Chapitre 41
Traductrice : Moonkissed
Quand la scène s’est achevée, j’ai senti, presque en direct, une vague d’émotions traverser la salle.
Les membres de Trois Mois, Cent Jours semblaient rassurés.
Le PD Kang Seok-woo avait l’air de se dire : « Je le savais. »
Et, pour une raison ou une autre, ça s’agitait aussi du côté des auteurs.
Mais ceux qui ont le plus réagi, évidemment, ce sont Take Scene.
J’avais pulvérisé Fade avec un score sans appel, mais je suppose que jusqu’ici, Take Scene ne me tenait pas en si haute estime.
C’est le genre de morceau qu’est « At the End of Dawn » de With.
Il n’y avait pas un fan-report, d’ailleurs, qui disait :
« Technique : a chanté un vieux titre facile, donc difficile de jauger la puissance vocale, mais très agréable. Dur à noter. 8–8,5 ? »
Je suis presque certain que c’était écrit par une fan de Drop Out à qui j’ai signé un autographe. Probablement une réaction très typique du grand public.
Et côté Take Scene, leur « oreille » n’est pas forcément meilleure que celle du public.
Former son oreille est bien plus dur que former sa voix. Certains n’y parviennent jamais.
Bref. Tout ça pour dire que Take Scene a enfin semblé comprendre de quoi j’étais capable.
Fade, lui, avait l’air ébranlé.
— Merci, ai-je dit.
Après moi, Koo Taehwan a pris le relai pour la dernière prestation. C’était… amusant.
— Chante l’intro, je lui avais dit.
— L’intro ?
— L’intro doit les accrocher tout de suite. Tu as le groove pour ça.
Il l’a pris à la lettre. Il a tenté de chanter chaque partie comme si c’était l’intro.
Évidemment, ça n’a pas tenu jusqu’au bout.
Il s’est emmêlé à mi-chemin, mais honnêtement, ça m’a fait plaisir.
C’est exactement ce genre d’audace qu’il faut si tu veux viser grand.
Une fois toutes les scènes Take Scene et Trois Mois, Cent Jours terminées, la mission suivante a été annoncée.
Une bataille des postes — affrontements poste contre poste.
Attends, Ready n’est pas le main rapper de Take Scene ? Pourquoi il est compté en sub-vocal, là ?
Ah—peut-être que je chanterai, et lui rappéra.
L’explication de Blue a confirmé.
Peu importe le genre — on fait ce qu’on veut.
Si j’étais Ready, je sortirais en rap pur et j’assumerais jusqu’au bout.
À la fin du briefing, le PDG Choi Dae-ho a pris le micro.
— J’ai quelque chose à vous dire à tous. Vous devez commencer à vous voir comme des professionnels.
C’est tombé de nulle part.
— Pour être franc, les prestations de ce soir étaient toutes sous les attentes. Même en tenant compte de l’effet surprise.
Il a fait monter la pression.
— La première diffusion est dans deux semaines. Les pubs de promo commencent ce soir. Pas seulement sur M Show, mais dans le métro, les bus, les taxis—partout.
— …
— Et désormais, vos performances seront jugées non seulement par nous, mais aussi par le public. Nous recrutons des spectateurs en live qui vous évalueront directement.
Ça, c’est une bonne nouvelle.
J’ai toujours préféré jouer devant de vraies personnes, pas des insiders.
Les insiders te notent au prisme de la politique.
Le public est honnête.
Et cette honnêteté me fait encore vibrer.
— On compte sur vos progrès.
Sur ces mots, le PDG Choi a conclu, et on a eu une courte pause.
De nulle part, On Saemiro est venu me sortir un truc étrange.
— Tu es vraiment d’accord pour que je sois main vocal ?
— Bien sûr. Tu chantes bien.
— Mais tu es meilleur.
On avait déjà eu un échange du genre pendant la sélection de l’Équipe B, je crois. Peut-être quand j’ai dit que je prendrais la partie rap.
Les humains sont compliqués, mais parfois très simples.
Si quelqu’un remet le même sujet sur la table dans une autre situation, ça veut souvent dire qu’il dévoile ce qu’il pense vraiment.
Alors, qu’essayait de dire On Saemiro ?
Il est jaloux de moi ?
Il essaye de me tenir en respect ?
Peut-être qu’il m’en veut, même ?
Ces sentiments—je les ai encaissés de mes coéquipiers beaucoup trop de fois.
Peu importe la gentillesse que tu mets, certains finissent par t’en vouloir.
La jalousie commence en micro-sabotage. Quand ça rate, ça tourne à la haine.
Oui, On Saemiro n’est probablement pas différent.
Même des gens triés sur le volet au fil de dizaines d’épisodes finissent par tomber là-dedans—alors attendre la noblesse d’un gars croisé au hasard d’une télé-réalité, c’est naïf.
Voyons où il veut en venir.
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
— Exactement ce que j’ai dit. Tu es meilleur que moi. Alors pourquoi tu n’as pas visé le poste de main vocal ?
— Et si je l’avais fait ?
— On aurait dû se battre. Tous les deux.
— Et comment tu penses que ça se serait terminé ?
— J’aurais perdu. Contre toi.
— Alors ce n’est pas mieux comme ça ? Tu gardes le poste de main.
— Oui, mais j’ai perdu sans même pouvoir me battre.
Là, il m’a perdu.
Donc On Saemiro voulait se mesurer à moi ?
Et il est déçu de ne pas en avoir eu l’occasion ?
J’ai senti une lueur d’espoir.
