Chapitre 104
Bam !
Le président Cho, qui regardait la télévision, jeta rageusement la télécommande et fracassa l’écran.
« Bon sang ! »
Le président Cho se prit la tête entre les mains.
La Bataille des guildes.
Le résultat avait été largement en faveur de Kim Minwoo.
L’opinion publique soutenant Kim Minwoo s’était donc considérablement renforcée.
Pour Dorim, déjà durement touché par le mouvement de boycott, c’était un coup presque fatal.
« Qu’est-ce que je pourrais lui proposer ?
À ce stade, peu importait qui avait raison ou tort.
Ce qui comptait, c’était de savoir ce qu’il faudrait lui offrir pour qu’il soit satisfait et renonce à ses exigences.
S’il ne s’agissait que d’une rancune liée aux actes de son fils, il lui aurait simplement versé des indemnités.
Sinon, il aurait réglé l’affaire proprement en lui cassant quelques jambes.
Mais Kim Minwoo n’avait rien fait de tout ça.
Il continuait à se montrer en public et à mentionner le nom de Dorim, l’air de rien.
Il voulait quelque chose de plus gros. Il pourrait même exiger le transfert de certaines activités.
Rien que de penser à ce qu’il allait devoir céder lui donnait mal à la tête.
L’un des gardes du corps de Dorim s’approcha prudemment et annonça :
« Président, M. Kim Minwoo est là. »
« … Très bien. »
Le président Cho se leva, l’air abattu.
Il ne tarda pas à se retrouver face à Kim Minwoo.
« Ravi de vous voir, président. »
« … Oui. Puisqu’on n’est pas de parfaits inconnus, je peux parler franchement, n’est-ce pas ? »
« Faites comme bon vous semble. »
« Qu’est-ce que vous voulez ? Que dois-je faire pour que vous arrêtiez ? Vous attendez de moi des excuses sincères ? »
Kim Minwoo ricana.
« Vous plaisantez ? »
« … Inutile de faire durer ça. La situation est claire. Qu’est-ce que vous voulez, au juste ? »
« Ne vous embêtez pas avec l’électroménager. Donnez-moi plutôt les secteurs des télécommunications et des semi-conducteurs. Ajoutez-y la division des batteries au mana, le bâtiment et la construction navale, et on en finira proprement. On mettra un terme aux rumeurs. »
« Vous avez perdu la tête ? »
Il était sur le point de céder son manteau, et voilà qu’on lui demandait de se retrouver en caleçon.
S’il cédait tout ça, Dorim s’effondrerait sur-le-champ.
Kim Minwoo s’enfonça dans le canapé, fixa le président Cho et demanda :
« Alors, quelle est votre offre, président ? »
« L’affaire Pilwook ne concerne l’entreprise que de l’extérieur. Vous trouvez raisonnable d’exiger des secteurs d’activité en échange ? »
« Eh bien, si vous voyez les choses comme ça, il n’y a aucune raison de poursuivre cette conversation. »
Kim Minwoo se leva brusquement.
Argh.
Le président Cho se mordit la lèvre.
C’était une menace à peine voilée.
Mais si Dorim se laissait ébranler par une menace pareille venant d’un gamin comme lui, c’était que la situation était grave.
S’ils se battaient ici, Dorim serait le premier à hurler.
Faire traîner les choses jusqu’à la prochaine rencontre ne ferait qu’aggraver les dégâts.
Surtout maintenant, alors que la part de marché d’Ilsung augmentait de jour en jour : il fallait agir vite.
« Dites-moi ce que vous voulez vraiment. »
« Je veux la division des batteries. Et quelques usines de production qui vont avec. »
« … »
Kim Minwoo s’adressa au président Cho, resté silencieux.
« La plupart des usines tournent au ralenti, en ce moment. Et pour les batteries, malgré tout l’argent que vous engloutissez dans la recherche, les résultats ne sont pas fameux, n’est-ce pas ? »
De l’électroménager aux semi-conducteurs en passant par les télécommunications.
C’était le cœur de Dorim.
Le bâtiment et la construction navale aussi.
Le groupe comptait également de nombreuses autres filiales.
« En réalité, le premier lot n’était qu’un gros coup de bluff. »
Ces activités-là, il n’était pas question d’y toucher.
En se montrant trop gourmand, il risquait forcément de s’attirer les foudres du gouvernement. Mieux valait donc que les deux parties règlent l’affaire proprement.
Le gouvernement mettait déjà la pression sur Dorim pour qu’il arrête.
