Chapitre 54
Traductrice : Moonkissed
Quand des musiciens traditionnels en hanbok jouèrent mollement Uptown Funk, la réaction du public fut mitigée.
Dans la communauté idol, certains rejetèrent la faute sur les « prétentions indé » de Han Sion, responsables selon eux de cette prestation terne.
Mais tout changea au moment où un éclair frappa la scène — et que Koo Taehwan apparut.
Koo Taehwan portait une tenue de scène clinquante, du genre qu’on ne sort d’habitude que pour les festivals de fin d’année, créant un contraste saisissant avec les musiciens en tenues traditionnelles.
Les musiciens, stupéfaits comme s’ils venaient réellement d’une autre époque, se figèrent à son apparition.
Koo Taehwan eut, lui aussi, un bref instant de surprise.
Mais le silence ne dura pas.
Les musiciens, comme poussés par une urgence invisible, reprirent leur jeu.
Et le rythme de base, jusque-là fade, d’Uptown Funk se remit en route.
À l’entendre, Koo Taehwan effaça toute trace d’hésitation, hocha la tête sur la pulsation —
Et entama l’intro d’une voix nette et précise.
[This hit, that ice cold
Michelle Pfeiffer, that white gold]
Son phrasé était d’une propreté troublante et, contre toute attente, captivant.
Dans le public, ceux qui avaient revu l’épisode 1 de Coming Up Next à de multiples reprises restèrent bouche bée.
Koo Taehwan s’était déjà produit à l’antenne — sans jamais laisser une forte impression.
Mais cette intro ? Qu’est-ce que c’était que ça ?
La musique, autrefois insipide, sonnait désormais rythmée et pleine de vie.
Ce n’était pas la musique qui avait changé.
C’est le vocal qui l’avait métamorphosée.
Cette intro était le fruit d’une semaine d’efforts acharnés de Han Sion et de Koo Taehwan, à polir son sens rythmique singulier.
Et il n’y avait pas que le public que cela surprenait.
L’un des batteurs, qui jouait jusque-là machinalement, leva les yeux, interloqué —
Puis, comme inspiré, se mit à frapper avec des gestes plus amples, plus expressifs.
Boom—boom—boom— !
Un groove serré émergea.
La percussion se propagea au-delà de la seule batterie, emplissant toute la scène.
Flash !
Un éclair silencieux frappa, et Choi Jaesung et Lee Ion apparurent sur scène.
Contrairement à Koo Taehwan, ils ne furent pas décontenancés.
Ils enchaînèrent directement en harmonisant le pont :
[Girls hit your hallelujah—
Girls hit your hallelujah—
Girls hit your hallelujah—]
Cette fois, les joueurs de taepyeongso et de nabal semblèrent transcendés et lancèrent un motif clair.
Des acclamations et des applaudissements éclatèrent dans la salle.
Ce fut ensuite On Saemiro.
Elle se mit à fredonner le motif d’intro iconique — « Dum, dum-dumdum, dumdumdum dum-dum » —
Et ce fut haut.
Incroyablement aigu pour un simple fredonnement — presque invraisemblable.
Au même moment, des hi-hats, des claps et une section de cuivres puissante commencèrent à se fondre dans les sonorités des instruments traditionnels.
C’était parfait.
Tellement parfait qu’on avait l’impression qu’il ne fallait surtout plus rien ajouter.
Mais —
Flash !
Han Sion fit son entrée, lâchant basse, guitare électrique et piano électrique — et la foule explosa en cris.
Parce que ce qu’elle pensait être le son « parfait » venait d’être surpassé.
À cet instant, les cinq membres de Saedal Baekil jaillirent sur scène avec des pas de danse parfaitement calés sur la percussion.
Plus besoin de faire monter la sauce — Koo Taehwan relança immédiatement l’intro :
[This hit, that ice cold
Michelle Pfeiffer, that white gold]
Seoul Town Funk par Saedal Baekil se distinguait nettement de l’original grâce à son socle d’instruments traditionnels coréens.
