Chapitre 77
Traductrice : Moonkissed
Ma première pensée a été : « C’est pour le tournage ? »
Sinon, comment les membres de Trois Mois, Cent Jours auraient-ils pu connaître la chambre d’hôpital de mes parents ?
Mais il n’y avait pas de caméras derrière nous. Pas de caméras fixes non plus.
Comme s’il lisait dans mes pensées, Ion a pris la parole.
— On a demandé au mentor au resto. Qu’il contacte la prod pour se renseigner.
— …Quand je suis allé aux toilettes ?
— Ouais.
Voilà pourquoi ils avaient changé de sujet si vite quand j’étais revenu.
Je comprenais la situation.
Mais…
Eux, je ne les comprenais pas.
On est déjà au bout.
Je vais débuter avec TakeScene. Eux resteront chez Lion.
Et même ça, ce n’est pas gravé dans le marbre—certains rateront peut-être le début, d’autres partiront dans d’autres agences.
Il n’y a aucune raison d’aller aussi loin.
C’est là qu’On Saemiro a lancé de la musique sur son téléphone.
— Je me suis dit que ta chanson avait sûrement déjà atteint cette chambre.
Koo Taehwan a enchaîné après Ion.
— Autant qu’ils entendent la nouvelle en avant-première, non ?
La chanson que j’ai composée à cause d’On Saemiro.
Le genre choisi par Choi Jaesung.
L’intro demandée par Koo Taehwan.
Le pré-refrain porté par Ion.
La chanson que j’ai faite.
« Trois Mois, Cent Jours. »
C’était un son discret.
Pas même de quoi remplir la chambre.
Quelqu’un s’est mis à fredonner doucement.
Puis, un par un, les autres ont commencé à fredonner leurs parties—sauf moi.
♬♪♪♪♪♪~
Entre leurs voix—
Le bip du scope de mes parents.
Le ronronnement de l’humidificateur.
Le chant des oiseaux derrière la fenêtre.
La brise de début d’été qui tape contre la vitre.
Et mes sanglots, en fond.
La veille de la finale, Eddie est venu me voir.
— Hé. Alors demain, c’est déjà la fin, hein ?
— Difficile de dire “déjà”. Ça a été long.
— J’ai écouté ta chanson. “Trois Mois, Sang Jours” ?
J’ai reniflé au massacre de prononciation d’Eddie.
— Alors ? Verdict ?
— C’est une bonne chanson. Ça aurait été encore mieux en deep house, cela dit.
— Comme ça, ça marche mieux pour la K-pop.
— Ah, au fait, t’as entendu ? Alex est reparti l’air totalement abasourdi.
Le manager de Chris Edwards, Alex, était récemment venu, contrat en main et confiance au plafond.
Il disait qu’il suivait tout depuis un moment et qu’ils ne pouvaient pas me rater. Qu’il avait convaincu la boîte.
— Une prime de signature pareille, c’est du jamais-vu.
Il ne mentait pas.
Le montant était impensable pour un artiste asiatique inconnu.
Un truc qu’on n’offre qu’à des artistes déjà bien installés, même aux États-Unis.
Mais j’ai décliné.
Parce que Billboard n’est pas mon but final.
Alex était sidéré.
Il s’attendait à négocier—pas à un refus net.
Il n’a pourtant pas lâché. M’a dit de le retrouver si jamais je passais aux U.S.
Qui sait ? Un distributeur, ça aide énormément pour une percée américaine.
— Mais je te l’avais dit, non ? Je ne signe rien.
— Un manager entend ça comme : “Donnez-moi plus d’argent !”
— Bon, c’est pas complètement faux. Bref—bon vol.
On s’est serré la main en rigolant.
Il devait rentrer pour un gros projet HBO, et il a dit qu’il irait aussi repérer quelques musiciens que je lui avais présentés.
Au passage, Eddie sait tout de l’envers du décor de Coming Up Next.
Comme je m’y attendais, on lui a demandé de donner un avis négatif sur Crossroads.
Évidemment, il a refusé.
Ils croyaient vraiment qu’un compositeur n°1 Billboard allait s’aplatir ?
Alors il a zappé le reste de son planning et a pris l’avion.
Il n’aimait pas l’ambiance.
Je comprends PD Kang Seokwoo, cela dit. C’est du business.
— Sion, on se voit aux States, OK ?
— Ouais.
Ça devait être notre au revoir.
Mais Eddie, déjà loin, a soudain fait demi-tour et est revenu.
— Quoi ? T’as oublié un truc ?
— T’es bizarre.
— Tu veux dire que je te parais familier ?
— Non—je veux dire que c’est bizarre que tu angoisses.
— …?
— Quelqu’un avec ton talent n’a pas à angoisser. Ni à avoir peur. Ni à calculer.
Il a continué.
— Lâche-toi. Les gens ont l’air indifférents, mais ils ne le sont pas. Il y en a plein qui capteront le cœur de ta musique. Des gens comme moi.
J’ai esquissé un sourire et hoché la tête.
— Ouais.
Sans l’anxiété, je n’aurais pas vendu 200 millions d’albums.
Au mieux 30 millions.
Mais je n’ai pas clôturé là-dessus.
Même si c’était mal parti, Eddie et moi sommes devenus amis, d’une façon ou d’une autre.
Un jour de plus a passé.
Et c’était enfin le matin de la dernière mission de Coming Up Next : chanson libre.
2 000 spectateurs ont commencé à affluer dans la salle.
Pour une émission d’idols sur le câble—c’était du jamais-vu.
Au stade de la planification, proposer ça aurait paru dingue.
Mais là, c’était faisable.
Audience moyenne : 8,4 %
Région capitale : 8,9 %
Pic minute : 10,2 %
Les audiences de l’épisode 6 étaient monstrueuses.
