Chapitre 216
Invité par Paimon, il se rendit au château.
Au tout dernier étage, une créature grotesque siégeait sur un immense trône. Elle ressemblait à une masse de nuages sombres agglomérés.
Sa tête rappelait celle d’un chameau.
Une longue barbe poussait sous sa mâchoire ridée.
On aurait dit un hybride entre un chameau et un humain, mais avec ses cinq cornes, on pouvait aussi le prendre pour un démon…
Un serpent cramoisi était enroulé autour de son épaule.
« Ce type a lui aussi un animal de compagnie ? »
Comme Hayang.
À cet instant, Paimon, qui le fixait, sourit radieusement et déclara :
— Bienvenue à mon concert, humain ! Chante mes louanges !
Les lèvres épaisses de son museau de chameau frémirent et se transformèrent en instruments de musique.
Un tambourin, une trompette, des cymbales.
Ses lèvres métamorphosées en trois instruments se mirent à répandre une musique grotesque.
Crac. Boum. Patatras !
Clang, clang, clang !
« Argh ! »
Les genoux de Long Long fléchirent sous l’effet de cette étrange musique.
Sa respiration se bloqua et sa vision se brouilla.
Ses tympans éclatèrent et le sang se mit à couler.
Les yeux de Long Long s’écarquillèrent.
Au septième rang : Paimon, le Grand Seigneur démoniaque.
La musique était l’une de ses spécialités.
Ses mélodies pouvaient enchanter les âmes ou les déchirer.
Cette fois, c’était clairement la seconde option.
« Quel fourbe ! »
Elle l’avait invité à prendre le thé pour l’attaquer aussitôt !
Long Long serra les dents en silence.
La mélodie était si intense que même lui, un démon de haut rang, la supportait à peine.
Quant à un humain, dont la force mentale était réputée faible…
« … Qu’est-ce que vous faites ? »
— Oh. Vous allez bien ?
« Vous jouez atrocement mal. »
[Vous avez assisté au concert du Seigneur démoniaque Paimon !]
[Vous avez été directement touché par « Musique terrifiante qui ébranle l’esprit (SSS) »]
Dès qu’il vit le message, il assimila Hayang à son corps.
L’attribut était le Chaos.
C’était l’attribut le plus spécialisé dans la puissance mentale.
Grâce à lui, il conserva toute sa raison au milieu de la musique de Paimon.
L’énergie de son corps s’assombrit un peu, mais son apparence ne changea guère.
À cette vue, les yeux de Paimon brillèrent d’intérêt.
— Oh… Voilà qui est vraiment surprenant. Même mes serviteurs ne s’en sortiraient pas indemnes après avoir entendu ça.
« C’est ainsi que vous traitez habituellement vos invités, Seigneur Paimon ? »
— Bien sûr que non. Ce n’était qu’un petit test. Je ne suis pas une démone si cruelle. Mais vous… Vous maniez une énergie très particulière. Une énergie qui protège l’esprit…
Paimon reprit rapidement un air souriant, puis ajouta :
— Et, à l’instant, j’ai joué exprès comme un pied.
Comme pour le prouver, une belle musique se mit alors à résonner.
[Vous avez été directement touché par « Musique céleste (SSS) »]
[Toutes les statistiques seront fortement augmentées pendant 30 minutes !]
[Les effets de toutes les compétences seront fortement augmentés pendant 30 minutes…]
[La vitesse de guérison sera fortement augmentée pendant 30 minutes…]
Les effets étaient à l’opposé de ce qu’on aurait attendu d’une démone.
Quand le concert de trois minutes prit fin,
— Alors, qu’en avez-vous pensé ?
Kim Minwoo se surprit à applaudir malgré lui.
De toutes les musiques qu’il avait entendues dans sa vie, celle de Paimon était aujourd’hui la plus belle.
« Vous êtes douée. Vous auriez dû commencer par ça. »
— Haha, merci pour le compliment. Asseyez-vous.
