Chapitre 75
Traductrice : Moonkissed
À un moment, je l’avais dit à l’équipe.
Si le rythme de diffusion continuait comme ça, il y avait de fortes chances qu’une des missions saute.
Mon intuition est devenue réalité.
Les cinq missions prévues sont passées à quatre.
Ce qui veut dire que c’est notre dernière scène en tant que Trois Mois, Cent Jours.
Le thème de la mission finale…
— C’est une mission chanson libre.
Chanson libre.
— N’importe quelle chanson convient. Vous pouvez réutiliser un titre déjà joué ou présenter un morceau original.
Le PDG Chae Taeho a jeté un œil dans ma direction.
Je me suis dit que c’était parce que je suis le seul à pouvoir sortir un self-composed… mais peut-être pas.
Ça ressemblait plutôt à un sous-entendu : n’en fais pas.
Quand une émission buzze à ce point, choisir un tube connu est l’option la plus sûre.
Je comprends son point de vue, mais—bref.
Je viens quand même du pays de la liberté.
Ça ne veut pas dire que j’ai déjà décidé.
— Pour la finale, on invite 2 000 spectateurs. On prépare donc quelque chose de spécial pour les divertir.
Je le sens.
Ils vont mixer Trois Mois, Cent Jours et TakeScene.
Effectivement, le PDG Chae Taeho prononce — performança en duo et enchaîna tout de suite avec les binômes :
Koo Taehwan – Ready
On Saemiro – Jooyeon
Choi Jaesung – Fade
Ion – C.U
Han Sion – EyeLevel
C’est moi ou l’intention est archi visible ?
À première vue, ça semble aléatoire. Mais c’est clairement pensé pour que TakeScene ressorte.
Rien qu’avec Taehwan et Ready, c’est flagrant.
Taehwan pose une vibe forte en intro, et Ready, en rappeur, sait monter l’énergie.
Donc, s’ils jouent ensemble, c’est inévitable : Ready complètera la scène amorcée par Taehwan.
Comme si Taehwan faisait la passe, et Ready claquait le smash.
Même si Taehwan prend le refrain, ça ne change rien.
Et ce n’est pas tout.
On Saemiro avec Joo Yeon ? Duel vocal pur.
Jaesung avec Fade ? Mauvais match.
Jaesung est un vocaliste équilibré, sans gros point faible. Fade manque de puissance, mais compense par l’expression et l’immersion scénique.
Je n’aime pas Fade, mais soyons honnêtes.
En duo, Jaesung a la meilleure note globale, mais Fade vole la vedette.
C’est comme ça. Jaesung apporte de la stabilité à un groupe, mais il est difficile à mettre en avant en duo.
Jusque-là, je pense que mon analyse est juste.
Mais je ne comprenais pas pourquoi Ion était avec C.U.
Ion a un léger avantage vocal, mais côté visuel…
Ah. Je vois.
C.U s’est forgé une image forte pendant l’émission : le personnage faible en visuel, en chant et en danse mais qui n’abandonne jamais.
Si tu l’associes à Ion, qu’est-ce qui se passe ?
Le public va soutenir C.U. Automatiquement.
Parce que le duel a l’air injuste dès le départ.
Le récit de l’outsider, ça marche toujours.
En d’autres termes, chaque duo est conçu pour faire briller TakeScene—sauf le mien.
Et franchement ? Ça ne me dérange pas.
On sent que l’équipe de prod a réfléchi.
Et leur objectif a du sens.
Mais quand même—ce n’est pas un peu abusé ?
Les scènes principales sont massacrées au montage, les juges mentent dans leurs retours…
Ils pourraient au moins laisser une scène événement se jouer à la loyale, non ?
Ce n’est même pas un vrai match, ce duo.
……
Qu’est-ce que je suis en train de faire ?
Si mes futurs coéquipiers sont bien reçus par le public, c’est positif.
C’est vrai, je suis plus proche des membres de Trois Mois, Cent Jours en ce moment—mais ça ne veut pas dire que mon jugement doit devenir émotionnel.
Notre lien s’efface en une seule régression, de toute façon.
