Chapitre 103
« Ah, oui ! Je vous ai bien entendu. Le Téléphone Ilsung est génial, pas vrai ? Moi aussi, je m’en sers beaucoup. J’espère que vous réserverez un bon accueil à ce nouveau produit. Bon, je crois qu’il est temps d’interviewer quelqu’un d’autre. Cette personne nous impressionne depuis son apparition. »
Choi Yongjun, qui avait écouté la publicité avant de l’interrompre, se tourna vers Merhen.
« Quelle beauté ! Et ses talents magiques sont à la hauteur ! Puis-je vous demander votre nom ? »
— Merhen.
« Très bien ! Je vais interviewer Merhen ! »
Merhen s’avança.
Elle cessa un instant de tapoter le micro, puis le porta à ses lèvres comme si elle avait l’habitude de s’en servir.
— Bonjour à tous.
Elle salua le public d’un geste de la main, les yeux tournés vers la caméra.
— Son visage est plus petit que mon poing ? Mdr
— Trop mignonne~ 😗
— Elle est troooop mignonne, c’est normal ?
— Tout à fait normal mdr
« J’avais tellement de questions à vous poser ! Après tout, c’est la première fois que vous vous montrez au public !
— Oui. Cédric a été invoqué avant moi.
« Vous avez l’air si humaine que je dois vous le demander : vous n’êtes pas vraiment humaine ? »
— Je suis une morte-vivante. Une banshee.
« Hein ? Une banshee ? »
Choi Yongjun cligna des yeux.
Parlait-elle de ces morts-vivants à l’allure grotesque, pareils à des asticots, dont le corps était couvert de trous ?
« Pourtant, vous ne ressemblez pas du tout à ça… »
— Parce que je suis la reine.
« Ah. Vous êtes la Reine des Banshees, je vois ? »
Merhen acquiesça.
« Les spectateurs ont beaucoup de questions. Pour ce qui est du blocage de la magie, vous l’avez fait paraître si facile. Vous avez une technique secrète ? »
— Choi Yongjun, c’est ça ?
« Quoi ? Oui, c’est mon nom. »
— Est-ce que Choi Yongjun a besoin d’une technique secrète pour respirer ?
« Euh, non ? »
— Voilà.
— Voilà… Je note…
— Mon Dieu, j’arrive pas à croire ce que je viens de voir mdr
— C’est aussi facile que de respirer… Un conseil de pro…
« Ah… Je vois. »
— Oui. C’est plus facile ici, parce que ces enfants sont simples.
« Vous parlez des mages ? »
— Oui. Angela ? Elle est vraiment nulle en magie, mais Minwoo ne fait que complimenter les enfants de ce genre.
Angela.
C’était une mage qui figurait dans le top dix des États-Unis.
Même si elle ne maîtrisait pas bien la magie, figurer parmi les dix éveillés les plus puissants du pays signifiait qu’elle était au niveau des trois meilleurs mages de Corée.
Sa magie de l’eau, en particulier, passait pour l’une des meilleures.
Et pourtant, Merhen la jugeait avec une sévérité sans pareille. Si une mage médiocre s’était vantée ainsi, elle l’aurait aussitôt remise à sa place.
Mais la situation était différente, cette fois.
Merhen avait non seulement bloqué la magie comme si de rien n’était, mais elle avait aussi déchaîné une magie inimaginable.
Personne ne pouvait nier que ses capacités étaient infiniment supérieures.
Angela ?
Il lui faudrait probablement une demi-journée pour réussir à peine à bloquer la magie une seule fois.
Une arrogance qui se justifiait.
Et, en plus, Choi Yongjun était coréen, pas américain : on le traitait donc avec un peu plus d’égards.
« Maître de guilde Kim Minwoo, vous ne trouvez pas que c’est un peu fort ? Comment pouvez-vous complimenter d’autres mages alors que vous en avez une comme elle ? »
« C’est pour le bien de notre Merhen. Il faut un peu de compétition pour progresser. »
— Minwoo, c’est bien ça ?