Le taepyeongso se fit plus agressif, le nabal visait la grandeur.
La batterie installa un rythme ciselé, en fusion avec la pulsation ; hi-hats et claps comblaient les vides, et les cuivres ponctuaient chaque mesure.
Puis Choi Jaesung prit le couplet :
[Romance rivale, C’est comme ça que nous faisons
Allez-y, dépassez-moi si vous le pouvez !]
Han Sion avait distribué les parties, puis demandé à chacun d’écrire ses propres paroles.
Après tout, Uptown Funk n’a pas des « paroles à sens » — plutôt des clins d’œil malins pour des moments de hype.
Han Sion avait donc instruit les membres de choisir des mots qui leur allaient et d’être aussi sincères que possible.
Plus c’était enfantin ou cryptique, mieux c’était.
À l’exception de Koo Taehwan, qui devait chanter l’intro familière, toutes les autres paroles étaient originales.
[Trois Mois, Cent Jours Profiter pleinement de la ville—]
Onsaemiro resta fidèle à la couleur de l’original.
[Chanter haut Comme si demain était un nouveau jour—]
Han Sion ajouta des métaphores que lui seul pouvait comprendre.
Mais peu importait.
De toute façon, Han Sion avait réagencé tout le texte sur un nouveau rythme.
Au début, le public pensa que Trois Mois, Cent Jours faisait un simple cover, comme Take Scene —
(Take Scene avait des paroles coréennes mais conservait les lignes vocales d’origine.)
Mais non.
Le couplet de Seoul Town Funk sonnait semblable et pourtant différent — différent et pourtant semblable.
Cette ambiguïté procurait un frisson auditif, tandis que la performance cochait toutes les cases visuelles.
Puis vint le refrain.
Le refrain dément qui avait maintenu Uptown Funk au sommet du Billboard pendant 14 semaines.
— Kyaaaaaah !
— Whoaaaah !
La réaction de la foule était délirante, visible jusque depuis la scène.
À vrai dire, Han Sion avait voulu modifier aussi cette partie.
Mais, quelle que soit la façon dont il l’analysait — il n’y avait rien à corriger.
Pouvait-il produire un son techniquement meilleur que l’original ? Bien sûr.
Un arrangement instrumental plus excitant ? Évidemment.
Mais mieux que l’original ? Douteux.
Le refrain était une apothéose parfaite — son parfait, excitation parfaite.
Un petit espace ici, une légère pause là — tout fusionnait en un climax spectaculaire.
Han Sion n’eut pas d’autre choix que de le laisser tel quel.
Mais le recopier à l’identique ?
Son orgueil de régressé ne le lui permettait pas.
Alors il échantillonna des instruments traditionnels pour recréer une version « tout aussi bonne mais différente ».
— Ça suffit comme ça.
C’est ce qu’il pensa — mais le public en décida autrement.
Surtout des gens comme Chris Edwards, dotés d’une solide culture musicale, furent sidérés.
Reproduire exactement le même impact émotionnel que l’original avec des textures sonores totalement différentes et uniques ? Est-ce seulement possible ? Pourquoi les compositeurs se torturent-ils donc autant sur le choix des timbres ?!
On avait presque l’impression d’une trahison.
Au milieu de ces remous, ce fut enfin le tour de Lee Ion.
Le seul qui n’avait pas eu de partie pendant le premier couplet et le premier refrain.
Pour être honnête, Lee Ion avait été déstabilisé durant la préparation de Seoul Town Funk.
Il ne s’était jamais pensé « insuffisant ».
Il savait qu’il ne pourrait pas battre des monstres comme Han Sion ou On Saemiro en puissance vocale.
Mais il était persuadé de pouvoir s’approprier n’importe quelle ligne.
Objectivement, Lee Ion était un bon chanteur.