« Au bout du compte, tout se joue sur les batteries. »
La division qui produisait des batteries à haut rendement grâce aux pierres magiques.
Le monde entier faisait des recherches dans ce domaine.
« Dorim va finir par décrocher le gros lot. »
Pas tout de suite.
Mais dans trois ans.
Après avoir englouti des sommes colossales dans la recherche, Dorim finirait par réussir et décrocherait le gros lot.
Grâce à une capacité nettement supérieure et à une consommation bien plus faible que celle des batteries actuelles, leur invention leur rapporterait des fortunes.
Ce serait aussi le moment où Dorim, qui grignotait peu à peu la part de marché d’Ilsung, dépasserait complètement sa capitalisation boursière.
« Mais pour l’instant, c’est hors de question. »
Il fixa le président Cho.
« Nous reprendrons tout le personnel concerné. Nous nous occuperons de l’acquisition dans les règles. »
« … Si je vous cède seulement ça, vous arrêterez pour de bon ? »
« Un accord doit être clair. »
La division des batteries.
Même en reprenant tout le personnel affecté aux usines, l’ensemble vaudrait au maximum deux ou trois mille milliards de wons.
Avec une petite décote.
Pour Dorim, vu les moyens d’Ilsung, ce n’était pas grand-chose.
« Vous acceptez ? »
« … Oui. »
Le président Cho hocha la tête.
Le marché des batteries au mana.
Les entreprises américaines dominaient largement ce secteur. Naturellement, les batteries américaines régnaient sur le marché mondial depuis longtemps.
Pour réduire cette domination, ils avaient investi sans relâche dans la recherche.
Malgré près de dix ans d’investissements, aucune avancée majeure ne s’était encore produite.
Bien sûr, Dorim n’était pas seul dans la course. Les plus grandes entreprises du monde s’étaient toutes lancées dans le développement de batteries.
Le problème, c’était qu’aucune ne parvenait à faire mieux que les Américains.
La division des batteries était donc plutôt un fardeau.
Ils y engloutissaient de l’argent en espérant une percée, mais les seules entreprises à tirer le gros lot se trouvaient aux États-Unis.
« Ça m’embête de la céder, mais… »
Ce n’était pas fatal pour autant.
Puisqu’il devait de toute façon céder quelque chose pour que l’autre s’arrête, autant lui donner une division qui lui coûtait de l’argent plutôt qu’une qui lui en rapportait. Il pouvait donc la lâcher avec un certain soulagement.
Alors tu prétends réussir là où les plus grandes entreprises du monde ont échoué ?
Vas-y, essaie donc.
C’était, en gros, son état d’esprit.
« Envoyez l’équipe chargée de l’opération demain. Je viendrai avec eux. »
Kim Minwoo se leva et quitta la résidence du président Cho.
« J’ai obtenu tout ce qu’il me fallait. »
Le marché des batteries était immense. Dans ce monde, il dépassait depuis longtemps les mille milliards et, l’ère des voitures électriques étant révolue, on était entré dans celle des voitures au mana.
Ils tenaient la clé pour dominer ce marché. Le président Cho ignorait sans doute encore qu’il finirait par se fracasser le crâne contre le sol de regret.
« Mais ça ne me concerne pas. »
Tant qu’il en tirait profit, ça lui suffisait.
* * *
Le groupe arriva à l’auberge où il séjournait.
À peine entré dans la salle qu’on leur avait attribuée, il constata que Park Siwoo avait déjà les joues à moitié rouges.
« Hyung ! Par ici ! »
Comme il ne cessait de tapoter le siège à côté de lui, Kim Minwoo s’assit.
« Allez, on boit un coup ! »
Un bol était rempli à ras bord de makgeolli.
[Note du traducteur : Le makgeolli est une boisson alcoolisée coréenne, un vin de riz blanc laiteux et légèrement pétillant, à la texture un peu épaisse et au goût légèrement sucré, acidulé, amer et astringent.]
« … Tu en as bu combien ? »
« Juste ça. »
Il y avait plus de sept bouteilles vides là où Seo Yerim pointait le doigt.
« Il en a déjà pas mal dans le nez. »
Il était moins ivre qu’une personne non éveillée, mais pour quelqu’un de normal, ça faisait tout de même une sacrée quantité.
Même s’ils s’étaient partagé les sept bouteilles à deux, ça restait beaucoup.
Après avoir bu, il prit un morceau de pajeon, le trempa dans la sauce soja et le porta à sa bouche.