« Oui. C’est pour ça que vous avez pu créer en un instant une magie qui n’existait pas. »
Choi Yongjun s’empressa d’intervenir dans leur conversation.
« Attendez, vous dites qu’elle a créé une magie sur-le-champ ? »
« C’était bien cette magie qui avait invoqué un dragon d’eau ressemblant à celui-là ? Elle a créé quelque chose de similaire. »
« … Merhen a donc copié la magie d’invocation du dragon d’eau ? »
« Oui. Et elle l’a améliorée. »
« Ça m’intrigue vraiment. »
« Eh bien, ce n’est pas difficile à vous montrer. Merhen ? »
[Merhen utilise Tempête du dragon d’eau (SS) !]
La masse d’eau posée sur sa main se métamorphosa en un dragon colossal.
Choi Yongjun écarquilla les yeux.
La magie ressemblait indéniablement à celle d’Angela, mais elle était différente.
De son apparence à la puissance tourbillonnante qui l’habitait.
On aurait dit qu’elle appartenait à une tout autre catégorie.
Kim Minwoo avait dit qu’elle avait « créé » une magie.
Choi Yongjun comprit aussitôt pourquoi.
« Ce n’est pas juste une copie ? »
Choi Yongjun ne fut pas le seul à être surpris.
Près de deux cent mille spectateurs étaient rassemblés dans le stade.
Et des millions de téléspectateurs assistaient eux aussi à la scène en direct.
Déglutissant, Choi Yongjun saisit le micro.
« W-waouh, c’est incroyable. C’est clairement similaire à l’invocation du dragon d’eau… mais quelque chose est très différent. »
Même le commentateur chevronné ne put s’empêcher de laisser échapper un cri d’admiration.
— Angela doit pleurer des larmes de sang mdrrr
— On lui pique sa magie en direct, qu’est-ce que c’est que ça 🤣🤣
— Et pour ne rien arranger, l’autre est encore plus démente mdr
— Une seule invocation et tous les mages kimchi sont anéantis XD
— Cette invocatrice est complètement folle, sérieux hahaha. Je peux que rire bêtement 😂
— Hum. Qu’est-ce que tu racontes avec « invocatrice », quelle impolitesse. Appelle-la « Dieu de la Magie ».
« … Vous avez dit que soixante mille milliards de wons, c’était un prix réduit. Pour être honnête, j’ai du mal à comprendre. Il n’y a que moi que ça étonne, ou vous aussi ? »
Des spectateurs aux téléspectateurs, tout le monde acquiesça en silence.
Une créature invoquée capable d’engloutir tout le système magique du monde venait d’apparaître.
— Soixante mille milliards avec vingt pour cent de réduction ? Ça ressemble à une bonne affaire, non ?
— Vu comme ça, c’est vraiment donné, non ?
— C’est une réduction pour la famille ou quoi ?
— (Dernière minute) Goldman Sachs propose un investissement et offre cinquante mille milliards de wons pour dix pour cent des parts.
[Note du traducteur : nom provisoire, susceptible d’être modifié]
— C’est vrai ?
— Comment ça, « c’est vrai » ?
— Les sociétés financières des pays puissants doivent être en plein chaos, non ? Il y en a aussi une qui propose soixante mille milliards pour dix pour cent. (Lien vers la dernière minute)
— Ils bradent leurs parts ?
« Euh, maître de guilde ? »
« Oui ? »
« On dit qu’il y a un sacré remue-ménage à l’étranger. À Wall Street, aux États-Unis, une entreprise propose même soixante mille milliards de wons pour dix pour cent des parts. Envisagez-vous d’en céder davantage ? »
« C’est une sacrée somme, hein ? »
« Pardon ? »
« Je plaisantais. Pour l’instant, je n’ai pas l’intention d’en vendre davantage. »
Kim Minwoo répondit en haussant les épaules.
