Chapitre 218
Vulcan.
Il l’avait vu lors de la deuxième épreuve.
Un niveau et une puissance écrasants.
Il maniait avec adresse son cher Diable de flammes.
C’était un adversaire extrêmement difficile.
S’ils s’étaient battus jusqu’au bout, il y aurait laissé la vie.
J’ai survécu en l’aveuglant avant de m’enfuir.
La deuxième épreuve était encore loin.
Logiquement, Vulcan devait être bien plus faible à l’époque.
Il n’avait probablement pas eu le temps ni l’expérience nécessaires pour gagner des niveaux.
Mais…
Le fouet fendit l’air à une vitesse presque invisible.
[« Hayang » partage ses attributs avec son propriétaire !]
[L’attribut « Zéro absolu » peut être utilisé !]
[Résistance à la glace augmentée de 120 %…]
Pan !
Dans un claquement d’air, son corps fut repoussé.
Kim Minwoo fronça les sourcils.
Il est plus fort ?
Sa technique laissait encore à désirer.
Mais ses capacités physiques étaient bien supérieures. La chaleur qui émanait de son fouet l’était aussi.
Malgré le froid, l’antithèse du feu, qui enveloppait son corps, la chaleur s’infiltrait en lui.
Vulcan était-il plus fort autrefois ?
Il y avait peut-être un lien avec les Grands Seigneurs démoniaques. Quelque chose avait pu arriver, comme une attaque des Grands Seigneurs démoniaques qui aurait mis Vulcan hors d’état de nuire.
Enfin, ce n’est pas difficile à comprendre.
Le fait que tous les Grands Seigneurs démoniaques s’allient pour capturer Vulcan était déjà étrange en soi.
Paimon, à elle seule, était déjà un adversaire redoutable. Alors, s’ils faisaient front commun, c’était que Vulcan était si puissant que cela.
Après quelques échanges, les yeux de Vulcan étincelèrent.
— Je comptais te tuer en un coup. Tu m’étonnes.
« Tu sais à qui tu as affaire ? »
Il était temps de passer aux choses sérieuses.
Son activité secondaire était l’épée ; sa classe principale, le Nécromancien.
Il était temps de revenir à sa classe principale.
Il invoqua Cédric et Merhen.
— C’est Vulcan !
— Je vois. On se bat ?
« Oui. Comme d’habitude. »
La différence de puissance avant et après l’arrivée des Commandants de légion était le jour et la nuit.
Un nécromancien devait se battre comme un nécromancien.
[Malédiction du vieillissement (D)+9 activée !]
[L’écart est trop grand !]
[La malédiction est sans effet !]
[Malédiction de faiblesse (S) activée !]
[L’écart est trop grand…]
Eh bien.
Hélas, les malédictions ne fonctionnaient pas.
Mais ce n’était pas grave.
[Cœur de la légion (SS) activé !]
Renforcer ses alliés était aussi une solution. Le lien avec les deux Commandants de légion se resserra.
En un temps infime, une seconde divisée en dix, vingt fragments, les pensées circulaient librement et chacun comprenait instantanément les intentions de l’autre.
[Rage activée !]
[Pendant 10 minutes, la puissance de toutes les magies augmente de 30 % !]
[La magie peut être cumulée et utilisée jusqu’à cinq fois !]
[L’aura du dragon se manifeste !]
[État « Manifestation ».]
[Dure 30 minutes.]
[Force, Agilité et Endurance augmentées de 50 %.]
[« Entaille du Sang de Dragon » peut être utilisée.]
Des ailes de dragon battirent dans le dos des deux Commandants de légion.
— Un Nécromancien ?
« Toi, fais gaffe à tes yeux. »
— …Quoi ?
Clac !
La magie entrava les pieds de Vulcan.
La lance de Cédric et l’Épée de l’Ombre.
Le fouet de Vulcan les heurta, faisant trembler la caverne.
* * *
Gloup.
Kalrung, le capitaine adjoint, déglutit.
Comment un simple humain…
pouvait-il se battre aussi bien ?
Vulcan était le plus grand des Balrogs.
Il était si puissant que même les seigneurs démoniaques de haut rang, classés au vingtième rang ou au-dessus parmi les soixante-douze Seigneurs, devaient craindre d’être écrasés par sa force. Même les sept Grands Seigneurs démoniaques du Monde démoniaque n’osaient pas le sous-estimer.
Voilà qui était Vulcan.
Et à présent, il échangeait des coups violents avec un humain.