Paimon fit un geste et une grande table surgit devant eux.
Une théière fumante et deux tasses apparurent également.
Long Long claqua la langue en voyant Kim Minwoo et Paimon s’asseoir tranquillement.
« Quel genre de combat énergétique est-ce là… ? »
Il comprenait que Paimon ait tenté de les soumettre par la musique dès leur arrivée.
Il n’y avait même pas dix minutes que la tête de son fils avait explosé.
Et c’était un misérable humain, censé n’être qu’une proie, qui l’avait fait.
Ce qui le surprenait, c’était Kim Minwoo.
Il tenait parfaitement debout sur ses deux jambes après avoir écouté la musique du Grand Seigneur démoniaque Paimon.
« Elle était aussi puissante que ça ? »
Peut-être n’était-il pas venu au château pour rencontrer le Seigneur démoniaque sans raison…
— À présent, permettez-moi de me présenter officiellement. Je suis Paimon, une Seigneur démoniaque. Bienvenue sur mon territoire, visiteur sage et courageux.
« Pour une fois, on me traite enfin comme un invité. »
— Je vous prie de m’excuser pour mon impolitesse. Oublions donc cet incident. Elmantra n’est plus mon enfant.
Elle ne le considère plus comme son enfant, donc elle n’a rien à redire, même si vous l’avez tué.
C’était à peu près le sens de ses paroles.
Long Long poussa enfin un soupir de soulagement.
« Dieu merci. Nous avons réussi le test. »
Et s’ils n’avaient pas résisté à cette musique épouvantable et s’étaient effondrés ?
Kim Minwoo et Long Long en auraient été finis.
Ils se seraient tordus de douleur au son de cette musique cauchemardesque, avant de mourir lentement.
Mais la situation avait changé.
En voyant Paimon accueillir son « invité » avec un grand sourire, comme si son fils n’était jamais mort, il semblait qu’ils n’auraient pas à craindre pour leur vie dans l’immédiat.
« Au fait, qu’est-ce que c’est que ce serpent sur votre épaule, Seigneur Paimon ? »
— Ah, ce serpent ? C’est mon cerveau. Il est plutôt agréable au toucher.
Le serpent enroulé autour de l’épaule de Paimon darda la langue tandis que celle-ci le présentait.
〈Je suis Posike, le stratège du Seigneur. Ne manquez pas de respect au Seigneur.〉
Ah.
« Je croyais que le cerveau du Seigneur démoniaque était vraiment un serpent. »
Il semblait que le mot « cerveau » désignait son stratège. Un serpent qui parle, ça n’avait rien d’extraordinaire à côté d’un Seigneur démoniaque à tête de chameau.
Il l’accepta sans se poser de questions.
« Alors, qu’en est-il du thé ? »
— Le voici.
Paimon fit un geste et une grande table surgit à côté du trône. Deux tasses fumantes apparurent également.
— Ces feuilles de thé ont été offertes au roi du Royaume fragile. On m’a dit qu’elles étaient très précieuses.
« Le Royaume fragile ? Pas l’Empire ? »
Kim Minwoo pencha la tête sur le côté.
Fragile.
Ce nom lui était familier.
« C’était dans la deuxième épreuve. »
[Participez à l’Académie de l’Empire fragile !]
Il s’agissait d’intégrer l’académie de l’empire et de faire de Merhen son invocation.
Cet empire s’appelait l’Empire fragile.
« Je n’ai pas entendu dire qu’il avait été promu au rang d’empire. Enfin, ça pourrait bientôt arriver. J’ai entendu que son roi menait une guerre de conquête. »
Il semblait donc que même les empires avaient commencé par être des royaumes. Paimon tendit alors la main vers sa tasse et dit :
— Prenons d’abord une tasse.
Se retrouver face à une tête de chameau souriante…
C’était une sensation très étrange.