Pourquoi vendre maintenant, alors que l’avenir ne promettait qu’une hausse ?
Et puis, les types de Wall Street, ce n’était pas sa famille.
Il aurait été embêté s’ils l’avaient roulé.
Quand il s’agissait d’argent, ils se fichaient du sang et des larmes.
Il y avait plein d’autres riches bien intentionnés dans le monde, prêts à investir sans s’en mêler de trop, comme monsieur Choi, là-bas.
Kim Minwoo adressa un clin d’œil malicieux à Choi Yongjun.
Cette cérémonie était parrainée par trois chaînes de télévision, mais le véritable bailleur de fonds, derrière elles, était Ilsung.
Naturellement, le commentateur Choi Yongjun avait tout intérêt à rester dans les bonnes grâces d’Ilsung.
Des consignes claires définissaient les questions qu’il pouvait poser et celles qu’il devait éviter.
Autrement dit, toute cette affaire ressemblait à une pièce répétée d’avance. Bien sûr, personne n’aurait pu imaginer que la Guilde Money Talks serait aussi puissante.
Le commentateur, Choi Yongjun, répondit au clin d’œil de Kim Minwoo par un hochement de tête, puis déclara :
« Je crois que le moment est venu de passer à notre dernière question. Comme vous le savez, le gouvernement organise récemment des tournois pour les éveillés, n’est-ce pas ? »
« Oui ! »
Le public acquiesça.
C’était une nouvelle bien connue, d’autant que d’autres pays que la Corée du Sud commençaient eux aussi à organiser des événements similaires.
La raison de ces tournois fut bientôt révélée : il s’agissait d’une compétition parrainée par le système. La rumeur se répandit vite qu’ils servaient à sélectionner les participants de cet événement.
« Trois participants seront sélectionnés à l’issue du tournoi préliminaire. Et ces trois participants… affronteront la Guilde Money Talks en finale, ici même ! »
En temps normal, cette annonce n’aurait rien eu de surprenant.
Après tout, la Guilde Money Talks avait pratiquement obtenu son billet pour la finale sans même avoir à participer au tournoi préliminaire.
Mais cette fois, la réaction du public fut tout autre.
« Wouaaah ! »
La foule éclata plutôt en acclamations.
Le Tournoi des super-recrues était aussi une compétition internationale.
[Note du traducteur : « Sélection des super-recrues » a été remplacé par « Tournoi des super-recrues ».]
Ce tournoi n’était pas qu’une compétition : c’était une bataille d’honneur national. Depuis des années, la Corée du Sud n’y essuyait que des défaites.
Un malaise le rongeait. Et si la Guilde Money Talks décidait de participer ?
Après leur performance écrasante du jour, une victoire rapide semblait inévitable.
Un traitement de faveur ?
Vu leurs compétences exceptionnelles, ils méritaient qu’on leur accorde des privilèges.
C’était la norme dans le monde des éveillés, où seule comptait la force.
Traiter des éveillés aussi puissants comme tout le monde aurait été absurde.
Les téléspectateurs firent écho aux acclamations jubilatoires qui retentissaient dans le stade.
— Oh, j’ai tellement honte que je pourrais en mourir. « La victoire est assurée. »
— C’est enfin notre tour de gagner ? 😢😢😢
— Enfin sortis du tournoi préliminaire ! 😢😢😢 Ça n’a pas l’air si important, mais si, ça l’est ! 😢😢😢
— Ouais, ouais. On va gagner un peu d’expérience ici, puis on ira à la Guerre des portails. Le paradis nous attend ! 😂😂
Le stade vibrait d’enthousiasme.
* * *
La bataille des guildes terminée, le ciel s’était déjà assombri lorsque nous quittâmes le stade.