[Note du traducteur : Le pajeon est une variété de jeon dans laquelle les oignons verts occupent une place centrale : pa (파) signifie « oignon vert ». Ce plat coréen est préparé avec une pâte à base d’œufs, de farine de blé, de farine de riz et d’oignons verts, à laquelle on ajoute souvent d’autres ingrédients.]
Un goût à la fois gras et acidulé.
« Délicieux. »
Dans les jeux en réalité virtuelle, le niveau d’immersion ne dépassait pas cinquante pour cent. Le goût était lui aussi limité à cinquante pour cent.
En comparaison, le pajeon qu’il mangeait maintenant lui procurait un goût à cent pour cent, comme dans la réalité.
Dans ces moments-là, il ne savait plus très bien s’il se trouvait dans un jeu ou dans la réalité.
Il regarda Park Siwoo, qui gloussait en savourant sans fin le pajeon et le makgeolli.
Puisqu’ils faisaient déjà la fête après le combat, autant profiter de l’occasion pour remplir ensemble leurs fonctions de maîtres de guilde.
« Siwoo, tu as des plaintes ou quelque chose à dire ? »
« Des plaintes ? »
Le jeune homme, qui souriait de toutes ses dents, pencha la tête.
« Oh. Pourquoi est-ce que j’en aurais ? J’ai maintenant un logement stable et je gagne bien ma vie. »
« Avec tes compétences, c’est normal. Autre chose ? »
« Eh bien… Je veux juste devenir plus fort. Pour être honnête, quand je vous vois, toi et noona, j’ai l’impression de prendre du retard. Même en faisant de mon mieux, l’écart ne cesse de se creuser… »
Il se gratta la tête en parlant.
Sa réaction était parfaitement compréhensible.
Dans une guilde, c’était pareil.
Quand on manquait de talent, on se retrouvait souvent relégué de l’équipe principale aux remplaçants.
C’était monnaie courante.
Il s’inquiétait peut-être de ça…
« Continue comme ça. Yerim a un niveau supérieur au tien, alors l’écart est normal. Quant à moi… Ne cherche pas seulement à me rattraper. Prends plutôt Cédric pour cible. »
Penser qu’on pouvait rattraper quelqu’un en travaillant dur, c’était un peu naïf, pour être honnête.
Franchement, dans ce genre de situation, mieux valait dire la vérité.
« … Eh bien, honnêtement, je ne pense pas pouvoir le battre. Il faudrait que je me serve du Sanctuaire pour avoir la moindre chance… »
[Note du traducteur : Sacred Area → Sanctuaire]
« En fait, c’est normal. Leur monde est très différent de la Terre. »
« À quel point ? »
« Si un dragon ravageait la Terre, ce serait la fin du monde. »
« Vraiment ? »
« Oui. Il nous l’a dit aujourd’hui. La première équipe serait du niveau d’un ordre de chevaliers comtal. Et je suis d’accord. »
Il avait vu des chevaliers à l’académie.
En moyenne, ils étaient bien plus forts, dans leur monde.
« L’Épée sacrée ne te l’a pas dit ? »
« Il ne parle pas beaucoup. Et sa mémoire est très lacunaire. Parfois, on dirait vraiment un vieux gâteux. »
« Ah bon ? »
« Oui. Il a beaucoup progressé depuis le niveau un, mais même comme ça, c’est difficile d’avoir une vraie conversation avec lui. »
« Je suppose que ça s’arrangera à mesure qu’il montera de niveau. »
« On dirait que c’est comme ça que ça marche. Enfin… Il est impressionnant, mais ça reste une seule invocation, non ? En faire mon objectif, c’est un peu… »
« Cédric est du même rang que toi. »
« Vraiment ? »
« Oui. C’est pareil pour Merhen. Il n’y a donc ni meilleur ni moins bon. »
Park Siwoo n’était pas le seul à ouvrir de grands yeux : Seo Yerim, qui avait écouté en silence, était tout aussi surprise.
Elle savait que le rang d’éveil de Kim Minwoo était élevé, mais elle n’aurait jamais imaginé que ses invocations aient elles aussi un rang aussi élevé !
