Chapitre 52
Traductrice : Moonkissed
— Putain. C’était le pire emploi du temps de ma vie.
— Oh, arrête de te plaindre, Eddie. Les résultats étaient excellents, non ? Une vraie star et tout.
— Tu incarnes le capitalisme vulgaire… tu ne vois la musique qu’à travers l’argent.
— Et qui était-ce déjà qui disait qu’il vendrait son âme au diable si ça faisait vendre ses disques ?
— J’étais émotionnellement épuisé à ce moment-là.
Alex, installé dans son siège en première classe, laissa échapper un petit rire sec devant les grognements de Chris Edwards.
Cela faisait déjà deux semaines que Chris se plaignait du report de leur vol vers la Corée, mais du point de vue de l’entreprise, ils n’avaient pas eu le choix.
Si une grande chaîne comme HBO, aux États-Unis ou au Royaume-Uni, s’intéressait à eux, alors non seulement deux semaines, mais même deux mois de délai auraient valu le coup.
— Bref, là on part direct pour la Corée depuis le Royaume-Uni, pas vrai ? Tiens encore quelques heures.
— Et si ce garçon, Sion, avait perdu son éclat ces deux dernières semaines ?
— Ne t’inquiète pas. Cette étincelle de génie est toujours là.
— Et comment tu peux en être sûr ?
— J’ai des vidéos.
— Des vidéos ?
— Des vidéos de notre prodige, qui continue de faire des vagues dans l’émission de télé-réalité.
En disant cela, Alex tendit un ordinateur portable à Chris.
À l’intérieur se trouvaient des enregistrements des prestations passées de Han Sion — beaucoup d’entre eux bruts, non diffusés, fournis par l’équipe de production de Coming Up Next. Certains étaient même sans aucun filtre, incluant des scènes en coulisses, et Alex les avait tous regardés avec intérêt.
Il avait surtout été impressionné par une session de groupe dans un studio appelé LB Studio. Cela ressemblait à un jam improvisé.
Mais ça ne donnait pas vraiment l’impression d’être improvisé.
Jusque-là, Alex n’était pas totalement convaincu que Sion soit un génie — il se fiait surtout au jugement de Chris.
Mais après avoir vu ces vidéos, il changea complètement d’avis.
Han Sion était bel et bien un génie.
Il y avait une aura claire dans la musique qu’il créait.
Restait à savoir si cela résonnerait aussi en Occident. Mais en Corée, c’était indéniable.
Après tout, sa chanson Under the Streetlight venait déjà d’atteindre la première place de l’équivalent coréen du Billboard.
— Tu aurais dû me montrer ça plus tôt !
— Et tu aurais réussi à rester concentré sur les réunions avec HBO, si je l’avais fait ?
— … Touché.
— L’émission de télé-réalité n’a diffusé qu’un seul épisode pour l’instant. Le reste, ce sont des coupes de travail de la production. Ah, et j’ai aussi l’audio — la même chanson qui est numéro un en Corée.
— Pas étonnant qu’il y ait autant de vidéos.
— Tu veux commencer par quoi ?
— Évidemment par l’épisode un. Il y a des sous-titres, j’espère ?
— Bien sûr.
À ce moment-là, l’avion commença à décoller.
Éreinté par deux semaines de négociations non-stop, Alex était complètement vidé.
Alors, à peine en vol et tandis que Chris lançait l’épisode un, Alex sombra aussitôt dans un profond sommeil.
Quelle heure est-il ?
Alex se réveilla bien plus tard, comme sortant d’un coma.
Un coup d’œil à sa montre lui indiqua que huit heures s’étaient écoulées.
Il leur restait encore cinq heures avant l’atterrissage à Incheon. Il avait donc du temps.
En s’étirant, il jeta un regard à côté de lui.
Chris fixait l’écran de l’ordinateur, les yeux rouges.
Il avait dû s’assoupir lui aussi puis se réveiller pour regarder.
— Quand t’es-tu réveillé ?
— Je n’ai pas dormi.
— Quoi ? Mais ça fait huit heures !
— J’ai regardé ça.
— Tout ce temps ?
— Tout ce temps.
Impossible… toutes ces vidéos ne pouvaient pas durer huit heures.
— Ne me dis pas que tu as repassé en boucle ses prestations ?
— Alex.
— Quoi ?
— Sion est un génie.
