Chapitre 43
Traductrice : Moonkissed
L’écran, qui montrait un instant les visages des candidats, grésilla puis afficha l’ordre des duels.
Main Dancer – Choi Jaesung vs Eye Level
Sub Vocal – Han Sion vs Ready
Lead Vocal – Koo Taehwan vs Fade
Lead Vocal – Lee Ion vs C.U
Main Vocal – On Saemiro vs Juyeon
Même pour Choi Se-hee, l’enchaînement paraissait logique.
On ouvrait avec les danseurs principaux (si la danse est le cœur du poste) pour le spectacle visuel, puis sub vocal, lead vocal, et enfin les main vocals.
Dans les groupes installés depuis quelques années, le niveau ne se cale plus strictement sur les intitulés de poste.
Un groupe — souvent qualifié d’« idoles de variétés » — avait même un lead vocal qui, dans une vidéo YouTube, allait demander partout : « Je chante pas mieux que notre main vocal ? »
Et ce lead-là avait fini par récupérer la partie de main vocal sur le titre suivant.
Preuve que, avec le temps, beaucoup de groupes atteignent un standard général élevé.
Mais les rookies, c’est différent.
Ils n’ont encore rien prouvé : le goût du public ou le sens du show comptent moins.
Ce sont les évaluations froides des pros qui tranchent.
Pourtant—
— Sub vocal ? Vraiment ?
Dans le souvenir de Se-hee, Han Sion avait un vrai don musical.
Elle n’aurait pas juré qu’il était un immense chanteur, mais sa voix était indéniablement agréable.
Et hormis Juyeon et On Saemiro, il figurait sans doute dans le haut du panier.
— La chanson d’avant, c’était son “coup spécial” ?
Parfois, ça arrive : des stagiaires polissent une ou deux chansons à la perfection.
Pendant qu’elle cogitait, la compétition démarra aussitôt après un bref laïus de Blue.
— Pas de temps mort entre les scènes — bien.
Le premier duel des main dancers s’ouvrit, et, comme attendu, la danse prit toute la lumière.
Premier sur scène : Choi Jaesung, le benjamin de Trois Mois, Cent Jours.
[Main Dancer – Choi Jaesung vs. Eye Level]
Jaesung reprit un titre d’un boy group au pic d’il y a quatre ans, fameux pour ses chorégraphies acrobatiques à haute difficulté.
Couvrir en solo une scène pensée pour un groupe n’est pas une mince affaire.
Mais Jaesung s’en tira plutôt bien.
Il chanta avec constance tout en dansant, et ses ajouts chorégraphiques personnels dans les sections « formation groupe » étaient convaincants.
Même quand les danseurs de renfort entrèrent, il s’y fondit bien.
— Pas mal ! Et puis, il est mignon.
— On rajoute un point au compteur samgyeopsal ?
— Pas à ce point-là : il s’en sort, sans plus.
La scène de Eye Level suivit, plus léchée.
Se-hee ne retrouvait plus le titre, mais c’était un morceau R&B d’un artiste étranger qu’on entend partout dans la rue — et l’interprétation tenait la route.
Malgré des danseurs dès le départ, la scène paraissait un peu vide.
— Tu votes pour qui ?
— Difficile. Tu trouves pas que les deux sont un peu “bof” ?
— Un peu, oui.
Jaesung avait des fulgurances mais manquait d’assise ; Eye Level était fluide mais sans moment fort.
En parfaites spectatrices de survival, Se-hee et son amie décortiquèrent… puis votèrent différemment — Se-hee pour Jaesung, son amie pour Eye Level.
Après une courte pause pour réarmer la scène, Ready apparut.
[Sub Vocal – Han Sion vs. Ready]
Duel de sub vocals ? On s’attendait au chant. Surprise : Ready partit sur 100 % rap.
Et ça fit mouche.
— Woooooo !
La salle s’embrasa.
Il interpréta Villain, plus gros hit hip-hop de Black Star, et l’instant prit des allures de concert.
Flow net, gestes justes, présence impeccable.
— On dirait Show Me What You Got !
Comme l’émission de rap culte.
— S’il prend un peu en coffre, il peut sortir un solo.
— Grave. Il est vraiment bon.
Autour de Se-hee, les réactions allaient dans le même sens.
Après l’explosion Ready, les lumières s’éteignirent pour faire retomber la pression.
Dans le noir, l’amie de Se-hee murmura :
— Han Sion, c’est le gars qui t’a parlé, non ?
— Oui, c’est lui.
— On dirait pas, de loin. Je le voyais plutôt te ghoster si tu l’abordes.
— C’est le gap appeal, je te dis.
— Le gap appeal, c’est pas si simple à faire.
— Tais-toi avec ton gap appeal.
Se-hee lança un regard noir, mais son amie lui montra la salle.
Beaucoup avaient déjà leurs téléphones sortis — pas par ennui ni pour des messages : ils cherchaient qui était Ready.
Sa scène avait été assez forte pour ça.
Tandis que Se-hee, qui soutenait Han Sion en secret, cliquetait de la langue, inquiète—
Pop.
Les projecteurs se rallumèrent.
Et le pire dispositif possible se dessina sous ses yeux.
— Bon sang, c’est un café-concert des années 70–80 ?
Spots ronds, chaises bistro, une guitare, un clavier.
Comme l’énonça, horrifiée, son amie : tout ce qu’il ne faut pas faire dans un survival d’idoles.
