Chapitre 76
Traductrice : Moonkissed
Les membres ont hésité une seconde, puis ont souri, détendus, en hochant la tête.
— Bien sûr qu’on savait. Tu te balades avec une tête coupable—comment on pourrait ne pas remarquer ?
Moi ?
Je jouais un rôle.
— Franchement, c’était flagrant, a ajouté Jaesung.
Au final, je n’ai pas eu d’autre choix que d’admettre.
Je me doutais déjà d’avoir été plus émotif que d’habitude.
— Vous avez compris jusqu’à quel point ? Et comment ?
— On savait déjà que la prod poussait TakeScene… mais ce n’est pas comme ça qu’on l’a deviné.
— Alors comment ?
— Tu agissais un peu différemment. Tu faisais tout comme d’habitude, mais on te sentait raide. Pas hostile, plutôt comme une tortue qui rentre la tête dans sa carapace.
— …
— C’est là que Taehwan a tilté.
Taehwan, hein ?
Il capte vite.
Mais Trois Mois, Cent Jours n’avait pas deviné toute la vérité.
— Donc, tu es le seul de Trois Mois, Cent Jours à débuter, c’est ça ?
De leur point de vue, c’était la conclusion logique.
Alors je leur ai dit la vraie histoire.
Quand j’ai dit que je débuterais avec TakeScene, Taehwan a laissé échapper un « hein ? » perplexe.
— TakeScene ? Sérieusement ?
— Je ne m’y attendais pas… Ça va bien se passer ? Vous étiez en compète il y a deux minutes.
— Oublie ça—et Fade ? Vous deux, c’est le pire duo possible, non ?
Un truc clochait.
Ils avaient déjà accepté l’idée que je débute avec TakeScene comme si c’était acté.
Sans doute à cause de cette conversation :
— Sion, tu es venu dans cette émission pour que tes parents entendent ta voix depuis l’hôpital, c’est ça ?
— Un peu. C’est aussi pour ça que je veux débuter au plus vite.
Pour moi, c’était une phrase en l’air. Même plus quelque chose qui me rend triste.
Mais eux ne l’ont pas pris comme ça.
Ils ont considéré ma situation plus sérieusement que la leur.
Et ça, ce n’est pas facile.
J’ai rencontré beaucoup de gens, et j’ai appris une chose sur l’empathie :
On ne peut vraiment penser aux autres que quand sa propre situation est sécurisée.
La plupart ont besoin d’être sûrs qu’ils ne souffriront pas de leur gentillesse.
Alors, qu’est-ce que ça dit de Trois Mois, Cent Jours ?
Ils savent que mon début a grignoté leur temps d’antenne.
Puis On Saemiro a pris la parole.
— Ne t’en fais pas. Ni pour nous, ni pour les spectateurs.
— Les spectateurs ?
— Je veux dire que personne ne t’en voudra.
— Impossible. Ceux qui soutenaient Trois Mois, Cent Jours vont me détester.
Ça ne me blessera pas—mais je suis sûr que ça arrivera.
Mais On Saemiro a esquissé un sourire confiant, pas son style habituel.
— Nous, on ne pense pas.
Je ne comprenais pas.
Un silence a passé. Dans ce silence, j’ai pris une décision.
— D’accord. Alors je peux vous dire ce que moi je pense ?
— Tes pensées ? À propos de quoi ?
— D’abord, vous savez ce que signifie vraiment la scène en duo ?
— C’est pas juste une scène festive ?
— Non.
Quand j’ai expliqué ce que j’avais compris, les membres ont clairement vacillé.
— Mais comment tu captes des trucs comme ça ?
— C’est évident. Je vous dis la vraie signification de la mission chanson libre, aussi ?
— Ça a une signification, ça aussi ?
— Lion bichonne TakeScene avec de grandes ambitions. Leur titre de début, c’est Scene Stealer, mais vous pensez qu’ils n’ont préparé que celui-là ?
Évidemment que non.
Ils ont dû collecter des dizaines de morceaux, réduire à deux ou trois, et se torturer pour le choix final.
— Il y a de fortes chances qu’ils chantent un de ces titres. Peut-être même la chanson prévue juste après leur single de début.
Avec Coming Up Next qui buzz autant, ils peuvent se permettre de tester.
En y repensant, si on m’a dissuadé subtilement de faire un original, c’est peut-être parce qu’eux aussi comptent présenter des inédits.
Ça ferait bizarre si les deux scènes sortaient des titres inconnus.
— En d’autres termes, quoi qu’on fasse, l’épisode final sera monté pour que TakeScene sorte vainqueur. Quitte à fabriquer des scènes.
— Ouais… ça se tient.
