Chapitre 85
Traductrice : Moonkissed
Au bout du compte, le PD Kang Seok-woo n’eut d’autre choix que de lever les mains en signe de reddition.
Peut-être que ça n’avait pas de sens du point de vue de M-Show, mais, du sien, laisser les choses aller dans le sens de Han Sion donnait la plus belle image possible.
— Han Sion, au fait, tu fais quoi exactement ?
— Je suis le leader de Trois Mois, Cent Jours.
— … Hah. Wow.
— Réalistiquement, tu n’as qu’à soutenir Trois Mois, Cent Jours pendant huit ou neuf épisodes. Autour de l’épisode 10, tu peux recommencer à appuyer TakeScene pour te garder de la marge.
— … Sérieusement.
Kang Seok-woo lâcha un rire incrédule et enchaîna :
— Han Sion, tu te souviens de notre conversation l’autre fois ? Cette histoire de relation serrée.
Une discussion d’époque, quand les négociations avec Chris Edwards patinaient.
— J’ai entendu dire que tu avais même parlé cachet avec le PD Go. Qu’est-ce que tu veux ?
— Une relation serrée.
— Entre nous ? On est déjà proches. Franchement, je ne pensais pas tenir ce genre de propos avec un candidat de vingt ans.
— Je parle d’autre chose que la relation « réalisateur d’émission ↔ candidat ».
— Ah… tu veux me laisser une dette.
— Ce n’est pas exactement ça, mais…
— Allons. Sion, tu sais bien : les dettes affectives ne marchent que sur ceux qu’on se sentirait mal d’ignorer.
Han Sion sourit.
— Bien sûr. Je m’en souviens.
— Cette dette — tu l’encaisse maintenant.
— J’ai des doutes sur le fait que moi ou Trois Mois, Cent Jours soyons déjà à ce niveau de « malaise ».
— Objectivement, non…
Mais subjectivement ? Autre histoire.
Kang Seok-woo n’avait pas le cœur à tourner brutalement le dos à Han Sion.
Il n’en dit pas plus. Et Han Sion acquiesça, comme si tout était clair sans davantage de mots.
— Prévenez-moi quand on sera sortis de la blacklist de M-Show. Si c’est un programme que vous réalisez, je viendrai — sans poser de questions.
— Aucune question ? Même pour un saut à l’élastique ? Un saut en parachute ?
— … Dans la limite du raisonnable.
— Haha.
Kang Seok-woo rit de bon cœur, but une gorgée de bière, puis demanda :
— Tu vois quand le PDG Choi ?
— Demain soir.
— Tu vas lui dire quoi ?
— Aucune idée. J’écouterai d’abord ce qu’il a à dire.
— Han Sion, tu sais, la plupart des gens diraient : « Je vais essayer de m’expliquer », dans ce genre de situation.
Il aimait garder l’ascendant.
Ils partagèrent une bouteille et se levèrent.
En regardant Han Sion s’éloigner, Kang Seok-woo éprouva une sensation étrange.
Ils s’étaient rencontrés par hasard, mais, via Coming Up Next, ils avaient noué un accord tacite.
Et le résultat avait été bon.
Il avait fait de Han Sion le centre de l’émission, et Han Sion en avait fait exploser la popularité.
Désormais, le contrat était terminé.
Dès demain, Han Sion figurerait sur la liste noire de M-Show, et Trois Mois, Cent Jours devrait survivre à la pression conjointe de M-Show et Lion Entertainment.
Malgré tout, il se surprit à souhaiter que les choses tournent bien pour Han Sion.
Sans doute parce qu’avant d’être un salarié de M-Show, il était un réalisateur.
Et Coming Up Next avait été le meilleur programme de sa carrière.
Grâce à Han Sion.
S’il avait rencontré le PD Kang Seok-woo « hors caméra », ce n’était pas le cas avec le PDG Choi Dae-ho.
Le rendez-vous devait se tenir chez Lion Entertainment.
À peine arrivé —
— Vous êtes sûr d’avoir un rendez-vous avec le PDG ? C’est quoi, votre nom déjà ?
Le vigile du hall le toisa avec suspicion.
Un petit rire sec lui échappa.
Le PDG Choi Dae-ho adorait ces petites mises en scène.
Que la sécurité ne le reconnaisse pas n’était pas totalement impossible.
Être patron d’agence n’implique pas forcément d’être branché sur tous les contenus du moment.
Mais traiter ainsi quelqu’un qui prétend avoir rendez-vous avec le PDG ? Impensable.
S’ils l’avaient vraiment pris pour un harceleur ou un escroc, ils l’auraient fichu dehors. Sinon, ils auraient au minimum appelé à l’étage.
