Chapitre 95
Traductrice : Moonkissed
Une semaine avant la diffusion de l’épisode 10 de Coming Up Next—
l’épisode 9 venait de passer.
C’était… sans relief.
Ni projecteur braqué sur Trois Mois, Cent Jours, ni faveur ostensible pour TakeScene.
Juste les candidats qui préparaient, avec sincérité, la Free Song Mission finale.
Mais un passage a déclenché la polémique :
Han Sion en plein entraînement des autres membres.
[Encore.]
[Encore.]
[Non, essaie en chantant plus en arrière.]
[Encore.]
Sion ne s’attendait pas à voir ces scènes à l’antenne.
Au mieux, il imaginait deux ou trois plans inoffensifs.
À ce moment-là, Coming Up Next n’avait aucune raison d’écorner son image.
Mais la donne avait changé.
Le producteur Kang Seok-woo a diffusé ces séquences de travail sans filtre.
Pas de malicious editing pour le rendre antipathique.
Et pourtant—bad buzz.
— WTF, j’aime bien Han Sion, mais là c’est un peu trop mdr
— On dirait un gourou avec un complexe de supériorité.
— Les membres sont trop gentils ou il force juste ? Moi je péterais un câble.
— Qui l’a nommé juge et bourreau ?
— Depuis que Chris Edwards l’a encensé, l’émission a perdu sa neutralité. Le PD aurait dû recadrer.
Tout le monde s’accordait : Han Sion était un génie.
De Under the Streetlight à Fork in the Road—
il avait aligné plusieurs tubes en dix épisodes à peine.
Mais le public le voyait-il comme un « génie d’une génération » ?
Pas vraiment.
Cette expression suppose quelqu’un d’assez rare pour ne pas revoir d’équivalent avant très longtemps.
Or Han Sion ne donnait pas exactement cette impression.
D’autres concours avaient déjà produit des candidats dont chaque prestation faisait l’événement.
Des rappeurs de Show Me What You Got avaient trusté les charts à chaque sortie.
Beaucoup avaient cartonné avec des compos originales.
Certains même encensés par des pontes de l’industrie.
D’accord, ces « pontes » n’étaient pas tous au niveau de Chris Edwards, mais tout de même—rien d’inouï.
D’où ce sentiment diffus envers Han Sion :
« Wouah, un génie—ça faisait un bail. »
Ce qui, en creux, signifie que le public ne le trouvait pas fondamentalement différent des autres génies.
Évidemment, ceux qui avaient travaillé près de lui pensaient l’inverse.
Lee Hyun-seok, Jo Gi-jeong, Kang Seok-woo—pour eux, Han Sion était hors catégorie.
Les membres de Trois Mois, Cent Jours aussi, et quelques juges.
Eux avaient vu sa fulgurance sans filtre.
Mais le public ne voit que ce qui passe à l’écran.
Et pour le téléspectateur lambda, la différence entre un génie « 100 points » et un génie « 1000 points » n’a rien d’évident.
C’est pour ça que l’épisode 9 a fait grincer.
Et pendant ce temps, Choi Tae-ho—CEO de Lion Entertainment et juge de Coming Up Next—ruminait.
— Je le fume complètement ?
Éjecter Han Sion de l’industrie serait plus facile que de tordre le bras d’un enfant.
Un toussotement de Choi Tae-ho, et c’est un typhon qui s’abat sur Trois Mois, Cent Jours.
À ce titre, se replier dans l’indé était à la fois stupide et malin.
Indie signifie indépendent.
Un espace où l’influence de Choi Tae-ho ne porte pas.
Mais aussi un espace trop petit pour compter.
Que Trois Mois, Cent Jours rameute 100 ou 1000 personnes—
tant que ce n’est pas mainstream, c’est anecdotique.
Et pourtant… Choi Tae-ho avait des regrets.
Il ne vibrait pas particulièrement pour le « génie musical. »
Certes, il reconnaissait le talent de Sion, il l’avait même applaudi en plateau.
Mais Choi Tae-ho, lui, aimait le show business.
Quel que soit le talent—si ça ne vend pas, ça ne compte pas.
Le problème ? Han Sion, ça vendrait.
L’aura, la gueule, la scène.
Né pour être une star.
Bien poussé par Lion, on pouvait bâtir un groupe qui dépasserait Drop Out et même NOP.
Donc oui, du gâchis—et un dilemme.
Fallait-il l’écraser totalement ?
Ou le ramener au bercail ?
« Ramener » est égocentrique—mais c’est ainsi que pensait Choi Tae-ho.
En apprenant que Han Sion passerait dans Ruin Detector, il avait demandé à Jo Tae-hoon de le sonder.
— C’est ce qu’il a dit ?
— Ouais. Mais… c’est ambigu, hyung.
— Ambigu comment ?
— Ça peut aller dans les deux sens. 50 % il regrette sincèrement de t’avoir défié. 50 % il a compris que je le testais.
— Il a compris ?
— Il est affûté. Vraiment malin.
Mais on entend surtout ce qu’on a envie d’entendre.
— Donc… même Han Sion a des doutes.