— Mais.
J’ai balayé l’équipe du regard.
— Je veux qu’on gagne en vrai. Au point que les 2 000 spectateurs penchent la tête, perplexes. Au point qu’ils refusent d’accepter l’évaluation des juges. Au point que les forums de l’émission se fassent inonder de posts de protestation.
C’est ce que je ressens vraiment.
Je préfère Trois Mois, Cent Jours à TakeScene.
Je veux les voir réussir.
Même si je disparais, je veux qu’il existe un moment où leur potentiel éclot.
Un jalon pour grimper.
Bien sûr, je sais que c’est, au fond, égoïste—une manière d’alléger ma culpabilité.
Quoi que je ressente, je ne refuserai pas la voie la plus rapide vers le début.
Mais si ma satisfaction peut aussi devenir la leur…
— Alors allons à fond. Détruisons complètement TakeScene.
Ça me va.
Les juges ont choisi les morceaux pour les duos.
— Taehwan et Ready chanteront ça…
Comme prévu, même les parts étaient préassignées.
Pendant que Trois Mois, Cent Jours et TakeScene attaquaient leurs répètes de duo, j’ai commencé à arranger la chanson pour notre dernière mission.
En parallèle, j’ai lancé l’entraînement des membres.
J’avais toujours retenu ma main devant les caméras pour ne pas paraître arrogant, mais là ? Peu importe.
Coming Up Next doit envoyer Han Sion chez Lion Entertainment impeccable et polish.
Ils ne diffuseront rien qui me fasse mal paraître.
Celui dans lequel j’ai investi le plus de temps, c’est Ion.
Il n’a que deux mesures—mais ce sont les plus dures.
— D’abord, il faut entraîner l’oreille. Tu ne peux pas sortir le bon son si tu ne l’entends pas correctement.
Je l’ai assis devant un piano et j’ai enfoncé les touches lentement.
— D’après toi, c’est quoi ces notes ?
— Euh… do, mi, la, sol ?
— Correct. Bien. Maintenant on tente deux sons combinés.
— …fa et ré ?
— Maintenant, des demi-tons.
Il s’avère qu’Ion avait un peu d’ear training.
Il avait visiblement préparé un temps un concours d’entrée en fac d’arts.
— Et comment tu t’es retrouvé en agence, alors ?
— J’ai commencé la musique pratique, tu sais, ce qu’on fait pour préparer les auditions… académie de musique pratique.
— Je sais ce que c’est, tu sais.
Entre-temps, les autres de Trois Mois, Cent Jours se sont rapprochés.
Ils devaient être curieux du passé d’Ion.
La raison pour laquelle il a rejoint une agence n’avait rien de spécial.
— À cause de ma tête.
— …Hyung, t’es le roi pour être sans gêne de la manière la plus… sans gêne.
— Ouais. Au moins Sion se vante honnêtement.
Moi ? Je ne me suis jamais vanté.
Mais la raison pour laquelle il a quitté l’agence ? Plus sérieux.
— Ils arrêtaient pas d’essayer de me traîner à des soirées. Ils repoussaient les répètes pour ça.
— Des soirées avec… ?
— Des annonceurs.
— Attends, même des hommes ?
— Les deux.
— Tu faisais des pubs ?
— Des trucs où il faut une tête lambda.
Ce genre de choses arrive partout.
Les États-Unis ne font pas différemment.
Ce qui compte, c’est qu’Ion s’en est sorti proprement.
Les grosses agences te protègent de ce genre de trucs.
Lion ne le forcerait jamais dans ce genre de situation.
— Alors je suis parti. Net, parce que j’avais des enregistrements audio de ce que disait le chef d’équipe.
Ah. Voilà pourquoi il a dégommé son ancienne agence dès l’épisode 1.
Une fois son récit fini, les autres ont naturellement raconté les leurs.
Je connaissais déjà le passif d’On Saemiro.
Taehwan n’avait pas grand-chose à dire.
— J’ai juste vécu une bonne vie…
À part la difficulté à s’intégrer enfant parce qu’il allait trop vite, c’était paisible.
Ce n’est pas une mauvaise chose.
C’est une chance.
L’histoire de Jaesung était un peu floue.
Il a dit que la pression familiale le faisait se sentir déplacé, ce qui lui a donné envie de devenir un idol aimé.
Mais la vraie question : quelle pression ?
Il a survolé, et aucun de nous n’a creusé.
— OK, la pause est finie. On y retourne. On Saemiro.
Le suivant sur qui j’ai concentré l’entraînement, c’est On Saemiro.
Il a cartonné sur Crossroads, et c’est maintenant le moment crucial.
