Chapitre 56
Traductrice : Moonkissed
Pourquoi est-il ici ?
J’avais entendu du PD Kang Seok-woo qu’Eddie venait en Corée.
C’est pour ça que je lui avais aussi envoyé la version réarrangée de Flowers Bloom.
Mais la réunion prévue, c’était pour demain. Même s’il était arrivé plus tôt, c’est bizarre qu’il se pointe direct en loge comme ça.
Et s’il est venu, pourquoi il ne dit pas bonjour au lieu de rester là, à sourire bêtement ?
— Q-Qui êtes-vous ?
Ion s’avança, sans doute par sens des responsabilités en tant qu’aîné.
À ce moment-là, le PD Kang Seok-woo déboula dans la loge, suivi du chef opérateur.
— Han Sion !
— Oui ?
— Tu parles anglais, n’est-ce pas ?
— Euh, oui.
— À quel niveau ?
— Presque natif ?
— Sérieux ?
— J’ai eu une éducation précoce.
C’était un mensonge, mais le PD Kang le crut sans peine, sachant que mes parents sont médecins.
— Tu sais qui c’est ?
— Non.
— C’est Chris Edwards. Le compositeur de Flowers Bloom.
— Quoi ?!
— Chris Edwards a écrit Flowers Bloom ?!
Les réactions enflammées ne vinrent pas de moi, mais des autres membres.
En y repensant, on ne leur avait probablement pas dit que le compositeur de Flowers Bloom était Chris Edwards ni qu’il venait en Corée.
Mais… Eddie est-il vraiment si célèbre en Corée ?
Les autres étaient en train de perdre la tête.
Pendant ce temps, Eddie me tendit la main.
— Hey, j’avais vraiment hâte de te rencontrer. Je suis fan.
Ce type… n’avait-il pas la manie de ne pas se laver les mains après être allé aux toilettes… ?
Sans doute qu’il n’a toujours pas corrigé ça.
— En Corée, on s’incline plutôt que de se serrer la main lors de la première rencontre.
— S’incliner ?
— Comme ça.
Je quittai la salle d’art avec Eddie et montai dans un taxi.
Juste nous deux — sans staff.
Le PD Kang m’avait supplié avec des yeux de chiot triste de tout régler sur place, mais certaines conversations doivent se tenir hors caméra.
On pourra filmer la scène de la rencontre demain, non ?
Évidemment, ce n’est pas comme si un simple candidat comme moi pouvait imposer ça au producteur principal.
J’ai subtilement demandé à Eddie d’en parler.
— Hey, on va où ?
— Chez moi.
— Chez toi ?
— Oui. Ce qui t’intrigue, c’est là-bas, non ?
— Et qu’est-ce qui m’intrigue, selon toi ?
— Tu es venu écouter ma musique, non ? Je vais te la faire entendre.
— Wow, confiant, dis donc.
De retour chez moi, un spectacle ridicule nous accueillit.
L’entrée était sens dessus dessous — on aurait dit que Mon Oncle par alliance était passé.
Peut-être qu’il est venu avant de se pointer sur le plateau… ou après s’être fait virer.
Quoi qu’il en soit, c’était un chantier.
— Tu as déjà des hooligans qui te suivent ?
— Pas une star encore, mais oui, j’ai un hooligan quadragénaire qui me colle.
— C’est pas encore plus dangereux, ça ?
Je ricanais et ouvris la porte.
— Entre.
— Tu vis seul ?
— Pour l’instant.
Je fis d’abord laver les mains d’Eddie, puis je préparai du café.
— Chris, j’ai un truc urgent à faire là tout de suite.
— Quoi donc ?
— Un projet pressant. On peut parler après ?
— Et moi, je fais quoi en attendant ?
— Écoute un peu ma musique. Patiente.
Je pris un MacBook de secours et une clé USB dans ma chambre.
Tout ce que j’ai composé dans cette vie est sur cette clé.
— Hm. Je voulais parler d’abord, mais…
— Ça ne prendra pas longtemps, sois patient.
— C’est étrange. On s’est rencontrés aujourd’hui, mais tu me sembles familièrement proche. C’est parce que tu es si à l’aise avec moi ?
Probablement.
Quand je suis allé pour la première fois aux États-Unis, sans rien connaître au Billboard, j’ai même vécu avec Eddie un temps.
Honnêtement, si j’ai pris mes distances avec lui dans ma vie passée, c’était pour préserver uniquement les bons souvenirs.