Autrement dit—peut-être, juste peut-être, qu’il reviendrait chez Lion.
Choi Tae-ho savait que le gosse était futé.
Mais assez pour flairer le test et donner la réponse parfaite ?
Il en doutait.
Alors Choi Tae-ho a tranché :
Il ne l’enterrerait pas.
Il l’humilierait.
— Un an devrait suffire.
Le rendre totalement impuissant.
Puis lui tendre la main via quelqu’un comme Blue, resté proche des candidats.
Décision prise, Choi Tae-ho s’est coordonné avec M-Show.
L’épisode 10 mettrait TakeScene en avant—sans couler Trois Mois, Cent Jours.
Et une semaine plus tard—
l’épisode 10 a été diffusé.
— Hm… plutôt soft, en fait.
La réaction de Choi Jaesung recoupait la mienne après visionnage.
C’était exactement ce qu’on attendait.
Plus d’antenne pour TakeScene.
Leur scène au cœur du montage.
La nôtre saucissonnée par les commentaires des juges.
Le pré-refrain d’Ion recouvert d’un gros carton.
Même des passages qui auraient claqué en gros plans restaient au mid-shot.
Mais l’édition n’a pas saboté notre scène.
Il existe cent façons de transformer une grande performance en fiasco au montage.
Ils ne sont pas allés jusque-là.
On peut donc parler d’un edit « modéré. »
Conclusion : TakeScene stars du jour.
Nous, second rôle compétent.
Derrière, totalisation des points et TakeScene proclamé vainqueur.
Date de début annoncée : 26 août 2017.
Dans deux mois.
Sur le Net, tout brûlait autour de TakeScene.
[Finale de Coming Up Next : TakeScene gagne !]
[Le nouveau gros truc K-pop « TakeScene » débute le 26 août]
[Impeccables de bout en bout : une victoire méritée]
[Épisode 10 : 11,8 % d’audience]
[Le début de la gratitude : M-Show récompense la loyauté de TakeScene à l’antenne]
Trois Mois, Cent Jours ?
Quasi absent.
Notre nom apparaissait bien dans certains articles—
des phrases du type « Trois Mois, Cent Jours : forts individuellement, TakeScene : forts en équipe. »
Mais jamais en titre.
Plus parlant encore—
beaucoup de vidéos de Trois Mois, Cent Jours ont disparu de la chaîne YouTube de M-Show.
Les clips officiels de mission sont restés, tout le reste est passé en privé.
Preuve claire que Lion et M-Show s’étaient entendus.
— Hmm…
— Ça fait… beaucoup.
Les autres avaient dû scroller eux aussi—ils tiraient la même tête.
— On n’a pas une flopée de médias B-C-D tiers en Corée ? Personne n’écrit sur nous ?
— Ces sites reprennent ce que sortent les gros.
Quand la presse majeure publie, les petits recyclent avec des titres plus salés pour gratter de la pub.
Parfois ce sont des humains, parfois de l’IA.
C’est comme ça que vit le copier-coller crado—l’urakai, non ?
Bref, si l’article d’origine ne nous cite pas, les copies non plus.
À ce stade, notre business game ressemblait à un tape-taupe.
Chaque fois que Trois Mois, Cent Jours pointe le museau—
Lion Entertainment abat le maillet.
Quiconque essaie de bosser avec nous ?
PAF.
On Saemiro s’est tourné vers moi.
— Alors on fait quoi ?
— Tu sais qui est le personnage le plus triste au tape-taupe ?
— Triste ? Qui ?
— La première taupe. Elle se fait toujours cogner.
Choi Tae-ho n’est ni Dieu ni roi—il ne contrôle pas tout.
Il y a des boîtes qui voudraient travailler avec nous.
Certaines s’en ficheraient peut-être même de l’énerver.
Mais personne ne veut être la première taupe.
Personne ne veut prendre le coup pour les autres.
Tout le monde attend que quelqu’un d’autre y aille d’abord.
— Donc notre objectif… c’est d’inonder le plateau de taupes.
— Comment ?
— Pour commencer… ça.
J’ai ouvert YouTube et lancé un teaser tout frais.
[(Teaser officiel) Tu es sûr d’être au bon endroit ? Ici c’est Ruin Detector !]
Mon nom n’était pas dans le titre.
Mais mon visage ? En plein centre de la miniature.
La vidéo s’ouvrait sur des images de moi chantant Under the Streetlight dans Coming Up Next.
Puis un montage express de tous les titres que j’avais placés dans les charts.
[« Comment tu te sens ? »]
[« Je suis heureux. »]
[« Pourquoi ? »]
[« Parce que je suis un énorme fan de l’émission. »]
Cut : moi, sanglé au polygraphe.
[« Fanboy ou pas—tu sais au moins où tu es ?! »]
Deux trois cartons percutants.
Puis la voix de Jo Tae-hoon :
[« L’amour des fans m’importe moins que l’argent ! »]
Gros plan sur moi, bouche close.
Et enfin—le logo de l’émission.
Mis en ligne depuis vingt minutes.
Mais la section commentaires ?
Déjà en feu.