Chapitre 133
Même s’ils ne comptaient pas d’éveillés véritablement exceptionnels, ils pouvaient être fiers de leur niveau moyen élevé.
« Oh, non… »
« Ça doit être un rêve… Ça ne peut être qu’un rêve… »
Mais à présent, même cette fierté allait leur être arrachée.
Un petit pays d’Orient.
À l’échelle mondiale, leur guilde se situait dans la moyenne.
Et pourtant, ils avaient perdu contre eux.
De façon si cuisante qu’aucune excuse n’était possible.
De plus, le monde entier assistait à la retransmission en direct.
La Chine avait généreusement autorisé l’accès et le tournage dès le début.
Une humiliation internationale totale.
Nam Cheolmin prit le micro et s’adressa à l’assemblée.
« Tout ce succès, nous le devons à notre maître de guilde, Kim Minwoo. Sans la Potion de rang maximal qu’il nous a fournie, nous n’aurions pas pu remporter la victoire aujourd’hui. À ce propos, maître de guilde… »
Tac.
Tac.
Kim Minwoo monta sur scène et prit le micro.
« Comme vous avez pu le voir, la Corée va continuer à se renforcer. Le temps où l’on nous traitait de nation faible en matière d’éveillés est compté. »
Puis il afficha un grand sourire.
« Et la Chine, alors ? À ce rythme… eh bien, son avenir ne s’annonce pas très radieux. »
―…
La foule, le visage rouge de colère, resta muette.
Si elle ne pouvait pas exprimer ouvertement sa rage, c’était à cause de l’issue stupéfiante du combat.
Il haussa les épaules et poursuivit :
« Je suis très occupé. Mais je crois que je vais consacrer une journée à visiter Pékin. Les occasions comme celle-ci ne se présentent pas souvent. »
Sur ces mots, il quitta l’arène avec les membres de la Guilde Ilsung.
Nam Cheolmin lui demanda avec précaution :
« Vous comptez vraiment rester ici ? »
« On a commis un crime ? Tant qu’on est là, autant profiter de la bonne cuisine. J’ai déjà réservé dans un établissement réputé. »
Au passage, c’était un restaurant où le président chinois se rendait souvent.
* * *
Robert, le président des États-Unis.
Depuis quelque temps, un nom ne cessait de lui trotter dans la tête.
Kim Minwoo.
L’homme qui avait secoué l’Amérique en obtenant la recette d’une Potion de rang maximal du jour au lendemain, puis avait annoncé sans sourciller qu’il la vendrait à la Chine dix fois son prix.
Mais comment diable ?
Par curiosité, il regarda le combat des guildes.
Le cheeseburger qu’il tenait se mit aussitôt à trembler de façon incontrôlable.
« Convoquez une réunion, tout de suite. Maintenant ! »
Sur ordre du président, les plus hauts responsables américains se réunirent.
Le secrétaire au département des éveillés tendit prudemment un rapport au président.
« Voici les résultats de l’analyse. »
Le visage de Robert se décomposa à la lecture du rapport.
[Données d’analyse]
―Sujet : Nam Cheolmin
―Probablement parmi les cent meilleurs archers du monde. A tendance à ajouter des mouvements superflus lorsqu’il utilise ses compétences…
(Mise à jour)
―Ses mauvaises habitudes ont disparu et ses mouvements se sont nettement affinés. Il pourrait désormais viser une place parmi les soixante meilleurs archers du monde…
« C’est possible, simplement en prenant une potion ? »
« Absolument pas. Il y a une énorme différence entre améliorer ses statistiques et affiner ses mouvements. »
« C’est bien ce que je pensais. »
« En effet. Kim Minwoo a dû faire quelque chose à la Guilde Ilsung. Autrement, une progression aussi rapide serait impossible. »
« À votre avis, qu’a-t-il fait ? D’après le tableau d’analyse des capacités, ça ne ressemble pas à du dopage. »
« Vu la disparition de ses mauvaises habitudes, nous pensons qu’il pourrait s’agir d’une forme d’entraînement. Mais la question demeure… comment un tel changement a-t-il pu se produire en si peu de temps ? »
« … »
Les éveillés présents à la réunion acquiescèrent.