J’ai trop vu des gens en qui j’avais confiance se retourner contre moi — me trahir, m’insulter.
Et je suis humain — une fois que je vois ça, l’affection s’éteint.
Ce n’est pas que j’aie déjà vu ce côté d’Eddie.
Et je préfèrerais ne pas le voir.
Alors j’ai délibérément évité de le chercher.
Mais puisque le destin nous remet face à face… soit.
C’est fou de penser que le type qui a composé le titre de début de Way From Flower est Eddie.
— Alors, comment t’es arrivé à écrire une chanson pour un girl group de K-pop ?
— On n’était pas censés ne pas parler encore ?
— On ne parle pas. Attends juste.
Je le laissai dans le salon et entrai dans ma chambre.
Il était temps d’attaquer le mix de Selfish (pour Drop Out) et de I’m Not Your Man (pour NOP).
J’avais récupéré les fichiers d’enregistrement pendant que je préparais Seoul Town Funk, mais je n’avais pas trouvé le temps de m’y mettre.
Et je n’avais pas le matériel qu’il fallait au dortoir.
Même si je l’avais eu, impossible de travailler devant les caméras fixes.
Je ne veux vraiment pas que les gens découvrent que je suis aussi compositeur.
Dans cette vie, je compte vivre comme un membre standard d’un boys band.
Qu’un idol rookie écrive des titres pour des groupes top-tier, c’est tout sauf normal.
Avec ça en tête, j’ai commencé par les fichiers de NOP.
Hm. Pas mal.
NOP a ajusté quelques lignes vocales que j’avais posées dans le guide, mais ça colle bien à leur couleur.
Objectivement, ma version est meilleure — mais leur prise fonctionne mieux pour eux, je pense.
L’industrie K-pop ne manque pas de talents.
Bien sûr, il y a des gens sous le seuil, mais c’est pareil au Billboard.
C’est comme ça que des stars mondiales comme LMC et Prime Time émergent quelques années plus tard.
Quel que soit le poids du marketing et des RP, le cœur, c’est la musique.
Je plongeai dans le mix de I’m Not Your Man de NOP.
J’avais promis de faire le master aussi — mais seulement si l’artiste validait le mix.
Ma vitesse était folle — de quoi horrifier n’importe quel mixeur.
Enfin, pas horrifier — soupçonner.
— Tu es sûr de ce que tu fais ?
Mais enfin. Ça fait plus d’un siècle que je fais ça.
C’est de la rigolade.
Je bouclai vite le boulot de NOP et passai à Drop Out.
— Oh…
L’enregistrement de Drop Out était encore meilleur.
Ils n’avaient pas touché à la ligne vocale que j’avais fournie — juste ajouté des paroles coréennes, et ça marchait parfaitement.
Ça sonnait super, et les paroles étaient bonnes aussi.
Mais ce que j’ai préféré, c’est la “brutalité” dans l’interprétation.
Selfish parle d’un homme qui a toujours été égoïste en amour et qui tombe, pour la première fois, désespérément amoureux.
Il faut donc un sentiment de confusion, de déni, et une âpreté émotionnelle.
Drop Out a cloué ça.
Pas étonnant que ce soit un idol de premier plan.
J’ai été critique de la scène idol 2017.
Honnêtement, certaines chansons que j’ai entendues en surveillant les classements étaient atroces.
Mais les top-tier ? C’est autre chose.
Normal : ce sont les meilleurs du pays — comment n’auraient-ils pas un véritable talent musical ?
Satisfait, je continuai le mix.
Puis une idée me traversa l’esprit.
— Et si nous chantions ça ?
Parmi les membres de Trois Mois, Cent Jours, qui pourrait porter ce feeling ?
On dit que Koo Taehwan a le visuel pour, mais qui sait ? Le look ne fait pas tout.
L’expression musicale ne s’aligne pas toujours avec l’apparence.
— Hm…
À la réflexion, peut-être que Lee Ion pourrait y arriver avec du travail.
Mais son timbre est trop rugueux — ça manquerait de cohésion…
Attends ?
Une idée m’a frappé.
Avec le concept de voyage dans le temps, notre scène n’a pas à être seulement fun.
Même sur la dernière chanson — sans ce cadre temporel, on n’aurait jamais pensé à utiliser des instruments traditionnels.
Alors peut-être que pour quelqu’un comme Lee Ion, au timbre rugueux — on pourrait transformer ce défaut en force…
Mon fil de pensée fut coupé.