Une minuscule lance et une épée bloquaient les coups du gigantesque fouet.
Une magie habilement exécutée entravait étroitement les membres de Vulcan.
À chaque fois, celui-ci claquait la langue, comme agacé.
— Tu es agile comme un rat !
« Merci du compliment. »
Des centaines de lanières de fouet remplirent la caverne et s’abattirent de toutes parts.
L’attaque était si précise et si puissante que Kalrung lui-même aurait été grièvement blessé s’il avait tenté de s’approcher.
Mais l’humain qu’il avait sous les yeux…
Il bloquait ou esquivait toutes les attaques, tout en réduisant peu à peu la distance.
Il est doué.
On aurait dit qu’il savait où le fouet allait frapper.
Vulcan était clairement plus rapide et plus fort ; alors pourquoi n’arrivait-il pas à porter un seul coup ?!
— Je te l’avais dit, non ? C’est un humain incroyable.
Longlong prit un air suffisant, comme s’il en était fier.
— En effet… il est impressionnant.
Kalrung l’admit.
S’ils devaient se battre sans Vulcan, il doutait que toute la troupe de mercenaires réunie puisse l’emporter.
— Mais… on ne devrait pas les arrêter ?
— Les arrêter ?
— Si ça continue, quelqu’un va vraiment mourir… et ça, c’est hors de question.
— Je le sais… mais comment ? Ils sont tous les deux à fond !
Les démons adoraient se battre.
Les Balrogs n’étaient pas très différents.
Vulcan était déjà plongé dans la bataille, presque en transe.
Qui savait quelles réprimandes ils essuieraient s’ils tentaient de l’arrêter ?
Arrête de te battre parce que cet humain est un allié ?
Voilà une raison bien trop vague pour interrompre un combat.
Vulcan détestait les humains.
Même lui, le capitaine adjoint, ignorait s’ils finiraient par s’allier ou non.
S’il y avait une raison valable, peut-être…
C’est alors que ça arriva.
Frouf !
Un Balrog arriva en volant, porteur d’un message urgent. Les yeux de Kalrung s’écarquillèrent quand il l’entendit.
Les armées des Grands Seigneurs démoniaques s’étaient mises en marche !
Pas possible…
Ils s’alliaient vraiment pour les attaquer ?
Je dois prévenir le capitaine !
Kim Minwoo et Vulcan étaient désormais à portée de frappe.
Le désastre semblait imminent.
Ce n’était pas parce qu’il craignait de perdre un élément précieux…
C’étaient les Grands Seigneurs démoniaques qui l’obligeaient à agir sans tarder.
Se répétant cela comme une incantation, Kalrung s’interposa précipitamment entre les deux.
— Capitaine ! Arrêtez ! Les Grands Seigneurs démoniaques sont en mouvement !
* * *
Kim Minwoo bondit.
Juste avant que l’épée ne touche son œil gauche aveuglé.
Juste avant que le fouet de Vulcan ne s’abatte sur lui.
Ils s’arrêtèrent.
Si l’un des deux avait eu une autre intention, ils auraient été grièvement blessés. L’un aurait perdu un œil, l’autre aurait été tranché en deux.
Mais rien de tout cela n’arriva.
Au fil de leur récent combat, Vulcan avait reconnu intérieurement la valeur de ce petit humain.
Kim Minwoo n’avait aucune raison d’affaiblir Vulcan, qui pourrait devenir un allié à l’avenir.
Perdre un œil diminuerait sa puissance de combat.
Bien sûr…
Sans l’intervention de Kalrung au bon moment, ils se seraient réellement fait couler le sang.
Je n’y peux rien.
On ne peut pas arrêter un combat tout seul, juste parce qu’on en a envie, pas vrai ?
Vulcan était comme en transe. Plongé dans la bataille, il brandissait son arme presque par instinct.
S’il s’était arrêté tout seul, ça aurait fini en suicide.
Heureusement, quand les paroles de Kalrung lui parvinrent, les yeux de Vulcan s’éclaircirent, comme s’il avait repris ses esprits.
Grâce à ça, ils purent s’arrêter.
« Continuer à se battre serait stupide. Tu ne crois pas ? »
— …Bon sang. Tu as de la chance, humain.
« Toi aussi. »
— Tu ne cèdes pas un pouce, hein ?
« Si je cède, tu me reconnaîtras ? Alors je vais faire un petit effort. »
Vulcan eut un petit rire.
Pour une raison quelconque, cet humain qu’il ne connaissait pas commençait à lui rappeler quelqu’un.
