Chapitre 47
Traductrice : Moonkissed
L’idée, c’était de prendre la partie la plus iconique d’un tube pop ultra-connu et de construire un morceau autour, taillé pour Trois Mois, Cent Jours.
Mais quel tube choisir ?
« Attends… est-ce que c’est vraiment de l’auto-prod ? »
Lee Ion, qui avait l’habitude des évaluations mensuelles, voyait l’auto-production comme une réinterprétation : garder l’instru d’origine mais changer le couplet ou le refrain.
Surtout avec la pop, ce genre de rework est courant.
Bien sûr, c’est un survival, donc il faut viser plus haut que ça—mais l’approche de Han Sion semblait tout autre.
Une idée lui vint.
— Sion. C’est pas lié à la réunion en soi—juste une curiosité.
— Vas-y.
— Et si on prenait Baby en ne réécrivant que les couplets en coréen, tout en gardant le refrain en anglais ?
— Comme morceau de mission ?
— Ouais.
— Ça, c’est pas de la prod. C’est une cover.
— Même si les couplets sont réinterprétés créativement ?
— À moins de changer complètement le rythme des couplets… mais le refrain casserait l’équilibre.
— Non, laisse de côté la logique musicale. Toi, tu le sentirais comment ?
— Je me dirais qu’alors autant chanter l’original tel quel…
Aïe.
Lee Ion comprit soudain l’origine du décalage qu’il sentait depuis le début de la réunion.
Han Sion avait des exigences musicales démentielles.
Le mot « produire » ne voulait pas du tout dire la même chose pour les membres de Trois Mois, Cent Jours que pour Han Sion.
Les autres le réalisèrent aussi—leurs expressions changèrent.
Seul Han Sion ne voyait pas pourquoi Ion posait la question.
— Un problème ?
— Non. Bon… choisissons un morceau.
Dans toutes les têtes—sauf celle de Han Sion—la même litanie tourna :
Il faut que ce soit ultra-connu.
Même si Sion le réarrange, l’original doit rester reconnaissable.
Un truc que le grand public aime déjà.
C’était, en partie, un malentendu.
Han Sion n’était pas du genre à imposer ses goûts de force.
Au contraire, il étudiait sans cesse ce que le public aimait.
Mais les membres l’ignoraient encore, et après avoir cogité ensemble, ils choisirent le tube qui avait avalé le monde en 2015.
En mars 2017, on l’entendait encore partout dans la rue.
Uptown Funk.
— C’est pas trop célèbre, ce titre ? C’est pas juste un gros hit—c’est un méga-hit. Les gens doivent en avoir marre…
— Sion.
— Oui ?
— Faisons-le. Vote de la majorité.
— …D’accord.
Han Sion eut l’impression de se faire gronder du regard par Lee Ion.
Peu importe. Si le morceau est si célèbre, je peux le réinventer pour le rendre vraiment unique.
Quand j’ai dit que je voulais contrôler tout le process—du sampling à l’arrangement—l’équipe de prod a haussé un sourcil.
Je l’ai appris sur Stage Number Zero et dans plusieurs survival américains : les candidats n’ont pas tant de liberté artistique.
On choisit dans une liste de titres pré-autorisés (souvent pour le droit d’auteur), et même pour les arrangements, les candidats gèrent rarement tout seuls.
Des producteurs pros sont en attente pour transformer tes idées en réalité au fil des réunions.
Peu importe le « génie » supposé d’un candidat : une émission qui brûle des millions par épisode ne mise pas tout sur lui.
Évidemment, à l’écran, on dirait que les candidats font tout.
Coming Up Next ne fait pas exception.
Mais j’avais un atout.
— Ah ouais ? Tu penses pouvoir tout gérer ?
— Bien sûr.
— OK. Dis-nous si tu veux un beatmaker ou un ingé son. Tu sais mixer et masteriser aussi ?
— Je sais faire les bases… Je vous ferai écouter le résultat.
— Au fait, pourquoi t’es pas venu pour le soju l’autre soir ?
Mon atout, c’était Lee Hyun-seok, le patron de LB Studio, qui gère la musique et la production de Coming Up Next.
Les producteurs ont précisé que si la qualité ne suivait pas, un pro prendrait la main—mais il n’y en aura pas besoin.
Je ne suis peut-être pas un théoricien, mais côté science du son, personne ne me surpasse.
Je fais ça depuis plus longtemps que n’importe qui dans ce milieu.
Alors j’ai commencé à réarranger Uptown Funk…
— Sion, tu galères sur un truc ? On peut aider ?
— S’il y a un doute, dis-le nous.
— Hyung, tu penses pas qu’on devrait bosser la mélodie ensemble parfois ?
Les membres étaient étranges.
Au lieu de pratiquer, ils tournaient autour de moi et me couvaient.
Je vais très bien m’en sortir, évidemment.
Deux jours passèrent, et j’avais un draft.
Il restait des détails à fignoler, mais pour la direction, c’était la version finale.
Les gens kiffaient.
— Bordel. Ça démonte.
— On peut pas la sortir en vrai ? Pourquoi pas ? Pourquoi pas ? Pourquoi pas ??
— Saemiro, non aux facts—viens juste ressentir avec nous.
— …D’accord.
Moi aussi, j’étais satisfait.
Mais on n’est pas des artistes audio-only—on est des idols qui doivent posséder la scène.
On n’en était qu’à mi-chemin.
Maintenant, il fallait construire la scène.
— Quel concept on prend ?
À la question de Choi Jaesung, Han Sion pencha la tête.
Ils avaient déjà fixé un vibe rétro-disco en choisissant Uptown Funk.
Pourquoi reparler de concept ?
— On n’a pas déjà un concept ?
— Hein ? Pas le concept de scène—je parle du concept de groupe pour Trois Mois, Cent Jours.