SLAM !
La porte s’ouvrit à la volée et un Eddie à bout de souffle déboula.
— T-Tu as fait tout ça toi-même ? Sérieusement ?!
— Qui d’autre ?
— Seigneur… Et les sessions ? Qui a joué les instruments ?
— Moi.
— Tu as joué toutes les mélodies et tous les riffs ici ?
Je hochai la tête. Tout avait été enregistré au LB Studio.
— Enfin — sauf la batterie. Ce sont des instruments virtuels. Je ne sais pas jouer de la batterie.
— C-Combien y a-t-il de samples là-dedans ?
— Aucun.
— … Ne raconte pas n’importe quoi.
— Tu n’es pas obligé de me croire.
— Mon dieu ! Pas étonnant que je n’aie reconnu aucune ligne !
Je comprends.
Lee Hyun-seok et Jo Gi-jung étaient choqués eux aussi, mais la réaction d’Eddie était d’un autre niveau.
Eddie est un compositeur classé Billboard, de classe mondiale.
Il traverse peut-être une panne en ce moment, mais son niveau est réel.
Une fois la panne passée, il redeviendra un élite.
Il pouvait donc mesurer précisément le niveau de la musique que je lui montrais.
— Comment c’est seulement possible ? Dieu n’est-il pas censé être équitable ?
— Peut-être qu’il l’est.
— Non — ça ne l’est pas. Si tu avais soixante-dix ans, d’accord. Mais tu as quoi — vingt ans ?!
Inutile de répondre, je haussai les épaules.
Eddie bredouilla de stupeur pendant un moment, puis se calma enfin.
— Pardon. Je suis juste sous le choc. Je n’avais pas l’intention d’insulter ton talent.
— Je comprends.
Si je n’étais pas un régressé, et que quelqu’un me balançait autant de musique d’un coup — je crierais aussi.
Puis Eddie me regarda avec des yeux brûlants de sérieux.
— Sion, viens avec moi au Billboard. Ne perds pas ton temps dans une téléréalité. Ton talent ne fait aucun doute.
— Non.
— Pourquoi pas ?
— Parce que je veux devenir chanteur en Corée.
— Un boys band de K-pop, c’est ton rêve ?
— Oui.
— Et la composition ? Tu pourrais viser le Billboard comme producteur.
Je pourrais. Mais ça n’a aucun sens.
Je régresserai quand ce sera le moment.
Cette vie n’est pas faite pour jouer le long terme.
Et puis, la scène Billboard, je la connais trop bien. Je n’ai pas besoin de l’aide d’Eddie là-bas.
Peut-être quand je débuterai avec un groupe et que je viserai l’international.
— Désolé, mais ça ne m’intéresse pas tant que ça.
— Comment tu peux dire ça ?
— Dire quoi ?
— Comment tu peux être aussi indifférent ?!
— Ce n’est pas de l’indifférence. Je veux réussir en Corée.
— Alors pourquoi tu m’as fait écouter tout ça ?!
C’est quoi ce délire ?
Le visage d’Eddie se superposa soudain à celui du PDG Lee Hyun-seok.
Il a lâché l’affaire maintenant, mais il a énormément insisté pour me détourner de ma route.
— Très bien. Alors réarrange une de mes chansons.
— Une de tes chansons ?
— Oui. Je veux entendre ce que tu gardes, ce que tu changes.
— Je suis un peu occupé…
— …
— Euh… peut-être dans trois mois ? Si j’ai du temps à ce moment-là…
Je n’avais pas l’intention de le faire — mais la tête d’Eddie faisait peur, donc j’ai fais un compromis.
Juste une chanson. Ça ne prendra pas longtemps.
Le visage d’Eddie vira au désespoir, mais tant pis.
Soudain, son expression bascula.
Il sourit d’un air significatif.
— D’accord. Alors j’ai une idée.
— Une idée ?
— Attends un peu.
Que pourrait-il bien faire si j’ai dit non ?
Eh bien —
Il s’avère qu’Eddie a vraiment pondu un truc dingue.
Je l’ai découvert quelques jours plus tard.
— Je suis Chris Edwards, le juge invité spécial pour cette mission.
Euh…
— Veuillez lui faire un tonnerre d’applaudissements !
Oh non…
— Pour la Mission 3, vous réarrangerez l’un des plus grands hits de Chris Edwards.
Espèce de dingue…
Eddie a changé la troisième mission de Coming Up Next en échange de sa participation à l’émission.