« Grand frère, on fête la victoire ? »
Park Si-woo demanda cela, les yeux brillants.
« Ah, c’est vrai, tu es majeur cette année, non ? »
« Oui ! Je peux enfin boire légalement ! On devrait faire une sortie pour souder l’équipe ! Pas vrai, grande sœur ? »
« … Eh bien, pourquoi pas. »
« Alors, je vous dirai où on va. Attendez-moi ici un instant. »
« Pourquoi ? Tu as quelque chose à faire ? »
« Euh, oui. Je dois voir quelqu’un. »
Le président Cho, de Dorim.
Il n’arrêtait pas d’insister pour le rencontrer au plus vite et l’appelait sans cesse.
Quand Kim Minwoo lui avait dit qu’il n’était pas disponible à cause de la bataille des guildes, il l’avait supplié de le voir le jour même, affirmant qu’il attendrait.
Il avait donc accepté de le rencontrer.
Une seule fois.
« Je vais juste lui faire plaisir. »
La Guilde Money Talks aurait mieux fait de rester discrète, mais au lieu de ça, elle causait encore plus de soucis à la Corée du Sud.
La bataille des guildes avait marqué un tournant et révélé que leur potentiel dépassait largement celui de simples recrues.
À mesure que leur popularité explosait, les ventes de Dorim avaient encore chuté, entraînées dans leur déclin par le succès de la guilde.
Le gouvernement avait même laissé entendre qu’il mettrait fin à la domination de la guilde : leur déroute était à ce point grave.
« Si seulement on pouvait aussi s’emparer de leurs activités principales… »
Récemment, les produits Ilsung se vendaient comme des petits pains, au point que la production tournait à plein régime.
Mais construire de nouvelles usines ne se faisait pas du jour au lendemain.
Dans ce genre de situation, le plus efficace était de reprendre des installations existantes.
Et, tant qu’à faire, ils pourraient aussi récupérer une partie du personnel.
« Mais ça risque d’être difficile. »
On disait bien que même un ver de terre se tortille quand on lui marche dessus. Après tout, ils avaient affaire au deuxième plus grand conglomérat de Corée du Sud.
S’ils les acculaient sans merci, ils ne feraient que provoquer une riposte féroce. L’entreprise avait encore un pouvoir considérable.
« Enfin, il va falloir trouver un compromis. »
Le moment était venu de mettre leurs talents de négociateurs à l’épreuve.
« Vous aimez tous les deux les jeon ? »
[Note du traducteur : les jeon sont des beignets de la cuisine coréenne. On assaisonne des aliments entiers, en tranches ou hachés — poisson, viande, légumes, etc. —, on les enrobe de farine de blé et d’œuf battu, puis on les fait frire dans l’huile.]
« Moi ? Non, je ne peux pas en manger parce qu’il n’y en a pas. Et toi, grande sœur ? »
« Ça me va. »
« Alors, allons dans un restaurant de jeon. J’en connais un où ils sont incroyablement bons. C’est moi qui régale. Voilà l’adresse… »
Tous deux acquiescèrent en regardant l’adresse.
« Allez-y. J’en ai probablement pour une heure ou deux. »
Le président Cho, Cho, dirigeait Dorim.
Kim Minwoo, lui aussi, occupait un poste de représentant du Groupe Ilsung.
Quand des représentants se rencontraient, les bavardages inutiles n’avaient pas leur place.
Ils fixaient généralement les grandes lignes, puis leurs subordonnés s’occupaient des détails.
« Montez dans la voiture, là-bas. Le chauffeur vous conduira où vous voulez. »
Le transport n’était pas un problème.
Les chauffeurs et les véhicules d’Ilsung étaient alignés devant le stade.
Sur ces mots, les deux partirent, et Kim Minwoo monta lui aussi dans une voiture avant d’indiquer sa destination.
« Allons à Hannam-dong. »
Il était temps de rencontrer le président Cho, de Dorim.