L’attitude du vigile était révélatrice.
Ils doutaient — mais sans réelle intention de l’expulser.
C’était de l’intimidation.
Un « Ne prends pas la grosse tête parce qu’une émission t’a fait connaître. Le monde est grand. »
Si le PD Kang Seok-woo avait tenté un truc de ce genre, il aurait laissé passer.
Ils avaient eu un contrat implicite, chacun avait tenu sa partie, et c’était Han Sion qui l’avait rompu le premier.
En plus, le fait que Kang dirige Coming Up Next simplifiait tout.
C’était un type qui respectait ceux dont il jugeait l’intelligence sociale comparable à la sienne.
Mais Choi Dae-ho ? Rien à voir.
Choi Dae-ho ne signifiait rien pour lui.
Même si le jury avait inclus le PDG de MM ou celui de NT plutôt que Choi, rien n’aurait changé.
Sans hésiter, il fit donc demi-tour, salua poliment la sécurité, et s’en alla.
— Oh « Han Sion ! »
Il entendit l’appel derrière lui, mais ne se retourna pas.
Même quand le vigile le rattrapa et lui saisit le bras, il ne changea pas d’avis.
Ne voulant pas créer d’ennuis à un employé qui ne faisait que suivre les consignes, il donna une excuse courtoise :
— J’ai dû me tromper de date. Je reprogrammerai.
Évidemment, il n’y aurait pas de « prochaine fois ».
Honnêtement, il n’avait pas besoin de voir Choi Dae-ho.
Il était juste venu tenter de désamorcer les choses au cas où Lion continuerait à mettre la pression sur les membres de Trois Mois, Cent Jours.
En quittant Lion Entertainment, il envoya un message à Choi Dae-ho :
« Merci pour tout. On sera peut-être adversaires un moment, mais tant que ça reste du business et pas du personnel, je crois qu’on pourra se saluer avec le sourire un jour. Portez-vous bien. »
Après tout, il était le plus jeune ici. À lui de répondre avec grâce.
La réponse arriva plus vite que prévu.
Il venait à peine de rejoindre l’avenue, la main sur son téléphone pour héler un taxi, que l’écran vibra.
Mais — était-ce bien le style du PDG Choi ?
« Ne prends pas la grosse tête. Remonte. »
« Viens t’excuser, mets-toi à genoux si nécessaire — regarde-moi en face et fais-le. »
Euh… Est-ce que j’ai fait quelque chose d’aussi grave ?
Qu’un patron réplique avec la logique du business, rien de plus normal — mais ce ton-là ?
En y repensant, il ne connaissait pas vraiment Choi Dae-ho.
Ils n’avaient jamais eu l’occasion de parler hors caméra, sans leur persona télé.
Cette réaction le surprenait.
D’après sa manière de traiter des gens comme Lee Chang-joon, un junior de son label, il semblait tolérant avec les subalternes.
Peut-être qu’il n’était tolérant qu’avec ceux qui allaient dans son sens ?
Ou peut-être plaçait-il très haut la barre du « rang social » ?
Certains patrons sont comme ça — ils rient aux plaisanteries des directeurs, mais s’offusquent dès qu’un chef de service en fait une minuscule.
Leur « ligne » commence au rang de directeur. En-dessous, pas le droit de plaisanter.
Une sorte de caste.
C’est l’impression que lui donnait Choi Dae-ho.
Tandis qu’il pensait à ça, un appel de Choi entra.
À peine décroché, une voix glaciale :
— Han Sion. Si tu crois que ta popularité durera et que tu te mets à faire l’arrogant, tu te trompes. Remonte.
Hmm. Oui, c’est exactement ça.
Avec ce genre de personne — peu importe la qualité de votre explication, elle ne convaincra pas.
C’est sa voie — ou rien. Il n’y a pas d’entre-deux.
S’excuser, l’insulter ou refuser TakeScene — ça ne changerait rien.
Il avait tout de même sa dignité de « régresseur ». Pas question de l’injurier.
Mais on peut toujours agacer.
Il y avait bien une réplique pour ça, non ?
Elle lui revint.
Une expression qui ne deviendrait populaire que dans trois à cinq ans — dont il ignorait même le sens exact.
Il l’avait juste vue partout chez les Coréens.
— Eojjeol TV.
(Note du traducteur : 어쩔티비 — argot internet coréen, en gros : « et alors ? » dérivé de « mêle-toi de tes affaires et va regarder ta tv »)
Choi pouvait le remercier pour cette « fuite de tendance » en avant-première.