— Je sais. Tu me l’as répété au moins dix fois.
— Non — c’est différent maintenant.
Chris se tut, poursuivant son visionnage.
Mais sa manière de regarder était étrange : il tapotait sans cesse la barre d’espace, avançant image par image, analysant chaque seconde.
Il regardait une version remixée de Under the Streetlight, enregistrée devant un public.
Alex attendit patiemment que Chris ait fini, puis demanda :
— Alors, qu’est-ce qui est différent ?
— Hein ?
— Tu disais déjà qu’il était un génie. Et maintenant, tu dis que c’est différent. Qu’est-ce qui a changé ?
— Ah. Oui.
Après un bref silence pour ordonner ses pensées, Chris répondit :
— Avant, je l’évaluais. Comme un juge qui découvre un prodige dans un concours.
— Et maintenant ?
— Maintenant, je suis dans l’admiration. J’ai réalisé que je ne peux même pas le juger. Sion est clairement un génie d’un cran au-dessus de moi.
— … Vraiment.
Alex trouva ça un peu excessif.
Impossible que Han Sion soit réellement meilleur que Chris.
C’était probablement que la musique de Sion collait parfaitement aux goûts de Chris.
Alex avait déjà ressenti ça lui aussi — croire qu’un artiste était un monstre musical, alors que les autres ne le jugeaient que “plutôt bon”.
Le goût personnel brouille souvent l’objectivité.
Mais Alex ne contesta pas.
— Si tu le dis, alors ça doit être vrai.
— Alex, peut-on rencontrer Sion dès notre arrivée en Corée ?
— Ça risque d’être compliqué.
— Pourquoi ?
— Parce qu’au moment où on atterrira, ce prodige sera en plein tournage de l’émission.
— Alors allons le voir.
— Hein ?
— Il sera bien sur scène, non ? Allons l’admirer.
— C’est une mission en équipe. Sion ne sera pas en solo.
— Je m’en fiche.
En voyant l’éclat dans les yeux de Chris, Alex acquiesça.
Quand un artiste avait ce regard, il fallait le suivre — sauf si c’était pour un crime.
— D’accord. Mais dors un peu d’abord. Tu auras besoin d’être en forme pour assister à sa prestation.
— Oui, bonne idée.
— Au fait, Chris — tu disais ne pas avoir encore de plan précis pour ce garçon. C’est toujours le cas ?
Chris secoua la tête.
Il avait désormais un nouveau désir.
— Je veux qu’il remixe une de mes chansons.
— Une déjà sortie ?
— Peu importe. Sortie ou inédite — je veux juste voir ce qu’il en tirerait, ce qu’il couperait.
Un peu dommage : les remixes ne rapportent pas énormément.
Mais en contrepartie, c’était un pari sûr.
Le potentiel musical de Han Sion ne faisait aucun doute. Mais sur le plan commercial — du moins selon les standards Billboard — il restait encore des points d’interrogation.
— Pas une mauvaise idée.
— Tu trouves ?
— Oui. Allez, dors. Je vais m’arranger pour qu’on puisse entrer dès l’atterrissage.
Le deuxième round de Coming Up Next se tenait de nouveau au Sangam Art Hall.
Mais cette fois, une chose avait radicalement changé : la popularité de l’émission.
La dernière fois, pour recruter 500 spectateurs, le taux de compétition avait été de 13:1.
Mais ce chiffre était gonflé par la manière de compter les candidatures (groupes de 2 ou 4 inclus).
En réalité, le taux était plus proche de 6:1.
Cette fois, c’était autre chose.
Pour remplir 800 places, le taux de candidature atteignit 52:1.
Et ce n’était pas gonflé. C’était réel.
Le buzz n’était pas seulement dû à l’émission — mais à la musique.
La chanson de Han Sion, Under the Streetlight, restait numéro un depuis déjà deux jours.
Les fans étaient fous de joie de voir un rock-ballade coréen classique dominer à nouveau les classements.
En 2017, la K-pop idol et le hip-hop dominaient sans conteste — mais ce n’étaient pas des genres universellement appréciés.
Ironiquement…
— Ras-le-bol de toutes ces conneries d’idoles bubblegum — ça, c’est de la vraie musique ! Respect !
— J’suis sûr que celui qui a posté ça ne sait même pas que le chanteur sort d’un survival idol. MDR.
