Chapitre 83
Traductrice : Moonkissed
La version polie : burn-out.
La moins raffinée : post-nut clarity.
L’ultra pas glamour : crash et retour à la réalité.
Ou alors ces deux derniers ne sont que deux noms pour la même chose.
Bref, j’ai déjà étudié pourquoi ce contre-coup nous tombe dessus après l’euphorie.
Quand on a vécu autant de régressions que moi, on est obligé.
C’est hormonal.
Après un pic de dopamine — motivation, accomplissement, tout ça — le niveau retombe sous la moyenne et, avec lui, la volonté d’avancer.
…Merde. Qu’est-ce que je fais, là ?
Je suis en train d’essayer de me justifier.
Disons-le simplement : j’ai crashé. Fort.
— …
Hier encore, j’ai tourné le dos à Take Scene et j’ai choisi de débuter avec Trois Mois, Cent Jours.
Le PDG Choi Tae-ho était furieux. Le PD Kang Seok-woo avait la tête de quelqu’un qui vient de voir un fantôme.
Et alors ?
J’ai dit que je ne le ferais pas. Point.
L’air s’est tendu, l’ambiance est devenue chaotique, on a bouclé le tournage, et on a fini à boire dans la champignonnière tenue par les parents de Koo Taehwan.
Jaesung, mineur, est resté au soda. Mais l’humeur ? Bonne.
Pour le registre, Saemiro a pleuré. Il a dit qu’il n’aurait jamais cru que je choisirais ça.
Pauvre type.
Jaesung l’a chambré sans pitié, le traitant de tendre. Pendant ce temps, Lee Ion… nettoyait.
Quand il est ivre, il fait du ménage compulsif. Le mec a briqué toute la maison d’hôtes comme un pro d’une société de nettoyage.
Le seul à être resté lucide et calme, c’est Taehwan. Même après avoir pas mal bu, il observait tout le monde comme si c’était une expérience personnelle.
Apparemment, son hobby, c’est observer les gens.
Le lendemain, après toutes ces bonnes ondes, le crash est venu.
Je ne regrette pas mon choix. Je referais pareil.
Mais pour un régresseur, c’était objectivement un mauvais coup.
On pourrait me dire : « Si tu vas vivre mille vies, pourquoi ne pas faire juste ce que tu veux dans l’une d’elles ? »
Ce n’est pas si simple.
J’ai déjà essayé le « juste ce que je veux » faire la fête sur les plages de Californie avec l’argent amassé aux boucles précédentes.
Mais ça voulait aussi dire renoncer aux 200 millions d’albums.
Et renoncer déclenche la régression.
C’est comme ça que mes règles fonctionnent.
Oui, on peut faire semblant de n’avoir rien lâché — vivre dans le déni une semaine, deux, un mois — enchaîner les soirées, se noyer dans l’alcool.
Mais un matin, on se réveille sur un yacht, la gueule de bois, entouré de paillettes et de bouteilles vides, et on se dit :
— Il n’y a pas de paradis au bout de la fuite.
Alors, pour survivre, il me faut cette mince espérance : peut-être qu’un jour, je vendrai 200 millions.
Même si je n’y arrive pas, je dois essayer.
Comme cette fois — où j’ai tenté de vivre la vie d’un « idol K-pop classique ».
Ce n’était pas abandonner. C’était de la préparation.
Mais vu sous cet angle, la situation actuelle de Trois Mois, Cent Jours est morose.
Coming Up Next se vendait comme — début immédiat pour le vainqueur, liberté de choix pour le perdant.
Techniquement, on peut aller où on veut maintenant.
Sauf que, soyons sérieux.
L’émission n’a pas fait flop — elle frôle les 10 % d’audience.
Un Coréen sur dix connaît nos noms.
Et Lion Entertainment — qui a financé tout le projet — nous laisserait partir ?
Aucune chance.
Ce serait passer pour des pigeons dans l’industrie.
La pression arrive.
— Si vous quittez Lion, vous ne débuterez nulle part.