Il existe des tonnes de contenus sur les régresseurs.
Romans, films, webtoons, etc.
Au début, il les dévorait.
Pour grappiller des idées sur la vie d’un régresseur.
Et pour se consoler.
Personne au monde ne pouvait vraiment l’empathiser — mais il se reliait aux régresseurs de fiction.
Il avait même essayé d’appliquer certaines trouvailles.
Mais il avait un gros grief contre la plupart de ces récits.
L’investissement.
Dans ces histoires, l’argent tombe trop facilement.
Dans la vraie vie, ça ne marche pas ainsi.
Le plus absurde ? Mettre des dizaines de milliards sur une action qui va s’envoler et encaisser des profits astronomiques.
Ce n’est pas comme ça que ça se passe.
Les actions ont un nombre de titres limité, et la part réellement en circulation l’est encore plus.
Si une action est prête à être multipliée par x dizaines, les gros bras ont déjà tout ramassé.
Oui, on peut essayer d’en acheter un peu tous les jours.
Il l’a fait.
Et vous savez ce qui arrive ?
Les gros sortent et vous balancent tout sur la tête.
Ils craignent les situations qu’ils ne maîtrisent pas.
Donc, si vous ne contrôlez pas méticuleusement vos volumes, vous aboutissez à des situations absurdes.
Pour mémoire, il avait déjà été convoqué par le FBI.
Il avait fait un carton sur un titre — sans savoir qu’il était manipulé par des « puissants ».
Crypto, pareil.
Bitcoin fait un peu exception — marché mondial — mais même là, si vous achetez trop…
— … Hem.
Il s’est un peu emporté.
Bref : l’argent ne se multiplie pas si vite.
Il faut investir des montants adaptés sur une masse d’actifs pour ne pas impacter le marché.
Malgré tout, sa fortune gonflait régulièrement, et c’était largement suffisant pour financer les activités de Trois Mois, Cent Jours.
D’ici un an, il aurait plus qu’il n’en faudrait.
Mais avant, une chose.
Voir l’avocat Choi Ji-woon.
Il avait quelque chose à donner — et quelque chose à demander.
— Comment allez-vous ?
— Bien. Je te vois tout le temps à la télé, alors je n’étais pas trop inquiet.
— Haha.
Quelques politesses, puis on passa au concret.
D’abord, régler.
Il avait promis à Choi Ji-woon la moitié de ses avoirs en honoraires, mais, son bien immobilier n’étant pas encore vendu, tout avait traîné.
— Ta maison est déjà vendue ?
— Non. Je ne l’ai pas vendue.
— Alors cet argent ?
— J’ai fait quelques investissements et touché une grosse performance. Je vous règle avec ça.
— … Tu n’as pas mis tout ton patrimoine dedans, j’espère ?
— Bien sûr que non. J’ai diversifié. J’ai eu de la chance.
— Hmm. Ce n’est pas le genre de montant qu’on obtient juste par chance.
N’empêche, les yeux de Choi s’agrandirent en voyant le virement — il avait envoyé bien plus que prévu.
— … Vu ta tête, ce n’est pas une erreur.
— Non.
Han Sion exposa ensuite la situation actuelle : Trois Mois, Cent Jours, Lion Entertainment, la chaîne M-Show.
Après avoir écouté posément, Choi Ji-woon dit :
— Tu me demandes un service, hein ?
— Oui. Simple.
— Ce n’est pas un montant qu’on envoie pour un « service simple ».
— Disons que c’est pour sceller notre relation professionnelle. J’aimerais pouvoir m’appuyer sur votre influence, de temps en temps.
Oui, ce qu’il voulait de Choi, c’était un appui.
Choi Ji-woon avait un réseau juridique colossal — ses taux de victoire étaient même suivis par les grands cabinets.
Son père était procureur général. Son grand-père maternel, président de la Cour suprême.
Tout est dit.
Dans le show-biz, le PDG Choi Dae-ho avait peut-être plus d’entregent.
Mais la société est un réseau.
Si Choi Ji-woon était de son côté, il pourrait esquiver la pression de Lion et de M-Show et atteindre ses objectifs.
— Quel service ?
— Il me faut un journaliste « société » — assez haut gradé pour ignorer la rubrique entertainment.
— … Ne me dis pas que tu veux révéler la vérité sur Coming Up Next ?
— Non. Ce n’est pas le moment.
Ça, ce serait pour plus tard — une fois la musique de Trois Mois, Cent Jours gravée dans la tête du public.
— Alors quoi ?
Quand il expliqua, les yeux de Choi Ji-woon s’écarquillèrent.
— … Tu veux vraiment faire ça ?