Et grimpaient encore.
D’ordinaire, les auditions baissent sur la fin parce que des candidats sont éliminés.
Quand ton favori saute, tu décroches.
Mais Coming Up Next n’avait aucune élimination—alors les gens sont restés.
Bien sûr, pas d’éliminations peut réduire la tension et plomber l’engagement.
Mais l’émission a complètement comblé cette faiblesse.
Grâce à Han Sion.
Surtout l’impact de Seoul Town Funk.
Beaucoup de spectateurs n’aimaient pas les idols—mais ils aimaient Han Sion.
Particulièrement des hommes de 20–30 ans. Les mecs qui, d’habitude, évitent ce genre d’émission.
Ils se connectaient juste pour moi.
Ils voulaient plus de solos. Des missions plus exigeantes.
En ce sens, ils rejetaient totalement le concept de l’émission.
Si le premier duel d’équipes (mission Création originale) avait foiré, ces spectateurs seraient partis.
Mais je les ai accrochés.
Seoul Town Funk était le genre de scène qui fait tendre l’oreille même aux non-fans d’idols.
C’est là que les gens ont réalisé :
— Oh ? Les scènes de groupe, c’est en fait fun.
Et les audiences n’ont pas chuté.
Maintenant, certains espéraient que l’épisode 7 passe à deux chiffres.
Dans les coulisses, la prod s’affairait.
— Et les banderoles et light sticks ?
— On a échangé ou retiré ce qu’il fallait.
— Bien. Faut pas que ça donne l’impression que seuls TakeScene sont acclamés.
— On revérifiera avant le début.
La vérité, c’est que la plupart du public d’aujourd’hui était là pour TakeScene.
Les producteurs les avaient filtrés, puisque les votes du public compteraient pour le résultat final.
Certains ont demandé si c’était même nécessaire—les juges n’allaient-ils pas choisir TakeScene de toute façon ?
Mais PD Kang Seokwoo ne voyait pas les choses comme ça.
En partie à cause des scènes précédentes de Trois Mois, Cent Jours.
En partie à cause de ce qu’il avait vu pendant les dernières répètes.
— C’était glaçant.
Il avait observé Trois Mois, Cent Jours serrer les dents pendant deux semaines, sous ma direction chirurgicale.
C’était glaçant de les voir devenir aiguisés à ce point.
Pour être honnête, c’était presque à regret qu’il avait dû couper leurs moments d’alchimie pour tout centrer sur moi.
— On est en place !
La voix d’un assistant réal m’a ramené au présent.
La nostalgie, plus tard.
D’abord, finir l’émission.
Et puis…
— Ce sont de bons gamins.
Grâce à Trois Mois, Cent Jours, cette finale pourrait être magnifique.
Et le rideau s’est levé sur le dernier show.
Étrangement, l’opening venait des juges : Blue, Chae Taeho, Yoo Sunhwa et Lee Changjoon.
C’était surtout l’idée de Blue.
Il était stressé par des commentaires en ligne du genre :
— Je sais pas pour les autres, mais Blue n’a aucune légitimité pour juger qui que ce soit.
— À l’époque de Blue, les standards des idols étaient bien plus bas.
Leur performance ? Plutôt solide.
Blue et Yoo Sunhwa ont sorti des voix puissantes.
Chae Taeho et Lee Changjoon ont joué les clowns.
Le fait qu’ils se refilent sans cesse les parties rap a fait rire la salle.
Une fois la chanson finie, les quatre se sont assis au jury en souriant.
— Ouf, c’était dur. Ça m’a rappelé à quel point nos candidats ont galéré.
— Yoo Sunhwa, un conseil pour Chae Taeho et Lee Changjoon ? a lancé Blue.
Yoo Sunhwa a esquissé un sourire et pris le micro.
— Réincarnez-vous.
La salle a explosé d’applaudissements au ping-pong des juges.
Sur cet élan, l’émission a teasé une — scène spéciale.
Normalement, ça implique des éliminés.
Mais Coming Up Next n’en avait pas.
Le public a penché la tête—jusqu’à l’annonce des duos.
Koo Taehwan – Ready
On Saemiro – Jooyeon
Choi Jaesung – Fade
Ion – C.U
Han Sion – EyeLevel
Pendant ce temps, en coulisses :
— Wow. C’est violent. Ils balancent des comparaisons directes comme ça.
— À part Han Sion, TakeScene gagne probablement chaque face-à-face.
— MDR pauvre EyeLevel. Tombé sur Han Sion.
— Attends, ils font ça et un duel d’équipes ? Ils vont finir vidés.
— Vu les morceaux, ça a l’air plus vocal que chorégraphié.
— C’est un duo, pas un combat !
— Qui peut voir ça comme un simple duo ?
Au moment où les fans d’idols, chanceux d’avoir eu des places, ont commencé à live-poster…
Deux gars ont posé le pied sur scène.
Koo Taehwan et Ready.
Leur duo, c’était I’m Dying—un tube célèbre, à l’origine par un rappeur masculin et la main vocal de WayFromFlower.
Comme la plupart des collabs, le rappeur prend les couplets, le vocaliste le refrain.
Mais il y avait un twist : les paroles.
Les deux voix se reprochent et s’accusent.
Bien sûr, le message original, c’est « je te hais tellement que je t’aime, j’en meurs, mais… »
Koo Taehwan et Ready ont choisi de l’interpréter autrement—comme une rivalité, pas un conflit amoureux.
Ils ont même fait réécrire les paroles et ont demandé l’aval des mentors.
Une fois les deux d’accord, feux verts.
Mais tout ça, c’était le plan de Han Sion.
Faire en sorte que Koo Taehwan batte Ready.