« Waouh… C’est vrai ? Ça veut dire que tu es accompagné d’invocations de rang SSS ? Et ton propre rang d’éveil est encore supérieur ? »
« Oui. »
« … C’est incroyable. »
« Je suis plutôt doué. Alors ne te prends pas la tête à te comparer à moi pour rien. Et il y a plein de façons de devenir plus fort. Par exemple, devenir maître épéiste. »
« Aussi fort que lorsque tu t’es battu contre Pilwook. »
« Tu as vu ce combat, non ? On peut devenir fort grâce à l’épée. »
« Oui… Je l’ai vu une fois, et c’était vraiment incroyable. Ton adversaire ne faisait pas le poids et tu l’as complètement dominé, pas vrai ? »
Seo Yerim hocha la tête, d’accord avec lui.
« Et toi, Yerim, tu as des plaintes ou quelque chose à dire ? »
« Eh bien, moi… c’est un peu comme Siwoo. Je veux devenir plus forte. À vrai dire, la plupart des éveillés se posent la même question. »
Il hocha la tête.
Quand on venait de s’éveiller et qu’on rejoignait une guilde, on n’en avait peut-être pas conscience.
Mais une fois qu’on avait acquis des bases solides et satisfait ses ambitions matérielles, les préoccupations de la plupart des éveillés se ressemblaient.
Ils voulaient devenir plus forts.
Ils ne voulaient pas s’arrêter là.
C’était probablement la préoccupation de la majorité d’entre eux.
« Je vais y réfléchir aussi. Il doit bien y avoir un moyen, puisque ce n’est pas totalement impossible. »
Les éveillés avaient grosso modo quatre façons de devenir plus forts.
Les potions, l’équipement, les techniques et l’illumination.
L’illumination, ce n’était pas quelque chose qu’on pouvait forcer.
« Mais les techniques, ça pourrait valoir le coup d’essayer. »
Récupérer des jetons dans la Cité céleste et les échanger pouvait être une manière d’obtenir des techniques.
[Note du traducteur : Les amis, aidez-moi à me rappeler ce qu’est la Cité céleste. Est-ce que ça a déjà été révélé, ou est-ce nouveau ? Je suis presque sûr d’avoir oublié. ;-;]
Maintenant que le niveau six avait considérablement élargi le terrain de jeu, il y aurait sans doute plus d’une ou deux possibilités de ce genre.
Pour l’équipement qu’ils pourraient utiliser, ils pouvaient toujours faire un tour à l’Hôtel des ventes céleste.
Quant aux potions…
Park Siwoo n’avait pas encore le niveau requis, alors c’était exclu.
Seo Yerim pourrait peut-être prendre des potions de rang supérieur, mais elle n’y avait pas accès : impossible, donc, d’en consommer.
« Il faut que je leur en donne aussi. »
Leurs statistiques atteignaient la somme impressionnante de 600.
C’était un potentiel qu’il ne voulait pas laisser passer.
Le problème, c’était qu’il n’était même pas sûr de pouvoir en profiter lui-même.
« Je me demande si le Tournoi des rookies nous réservera quelque chose de bien. »
Comme c’était un nouveau type de tournoi, il ignorait quelles seraient les récompenses.
Vu l’ampleur de l’événement, il espérait qu’elles vaudraient le coup.
Son téléphone sonna alors.
« Oui, père. Oui. La conversation s’est bien passée. Vous pouvez envoyer l’équipe chargée de l’acquisition demain. Oh, l’investissement a été effectué ? Oui. Oui. Ah bon ? Puisque tout le monde est réuni, je vais leur demander. Mais combien ? Ah, ce n’est pas mal. Compris. »
Kim Minwoo raccrocha et regarda les deux autres.
« On nous a proposé de tourner une publicité. Ça vous intéresse ? »
« … Une publicité ? »
« Oui. Le nouveau Téléphone Ilsung veut tourner une pub avec notre guilde. Ils comptent la diffuser dans le monde entier, en commençant par Times Square, à New York. La rémunération est plutôt généreuse. »
À ces mots, Seo Yerim tendit l’oreille.
« … Combien ? »
« 500 milliards par personne. En espèces. Payés d’avance. »
Seo Yerim et Park Siwoo en restèrent bouche bée.
« … 500 milliards ? Par personne ? »
« Cette fois, on veut améliorer l’image du Téléphone Apple. Alors, vous êtes partants ? »
« … On est obligés ? »
« Hyung ! Moi, je suis partant ! »
Kim Minwoo hocha la tête.
Une publicité diffusée dans le monde entier.
La réputation de la guilde grimperait forcément en flèche, ici aussi.
Et avec un investissement de 60 000 milliards en plus.
Il recevrait peut-être une invitation à l’Hôtel des ventes céleste plus tôt qu’il ne le pensait.