S’il n’avait pas été habitué aux monstres en tout genre après des années passées à explorer des portails, il aurait peut-être eu un peu peur.
« Sa présence est écrasante, elle aussi. »
Jusqu’ici, il n’avait vu que deux Seigneurs démoniaques. Le premier était monsieur Ahn.
Il avait l’apparence d’un homme avec un serpent enroulé autour de la main, et son étrangeté comme sa présence étaient…
Sans vouloir manquer de respect à monsieur Ahn, il ne faisait pas le poids face à Paimon.
« Enfin, c’est logique. »
Le soixante-douzième et le septième rang ne pouvaient pas jouer dans la même catégorie.
Il jeta un coup d’œil à la tasse.
Il y vit un thé bleu, d’où s’échappait un parfum de citron vert.
« Mais pourquoi y a-t-il deux tasses ? »
— Hmm ?
« Qu’est-ce que le Balrog va boire, alors ? »
— Ne vous ai-je pas dit que c’était un produit précieux ?
« Ah. »
« Elle est plus pingre que je ne le pensais. »
Il comprit.
Il invoqua aussitôt Cédric.
Clac !
Les yeux de Paimon s’illuminèrent en voyant le squelette surgir du sol.
— Je vous prenais pour un chevalier. Mais vous êtes un nécromancien ?
« Quelque chose comme ça. Goûtez. »
Il tendit une tasse à Cédric.
Glou.
Les pupilles du squelette tremblèrent quelque peu après qu’il eut pris une gorgée.
— Oh. C’est bon. Quel genre de thé est-ce ?
Bien.
Confirmé : ce n’était pas du poison.
Comme il s’apprêtait à tout boire, Kim Minwoo le rappela aussitôt et prit la tasse.
Slurp.
La première chose qui le frappa fut un parfum frais. Puis une saveur aigre et acidulée se répandit sur sa langue.
« C’est un peu noix ? »
Aigre, acidulé, avec un goût de noix.
Une saveur particulière, mais qui restait en bouche…
[Vous avez consommé du « thé de Pramoyl » !]
[Toutes les statistiques seront augmentées de 10 pendant 30 minutes !]
— Qu’en pensez-vous ?
« Je comprends pourquoi vous y tenez tant. »
— N’est-ce pas ? C’est un bon thé. Voilà pourquoi je ne peux pas m’empêcher de me rendre dans le monde intermédiaire. Il y a tant de choses extraordinaires.
« Parmi ces choses extraordinaires, il y a aussi celles qui mangent les gens ? »
Paimon sourit à cette remarque.
— Les humains que j’ai rencontrés sont des créatures assez singulières. Ils ont tendance à adapter les normes du monde à leur propre personne.
« Comme si les démons ne faisaient pas pareil. À mes yeux, ils se ressemblent tous. »
— Nous, les démons, sommes puissants. Contrairement à ces proies insignifiantes. Alors, qu’est-ce qui vous rend si curieux au point d’être venu jusqu’ici ?
« Vulcan. Vous le connaissez, n’est-ce pas ? »
— Bien sûr. C’est un capitaine mercenaire très courageux. Il m’a aidée à régler bien des situations délicates.
dit Paimon avec un sourire.
Son attitude était celle d’un père.
Il lui demanda :
« J’aimerais le rencontrer. »
— Vulcan ? Pourquoi ?
« C’est personnel. »
— Hmm… Ce sera difficile pour le moment.
« Pourquoi ? »
— Il est en mission confidentielle. Ah, ne me demandez pas laquelle. Je ne peux pas vous le dire.
« Et quand sera-t-elle terminée ? »
— Vous devriez pouvoir le voir bientôt. Alors, patientez.
À cet instant,
Kim Minwoo dégaina rapidement son épée et la pointa vers le visage de Paimon.
Clang !
Une forte secousse lui remonta dans la main, comme s’il avait frappé un diamant dur.