Il commence enfin à lâcher son complexe de pauvreté—et sa jalousie envers moi—et à se regarder en face.
À partir d’ici, il va absorber tout ce que je lui donne comme une éponge.
Donc l’enseignement doit être bon.
— Tu as tendance à trop annoncer tes phrases. Genre, “je vais chanter ! Ça arrive ! Tout le monde, écoute !” Ce genre de vibe.
— C’est… mauvais ?
— Ouais. Tu as déjà entendu l’expression son “umami” ?
— Bien sûr.
— C’est quoi l’umami ? Une saveur. Une richesse que tu ne sens que quand le goût persiste. Mais toi, tu zappes cette partie.
— Ah, parce que je prépare la ligne suivante trop tôt ?
— Exactement. Tu forces la prochaine saveur avant que la précédente ait eu le temps de tenir. Ça passe sur des tempos rapides—mais sur des morceaux plus lents ? Ça se voit.
J’ai pointé tous les problèmes que j’avais repérés dans son chant.
Même s’il ne comprend pas tout de suite, je lui ai dit de mémoriser.
La plupart des coachs vocaux n’enseignent pas ça.
Soit ils ne le voient pas, soit ils pensent que c’est un truc qui vient avec l’âge.
Mais je ne vois pas les choses comme ça.
Si tu veux revendiquer la responsabilité de la vie de quelqu’un, tu dois pouvoir tout lui enseigner.
Bien sûr, On Saemiro n’est pas ma responsabilité.
Mais je peux quand même lui apprendre.
— Donc, à ce passage—
J’étais en plein topo quand Taehwan m’a tapoté l’épaule.
— Quoi ?
— Tu n’es pas en train de harceler On Saemiro, hein ?
— Moi ? Pourquoi ?
— Tu parles du mouvement de la racine de la langue depuis genre une heure.
— …Ça fait une heure ?
J’ai peut-être un peu abusé.
— Cela dit, c’est utile à apprendre.
J’ai demandé à On Saemiro s’il avait mémorisé—en fait, il avait tout simplement enregistré.
Les smartphones, c’est incroyable.
À mon époque…
Enfin, je suis de l’époque smartphone.
Après ça, j’ai entraîné Jaesung et Taehwan, puis je me suis enfermé au studio pour bosser la chanson finale.
Alors que la préparation de la dernière scène avançait, les épisodes 5 et 6 sont sortis.
Le clou de l’épisode 5, c’était Seoul Town Funk.
La performance a déclenché une réaction énorme du public.
Tout le monde connaît Uptown Funk, même sans aimer la musique.
Et Seoul Town Funk a tenu la dragée haute.
Pas au niveau vocal—impossible de rivaliser avec l’artiste original.
Mais l’arrangement était solide. Il a gardé l’ADN du morceau en ajoutant du neuf.
En plus, truc auquel je ne m’attendais pas—l’usage d’instruments traditionnels coréens a marqué des points auprès du grand public.
Le concept voyage dans le temps a aussi parlé aux fans d’idols.
— TimeTravelTimeTravelTimeTravelTimeTravelTimeTravelTimeTravelTimeTravel !!
— Trois Mois, Cent Jours bande de tarés débutez déjà ㅠㅠㅠㅠㅠ
— Smash EarthㅠㅠㅠSmash the UniverseㅠㅠㅠSmash Timeㅠㅠㅠ
Je ne sais pas pourquoi il faut détruire la Terre et l’univers, mais apparemment, ça veut dire qu’ils ont adoré.
Jaesung m’a dit que les fans disent ensuite qu’ils vont “invoquer un appartement” ?
Oui, j’ai assez de sens pour savoir qu’il se foutait de moi.
Les fans ne sont pas Thanos.
Heureusement, la prod n’a pas tripatouillé Seoul Town Funk.
Mais ils ont braqué les projecteurs sur moi.
Ils ont cadré la scène comme existant grâce à moi, me montrant comme celui qui portait l’équipe.
Ce n’est pas faux pour la préparation.
Mais sur scène ? C’étaient eux.
Ce sont eux qui se sont immergés, qui ont explosé, qui l’ont faite vivre.
Le temps a passé, et il reste deux jours avant la finale.
Demain, c’est repos, donc aujourd’hui, c’est notre dernière répétition.
Mais là, menés par Ion, les membres ont insisté pour qu’on aille quelque part.
— Où exactement ?
— Tu verras sur place.
— Ce n’est pas pour m’embarquer faire des photos, j’espère ?
— Quoi ? Bien sûr que non.
Au final, j’ai cédé à leur entêtement.
Et comme ça—
Bip—Bip—Bip—
On est arrivés dans la chambre d’hôpital de mes parents.