Chapitre 44
Traductrice : Moonkissed
Alors que le public retenait son souffle, totalement happé par la chanson, la main de Han Sion glissa sur le clavier.
Les pianos réagissent à la vélocité ; les claviers, non.
Pour ça, les arrangeurs amateurs se cassent souvent les dents quand ils remplacent une partie piano par un clavier.
Bien sûr, Han Sion n’était pas de ceux-là.
[L’ombre étalée, floue et délavée, pourquoi… orangée…]
La « vélocité » de Han Sion, c’était sa voix.
Le son du clavier restait droit, homogène ; et pourtant, grâce à lui, l’auditoire sentait des dynamiques — douceur et puissance.
Le public n’en avait pas conscience, mais Jo Ki-jung, guitariste invité en session spéciale, se mordit la lèvre.
En répétition, tenir l’équilibre n’avait rien eu de difficile. Sur la vraie scène, l’immersion n’avait plus rien à voir.
S’il n’y prenait pas garde, il se laisserait emporter plus que Han Sion lui-même, et commettrait une erreur.
Déjà, son picking se laissait tirer par le phrasé de Han Sion.
« Sacré cinglé. »
C’est ce que Jo Ki-jung avait pensé en découvrant la partition entièrement réarrangée — et encore en studio.
Han Sion n’était pas un simple aspirant de vingt ans.
Il n’aimait même pas le mot « génie » — parce que « génie » suppose du brut, du vert.
La musique de Han Sion n’avait rien de brut.
Voilà pourquoi c’était un cinglé.
Pas encore un maître, peut-être, mais déjà—
[Debout là, figé, sous le réverbère orange…]
Sur la fondation de la batterie, basse et guitare batifolaient, le clavier couvrait le tout d’un toit.
Et la voix — la voix passait au-dessus.
Une autre pointe de jalousie piqua Jo Ki-jung.
S’il avait eu ça…
Jusqu’où serait-il allé ?
La jalousie ne dura pas.
Très vite, il ne fut plus qu’un musicien heureux, happé par le jeu.
[Toi et moi, sous le réverbère !]
Pré-refrain.
Après un court vide voulu entre la batterie qui pousse et les claviers, le refrain explosa.
[Ici—— !]
Han Sion savait fabriquer du plaisir d’écoute.
Il savait qu’il ne fallait surtout pas toucher au refrain de ce titre.
Même s’il pouvait « améliorer », changer l’identité de la chanson la rendrait étrangère.
Et alors, adieu la réaction qu’ils avaient maintenant.
— WAAAAAAH !
— OOOOUAIS !
Dès que le refrain familier jaillit, l’énergie de la salle s’embrasa.
Peu importait qu’on aime l’original ou qu’on le déteste.
Quiconque l’avait entendu une fois criait avec.
Jo Ki-jung avait d’abord voulu bâtir l’arc ainsi :
Avancer lentement par couplets, vers un trésor — un trésor beau, parfait.
Endurer un peu d’ennui pour maximaliser l’éclat du sommet.
En voyant la scène de Han Sion, il comprit :
Ce genre de composition est une erreur.
Lancer au public « Vous tiendrez ? », c’est de l’orgueil.
La version de Han Sion était belle de bout en bout.
Comme marcher dans une allée superbe, entrer dans un jardin splendide, et découvrir un joyau — sans épreuve.
Évidemment, ce n’est pas donné. Si c’était si simple, pourquoi les musiciens du monde entier suent-ils sang et eau à écrire des développements « beaux » ?
Mais sa mélodie, fluide, tenait tout.
[Ici—— !]
Il lança alors un refrain une octave au-dessus.
Un premier duel sidérant pour Han Sion, qui avait poli son art au fil d’innombrables vies.
Quand sa scène prit fin, il fallut couper un moment.
La réaction avait été si chaude qu’il fallait laisser retomber.
Il y eut même des rappels.
Une fois l’euphorie calmée, l’étonnement vint.
Le format du jour, c’était des duels par poste.
Et l’ordre suivait clairement un classement inversé, du 5e au 1er.
Han Sion, « Sub Vocal », était donc 4e.
Ce qui signifiait que ceux qui allaient arriver devaient être encore meilleurs… non ?
Assistaient-ils à la naissance d’un groupe surpuissant ?
C’est l’impression que ça donnait.
Pourtant—
[Lead Vocal – Koo Taehwan vs. Fade]
— C’était quoi, ça ? Pas bon.
— Il a déraillé ?
Fade, qui passait juste après Han Sion, planta sa scène.
Impossible d’effacer l’onde de choc de Han Sion ; il en oublia ce qu’il devait faire.
Koo Taehwan, qui connaissait déjà la capacité de Han Sion, s’en sortit mieux que Fade — sans pour autant marquer.
Le duel suivant, C.U contre Lee Ion, prit le même pli.
Au moins, Lee Ion surprit agréablement ceux qui l’avaient sous-estimé pour son visage.
Le seul duel vraiment consistant fut celui des main vocals : On Saemiro et Juyeon.
[Pars à cet instant— !
J’étais heureux, de tout— !]
Juyeon signa une scène assez forte pour faire oublier, l’espace d’un instant, Han Sion.
On Saemiro ne fut pas au niveau de Juyeon, mais récolta une belle salve.
Honnêtement, sans Han Sion, Juyeon aurait été 1er, On Saemiro 2e.
Mais—
— C’était quoi son nom déjà ? Han Sion ?
— Ils sortent sa perf en audio ? Ça va tout casser.
— Je partage sur les réseaux.
— Quand ça passera à la télé, il explose.
— Et beau en plus. Regarde la photo que j’ai prise.