— Tu veux dire les tenues ?
— Non, notre identité. Pas besoin d’un lore grandiloquent, mais un truc fun à creuser.
— … ?
Toujours pas compris.
Il leur fallait une seconde identité au-delà du concept de scène ?
Han Sion essaya de se rappeler l’époque For the Youth, mais rien de précis ne revenait…
— C’est un univers parallèle.
— … Un univers parallèle ?
— Un monde, c’est la Terre normale. L’autre, une Terre post-apo. For the Youth sont les seuls à voyager entre les deux.
— …
— Vous absorbez l’amour du monde normal et vous l’envoyez sur la Terre ruinée pour la ranimer.
— … Pourquoi ?
— Comment ça, pourquoi ?
— Si la planète a été détruite, il y a bien une raison…
Han Sion tressaillit.
Il se souvenait.
Ce lore ahurissant que le PDG avait imposé, qui avait poussé l’A&R à nous bombarder de easy listening en signe de protestation.
Ils ont volontairement enterré le concept sous des morceaux qui n’allaient pas avec, puis filtré ceux qui collaient au nom For the Youth.
C’est comme ça qu’on est devenus des « idols de la jeunesse ».
Nos chansons rendaient les gens nostalgiques de leurs années lycées.
Il avait complètement oublié, mais maintenant il se rappelait que For the Youth avait, au passage, cassé le positionnement de NOP.
À un moment, ils avaient même fait pression sur un PDG pour l’empêcher de nous saboter.
Malgré tout, Han Sion ne saisissait pas l’intérêt d’un concept de groupe.
OK pour du worldbuilding sur les MVs, les albums, ou pour donner de la cohérence à des singles éparpillés.
Mais quand la scène a déjà un thème rétro costaud—pourquoi rajouter une couche ?
Il essaya de l’exprimer à l’équipe…
…et se fit remettre en place.
— Si la musique suffisait, les gens écouteraient juste la chanson. Pourquoi regarder la scène ?
— Un concept aide les fans à s’immerger en nous.
— Oui, Sion. Les fans adorent ça.
— Attends, t’as honte ou quoi ?
Au dernier pic d’On Saemiro, Han Sion sursauta et secoua vite la tête.
Quand quelqu’un dit « les fans aiment », c’est un piège pour Han Sion.
Il ferait n’importe quoi pour vendre un album de plus.
— Bon, et si on partait sur un club de danse au lycée ?
— Si c’est un club, l’équipe de basket sonnerait plus cool.
— Oh, basket c’est fun. Mais si on allait plus loin—genre loups-garous ?
— Fantastique ? Alors les vampires s’imposent.
À mesure que les idées partaient en orbite, Han Sion sombrait mentalement.
Pourquoi des loups-garous ou des vampires dans une réunion de scène ?
À ce rythme, quelqu’un allait balancer « super-pouvoirs »—
— Les super-pouvoirs, ça peut être cool aussi. Chacun a une capacité différente.
— …
La discussion s’est enfin close quand On Saemiro a proposé une idée qui a fait l’unanimité.
Dieu merci.
C’était quelque chose que Han Sion pouvait accepter.
Alors qu’il lui jetait un regard reconnaissant, il remarqua un détail.
On Saemiro avait une drôle d’expression.
Han Sion s’en rendit compte—
Ses oreilles étaient rouges.
Il m’a demandé si j’avais honte, mais lui aussi, il rougit !
Malgré tout, Sion a appris un truc précieux grâce à lui.
Si tu peux pas l’éviter, profite. Et si tu dois le faire de toute façon, autant contribuer pour que ce soit supportable.
Je vais faire de mon mieux pour la scène et voir la réaction des gens.
Mais sa galère n’était pas finie.
— … Hyung. Honnêtement.
— Quoi.
— T’as pas vu beaucoup de performances d’idols, hein ?
— Je suis leur musique, pourtant.
— Je parlais des stages, pas des morceaux.
Jaesung disait vrai.
Depuis qu’il avait choisi la voie idol, il s’était fait un devoir d’étudier chaque hit des années 2010.
Mais il n’avait pas eu le temps d’éplucher toutes les prestations live.
Il n’avait regardé que les scènes des groupes de première division, DropOut ou NOP, par curiosité.
Et ça se voyait.
— C’est quoi, cette choré ?
À ça, Han Sion se troubla.
Il n’avait jamais vraiment poussé la danse.
Mais il ne l’avait pas négligée non plus.
Il s’entraînait sérieusement, et en exécution pure, il était sans doute le meilleur danseur de Trois Mois, Cent Jours.
Mais créer une chorégraphie ? Presque pas d’expérience.
Il avait toujours appris ce que des chorégraphes pros lui donnaient.
— C’est nul ?
— Non, c’est super. Tes moves sont top. T’es un excellent danseur.
— Alors quoi ?
— Tout est trop centré sur toi. Si tu prends toute la lumière, on devient tes danseurs de soutien.
— …
Ben… oui. Il avait toujours fait comme ça.
À partir de là, les membres lui ont renvoyé plein de feedback.
Ses expressions n’étaient pas assez lumineuses.
Il n’était pas assez dans le concept.
Ne pas porter d’accessoires cute en solo.
Mais personne n’a touché à la musique.
Le morceau auto-produit par Han Sion resta intouché.
Même l’équipe de prod frétillait.
— T’as vu la scène de Trois Mois, Cent Jours ? Sion a tout fait tout seul.
— Ce gosse, c’est un vrai génie.
Une semaine passa.
Plus que trois jours avant le prochain round.
Tout le monde dégoulinait de sueur à force d’enchaîner les répètes—
COMING UP! NEXT!
Le premier épisode de Coming Up Next avait enfin été diffusé.