— Non. Il faut se battre pour faire valoir ses droits.
C’était la relation entre Vulcan et les Grands Seigneurs démoniaques : eux qui cherchaient à le dompter, lui, l’étalon sauvage.
La lutte pour le pouvoir ne cessait jamais, et c’était grâce à elle qu’il avait pu défendre ses droits. Bien sûr, tout ce chaos venait du fait qu’il refusait de baisser docilement la tête.
Quoi qu’il en soit…
Ça faisait longtemps qu’il n’avait pas fait tournoyer son fouet à cœur joie. Cet humain était insignifiant, mais Vulcan comprit qu’il existait différentes sortes d’humains.
Au moins, Kim Minwoo méritait le respect dans le Monde démoniaque, où la force faisait loi.
Vulcan prit un air sérieux.
— Kalrung. Ils se sont vraiment mis en marche ? Tous les sept ?
— Nous en avons repéré quatre près d’ici. Le septième Seigneur, Paimon, le cinquième Seigneur, Marbas, et… le troisième Seigneur, Agares, ainsi que le sixième Seigneur, Amon.
— Oh non.
Vulcan grimaça.
Aucun des quatre Seigneurs qui s’étaient dévoilés n’était un adversaire facile.
Lui et sa troupe de mercenaires étaient puissants, mais seulement face à un Seigneur.
Deux ou plus ?
Ça va être difficile. Je ne pensais pas qu’ils passeraient vraiment à l’action…
Quand Kim Minwoo lui avait annoncé la nouvelle,
il avait pu lui dire de déguerpir parce qu’il jugeait ses capacités insignifiantes, mais…
Ce qui avait surtout compté, c’était qu’il pensait que les Grands Seigneurs démoniaques, si rusés, auraient du mal à s’unir.
Et il ne s’attendait pas à ce qu’ils agissent si vite.
« C’est difficile de s’allier une première fois, mais ensuite, l’élan vient facilement. »
— …Je suis d’accord.
« Tu aurais dû baisser la tête et vivre tranquillement. »
— …Parce que toi, tu sais de quoi tu parles ?
« Au moins, quand je m’incline, je le fais comme il faut. »
Kim Minwoo haussa les épaules. Au moins, il n’allait pas chercher la bagarre avec tout le monde, comme Vulcan. Et quand il se heurtait à quelqu’un, c’était toujours dans une situation qu’il avait préparée.
Vulcan, lui, était différent.
À en juger par les souvenirs de Paimon…
On dirait qu’il a semé le chaos partout où il est passé.
S’il avait cherché refuge auprès de Paimon, c’était parce qu’il s’était mis à dos les plus grands Seigneurs et n’avait plus eu personne d’autre qu’elle.
Une épée acérée qui blesse son propriétaire.
Paimon avait-elle accueilli cette arme tranchante en croyant sans raison qu’elle saurait la maîtriser ?
Et voilà où cela les avait menés.
« Alors, qu’est-ce que tu comptes faire ? »
— …Maintenant qu’ils se sont alliés, ils vont forcément essayer de m’attraper.
« Et si tu te cachais dans un coin perdu ou quelque chose comme ça ? Tu devrais pouvoir survivre, non ? »
— …Non. Tu sais pourquoi je me suis mis à dos les Grands Seigneurs démoniaques ?
« Il y avait une raison ? Tu ne t’es pas contenté de chercher la bagarre sans réfléchir ? »
— Hein… vraiment.
Vulcan eut un rire amer.
— Je suis le héros des Balrogs.
« Et alors ? »
— J’ai reçu l’héritage de notre peuple.
« …Un héritage ? »
À cet instant,
Kalrung, les yeux écarquillés, s’empressa d’interrompre la conversation.
— Capitaine ! Si vous dites ça… !
— Ce n’est pas grave. Il a dit qu’il nous aiderait, non ? À quoi bon le lui cacher ?
« Alors, c’est quoi, cet héritage ? »
— La Pierre du Dieu démoniaque.
« …La Pierre du Dieu démoniaque ? »
— Je ne peux pas te la montrer. Elle est incrustée dans mon cœur.
« Qu’est-ce qu’elle fait, cette pierre ? »
— Elle renforce les démons. Et, selon une vieille maxime de notre peuple, elle nous permet de rencontrer le Dieu démoniaque. Même si je ne l’ai jamais rencontré moi-même…
Kim Minwoo pencha la tête.