— Mon dieu, cette aura.
Tout le monde qui quittait la salle parlait de Han Sion.
Et Choi Se-hee—
— C’est un hit assuré. Bien sûr, quelques antis vont chipoter de trouille pour leurs favoris, mais quand même !
Elle sourit, reconnaissant s’être trompée au départ.
Cependant—
Là où il y a de la lumière, il y a de l’ombre.
La lumière apportée par Han Sion projetait une grosse ombre ailleurs.
— ……
— ……
Sur l’équipe de prod.
Qu’un candidat cartonne, c’est super.
Qu’il crée une énorme buzz, encore mieux.
Mais s’il change la couleur du programme, ça tourne au problème.
Ce show devait être le survival de début de Lion Entertainment…
— À ce rythme, on va le prendre pour une audition nationale.
Et ce n’était même pas le pire.
Le vrai souci, c’était l’écart de niveau entre Han Sion et les autres.
Ceux qui tomberaient sur ses clips viendraient chercher la même montée — et si personne d’autre ne la donnait ?
Ils ne soutiendraient que Han Sion.
Alors que les héros finaux du programme ne devaient pas être… Han Sion.
Il faudrait donc l’éliminer un jour.
Voilà le problème.
— On fait quoi… ?
— On pousse Juyeon un peu plus ? Il a bien fait ce soir. Bonne réaction.
— Oui, mais…
Ça ressemblait à comparer un or des Jeux asiatiques à un Ballon d’or.
La chef scénariste n’arrivait pas à sortir de cette image.
Au final, la boule au ventre, elle alla voir le PD Kang Seok-woo.
Qui, lui, n’avait pas l’air inquiet.
— Et alors ?
— Hein ?
— Notre priorité n°1, c’est de réussir l’émission, non ? Pensons à ça d’abord.
— Mais il y a aussi le partage de revenus avec TakeScene. S’il baisse, les supérieurs vont grimacer.
— Hmm… juste. Au minimum, il faut montrer au PDG Choi Dae-ho qu’on a fait l’effort.
— Exactement.
— La prochaine mission, c’était déjà des stages individuels, non ?
Techniquement par binômes ou trinômes — mais l’axe restait l’individuel.
— À la place, avançons la troisième mission.
La troisième, c’était la Mission Autoproduction.
Pas de vraie composition — mais choix du morceau, arrangement, répartition des parties, concept, chorégraphie, stylisme : tout par eux-mêmes.
À vue d’œil, on se dit : terrain idéal pour Han Sion.
Mais Kang Seok-woo pariait que Trois Mois, Cent Jours allait peiner.
Les génies comme Han Sion comprennent mal pourquoi les autres ne font pas comme eux.
Et les coéquipiers n’allaient pas obéir au doigt et à l’œil.
En plus, Kang soupçonnait Han Sion d’être allergique aux codes idol classiques — il ressemblait davantage à un musicien qu’à une idole.
— En face, TakeScene aura la vie plus facile. Ils pourront “faire semblant” d’autoproduire en piochant dans leurs candidats de titres déjà prêts.
— Mais, PD-nim…
La scénariste, jusque-là silencieuse, prit enfin la parole.
— Et s’il réussit même ça ? Là, on est cuits — inarrêtable.
Kang Seok-woo se contenta de rire.
Il gardait pour lui un échange avec le patron de la chaîne.
— Honnêtement, j’ai besoin de voir combien d’argent Han Sion peut nous faire gagner sur deux épisodes de plus.
— Hmm… d’accord. Je te donne deux épisodes supplémentaires. Mais à une condition.
— Dites.
— Focus sur les vues YouTube et la croissance abonnés. Si les chiffres claquent, j’irai peut-être négocier moi-même avec le PDG Choi Dae-ho.
Si Han Sion et Trois Mois, Cent Jours prenaient assez d’ampleur, on pourrait pivoter tout le plan.
Mais seulement si tout s’alignait.
Du point de vue de Kang, il y avait peu de chances que Trois Mois, Cent Jours domine la mission autoproduite.
Même ainsi, l’image de Han Sion ne prendrait pas de coups — on monterait prudemment tout ce qui gratte.
Han Sion était désormais un produit dont il ne fallait pas rayer la carrosserie.
— On verra sur le pont quand on y sera. Pour l’instant, préparez tous le changement.
— Bien reçu.
— J’expliquerai moi-même au PDG Choi.
Satisfait.
J’avais tout donné pendant une semaine, pour sortir ma meilleure scène possible.
Ce n’était pas la scène de ma vie — je ne peux pas être parfait tout le temps.
Faire de mon mieux suffisait.
Après coup, les juges — PDG Choi Dae-ho compris — ont parlé, mais j’ai à peine écouté.
C’était du texte qui sonne bien au montage.
Seul le commentaire du compositeur Lee Chang-joon m’a un peu accroché :
« Attendez — la variation mélodique d’intro, Han Sion l’a arrangée lui-même ? »
Franchement, si j’avais flanché ne serait-ce qu’un peu, ils m’auraient démoli.
Je le savais aussi.
La scène d’aujourd’hui n’avait rien d’idol.
Pas de danse ; juste clavier + voix pour tenir tout seul.
Et alors ?
La prochaine fois, je montrerai quelque chose qui fait craquer même les puristes de l’idol.
Et d’ailleurs, n’était-ce pas Kang Seok-woo qui m’avait dit de chanter le remix de Under the Streetlamp pour cette manche ?
Alors que je pensais à tout ça, on annonça la mission suivante.
Hm. Et elle avait l’air… très intéressante.
Du coup, je me demande…
Est-ce qu’ils ont déjà renoncé à faire débuter TakeScene ?