Chapitre 8
Traductrice : Moonkissed
COMING UP NEXT est vite devenu un sujet brûlant chez les aspirants idols,
même chez ceux qui connaissaient les intentions cachées derrière le programme.
— De toute façon, ça va être diffusé, non ? Que je reste dans l’agence ou que je parte après mon élimination — ça dépendra de moi.
Le monde ne suit pas toujours une logique raisonnable, mais ce n’était pas entièrement faux non plus.
Dans cette atmosphère, le nombre de candidatures pour Coming Up Next n’a cessé d’augmenter.
Certains étaient sûrs de leurs compétences, d’autres croyaient en leur histoire.
Mais Lion Entertainment avait un critère de sélection clair.
La Team B de Coming Up Next existait en fin de compte pour mettre en valeur la Team A — TakeScene.
Ils devaient toutefois garder en tête l’audimat et la possibilité de recruter de futurs trainees pour Lion Entertainment.
Ce qui signifiait que certaines choses comptaient plus que le talent brut.
D’abord, le visage.
Chez les idols, une belle apparence est à la fois un talent et un récit.
Certes, ceux qui ne reposent que sur le visuel et manquent de compétences se font critiquer…
…mais la Team B avait besoin de ces “murs de fleurs”.
Des garçons si beaux qu’ils gagnent d’emblée le soutien des téléspectateurs, mais qui, au fil des missions, montrent clairement leurs limites dans les fondamentaux face à TakeScene.
À travers eux, TakeScene peut développer un arc narratif convaincant de « surmonter l’adversité ».
Même s’ils ne sont pas tous renversants visuellement, le feu dans leurs yeux pour leur art donne l’impression qu’ils forcent le passage des obstacles.
Et si Lion Entertainment entraîne ces beaux gosses quelques années avant leurs débuts, l’agence obtient aussi, à moindre coût, un récit d’auto-progression :
— Dans Coming Up Next, il avait l’air d’un simple joli visage, mais il a tellement progressé avant ses débuts.
— On voit à quel point il a travaillé. Je suis fière.
— On aurait dit qu’il était ému sur sa scène de début — comme si ça lui rappelait le passé.
À partir du moment où les gens se mettent à dire ce genre de choses ? Partie gagnée.
Ensuite, la personnalité.
Peu importait que les membres de la Team B soient individuellement plus doués que TakeScene.
En fait, c’était l’idéal.
Mais côté cohésion d’équipe ? TakeScene devait dominer.
La Team B devait donc être un agrégat d’individualités fortes qui s’accordent mal.
Ils brillent dans les missions individuelles au début de l’émission, puis faiblissent dans les missions d’équipe.
Plus ils sont nombreux, plus TakeScene ressort.
Enfin, les passés tragiques.
N’importe quel type fonctionne.
Mais les meilleurs sont ceux qui tirent des larmes aux spectateurs.
Ces membres dopent l’audience et font le buzz.
Ils engendrent aussi de la fatigue.
C’est un crochet puissant une fois — deux, trois fois, et le public se sent inconsciemment vidé.
Ajoutez maintenant un peu de magie du montage :
On accentue les moments où les membres de la Team B paraissent trop susceptibles ou inflexibles.
Alors les membres de TakeScene, élevés dans du coton et sans tache, bénéficient d’un effet de charme inversé.
En bref, les histoires de la Team B étaient des cartes à jouer puis à jeter pour un succès initial.
La personne chargée de sélectionner les trainees de Coming Up Next chez Lion Entertainment était Choi Suyeon, la toute nouvelle responsable du développement.
Et elle avait parfaitement compris tout cela.
Puis—
— Han Sion. Le nom n’est pas mal.
Sur le papier, ce Han Sion cochait apparemment les trois cases.
Elle ne faisait pas une confiance aveugle aux photos de profil — mais il était clairement beau.
Et celui qui l’avait recommandé ? Lee Hyun-seok, patron du LB Studio.
Un type très bien vu dans le milieu, connu pour soutenir sans arrière-pensée les musiciens indé talentueux.
Et Han Sion, Lee l’encensait.
Zappant la première présélection en ligne et le deuxième entretien, Han Sion était passé directement en finale — grâce à Lee.
— Il a dit qu’il était bon en instruments et en composition ?
Si Lee était aussi impressionné, le gamin devait être solide. Ce qui voulait dire qu’il ne manquait sûrement pas d’individualité ni d’opinions tranchées.
Peut-être qu’il dégageait ce fameux vibe d’indé hipster ?
Et enfin…
— La situation familiale est assez lourde.