Peut-être qu’il a une vraie soif de compétition. Peut-être qu’il veut vraiment s’élever.
Mais…
Non, peu probable.
D’accord—peut-être qu’il ressent ça maintenant.
Peut-être que Lee Ion aussi. Ou Koo Taehwan, ou Choi Jaesung.
Mais c’est seulement parce qu’ils n’ont pas encore vu ce que je peux vraiment faire.
Tout ce que j’ai montré dans Coming Up Next a été trié sur le volet. Soft.
« Under the Streetlamp » ?
C’était juste le timing. Un bon morceau court pour le round d’une minute.
« Flowers Bloom » ? « Boy Scout » ?
Pareil. Des titres qui marchent bien en émission d’idoles.
Donc On Saemiro n’a aucune idée de mon plafond.
Il croit que je ne suis qu’un cran au-dessus. Il se trompe.
Ce profil, je l’ai trop vu.
— Eh Sion, t’en as pas assez fait ? Arrête d’être intense.
— Tu vois combien on est payés ? Détends-toi.
— La vie est trop cool.
— Te crispe pas. Profite un peu.
Je ne mise plus mes espoirs sur les gens.
Je les mise sur le talent.
Sur ceux qui, même avec dix millions au compte, ne peuvent pas s’empêcher de créer.
Ceux dont les cellules débordent de talent—qui doivent partager, sinon ils étouffent.
Ceux-là, ce sont mes coéquipiers.
On Saemiro n’en fait pas partie.
— …
J’ai ravaler une pique.
Ce n’est pas sa faute.
Il a vingt ans. Qu’est-ce qu’il peut savoir ?
Il n’y a rien de mal à vouloir une réussite raisonnable et un peu de bonheur.
Ce qui cloche, c’est mon foutoir à moi—mes sentiments vrillés.
Alors j’ai clôturé de la manière la plus douce possible.
— On n’a que trois mois. Donnons le meilleur. Si on fait bien, il y aura une place pour chacun de nous, quelque part.
— …Ouais.
On Saemiro a hoché la tête, pensif.
Après son départ, il m’est resté mes pensées.
Peut-être… que j’ai été un peu trop passif jusqu’ici.
Aux États-Unis, tout va toujours à cent à l’heure.
Faut préparer des démos, signer un agent star, booker des producteurs, arroser la presse, faire pousser la présence en ligne…
Depuis que je suis rentré en Corée pour cette fichue émission d’idoles, je me cache derrière « je connais mal l’industrie » pour me laisser porter.
Surtout dans Coming Up Next.
C’est vrai, je ne sais pas tout du monde idol.
Parfois, des souvenirs de For The Youth remontent, mais je ne connais pas la voie la plus courte vers le sommet.
Sauf que—s’il y a une chose dont je suis sûr…
C’est que je suis très bon.
J’ai déjà décidé ce que je vais chanter pour la bataille des postes.
J’en ai parlé avec le PD Kang Seok-woo—on fait une réorchestration intégrale de « Under the Streetlamp ».
Alors maintenant, il est temps de montrer.
Temps de renverser l’échiquier.
Je vais faire en sorte que Lion Entertainment et M Show me fassent débuter moi, pas Take Scene.
Même si c’est « impossible » business-wise, je le rendrai possible.
Une semaine a passé.
Depuis l’entrée en dortoir de Coming Up Next, Koo Taehwan s’est rapproché de Choi Jaesung, et ils discutent pas mal.
Taehwan a de l’instinct, et Jaesung lit bien l’ambiance.
Quand Jaesung fait un truc pour préserver l’harmonie, Taehwan le relève tout de suite.
— Si tout le monde s’entend, c’est grâce à toi.
— Tu pensais à l’équipe en faisant ça, pas vrai ?
Même si Jaesung agit à l’instinct, les compliments de Taehwan donnent à tout ça un air intentionnel—presque noble.
Ils ont vite accroché.
Ces derniers temps, leurs deux sujets favoris :
— Ugh… je crois que je vais gerber, hyung.
— Toutes les grosses agences bossent comme ça ?
— C’est pour ça que leurs idoles sont si fortes.
Depuis qu’ils sont en dortoir, c’est l’enfer du training.
Réveil. Pilates. Danse individuelle. Chant. Choré de groupe. Endurance. Méditation. Re-chant…
— Tout sauf les langues étrangères, pitié.
Si, même les langues étrangères.
Trois Mois, Cent Jours n’en avait pas besoin là tout de suite, mais Lion Entertainment leur a calqué exactement le programme de Take Scene.
La moindre différence aurait fait crier au favoritisme.
Et côté image, c’est du pain bénit : « Regardez la formation systématique et avancée de nos idoles. »
Le PDG Choi passait souvent pour coacher chacun.
Pour Taehwan, c’était :
— Tu as le potentiel lead vocal—travaille l’extension de ta tessiture et l’expression.
C’était l’inverse de la direction que Han Sion lui avait donnée.
Sion lui avait dit d’explorer la zone de confort et de resserrer l’immersion émotionnelle—pour maximiser le rythme.
Jusqu’ici, l’approche du PDG Choi semblait payer.
Taehwan, qui s’était planté à sa scène de présentation, commençait à décoller.
Mais un truc clochait.
Ses skills montaient, mais sa couleur s’émoussait.
Il polissait sa singularité pour masquer ses défauts.
Difficile à expliquer, mais…
Peut-être qu’il devrait retourner voir Sion.
Sauf que—
— Sion hyung n’est pas un peu… impressionnant ces temps-ci ?
Ouais.
Le deuxième sujet le plus fréquent ?
Han Sion.