— Vous ne tiendrez pas dans ce milieu.
Ce n’est pas du bluff.
Le PDG Choi Tae-ho a le poids pour ça.
Il existe des cas réels de stagiaires blacklistés pendant des années pour avoir contrarié la mauvaise agence.
Et n’oublions pas — on a aussi froissé M-Show.
Certes, ils n’ont pas perdu d’argent — audiences en flèche, pubs qui pleuvent, et les titres en tête des charts sont distribués par M-Show de toute façon.
Mais leur orgueil a pris un coup.
Ils étaient censés livrer Han SIon, emballé-cadeau, à Lion Entertainment.
Ils m’ont offert des montages favorables, ils m’ont facilité la vie — et moi, je suis… parti.
Ils ne peuvent pas se taire. Ce serait admettre qu’ils ont perdu la main.
Et je soupçonne — sans preuve — que M-Show devait toucher une part des revenus de Take Scene.
Sinon, pourquoi une chaîne lancerait-elle son propre show d’audition interne ?
Mon choix leur a coûté de l’argent bien réel.
Même s’ils ont profité de mon dos — ils appelleront ça une perte.
Et maintenant ?
Ils vont serrer la vis.
Me menacer.
Mettre la pression aux autres.
Je sais comment gérer ça, évidemment.
Je ne connais pas si bien la société coréenne, mais je connais le show-biz.
Il y a des voies.
Mais est-ce que les autres membres de Trois Mois, Cent Jours y croiront ?
Croire en ma musique, c’est une chose.
Croire que je peux déjouer un titan comme Lion, c’en est une autre.
Ion, Saemiro, Taehwan, Jaesung.
Jusqu’ici, ils ont été purs.
Ils se sont inquiétés pour moi. Ils ont voulu que je débute. Et ils ont agi en ce sens.
Mais bientôt, on va leur demander de peser leurs rêves face au réel.
On leur dira que rester avec moi, c’est dire adieu à la carrière d’idol.
Et, dans l’autre plateau, il n’y aura pas que la célébrité — il y aura peut-être leurs familles.
Trois Mois, Cent Jours — Lee Ion (21) : J’ai un rendez-vous avec le PD Kim Dal-in. J’y vais avec mes parents.
Trois Mois, Cent Jours — Koo Taehwan (20) : Le PD Kang vient à notre magasin, apparemment.
Trois Mois, Cent Jours — Choi Jaesung (18) : Quelqu’un vient me voir aussi. Mais pourquoi la chaîne ? Ce n’est pas plutôt l’affaire de Lion ?
Messages de notre groupe — envoyés il y a environ quatre heures.
Ils viennent de finir leurs rendez-vous, ou ils y sont en ce moment.
Le seul qui n’a rien écrit ?
Saemiro.
Vu son histoire, je doute que ses parents restent tranquilles.
Il est probablement la première chose de valeur qu’ils aient jamais eue.
Et moi ?
Zéro appel.
Pas à cause de la situation de mes parents — pour m’isoler.
Me fragiliser.
Brouiller mon jugement.
Allongé sur mon lit, je ruminais encore.
Avec ce rythme de tournage détraqué, je somnole à 19 h.
— …
Mais je n’avais pas envie de dormir.
J’avais l’impression que je ferais un cauchemar.
Du genre : Trois Mois, Cent Jours qui devient « For the Youth. »
Ou Coming Up Next diffusé sous le titre « Stage Number Zero. »
— …
Puis « c’est arrivé. »
Comme aspiré par un trou noir.
Le monde s’est vrillé et a défilé devant moi.
BWAAAAANG— !
Je me suis retrouvé à un carrefour.
…Sérieux ?
Je régresse encore ?
Alors que les membres n’ont même pas pris leur décision…
Ding-dong !
— …Argh.
De retour dans mon lit.
Je sens le matelas sous moi.
J’ai régressé et je me suis réveillé à l’hôpital ?
Non. Je me suis endormi et j’ai tout rêvé.
La sonnette m’a tiré du sommeil.