〈Sale humain.〉
Le serpent rouge posé sur son épaule.
Il s’était enroulé autour du corps de Paimon et brillait d’un éclat ardent.
Il avait également bloqué l’Épée de l’Ombre.
— Pourquoi m’avez-vous attaquée ?
« Si vous comptez mentir, vous feriez mieux de vous humidifier les lèvres avant. »
— … J’ai menti ?
« N’est-ce pas ? Vous aviez l’air de ne pas aimer Vulcan. »
Le Chaos était un attribut qui permettait de voir les souvenirs d’une cible.
Bien sûr, cela ne fonctionnait pas sur tout le monde.
Dans le cas de Paimon, le Seigneur démoniaque, même quand il parvenait à voir ses souvenirs, ceux-ci restaient très limités.
De petits souvenirs, comme des fragments.
Il ne pouvait les voir que parce qu’ils étaient liés à un « traumatisme ».
Les souvenirs de Vulcan qu’il avait aperçus…
« Le traitement qu’elle lui réservait était exécrable. »
Paimon venait de louer Vulcan, mais ses souvenirs racontaient tout le contraire.
Le chef des Balrogs, doté d’une force redoutable.
C’était un fauteur de troubles que même Paimon ne pouvait pas facilement maîtriser.
La franchise de Vulcan provoquait toutes sortes de conflits avec Paimon.
Et elle avait osé dire ça ?
« Ça signifie qu’elle a menti à cent pour cent. »
Elle l’avait dit sans ciller, avec un aplomb digne d’un Seigneur démoniaque.
« Où est Vulcan ? »
À ces mots, Paimon, qui souriait chaleureusement un instant plus tôt, se rembrunit aussitôt, le visage aussi féroce que celui d’un démon, et déclara :
— C’est compliqué. Très compliqué…
« Quoi donc ? »
— Vous avez dit que vous vous appeliez Long Long, c’est bien ça ?
« Oui, c’est ça. »
— Vous ne voudriez pas prendre la tête du village où Vulcan était autrefois responsable ?
« Non. Pourquoi tout à coup ? »
— Vulcan va mourir. Bientôt.
Kim Minwoo fixa Paimon.
« Pourquoi pensez-vous ça ? »
— Vulcan s’est fait beaucoup d’ennemis. Il a été trop téméraire. Il n’y a pas un seul Grand Seigneur démoniaque qu’il n’ait pas tourmenté. Long Long, vous devez bien en avoir une idée.
Le visage de Long Long blêmit.
En effet, c’était vrai.
Pourquoi les Balrogs déplaçaient-ils si souvent leur campement ?
Parce que Vulcan, qui s’occupait des missions de mercenaire, semait le trouble partout où il passait.
Mais ils avaient pensé qu’ils seraient tranquilles sous l’autorité du septième Seigneur, relativement clément parmi les seigneurs…
« Ne me dites pas, Seigneur Paimon, que vous avez vous aussi abandonné le capitaine ? »
— Abandonné ? Était-il mon subordonné ? Non. Ce n’était qu’un mercenaire. Nous étions liés par un contrat, pas par une relation de maître à serviteur.
« … »
Long Long serra les poings et garda le silence.
Paimon regarda Kim Minwoo et dit :
— Tous les Grands Seigneurs démoniaques se sont mis d’accord. Pour se débarrasser de lui une bonne fois pour toutes. Moi, Paimon, je ne fais pas exception. Si vous le souhaitez, vous pouvez le voir une fois avant sa mort. Vous le voulez ?
Bon sang.
Kim Minwoo claqua la langue en entendant les paroles de Paimon.
Tous les Grands Seigneurs démoniaques s’étaient alliés pour enterrer Vulcan.
« C’est une sorte de Lü Bu, ou quoi ? »
Il n’aurait pas été étonnant qu’il pense à l’un des seigneurs des Chroniques des Trois Royaumes.