Mais Han Sion lui avait dit autre chose :
— Hyung, ton timbre est du genre à devoir être le personnage principal.
— Qu’est-ce que ça veut dire ?
— Tiens, chante Do–Mi–Sol. Juste.
Avec ses années d’entraînement, Lee Ion posa les notes sans effort.
Han Sion fit ensuite enregistrer tous les membres de la même façon.
Il fallut refaire Choi Jaesung plusieurs fois parce qu’il tombait faux, mais tout le monde y arriva.
— Maintenant, fermez les yeux. Levez la main si l’harmonie sonne bizarre.
Il diffusa des mix aléatoires des voix des membres, chacun chantant Do, Mi ou Sol pour former un accord de Do majeur.
Do par Choi Jaesung, Mi par Onsaemiro, Sol par Han Sion, etc.
Ils formaient tous un vrai accord de Do — à une exception près.
Chaque fois que la voix de Lee Ieon était incluse, des mains se levaient.
— J’ai chanté la mauvaise note ?
— Non. Harmoniquement, c’est toujours un Do majeur correct.
— Alors ?
— Ton timbre ne se mélange pas aux autres. Il ressort — comme une dissonance.
— …
— T’en fais pas. Je voulais expliquer ça avant de répartir les parties pour que tout le monde comprenne.
Lee Ion crut que Han Sion allait lui annoncer moins de lignes.
Mais au lieu de ça :
— Désormais, hyung, tu seras le rappeur de Trois Mois, Cent Jours.
— Du rap ? Moi ?
— Non, ta voix chantée sera utilisée comme du rap.
— Pourquoi ?
— Le rôle du rap, dans la musique d’idol, c’est quoi ?
— … L’impact ?
— Pas faux. Mais plus précisément — ça réinitialise le seuil.
La musique d’idol repose souvent sur des riffs répétitifs, des mélodies accrocheuses et des refrains.
Mais une exposition constante au même niveau de stimulation finit par l’émousser.
C’est comme ça que fonctionnent nos sens.
C’est pourquoi les ingés son en concert montent graduellement le volume : 10, puis 11, puis 12 —
Pour éviter que les gens n’aient l’impression que le son baisse.
— Le rap peut réinitialiser ce seuil. Sa texture est totalement différente du chant.
Lee Ion comprit alors ce que Han Sion voulait dire.
— C’est toi qui dois faire cette partie.
À la fin du refrain de Seoul Town Funk, la guitare électrique et le clavier s’effacèrent.
Les instruments traditionnels passèrent au premier plan, bruts et puissants.
Et, dans cet espace de six mesures, Lee Ion lança sa ligne :
[Stop, wait a minute
Guitare et clavier dehors
Caméra ! Recule un peu
Je suis bien cadré ?
Mon sourire est-il correct ?]
Au moment où la voix de Lee Ieon installa le groove, il y eut quelque chose d’presque violent.
Pas dans les paroles ou le timbre — dans la déclamation.
Et pourtant —
Ça ne dérangeait pas.
Au contraire, c’était excellent.
Han Sion se dit même que la voix de Lee Ion serait parfaite pour le post-disco et le boogie.
Et Uptown Funk, justement, mêle soul, disco-pop et boogie.
Cette scène était le terrain de jeu de Lee Ion.
[Seoul, Town,
La ville où je suis né
Dans cette jungle grise,
Nous sommes divisés en faction grises]
Son timbre rugueux remplit l’espace laissé par la disparition de la guitare et du clavier.
Le public ne le savait pas, mais Han Sion avait même ajusté l’EQ du beat global pour soutenir le solo de Lee Ion.
Et dès qu’il eut fini —
BZZZZT !
L’égalisation modifiée devint volontairement discordante — et le refrain explosa de nouveau.
Ce n’était pas la même structure que la chanson d’origine.
Mais peu importait.
Parce que la voix de Lee Ion avait réinitialisé le seuil à zéro.