Si je ne réapparais pas dans Coming Up Next au tour suivant, on sera juste des inconnus.
Pas besoin d’être sentimental.
Alors que je me répétais ça, les juges se sont scindés en deux groupes de mentors.
Blue et Lee Changjoon ont pris Trois Mois, Cent Jours.
Yoo Sunhwa et Chae Taeho ont pris TakeScene.
Peu après, on est allés dans un restaurant—clairement un sponsor—avec nos mentors.
On ne ferait pas 40 minutes de route depuis Pocheon juste pour dîner, sinon.
— Vous avez vraiment bien bossé.
— Vous aussi, Juge !
— Merci !
— Ce n’est pas fini, vous savez.
Blue a souri.
— Ce n’est pas terminé, mais ça fait bizarre de préparer la dernière performance, pas vrai ?
— Oui. Vraiment bizarre.
— Alors—vous voulez faire quelle chanson ?
— Hm, peut-être que Sion a une idée ?
— Tu me refiles ça, maintenant ?
— Il a gagné la confiance, quand même. Seoul Town Funk… ça a prouvé des choses.
Ion a un peu hésité, et, de l’autre côté de la table, Lee Changjoon a lâché une pique cash.
— Honnêtement, tu l’as un peu amère, non ?
— Pardon ?
— Tu as vu l’épisode. Vous aviez des moments forts aussi, mais ils n’ont montré que les faiblesses.
— Ce n’est pas grave. Ils n’ont rien inventé non plus.
— Écoutez. Vous allez débuter. Je sais que je vous reverrai en plateau un jour. Alors laissez-moi vous donner un conseil de senior.
Lee Changjoon a déroulé la mécanique derrière Coming Up Next.
Que le début de TakeScene est inévitable.
Que l’argent derrière est énorme.
Mais aussi qu’on finit de toute façon par débuter chez Lion.
Et sinon—il fonderait son propre label pour nous signer. (Mais bien sûr.)
C’était un geste préventif pour éviter un dérapage de Trois Mois, Cent Jours—jouer la franchise en gage de paix.
Sauf que, franchement ?
Ça ne fait pas plaisir.
Vous truquez vos évaluations, vous biaisiez le montage—et maintenant vous voulez justifier tout ça ?
Je ne suis pas un saint, non plus.
J’ai commis assez de péchés.
Au début de mes régressions, je volais des occasions, j’attaquais les autres pour attirer l’attention, je manipulais l’opinion.
Surtout avant de comprendre la nature de ce nouveau monde.
Mais même là—je n’ai jamais expliqué quoi que ce soit aux victimes.
Je n’ai pas cherché d’excuses. Je n’ai pas mendié la compréhension.
J’ai encaissé la haine et la faute.
C’est ce que font les méchants.
Pas… ces justifications pathétiques.
Mince. Faut que j’arrête.
C’est comme ça que démarre la déprime de régression.
— Excusez-moi, je vais aux toilettes.
— Oh—monte d’un étage, Sion. Le staff circule en bas.
— D’accord.
Quand je suis revenu, les membres étaient plongés dans une discussion sérieuse avec Blue.
Lee Changjoon était au téléphone près de la fenêtre, tout en les surveillant.
Dès que je me suis approché, la conversation s’est coupée net et ils ont changé de sujet.
— Alors y a pas de dessert ici ?
— Ils l’ont déjà supprimé, vu que c’est la dernière ? Faut rester au régime, cela dit.
— Allez, Mentor. On a fait tout ce chemin pour Wells Fine Restaurant.
— Oho. Regardez-moi ça. La star qui place son PPL comme un pro.
C’était donc un truc que je n’étais pas censé entendre ?
Je n’ai pas demandé de quoi ils parlaient.
Je n’ai encore rien dit sur ma décision—ce serait injuste d’exiger leur vérité.
Après cette séance mentoring-PPL pas très subtile, on est rentrés à Pocheon.
J’allais filer droit à la salle de répétition, mais les membres sont montés naturellement au deuxième—loin des caméras.
— Parlons tranquille. Qu’on n’ait pas à peser chaque mot.
