Chapitre 42
Traductrice : Moonkissed
Choi Jaesung avait raison — ces jours-ci, Han Sion faisait un peu peur.
Pas parce qu’il était en colère ou à fleur de peau.
Au contraire, il se montrait même plus doux et plus prévenant que d’habitude.
Ce qui intimidait, c’était sa manière de préparer la scène.
C’était la première fois qu’ils voyaient quelqu’un s’absorber à ce point dans quelque chose.
Et ça leur posait une question gênante : avaient-ils, eux, déjà vécu ainsi, ne serait-ce qu’un jour ?
Bien sûr qu’ils avaient travaillé dur.
Mais ils n’avaient jamais mis leur vie dans la balance.
Han Sion, lui, oui.
Le regarder bâtir sa scène pierre après pierre produisait un drôle de sentiment d’effroi admiratif chez le reste de Trois Mois, Cent Jours.
— Tu es vraiment autre chose.
C’est ce qu’a fini par dire, face caméra, la coach vocale Yoo Seon-hwa après avoir observé, ré-observé, puis encore observé.
Même les stagiaires les plus solides de Lion Entertainment décrochent parfois de l’entraînement.
Elle ne s’attendait pas à ce que Trois Mois, Cent Jours — dont la plupart n’avaient jamais mis les pieds dans une agence, à part Lee Ion — tienne ce rythme.
Han Sion se levait même deux heures avant tout le monde, malgré un planning éreintant.
Quand Koo Taehwan lui avait demandé pourquoi, Sion avait simplement répondu qu’il devait — régler sa couleur (accorder son timbre).
Voir sa scène se construire pas à pas inspirait une sorte de respect craintif.
— Quand ça passera à la télé, Internet va exploser, non ?
— Je pense aussi. Mais j’ai un petit doute… Et si ce n’était pas assez “idol” ?
— Oui, je vois. Quand les “renifleurs de pigeons” vont débarquer, ils vont nous faire la leçon sur la “vraie musique”.
Choi Jaesung secoua la tête.
— Attendez, à part Under the Streetlamp, tout venait d’idol groups, non ?
C’était vrai.
Flowers Bloom, Boy Scout, Never Just Playing Around — tous des titres d’idoles.
Il n’y avait vraiment que Under the Streetlamp pour laisser une telle empreinte.
C’est là que Lee Ion s’est approché.
— Vous parlez de quoi ?
— On se demandait quelles réactions aura la scène de Sion hyung demain.
— On va le traiter de taré — dans le bon sens.
— On est d’accord ?
— Bon, allez, le PD a dit de se rassembler.
— Déjà ? La pause est finie ?
— Oui. On y va.
C’était la veille de la première véritable bataille de postes de Coming Up Next.
Au départ, les membres de Drop Out n’étaient pas sereins à l’idée de confier l’arrangement de Selfish à son compositeur original.
Composer et arranger ne sont pas deux univers étanches.
Beaucoup de grands compositeurs sont aussi d’excellents arrangeurs.
Mais en K-pop, un bon compositeur peut très bien être un piètre arrangeur.
Certains écrivent des toplines fabuleuses mais peinent à les inscrire dans un paysage sonore « idol-friendly ».
Malgré tout, Drop Out accepta de laisser Zion, compositeur de Selfish, s’occuper de l’arrangement.
— Essayons d’obtenir le contact direct de Zion.
La poussée venait de leur agence, Double M Entertainment.
— Il n’a vendu des morceaux qu’à deux équipes jusqu’ici — nous, et NOP.
— On n’a pas raflé un titre que NOP convoitait ?
— Si. Selfish était leur premier choix aussi, mais ils voulaient également I’m Not Your Man. Ils ont acheté celui-là.
— En titre de tête aussi ?
— Oui.
Zion venait donc de placer deux title tracks chez les deux boys bands les plus chauds du moment.
Ce n’était pas un hasard heureux : il savait manifestement livrer de la qualité, de manière répétée.
— Le deal a été piloté par le directeur A&R de BVB Entertainment. C’est étrange.
— Seo Seunghyun, c’est ça ?
— Oui.
Drop Out savait même qu’un employé d’une autre agence avait géré la vente.
Double M, pour son poulain vitrine, partageait beaucoup d’infos internes.
— S’il est aussi bon, chopons sa carte. Même pour un guide vocal, l’arrangement nous dira tout. Au pire, on ne s’en sert pas.
C’est comme ça qu’ils ont demandé à Zion d’arranger Selfish.
Quelques jours plus tard…
— C’est quoi ce truc ?
— C’est dingue.
Le résultat était d’un niveau absurde.
Parfaitement calibré pour Drop Out, avec des notes détaillées sur la répartition des parties et les techniques vocales à utiliser par membre.
Mais le vrai coup de massue, c’était le guide vocal livré avec la version finalisée.
À l’origine, Selfish était en anglais.
Personne ne savait si Zion chantait lui-même les guides, mais il circulait une démo maison pourrie niveau son, où la voix était déjà très bonne.
Là ? Au-delà des mots.
Oubliez la prise de son — l’interprétation était d’une élégance insolente.
Pas démonstrative — juste stylée.
— On pourrait sortir cette version telle quelle.
— Sérieux, on pourrait garder ces lyrics.
Peu importe la traduction coréenne, elle ne battrait pas ça.
Seul bémol : pas de rap.
Mais le pont avait une section quasi rap, leur rappeur pouvait s’y glisser.
— On tente de demander une sortie en version anglaise ?