Ses parents avaient eu récemment un accident de voiture et se trouvaient maintenant en état végétatif.
Difficile à croire — certains trainees inventent des drames familiaux. Mais après vérification auprès de l’hôpital — c’était vrai.
Pas de diagnostic officiel encore, mais le médecin traitant — proche de la famille — retardait clairement l’inévitable.
La sensation fut percutante.
Un musicien indé talentueux qui se fichait des idols aurait brusquement changé à cause de l’accident de ses parents.
Peut-être voulait-il gagner de l’argent pour les soigner. Peut-être voulait-il que sa musique touche le ciel pour eux.
Quoi qu’il en soit, il avait postulé à Coming Up Next dans la précipitation.
— Tant qu’il n’est pas faux, il est pris.
S’il s’impose par la composition, même des lacunes en chant passeraient.
Les compositeurs ont en général le sens du rythme ; un peu de training rap et ça irait.
Sa candidature indiquait « vocal », toutefois.
— Chef d’équipe, on le laisse entrer ?
— Ouais. On commence.
Ainsi débutèrent les entretiens finaux du troisième tour avec trois jeunes responsables du développement de Lion Entertainment.
Huit candidats aujourd’hui.
Ils n’étaient pas obligés d’en prendre — mais s’ils le faisaient, un seul serait retenu.
— Bonjour ! Je m’appelle Jo Tae-su !
Le premier entretien démarra, et après quatre candidats—
— Je suis Han Sion.
Le cinquième, le plus attendu, entra.
J’ai passé une tonne d’auditions.
Aujourd’hui, quand quelqu’un veut entrer dans un domaine, il pense au potentiel.
Du genre :
« Si je deviens rappeur, est-ce que je peux vendre 200 millions d’albums ? »
« Si je gagne America’s Got Talent, est-ce que je peux bâtir une carrière durable ? »
« Quel est le plafond dans ce secteur ? »
Ce genre de choses.
Mais aux débuts de ma régression, quand j’étais encore un bleu, je ne réfléchissais pas comme ça.
Je sautais juste sur ce qui faisait le buzz.
Artiste solo avec une popularité modérée dans ma première vie, je suis apparu dans Stage Number Zero pour la seconde.
Même aujourd’hui, je trouve le nom idiot, mais je me souvenais d’une chose de ma première vie :
Stage Number Zero, alias StageNoZero, allait finir par enregistrer la meilleure audience nationale de l’histoire des émissions d’audition grand public — 17 %.
J’ai terminé deuxième.
Pour être honnête, à l’époque, mon niveau valait au mieux un Top 10 — pas une deuxième place.
Mais à cause de mon histoire tragique — mes parents en état végétatif — j’ai suscité une sympathie nationale.
Et cette sympathie a écrasé ma carrière lors de ma deuxième vie.
L’image que j’avais construite — déprimé, désespéré — m’a enfermé.
Quoi que je fasse, je n’arrivais pas à sortir de l’ombre de StageNoZero.
J’ai essayé de changer la donne avec une chanson printanière douce, mais le top commentaire sous le MV officiel ?
« Nos parents peuvent nous sembler éternels, mais un jour, ils partiront. Allez voir les cerisiers avec eux ce printemps. »
Fin de l’histoire.
Bordel. Ça m’énerve encore.
Bref, tout ça pour dire que j’ai de l’expérience en auditions. Beaucoup.
Je savais donc exactement ce que les jurés attendaient de moi.
Ils voulaient mon histoire.
Et ils n’attendaient rien de mon chant.
Mon histoire ?
Je ne suis pas contre la vendre.
Avant, je détestais parler de mes parents, mais plus maintenant.
Si je suis juste bon, l’histoire avale la musique.
Mais si je suis exceptionnel, la musique se suffit à elle-même.
Reste que c’est un problème s’ils n’attendent pas grand-chose de ma voix.
— Très bien, voyons tes compétences. On commence par le chant ?
— Le chant d’abord ? Je ne fais que ça, non ?
— Ton référent nous a dit que tu étais très à l’aise en performance et en composition.
— Je n’ai pas préparé d’instrument ni d’originaux. Désolé.
— …D’accord. Si tu le dis.
Choi Suyeon, l’intervieweuse, afficha une légère contrariété.
Sa voix traînait.
Peu importe.
Tant que je performe, ça ira.
— Tu commences par quoi ?
J’avais prévu deux chansons.
Une imposée par Lion Entertainment — à choisir parmi trois titres.
Et une libre.
— Je commence par la chanson imposée. Flower Language, s’il vous plaît.