« Une question. Les Seigneurs démoniaques et le Dieu démoniaque, ce sont des êtres différents ? »
— Les humains n’ont pas un dieu, eux ? Dis-toi que c’est pareil. Un Seigneur démoniaque, c’est une sorte de roi. Le Dieu démoniaque, lui, est une divinité.
« Ah. Donc, une sorte de dieu ? Quelqu’un dont on ignore où il se trouve et dont l’existence est incertaine ? »
— …Le Dieu démoniaque existe. Tu es vraiment ignorant, humain.
Vulcan aboya sa réponse.
Il semblait croire fermement à l’existence du Dieu démoniaque.
« Tu crois en un dieu ? »
— Au moins, la pierre incrustée dans mon cœur ne ment pas.
« Ah, c’est ce genre de chose ? »
— C’est ça. Bref, je possède un trésor… et les Seigneurs démoniaques de rang supérieur doivent s’en douter. Ils l’ont forcément senti. L’énergie du Dieu démoniaque…
Était-ce pour cela que Vulcan était si puissant ?
Il comprenait maintenant un peu mieux la situation.
« C’est pour ça que tu as toujours été aussi irascible ? »
— Si je me comportais poliment, tu crois qu’ils ne convoiteraient pas le trésor ? Non. Il n’y a pas plus avides que les démons. Surtout les Seigneurs. Ils feraient n’importe quoi pour gagner des places dans la hiérarchie.
Il réfléchit un instant.
Le Vulcan qu’il avait vu lors de la deuxième épreuve n’était pas aussi fort.
Conclusion…
On la lui a prise.
On lui avait pris la pierre incrustée dans son cœur.
Il était alors très probablement mort.
Ou bien, même s’il avait survécu de justesse, sa puissance avait dû fortement diminuer.
Le Seigneur de la Mort l’aurait-il ressuscité ?
Ou bien avait-on pris la pierre, et avait-il malgré tout survécu de justesse ?
Il n’en savait toujours rien.
« Comment les Balrogs l’ont-ils obtenue ? »
— …Il y a très longtemps, le premier Seigneur démoniaque du Monde démoniaque était un Balrog. J’ai entendu dire que le Dieu démoniaque la lui avait offerte.
« …Vraiment ? »
— Oui. C’est une histoire très ancienne, mais… ils n’ont pas gardé la première place longtemps, et le statut des Balrogs a peu à peu décliné. J’ai entendu dire qu’ils avaient même perdu leur titre de Seigneur. Depuis, ils ne l’ont jamais retrouvé.
« Le Monde démoniaque est une méritocratie, non ? Avec ta force, tu pourrais facilement devenir un Seigneur de rang inférieur, non ? »
À ces mots, Vulcan prit un air amer.
— Même un Seigneur de rang inférieur est très convoité. Ils ne laisseront pas les Balrogs en devenir. Ils ont peur de nous. À ton avis, qui a répandu la rumeur selon laquelle les Balrogs sont bornés et colériques ?
« Les Seigneurs démoniaques ? »
— Oui. C’est eux. Bien sûr, certains d’entre nous ont ces tendances… mais pas tous. Pourtant, c’est comme ça qu’on nous traite. Dans chaque territoire ! Par tous les démons et les diables ! Nous avons perdu notre réputation et notre pouvoir. Aucun démon ne veut qu’un Balrog devienne Seigneur !
Les Seigneurs démoniaques tenaient les Balrogs en respect.
L’histoire était plutôt intéressante.
La Pierre du Dieu démoniaque l’était encore plus.
« Tu peux me raconter tout ça ? Et si je me mettais à la convoiter ? »
— Humain. La Pierre du Dieu démoniaque ne peut être utilisée que par les démons. Ça répond à ta question ?
« Ah. »
— Alors… ta proposition de tout à l’heure tient toujours ?
« Quelle proposition ? »
— Tu n’as pas dit que tu nous aiderais ?
« Si. »
— Tu ne vas pas te dégonfler maintenant, hein ? Si tu le fais, je risque de continuer à croire que les humains sont fourbes.
« Oh, tu admets que c’est un préjugé ? »
— …Oui. J’ai bien compris qu’il y avait des exceptions, comme nous, les Balrogs. Je l’ai vu aujourd’hui.
Vulcan le fixa avec insistance.
Son regard lui rappela celui du Chat potté.
À ses yeux, Vulcan devait être dans une situation où il avait besoin de toute l’aide possible.
« Je vais t’aider. »
— Vraiment ?
« Bien sûr. »
Il s’agissait de recruter un élément utile.
Évidemment qu’il devait lui donner un coup de main.
La décision était déjà prise.