Une sonnette ?
Je jette un œil à l’horloge du mur en titubant vers le salon.
Un peu après 21 h.
Je n’ai dormi que deux heures ?
On aurait dit une éternité.
J’ouvre la porte — et je me fige.
La lumière du soleil entre à flots.
Pas 21 h — 9 h du matin. J’ai dormi toute la nuit.
Et sur le palier… les membres de Trois Mois, Cent Jours.
— Tu dormais, hein ?
— … ?
— Mec, regarde ta peau. Tu as dormi combien de temps ?
Je n’arrivais pas à suivre.
Tandis que je clignais bêtement des yeux, Ion s’avança.
— On peut entrer ?
— Comment vous savez où j’habite ?
— Tu ne répondais pas au téléphone, alors le PD Kang nous a donné ton adresse.
— …Entrez.
Je retrouve mon téléphone — mort sous la couette.
Une fois branché, il s’allume avec plus de vingt appels manqués : les membres, le PD Kang, le PDG Choi, même l’oncle Hyun-soo.
Oui. Ça me revient. Ce que je pensais avant de sombrer.
— Vous avez vu des PD hier ?
Taehwan hoche la tête.
— Ouais.
— Ils ont dit quoi ?
— Si je signe chez Lion, je débute dans les deux ans. C’est la voie la plus sûre, qu’ils disent. Aller ailleurs serait compliqué.
Pas faux.
— Et toi ?
— Mon père m’a dit de faire ce que je veux. Il a dit au PD de partir.
Ion et Jaesung ont raconté la même trame — avec une nuance différente.
— Mes parents m’ont toujours imaginé prof. Je crois qu’au fond, ça les rassure.
— Les miens aussi.
…Je ne l’avais pas vu venir.
Tous les parents ne rêvent pas d’un enfant dans le show-biz, visiblement.
Et Saemiro ?
— Je ferai ce que je veux.
Il avait des bleus au visage — mais le regard clair.
Et là, j’ai eu honte.
Hier je vrillais — et eux, ils étaient solides.
Ils vivent leur unique chance comme si elle comptait vraiment.
Au fond, c’est le régresseur le lâche.
Trop effrayé de se donner à fond parce qu’il pense qu’il aura toujours une autre chance.
Mais ça suffit.
Là, il faut devenir fort.
Alors j’ai demandé :
— D’accord. On s’est mis M-Show et Lion à dos. Quelqu’un a un plan ?
— On ne devrait pas chercher une agence preneuse ? proposa Taehwan.
Je secoua la tête.
Il n’y en aura pas.
Marcher sur les pieds de Lion, ce n’est pas juste eux — c’est un message à toute l’industrie.
C’est comme une boîte qui se bat jusqu’au bout sur un seul prud’hommes : pas pour l’indemnité, pour le précédent.
Si on s’en va propres, d’autres suivront.
— Des gens nous feront des offres, sans doute. Mais il faudra être méfiants.
Ça peut être de parfaits novices — ou pire, des rabatteurs de Lion.
La pièce s’est tue.
Ils commençaient à mesurer la complexité.
Alors Saemiro a demandé :
— Et toi ? T’as une bonne idée ?
Bien sûr.
Je ne savais juste pas comment l’expliquer — jusqu’à ce qu’un mot me vienne.
— Un club.
— …Hein ?
— On est un club d’idols.
Aucune agence. Aucun début officiel. Aucune music show.
Si Choi Tae-ho cogne vraiment, on disparaîtra peut-être même des charts.
Mais on vendra un nombre délirant d’albums.
On cumulera de centaines de millions de vues sur nos MVs.
On bossera avec des musiciens de premier plan. On rentrera au Billboard.
Moi aussi, je suis curieux.
Quand ce sera le cas — est-ce que l’industrie musicale coréenne pourra encore faire semblant qu’on n’existe pas ?
Mon objectif de devenir un idol « typique » est mort.
Maintenant, je veux voir jusqu’où je peux aller avec ces gens-là.