Chapitre 51
Traductrice : Moonkissed
Je comprends.
On m’a toujours regardé avec méfiance.
Et quand ça ne suffisait pas, on passait à une haine inexplicable.
Sans doute la jalousie d’un talent qu’ils ne comprennent pas.
Au début, je me sentais lésé—aujourd’hui, je me dis que c’est juste une donnée du problème.
J’ai vécu avec un cheat code qui me permet d’échapper aux contraintes du temps.
Ce n’est pas comme si je l’avais demandé.
Ils finiront par s’en rendre compte, tôt ou tard.
Même si ce n’est « que » le remix de Under the Streetlamp, je peux prouver que l’ajustement de la ligne vocale était intentionnel.
Bref, vu l’ambiance, Under the Streetlamp est probablement sur le point d’atteindre la première place.
Mais comme ça ne compte pas dans les ventes d’albums, ça ne me fait pas grand-chose.
Et de toute façon, ce sur quoi je dois me concentrer, ce n’est pas Under the Streetlamp, mais la perf’ de la mission self-produce qui arrive dans deux jours.
Titre…
« Seoul Town Funk ».
J’étais totalement contre, mais à la majorité, on a gardé ce nom.
Chanter Uptown Funk à Séoul devient Seoul Town Funk ?
Le pire sens du naming.
Et on est à Pocheon, pas à Séoul.
Si on voulait jouer la carte géographique, Pocheon Town Funk aurait été plus logique, non ?
J’ai laissé passer, puisque ça ne sortira pas officiellement.
— Han Sion.
— Ouais ?
— Descends. À la salle de danse.
J’ai hoché la tête vers Goo Taehwan, monté au deuxième.
Très bien, allons juste pratiquer.
Que ce soit Seoul Town ou Pocheon Town, l’important c’est d’éclater la scène.
Sauf qu’en bas, j’ai vu un truc bizarre.
Les membres de Trois Mois, Cent Jours étaient tassés près de l’entrée du dortoir, manifestement mal à l’aise.
Quand ils m’ont vu descendre, ils ont sursauté et se sont mis à jeter des regards nerveux.
— Vous faites quoi, là ?
J’ai essayé de regarder dehors, mais Lee Ion m’a soudain bloqué de son corps.
— A-attends.
Hein ?
À ce moment-là, l’auteure qui vit au rez-de-chaussée du dortoir a déboulé et m’a attrapé l’épaule.
— Sion, ne sors pas.
C’était étrange.
Sa voix avait de l’inquiétude.
Mais en même temps, elle surveillait la caméra fixe.
Comme si quelque chose d’embêtant venait d’arriver—et utile pour l’émission.
— Ah.
J’ai compris.
— C’est mon oncle ?
Les Trois Mois, Cent Jours ont tressailli.
Donc j’avais vu juste.
Logique—c’est probablement sa seule fenêtre.
J’ai même reçu un appel de Maître Choi Ji-woon hier.
Le jugement tombe demain au tribunal de la famille, et je serai officiellement nommé tuteur légal. Aucun recours sérieux à prévoir.
Même si une contestation bidon est déposée, il m’a dit qu’il s’en chargerait.
J’ai déjà trop vécu ce genre de feuilleton pour ressentir quoi que ce soit. J’ai juste hoché la tête, mais avec le recul, on est en Corée.
Quand je vivais aux États-Unis, aucun proche ne pensait venir en personne.
Et même s’ils avaient pris l’avion, ils n’auraient pas su où me trouver.
Mais là, c’est différent.
Je suis en Corée, je passe dans une audition nationale.
Il y a plein de staffs et de gens gravitant autour.
Le lieu du dortoir a dû être facile à dénicher.
Alors mon oncle n’a pas tenu et a roulé jusqu’à Pocheon.
Juste avant de perdre plusieurs milliards de wons, après tout.
Mais qu’est-ce qu’il compte faire en me voyant ?
Ah—peut-être gratter des miettes.
Il a déjà renoncé à être tuteur, maintenant que j’ai un ténor d’un grand cabinet. Mais il se dit peut-être qu’il peut récupérer quelque chose.
Comment on dit, déjà ?
« Ppojji », c’est ça ?