Pour être honnête, je n’aime pas trop.
Les ballades coréennes du début des années 2000 ont souvent les mêmes enchaînements d’accords et la même palette sonore.
Ayant vécu jusque dans les années 2030, je les trouve un peu fades.
Pas des classiques intemporels, quoi.
Mais je l’ai choisie parce qu’elle correspond à mon niveau actuel.
J’ai encore besoin d’un vrai training vocal.
Si mon chant en tant que main vocal de GOTM valait 100, je suis peut-être à 50 aujourd’hui.
Donc un morceau propre et gérable était la meilleure option.
Avec l’expérience, je ne vais quand même pas perdre face à des mono-vie juste parce que je chante confort.
— On y va.
La piste démarra, avec le long intro typique des ballades 2000s.
Puis la chanson commença.
Pas d’émotions forcées.
Je me suis immergé, j’ai livré l’émotion, j’ai chanté net.
Pas de problème de justesse, pas de souci de rythme.
Si ton timbre n’est pas mauvais, faire les bases parfaitement te vaut l’étiquette de « grand chanteur ».
Même chez les pros.
Parce que les fondamentaux sont ce qu’il y a de plus dur.
Mais—
À la fin, l’expression de Choi Suyeon m’a agacé.
Un léger froncement. Un regard ambigu.
— …Merci.
Pourquoi ?
Mon chant n’avait rien d’ambigu.
C’est un fait prouvé par des années d’expérience.
Certes, les goûts varient. Certains trouveront ça « juste bien ».
Mais même ce « bien » surclasserait facilement les autres candidats.
Peut-être que j’ai vécu trop longtemps aux États-Unis et que je ne colle pas à la vibe K-pop ?
— Vous avez déposé un MR pour votre titre libre. Tony Bright, c’est ça ? C’est de qui ?
— C’est chanté par Melisma. Sorti dans les années 1940.
— C’est du R&B ?
— L’original est du Delta Blues, mais je l’ai arrangé en Chicago Blues.
— Oh, d’accord… Allons-y.
Quand le MR s’est lancé, des batteries funky et une guitare électrique ont jailli.
Je garantis que personne ne peut écouter ça sans bouger.
Au minimum, la tête ondule, le doigt tape.
Comme prévu, le visage des intervieweurs a changé.
Clairement, ce n’était pas le « blues » qu’ils imaginaient.
Le Delta Blues a des rythmes marqués, un chant puissant, beaucoup de slide guitar.
Je l’ai refondu en Chicago Blues avec guitare électrique.
Franchement, on n’est pas loin de la pop électronique moderne.
Je hochai la tête sur le beat et attrapai le micro.
🎵 La gitane a dit à ma mère / Avant ma naissance— ! 🎵
Je tranchai à travers la guitare électrique avec une entrée syncopée, en abaissant la hauteur d’un demi-ton.
Et pourtant, mon souffle restait posé, je me recalai sur le temps.
🎵 « Tu attends un garçon. » / Il sera un sacré gaillard. 🎵
Je remonte alors les notes baissées par demi-tons.
Du temps fort à la syncope.
La mélodie en montagnes russes délivrait un frisson auditif, chaque note frôlant l’arête du tempo.
C’est mon terrain.
Et ce que j’aime.
Rien d’étrange.
Le R&B moderne vient du blues.
R&B signifie littéralement Rhythm and Blues.
🎵 Il va rendre toutes / les filles hysteriques 🎵
Je propulsai la note très haut d’un coup, en falsetto, puis je retombai sur un grave vibré pour grossir le volume.
En 12 mesures, j’ai montré :
Ce que je peux chanter.
Ça aurait dû effacer toute ambiguïté…
Du moins, c’est ce que je croyais — jusqu’à voir le visage de Choi Suyeon.
Elle n’était pas seulement impressionnée.
Elle avait l’air embarrassée.
Pourquoi cette expression ?
Ce n’était pas la direction qu’ils voulaient ?
Mais avec ce niveau, la direction ne devrait pas compter.
Peut-être fallait-il en montrer plus.
Je resserre le micro et je plonge plus profond dans la chanson.
— …
— …
— …
Les trois jeunes responsables du développement, ce jour-là, restèrent silencieux.
Depuis que Han Sion était parti, l’air un peu déçu—
La même question leur trottait en tête :
Ce gamin…
Si on le choisit…
Est-ce qu’il pourrait débuter avec TakeScene… ?
Note : La chanson qu’il a chanté est I’m Your Hoochie Coochie Man. On l’a retrouve facilement sur youtube.