OK.
À l’écran, on se filtre tous—le brainstorm ne fonctionne pas pareil.
— Parlons franchement. Sion, tu mènes ? Tu es le leader.
— Non, mène, toi, hyung.
— Vraiment ? Tu as des idées ?
— Pas vraiment. Je pense juste qu’il faut choisir un truc qu’on aime tous.
— Et ça ?
Celui qui n’avait jamais proposé une chanson jusque-là—On Saemiro—a pris la parole.
— Quoi ?
— Celle qu’on a faite au studio LB.
— Ah, celle-là ?
Le track que j’ai composé pour montrer mon talent. Et qui s’est révélé dingue.
Ça peut être un bon choix.
Si j’enlève le PBR&B et que je réarrange en K-pop, ça peut devenir un easy listening qui plaira à tout le monde.
— Je ne sais pas pour la chanson, mais j’adorerais qu’on parte sur de la tropical house. C’est mon genre préféré.
La proposition de Jaesung est logique.
De ce que je me rappelle, la mélodie s’y prêterait bien.
— Je veux une intro fraîche et addictive. Comme ces morceaux en tête des playlists sur YouTube.
— Oh, le genre qui te happe dès les deux premières mesures, et tu dois écouter la suite ?
— Ouais. J’aimerais chanter un truc comme ça.
Ça, c’était Taehwan.
Ne restait plus qu’Ion.
— Sion. Il n’y a vraiment aucun moyen de dépasser mon timbre ?
— …Ça va sonner dur, mais ton timbre n’est pas un truc qu’on peut corriger, hyung.
— Wow, maintenant tu adoucis avec un compliment ? On a rapproché les liens, on dirait ?
Il a souri.
— Et si je chantais comme dans Under the Streetlight ?
Je n’y avais pas pensé.
Mais ce ne serait pas simple.
— Tu veux dire ce que le Compositeur Lee Changjoon a dit ?
— Sion. C’est Juge Lee Changjoon.
— Changjoon hyung ?
— Choi Jaesung !
Surpris, Ion a balancé un regard circulaire, mais il n’y avait pas de caméras.
— Bref, oui. Le Juge l’a dit. Que tu avais utilisé ta voix comme un instrument.
— C’est plus juste de dire que j’ai joué la voix en instrument, plutôt que chanté. Ça demande des hauteurs exactes, exactement.
— Je ne peux pas le faire aussi ?
En théorie—oui.
Certains guitaristes ajoutent volontairement de la distorsion pour salir le son.
Un timbre rugueux ne veut pas dire que la mélodie est désagréable.
Parfois, c’est même plus stylé.
Si tu respectes hauteurs, intervalles, dynamiques, le timbre importe moins.
Mais…
— Ce serait dur. Même si tu y arrives en répète, la scène, c’est une autre galaxie.
Une répétition et le live, ce n’est pas la même chose.
L’espace change, les sons réfléchissent différemment, les cris du public te désorientent—et tu dois monitorer aux in-ears (retours intra-auriculaires).
Ce que veut faire Ion n’est possible que s’il contrôle tout ça.
Moi-même, je n’y suis arrivé qu’après beaucoup d’entraînement.
— Alors si je ne le fais que sur deux mesures ?
— …Là, ça devient envisageable. Mais, hyung.
— Oui ?
— Dans ce cas, ton solo à la finale durerait moins de dix secondes.
— Je veux quand même le faire.
Le regard d’Ion ne tremblait pas.
Je n’ai pas pu détourner les yeux.
— …D’accord.
— Tu peux me faire un moment classe ?
— Je te donne le pré-refrain. Il peut revenir deux fois.
— Ooh, parfait.
Et comme ça, chacun ajoutant sa brique, la direction du morceau s’est dessinée.
Mais ce n’est pas vraiment le style habituel de Trois Mois, Cent Jours.
Ce n’est pas juste la nostalgie de la dernière scène—on dirait qu’on savait tous quelque chose.
C’est là que j’ai compris.
« Ils ont tous deviné, hein. »
Les membres de Trois Mois, Cent Jours savent ce que j’ai choisi.