Deux semaines seulement s’étaient écoulées depuis le retour de Kim Minwoo. Pourtant, Nam Cheolmin était passé du top cent au top soixante des archers, ou du moins s’en approchait.
C’était incroyable.
« À bien y penser, ils n’avaient pas dit que des instructeurs exceptionnels les avaient formés lors du deuxième examen ? »
« Si. J’ai entendu dire que Merhen s’était montrée particulièrement impressionnante. Elle a même réussi à augmenter le rang de leur magie. Bien sûr, sans son aide, ils sont revenus à leur état initial… »
C’était déjà un exploit stupéfiant.
« Et si ces instructeurs avaient entraîné la Guilde Ilsung ? »
« Nous avons déjà vérifié auprès de la Guilde du Dragon. Thompson et Sophia se sont améliorés, mais pas à ce point. »
« Toujours loin du compte ? »
« Oui. Ils ont peut-être dissimulé toute l’étendue de leurs talents d’enseignants, mais il est peu probable qu’ils l’aient fait juste avant un raid. »
Le président hocha la tête.
Le ministre avait raison.
Un raid dangereux était imminent.
Était-il raisonnable de n’offrir aux éveillés qu’une formation adaptée pour dissimuler leurs capacités ?
À vrai dire, ça ne semblait pas crédible.
« …Et Kim Minwoo ? A-t-il suivi un entraînement particulier ? »
« Oui. Pendant les trois premiers jours, il ne s’est pas montré du tout, puis ils semblent avoir fait des entraînements collectifs. »
Tap.
Tap.
Le président Robert, qui tapotait le bureau du bout des doigts, se redressa et prit la parole.
« Revenons à l’essentiel. Il semble que Kim Minwoo possède bel et bien des capacités particulières. Vous êtes tous d’accord ? »
« Je suis d’accord. »
« Que va faire la Chine, à votre avis ? »
« Les dirigeants ont probablement une idée des effets de la potion. Mais la majorité de la population, non. Elle n’en sait rien. Alors… à première vue… on pourrait croire que la potion est si puissante qu’elle leur a permis de remporter le combat. »
« Puisque seule la Corée semble en posséder, c’est comme jouer avec le feu pour eux. »
« Exactement. Le Parti communiste a conservé le pouvoir malgré les nombreux problèmes, parce qu’il pouvait toujours compter sur la perspective de devenir la première puissance mondiale en matière d’éveillés. Si cette ambition vacille… son assise pourrait être menacée. »
« Kim Minwoo pourrait-il continuer à les tromper pour mettre les dirigeants sous pression ? »
« Oui. S’il répand la potion non seulement en Corée, mais aussi dans les pays voisins comme la Mongolie, le Japon ou l’Inde… cela exercerait une forte pression sur le président Li. »
« Et si le président révélait les véritables effets de la potion ? »
« C’est impossible. La Chine ne peut qu’en estimer les effets ; elle n’a pas réussi à mettre la main sur la substance elle-même. Tant qu’on ne lui montre pas directement la potion, elle ne saura pas… »
« …On dirait simplement qu’ils cherchent à bluffer en exagérant ses effets. »
Difficile de savoir s’il fallait se réjouir ou non de l’importance accordée à la sécurité.
Les États-Unis se trouvaient eux aussi dans une situation délicate.
« De plus, si ça continue, les effets de la potion seront exagérés à un point ridicule. C’est aussi un problème. »
« …Et mon téléphone n’arrête pas de sonner. Je vais m’assurer de bien l’expliquer à nos alliés. »
« Oui. Nous devons aussi décider si nous allons nous aligner sur les actions de Kim Minwoo. »
Le président Robert ferma les yeux, plongé dans ses pensées.
« …La Chine achètera-t-elle la potion ? »
« Une chose est sûre : Kim Minwoo a démontré des capacités stupéfiantes. Nous devrions donc probablement le rencontrer et écouter d’abord ses conditions. Nous ignorons s’ils paieront vraiment dix fois le prix ou s’il bluffe. »
« …Ils paieront probablement dix fois le prix. Il ne voudra pas revenir sur sa promesse envers nous. En revanche, il pourrait inclure une formation ou autre chose dans l’offre avec la potion. »
En guise de bonne volonté.