— Je vais lui parler. On ne peut pas le laisser faire un scandale alors qu’on doit répéter.
— Mais…
Les yeux de l’auteure ont tremblé.
Elle est partagée.
Inquiète pour moi—mais tentée de capter ça à la caméra.
Elle doit être nouvelle.
Encore un peu verte.
— Au cas où, vous pouvez filmer ?
— Hein ?
— S’il raconte des mensonges, j’aurai besoin de preuves.
— ……
Drôle de scène : elle n’était pas si partagée que ça—elle s’inquiétait vraiment.
Parce que quand je suis sorti, la caméra tournait déjà.
Un cadreur avait discrètement réorienté la fixe vers l’extérieur.
Mon oncle, le visage cramoisi, hurlait comme si de rien n’était—sans voir ou sans se soucier d’être filmé.
Même avec des costauds du staff, il se débattait. L’argent, ça donne de l’aplomb.
Puis il m’a vu.
— Toi—! Sale ingrat qui ne connaît même pas ses parents ! Après tout ce que j’ai fait pour ton père—!
La langue pâteuse—il était ivre ?
En m’approchant, j’ai compris pourquoi il avait fait la route jusque Pocheon.
Ce n’était pas pour renverser la situation au tribunal.
Ni pour lécher des miettes.
Il est venu… par colère.
— Hé !
— Prends ça !
Il a subitement balancé sa main vers moi.
J’ai esquivé de justesse. Il a failli me toucher.
Il est idiot ?
Il ne réalise pas qu’agresser en public annule toute chance d’être tuteur ?
Il fait quoi si je porte plainte après m’être pris une baffe ?
J’ai failli éclater de rire devant l’absurdité, mais je me suis retenu.
Rire, là, serait bizarre.
OK, mode acteur.
— Qu’est-ce que tu me veux ?! T’es déjà allé une seule fois à l’hôpital ?!
— P’tit con !
Sans me vanter, je me débrouille en jeu.
J’ai même tourné dans un film.
Ce n’était pas pour l’argent—c’était pour l’album.
Eminem a été haï par des parents à travers toute l’Amérique.
Il y a même eu des manifs pour bannir sa musique des écoles.
Mais quand 8 Mile—son film autobiographique—a cartonné, tout a changé.
Les gens ont empathisé avec la douleur dans ses textes, captivés par l’histoire.
L’OST Lose Yourself a tenu 12 semaines #1 au Billboard Hot 100 et a raflé un Grammy et un Oscar.
En m’en souvenant, j’ai produit un film à Hollywood sur ma propre histoire…
Attends, c’est pas le moment.
— Sale gosse ! Ingrat pire qu’un chien !
Ingrat ? Depuis quand il m’a rendu service ?
J’ai une furieuse envie de lui en coller une.
La situation s’est enfin décantée quand le PD Kang Seok-woo est arrivé.
Le staff était paumé face à un proche hors casting, mais Kang a tout de suite appelé la police.
Pendant que mon oncle était interpellé pour tapage, je me suis penché et j’ai soufflé :
— On a fouillé ton dossier en révisant la tutelle. Ton parcours pro ? Pas joli-joli.
— …… !
— Beau boulot, hein ? T’as pas touché un centime. Si tu veux au moins garder tes indemnités de départ, calme-toi.
Ce n’était pas du bluff.
Que ce soit la sobriété soudaine ou l’arrivée des bleus, ses yeux ont vacillé et sa bouche s’est refermée.
Et moi, j’ai versé des larmes.
C’était tellement tragique.
Au fait, personne ne se demande comment il est venu ivre ici—il a conduit ?
Je le glisserai discrètement à Kang plus tard.
— Da-dan, da-dan, daaaan, daaan, deux-trois !
Le coach choré grimaçait.
Les membres n’étaient clairement pas concentrés.
Mais au lieu d’exploser, il m’a jeté un regard et a poussé un long soupir.
Quoi ? Pourquoi il me regarde moi comme si j’étais le problème ?
Je n’ai pas fait une erreur—je suis dedans à 100 %.
— Si c’est pour décrocher comme ça, autant aller vous reposer au dortoir.
— …Désolé.