Ce n’est pas que les fans détestent voir des idoles jouer d’un instrument.
Dans des contenus autoproduits ou en variété, c’est même très bien.
Mais là, c’est un champ de bataille où il faut prouver sa sincérité et sa hargne.
Gratter une guitare sous un spot en chantant une ballade sensible ?
Peut-être en performance de groupe, si on vend des lignes vocales costaudes.
En solo ?
Surtout pour un premier duel en face-à-face ?
Ce setup hurlait « pas de danse » — même pas de simple déplacement.
— C’est la faute de Han Sion ou du PD ?
À moins de sortir une voix à vous couper le souffle, impossible que ça passe.
Se-hee savait qu’elle sur-analysait peut-être.
Le grand public de Coming Up Next n’y verrait peut-être pas d’inconvénient.
Il pourrait même aimer.
Mais dans les fandoms d’idoles, c’était du suicide.
Et pour aggraver le tout — le choix de la chanson.
Oh. Mon. Dieu.
Un titre célèbre uniquement pour son refrain braillé.
Classique de karaoké de mecs bourrés.
Couplet ennuyeux, refrain crié, re-couplet plat, re-refrain.
Le choix seul était une catastrophe.
Et en plus c’était un remix ?
Se-hee voyait déjà les commentaires après diffusion :
— lololololol
— Mdr pourquoi pas dire direct qu’il veut faire chanteur de ballades
— Il s’est cassé la jambe à force de répéter et du coup il est assis ? Mdr
— Je vois l’avenir : débat « vraie musique », procès, solo en vue mdr
— Puis réunion larmoyante avec les ex un jour ?
— Vous êtes tous Doctor Strange ou quoi ?
— Dormammu ! I’ve come to bargain !
— lololol
Et encore, c’était la version soft.
Elle n’osait imaginer la face sombre.
Pendant qu’elle pensait ça, elle se rendit compte qu’elle voulait vraiment que Han Sion réussisse.
Son vrai cœur restait à Drop Out, mais Sion… elle voulait qu’il s’en sorte.
À cet instant, quelqu’un — sans doute un musicien de session — saisit la guitare, et Han Sion s’assit au clavier.
Une rythmique de batterie pré-enregistrée entra, feutrée.
Avant le pacte avec le démon.
Dans ma première vie, avant l’accident de voiture de mes parents, j’étais juste un aspirant chanteur ordinaire.
J’avais bien un peu de talent — disons un peu meilleur que Choi Jaesung, un peu moins qu’On Saemiro.
Mais ce n’est pas ça, le point.
À l’époque, je détestais la prévisibilité.
Appelez ça syndrome indé, maladie de Hongdae, fièvre hipster — ce que vous voulez.
J’étais en plein dedans, à dix-neuf ans.
Alors, quand j’ai pactisé avec le démon et qu’il a fallu vendre 200 millions d’albums, j’étais perdu.
Avant le pacte, je ne voulais qu’une chose : être spécial — courir après l’inconnu.
Mais pour vendre 200 millions, impossible.
Il fallait faire ce que les gens aiment — et je ne savais pas ce que c’était.
J’ai passé plusieurs vies sans vrai étalon.
Oui, mes compétences grimpaient, et j’empilais des hits grâce à la connaissance du futur.
Ça ne veut pas dire que je comprenais ce qui fait une bonne chanson.
Jusqu’au jour où j’ai compris une chose simple :
Il n’y a pas de « bonne réponse » en musique.
Le hard rock a régné ; l’alternative l’a envoyé au tapis.
En Corée, même histoire.
Sans connaître à fond l’histoire locale, je savais au moins ceci :
Bientôt, l’hyperpop balayera la K-pop, vite relayée par le Jersey club.
Des genres opposés, l’un après l’autre.
Donc, pas de style « correct ».
Et c’est justement pour ça que le vrai standard m’est apparu.
La seule chose qui compte :
Ça doit sonner bien.
L’alternative a explosé parce que les chansons de Kurt Cobain sonnaient mieux, à ce moment-là.
Rien de plus.
Les hard rockers qui ont survécu à la vague alternative ?
Ils faisaient de la musique qui sonnait mieux que la plupart des groupes alternatifs.
Donc il faut faire des titres que les gens ont envie d’entendre, encore et encore.
C’est la seule vérité qui ne bouge pas.
Et moi…
Je suis le meilleur au monde pour faire ça.
Ou plutôt, je le suis devenu.
Alors maintenant, j’étais prêt à leur montrer.
Quand la guitare s’est posée sur la batterie calme, Han Sion a attaqué sans intro.
[Quelque part au bout d’une ruelle grise—
Sous un lampadaire orange—]
L’original avait une longue intro instrumentale.
Han Sion l’avait purement zappée, posant la voix après un court motif de guitare.
À cette première note, Koo Taehwan, qui attendait anxieusement son tour, avait écarquillé les yeux.
Han Sion disait toujours qu’il pouvait marquer dès le tout premier temps.
Qu’avec son sens spécial du rythme, il pouvait rendre un air familier meilleur.
Taehwan n’avait jamais vraiment compris.
Il pensait à un R&B laid-back, au mieux. Pas plus.
Là, il avait compris.
C’était ça.
Cette traction, ce tirage que tu ressens quand le tout premier mot tombe.
Sur la grande scène, Han Sion donnait un niveau d’immersion qui pulvérisait sa répétition.
Et il n’y avait pas que Taehwan pour le sentir.
Les 500 spectateurs le ressentaient eux aussi.