— On a les droits de ces paroles ?
— L’agence paiera de toute façon la note auteur.
— Donc si on part là-dessus, Zion prend le 4:4:2 complet — paroles, compo, arrangement ?
Une fois l’approbation unanime, Drop Out devint curieux.
Qui était Zion ?
— C’est vraiment un rookie ?
— Il chante trop bien.
— Ce n’est pas que la voix — l’arrangement est chirurgical. Un débutant peut faire ça ?
— Je dirais l’inverse : n’importe qui peut bricoler un arrangement, mais cette voix ? Irréelle.
Idole auto-productrice, Drop Out savait combien il est rare de viser juste — ni trop, ni pas assez.
Les rookies n’y arrivent quasiment jamais.
Leur leader Sido, — l’idole des idoles , finit par envoyer un mail à Zion pour lui proposer un repas.
— …Il m’a ghosté.
— Il t’a ghosté ?
— Peut-être qu’il n’a pas vu.
— …C’est en “lu”.
Ghost complet.
Ce qu’ils ignoraient, c’est que Zion — Han Sion — était simplement débordé par la préparation de Coming Up Next.
Sans savoir comment ses idoles étaient traitées, la fan de la première heure Choi Se-hee décrocha encore un ticket d’audience.
Peut-être grâce à son post, ou parce que la pub avait monté d’un cran — la concurrence était un peu plus rude cette fois.
Mais ça restait du 13:1. Et Se-hee avait ses méthodes.
— J’ai survécu au fan-event de Drop Out à 322:1 !
Cette fois, elle n’était pas seule — elle était venue avec une amie fan.
— T’as promis du samgyeopsal si c’est nul, hein ?
Son amie ne croyait pas son post. Impossible qu’il y ait dix nouveaux idols qui valent le détour.
— Promets.
— Je te dis qu’ils sont bons.
— Promets quand même.
— D’accord. Mais s’ils sont bons, c’est toi qui paies.
— Marché conclu.
L’autre ricana. « ‘S’ils sont bons’ » ça veut dire quoi, ça ?
Quand on a déjà un biais de fan, on met des filtres : biais rookie, biais potentiel, biais récit larmoyant.
Pour des inconnus ? On juge aux mêmes standards que les installés.
Au mieux, un seul passerait le cut.
Tandis qu’elles chicanaient, les 500 spectateurs finirent d’entrer.
Évidemment, le show ne commença pas tout de suite.
Ce genre d’enregistrement, c’est toujours de longues attentes.
Elles avaient eu le nez fin : au lieu des 250 places debout au pied de la scène en T, elles avaient pris deux sièges parmi les 250 assises autour.
Qui sait combien de temps s’est écoulé ?
Alors qu’elles scrollaient leurs téléphones, une petite clameur monta.
— Hé, c’est pas Blue ?
— Si — et là, c’est le PDG Choi.
Deux autres les rejoignirent sur scène — probablement des jurés.
Dès qu’ils se furent placés, le staff s’activa pour caler le public et armer les caméras.
Se-hee nota encore une fois à quel point Coming Up Next était étonnamment relax sur les fuites.
On rappelait juste aux spectateurs avec téléphones de ne pas gêner le tournage.
Pas de vidéos intégrales des performances, s’il vous plaît.
Pas la parano habituelle des survival shows.
— Oh… peut-être parce que c’est une compète par équipe ?
Personne n’est éliminé avant la finale.
D’ici là, mieux vaut bâtir du buzz et de l’engagement que jouer les secrets.
Ou alors… ils craignaient simplement que l’émission ne prenne pas.
Pendant qu’elle tergiversait, les caméras se mirent à tourner.
Le MC était Blue, idole de 1re génération devenue animateur.
Quel que soit le format, il ne perd pas de temps.
Intro ? Courte.
Pas de présentations individuelles non plus.
Il martela un seul point : aujourd’hui, c’est la bataille de positions entre deux équipes.
Pas de VCR clinquants.
— C’est le bazar. On est censés se chauffer comment ?
Classique prod câblée débutante.
Alors que Se-hee cliquait la langue, Blue leva la main et pointa à gauche.
— Trois Mois, Cent Jours !
Un lift fit surgir cinq garçons du côté gauche de la scène.
Pour Se-hee, au deuxième rang, c’étaient des visages familiers.
Mais pour l’essentiel du public, c’était la première fois.
Et malgré ça…
Une grosse clameur éclata.
Ce n’était pas de la générosité.
C’est Lee Ion qui venait d’apparaître à l’écran.
— Mais qu’est-ce que…
Se-hee hocha la tête au souffle coupé de son amie.
Ce visage, c’était quelque chose.
On se demande comment il n’a pas déjà saturé les écrans.
— Je rajoute un point au pari samgyeopsal ?
— Non. Deux points.
— Je te l’avais dit.
— Bordel, il est vraiment magnifique. OK, t’as gagné.
Se-hee sourit, mais son attention filait déjà vers Han Sion.
« C’est son fanservice ? »
C’est sûr, Sion est beau.
Peau diaphane, traits coupants, cette fragilité dangereuse — pile son type.
Mais à côté de Lee Ion, il ne volait pas la vedette.
— C’est son aura ?
Tandis qu’elle cherchait, Blue pointa cette fois à droite.
— Take Scene !
Une clameur encore plus forte tonna.
Certains avaient amené des bannières — ces visages, ils les avaient déjà vus dans d’autres contenus de Lion Entertainment.
En un clin d’œil, les dix candidats étaient sur scène.