Eh oui : celui qui chantait venait bien d’une émission de survie pour idoles.
Pas étonnant que la bataille pour obtenir une place soit si féroce.
Naturellement, cela entraîna une autre prévision :
Audience prévue pour l’épisode 2 : 2,3 %
Ce jour-là, l’ambiance était festive à MShow.
Même le président de la chaîne s’approcha nonchalamment du producteur Kang Seokwoo pour lui demander si d’autres grands moments étaient à venir.
Ce à quoi Kang répondit simplement :
— Nous n’avons fait que commencer. Vous pouvez vous attendre au meilleur.
Satisfait, le président lui remit une généreuse prime — qui allait financer le dîner de l’équipe ce soir-là.
À 14 heures, les 800 spectateurs avaient tous pris place.
La dernière manche de Coming Up Next était une battle de positions.
TakeScene et Trois Mois, Cent Jours s’étaient affrontés en binômes, livrant cinq scènes au total.
Mais aujourd’hui, c’était une mission d’équipe.
Seules deux performances seraient montrées au public.
À peine vingt minutes en tout.
Un peu décevant pour des gens qui avaient attendu des heures.
Bien sûr, les spectateurs d’émissions de variété ne sont pas comme ceux des concerts.
Mais quand le buzz est aussi fort, il faut pagayer fort pour surfer sur la vague.
La notoriété ne vient pas gratuitement.
C’est pourquoi le producteur Kang avait mis un soin particulier dans la réalisation des vidéos VCR.
Elles n’étaient pas aussi peaufinées que la diffusion finale, mais suffisaient à exciter la salle avant le live.
— Considérez ça comme un musical — savourez simplement l’histoire.
Sur ces mots, l’animateur Blue mit l’ambiance et quitta la scène.
Le VCR commença.
Il débuta par un récapitulatif de l’épisode un.
Notamment, il montra les performances sans aucune coupure ni montage.
Les scènes complètes de Han Sion, Lee Ion et On saemiro avaient été diffusées — mais pas celles de Choi Jaesung ou Goo Taehwan.
Ces prestations intégrales n’avaient jamais été montrées — jusqu’à aujourd’hui.
Il en fut de même pour les images d’entraînement de TakeScene.
Après le récap, le VCR fit un teasing des épisodes 2 et 3, sans rien dévoiler.
Puis vint le présent.
— Votre prochaine mission… est une scène auto-produite.
À ces mots, le VCR se concentra sur TakeScene.
Jooyeon, Fade, Ready, Eye Level et C.U s’étaient regroupés pour préparer leur scène.
Leur segment évoquait la version optimiste d’un projet de groupe redouté.
Les cinq travaillaient en équipe, échangeaient des idées, résolvaient des conflits, montraient de la chaleur.
Ils ne révélèrent pas le choix de la chanson, mais, entre deux séquences, on entendit un air familier.
— Attends, c’est quoi ça ? Je connais cette chanson…
— C’est pas Maroon 5 ?
— Move Like Jagger ? Non, ça y ressemble juste.
— Si, je crois que c’est ça.
Ils auraient peut-être fini par trouver, mais le VCR ne leur laissa pas le temps.
À l’écran, TakeScene terminait l’arrangement, la chorégraphie, la préparation des accessoires.
Puis, soudain, ils s’arrêtèrent.
Et fixèrent directement la caméra.
— … ?
Le public se pencha, intrigué.
Alors Jooyeon demanda :
— Alors, pour l’ouverture, on met quoi ? Des feux d’artifice ? Ou des flammes ?
Au début, personne ne répondit.
Mais quand Ready donna un coup de coude à Jooyeon et répéta la question, certains se manifestèrent.
— Des feux d’artifice !
— Des flammes !
Les avis étaient partagés.
Puis, par effet de foule, un consensus se forma.
— Des flammes !
— Des flammes !
— Des flammes !
Et à cet instant précis—
FWWOOOOSH !
Un énorme jet de flammes jaillit sur scène — et soudain, TakeScene apparut au milieu.
Avant que le public n’ait eu le temps de réagir, un solo de batterie éclata dans les enceintes, et le groupe lança une chorégraphie parfaitement synchronisée dans les flammes.
Le public poussa alors un cri tonitruant, un tonnerre retardé mais explosif.
La performance de TakeScene venait de commencer.