lancé… »
Et s’il partait chasser, maintenant ?
La Voie de la croissance indiquée par l’Œil démoniaque.
Parmi les objectifs figurait la chasse de huit dragons.
« Et il fallait qu’ils soient de rang sous-dragon ou supérieur. »
Justement, il y avait un portail.
Le portail de rang S apparu en Corée : le Vieux Château du Dragon.
Comme le premier achèvement n’avait pas encore eu lieu, son rang avait dû augmenter d’un demi-cran, le faisant passer au rang S+.
« Je vais y chasser des dragons… »
Et il devrait en profiter pour dupliquer quelques Dragons d’os à partir de leurs cadavres.