Normalement, si une telle chose se produisait en Chine, les États-Unis feraient capoter l’affaire.
Mais cette fois, il était difficile de reprocher quoi que ce soit à Kim Minwoo.
Et s’il se rangeait complètement du côté de la Chine ?
Il était presque impossible de mesurer l’étendue de ses capacités.
Pour les États-Unis, c’était un véritable cauchemar.
Le ministre médita les paroles du président, puis prit prudemment la parole.
« Si le prix est vraiment multiplié par dix… même avec la formation, cela reste une somme colossale. À la place du président, honnêtement, j’essaierais de m’occuper de Kim Minwoo tant qu’il est encore en Chine. »
« Eh bien, s’il retourne en Corée dans ces conditions, le président n’aura plus aucune solution. »
« Oui. Mais il y a des éléments à prendre en compte. Kim Minwoo doit le savoir, et pourtant il est resté à Pékin. En plus, il est allé dans un restaurant que le président affectionne. »
« Soit il est fou, soit il a confiance en quelque chose. C’est l’un ou l’autre. »
« Oui. D’après l’analyse de ses actes jusqu’ici… il semble avoir confiance en quelque chose. »
« Même si le président décidait de lui faire du mal, ce ne serait pas simple. »
« Pour affronter des éveillés comme lui, il faudrait envoyer non seulement l’armée, mais aussi des unités d’éveillés. Or, la Guilde Ilsung à elle seule a déjà porté un coup sévère à la Guilde des Neuf Dragons. Si Kim Minwoo s’en mêle… ce pourrait être un cauchemar pour le président. »
Le président Robert hocha pensivement la tête.
« Annulez tous mes rendez-vous. Et programmez une visite en Corée. Le plus tôt possible. »
* * *
Le président Li Zemin et les membres du comité permanent.
Leurs visages, devant le combat des guildes, étaient aussi froissés que s’ils avaient mangé quelque chose de répugnant.
« Qu’est-ce que… »
Le visage déformé, le président Zemin broya le cendrier. Les résultats dépassaient l’absurde.
En gros, c’était dix à zéro.
Cela signifiait que le niveau moyen de la Guilde des Neuf Dragons était très inférieur à celui d’Ilsung.
Ils ne pouvaient pas contrôler la retransmission.
Comment l’auraient-ils pu, alors qu’ils avaient prévu de diffuser les résultats partout ? Comment auraient-ils pu l’empêcher ?
« C’est un résultat tout à fait raisonnable ! Mais enfin ! »
« Ç-Ça… »
Les membres du comité permanent détournèrent mal à l’aise le regard.
Ils étaient eux-mêmes des éveillés de haut rang.
Ils avaient un certain discernement. Objectivement, la Guilde des Neuf Dragons était-elle à la traîne ?
Pas vraiment.
Elle avait montré le même niveau que d’habitude.
Le problème, c’était Ilsung.
Ses membres avaient soudain réalisé des performances dignes de ceux qui auraient bu une potion légendaire.
Alors, la situation avait dégénéré.
Et en plus…
« Ces salauds ! Vous n’avez pas remarqué qu’ils ramènent la potion sur le tapis à chaque phrase ? Ils nous mettent la pression avec ça ! »
« …Même avec la Potion de rang maximal, l’écart ne devrait pas être aussi grand… »
« Qui ne le sait pas ? Mais qui va aller le leur dire ? »
Voilà le problème.
Même eux, qui avaient analysé avec précision les effets de la Potion de rang maximal, commençaient à se demander s’il n’existait pas des effets cachés qu’ils ignoraient.
Qu’en penserait la majorité des gens, qui n’y connaissaient rien et ne comprenaient même pas correctement ses effets ?
Ils croiraient simplement qu’Ilsung avait bu une potion incroyable et remporté la victoire par miracle.
Comment Ilsung aurait-elle pu devenir aussi forte du jour au lendemain et gagner, sinon ?
« On dirait qu’ils vont continuer à en parler. Qu’est-ce qu’on fait ? »
Et si d’autres que la Guilde Ilsung progressaient eux aussi à toute vitesse ?