— Je vais prendre l’air. Remettez-vous en place pendant mon absence.
Il est parti—probablement consigne de nous laisser « parler » pour la caméra.
Un peu pataud, mais bon.
Les autres étaient curieux, visiblement, jetant des coups d’œil dans tous les sens.
Le malheur est plus divertissant que la réussite.
— Rassemblement.
Les quatre sont venus s’asseoir.
— Je vais expliquer. Écoutez bien, OK ? Il nous reste deux jours.
— T’as pas besoin, Sion.
J’ai haussé les épaules à la remarque de Lee Ion.
Ils finiront par savoir.
Kang Seok-woo doit déjà planifier quand sortir mon histoire pour l’impact.
Il épuisera d’abord tous les titres centrés performance—puis il enchaînera l’angle émotion.
— Non, il fallait bien le dire un jour. Hmm, par où commencer…
Après une pause, j’ai attaqué.
— Il y a quelques mois, j’ai eu un accident de voiture.
Le 7 décembre 2016. On est le 22 mars 2017—oui, « quelques mois ».
J’ai énoncé posément.
— Il y a eu un crash. Mes parents sont restés inconscients. On vient de les déclarer en état végétatif.
J’ai volontairement glissé des détails sur Maître Choi Ji-woon.
— Je ne voulais pas laisser leurs biens à ces gens. Alors j’ai consulté des cabinets.
Un jour, ça sortira, et on doutera de moi.
Un gamin de 20 ans a un accident et immédiatement engage un avocat pour sécuriser les actifs ?
Certains iront jusqu’à dire que j’ai monté l’accident avec l’avocat—parce que je suis un psychopathe.
Ce jour-là, que ces quatre sachent la vérité m’aidera.
S’ils le disent chacun à deux ou trois, ça circulera vite.
— Voilà, c’est tout.
À la fin, Trois Mois, Cent Jours avait des têtes sidérées.
Normal—l’état végétatif, pour eux, c’est de drama.
Même l’hôpital était perplexe.
L’accident aurait dû être fatal, et pourtant ils avaient survécu sans séquelles physiques—mais restaient inconscients, sans raison identifiée.
Pour qui ignore l’existence du démon, ça sonne… bizarre.
— Est-ce que… ça va ?
J’ai hoché vers Goo Taehwan.
— Physiquement, nickel. Mentalement aussi, je crois. Peut-être parce que ce n’est pas encore réel.
— …
— Donc ne vous tracassez pas trop. Je crois toujours qu’ils se réveilleront.
— Ils se réveilleront.
— J’y crois aussi.
Après un long silence, c’est Lee Ion qui a parlé.
— Sion, t’es entré dans l’émission pour que tes parents t’entendent à l’hôpital ?
— Un peu. Et je veux débuter le plus vite possible.
— Je vois…
— On se reconcentre ? Si on foire cette perf’, mon rêve s’éloigne d’autant.
Tous ont acquiescé franchement et se sont relevés.
— Plus tard… on pourrait aller les voir à l’hôpital ensemble ?
— Si on tape la première place et qu’on y va ensemble, ce serait dingue.
— Deal.
J’ai été un peu pris de court.
Je ne sais pas s’il y a une raison pour qu’ils visitent mes parents.
Et on risque bien de prendre la #1 d’ici quelques jours…
Mais je n’ai rien dit. Je ne suis pas asocial.
C’est sûrement un geste de bonne volonté.
— Oh ! En y pensant, Under the Streetlamp peut vraiment finir #1, non ?
Fidèle à lui-même, Choi Jaesung a été le plus vif—c’est le benjamin, après tout.
— Ouais, la version complète est ouf.
— Vous vous souvenez, pendant les prélim’, quand on disait tous vouloir le refrain ?
— J’étais en train de chanter dans ma tête quand ça a coupé net.
— Seoul Town Funk serait #1 aussi si on pouvait la sortir !
Alors qu’ils bavardaient, la porte s’est ouverte et le coach est revenu.
— Vous avez meilleure tête. On y va ?
— On est prêts !
Il a frappé dans ses mains avec un petit rire.
La répétition a repris.
Et cette fois, c’était satisfaisant.