Et s’ils attribuaient tous ces progrès aux effets de la potion ?
Et si la Chine se retrouvait à la traîne ?
Les membres du comité permanent se mirent à suer à grosses gouttes.
« S-Si nous révélions les effets de la potion… »
« Ils y croiraient forcément ! Ces capacités-là ne s’obtiennent pas simplement en augmentant ses statistiques de six cents points ! »
« … »
Au contraire, la Chine pourrait croire qu’ils minimisaient les effets de la potion à cause de leur situation désespérée. Mais ils ne pouvaient pas montrer la substance elle-même.
Dès le départ, la sécurité autour de la potion était irréprochable.
Même la Chine n’avait pas réussi à en obtenir un seul échantillon.
C’était pour cela qu’ils avaient mobilisé tous leurs groupes de réflexion afin d’en analyser les effets.
Et maintenant, même des pays alliés, dont les États-Unis, s’alignaient sur la Corée.
La potion ?
Ils n’en révéleraient les effets ni maintenant ni jamais.
Pourquoi le feraient-ils ?
Le simple fait de garder le silence suffisait à donner au Parti communiste l’impression de marcher sur des œufs.
« Bon sang. »
« C’est grave. »
À cet instant,
quelqu’un prit la parole avec prudence.
« Il faudrait alors s’occuper d’abord de Kim Minw… »
« Putain ! Vous croyez que c’est facile ? Pourquoi pensez-vous qu’il est resté à Pékin, s’il n’a pas perdu la tête ? »
« C-C’est vrai, mais… »
Le regard du président se glaça.
Tout avait commencé par des pressions exercées sur la Corée.
Mais les choses avaient mal tourné.
Quelqu’un devait en assumer la responsabilité.
Naturellement, ce ne serait pas lui.
Parmi les membres du comité permanent réunis ici, quelqu’un serait jugé « incompétent ».
C’était peut-être vrai, mais…
« …Nous devrions au moins le rencontrer une fois. »
S’il était resté ici, c’est qu’il voulait quelque chose.
Il leur fallait d’abord discuter avec lui.
* * *
Autour de la table ronde,
les membres de la Guilde Ilsung dévoraient avec entrain les plats entassés devant eux.
Cédric et Merhen mangeaient eux aussi.
― Ouah, Minwoo ! Cette peau est incroyablement croustillante !
― Au moins, ici, la cuisine est bien meilleure.
Merhen piquait le canard laqué de Pékin avec sa fourchette, savourant son croustillant, tandis que Cédric mangeait lentement, une bouchée après l’autre.
Ce jour-là,
il avait loué tout le restaurant pour pouvoir discuter tranquillement.
« Il ne devrait plus tarder. »
À cet instant,
la porte de la salle s’ouvrit.
Un visage familier apparut.
L’homme le plus puissant de Chine.
Le président Li Zemin.
Suivi du maître et du vice-maître de la Guilde des Neuf Dragons, il balaya la pièce du regard.
« Bienvenue. Vous n’êtes pas en retard. »
« …Il y a beaucoup de monde. »
« Tout le monde, veuillez nous laisser un instant. »
À ces mots, les membres de la Guilde Ilsung présents quittèrent la pièce, l’un après l’autre.
Seuls Kim Minwoo et ses invocations restèrent. Ils ne prêtaient aucune attention à la présence du président, et les deux créatures continuaient de manger.
« Vous les connaissez, monsieur le Président ? Ce sont mes invocations. Présentez-vous. »
― Je suis Cédric.
― Bonjour. Je m’appelle Merhen. Vous aimez aussi le canard, monsieur le Président ?
Le président regarda un instant les invocations d’un air déconcerté.
Puis Li Zemin prit place à table.
Son regard se fit bientôt perçant.
« Comment vous y êtes-vous pris ? La potion ne peut pas tout expliquer. »
« Est-ce important ? »
« Hmm. Que voulez-vous ? »
« J’ai besoin de beaucoup d’argent. Alors, vous voulez acheter la potion ? Dix fois son prix. »
« …Et si je ne l’achète pas ? »
« Eh bien, votre position deviendra de plus en plus délicate, monsieur le Président, non ? »
Kim Minwoo haussa les épaules et répondit :