Chapitre 38
Traductrice : Moonkissed
3 mars 2017.
Aujourd’hui, je deviens majeur.
Autrement dit, c’est mon anniversaire.
Du coup, j’ai reçu pas mal de messages.
Le premier, c’était l’oncle Hyun-soo, puis d’anciens camarades de lycée m’ont envoyé des vœux prudents, du genre « tiens bon et passe une bonne journée ».
Pas « amis de lycée », juste « camarades », parce que je ne m’en souviens pas très bien.
Peut-être que je les reconnaîtrais en face à face, mais voir un nom ne fait remonter ni visage ni souvenir.
Enfin, j’ai reçu un message d’anniversaire dans le groupe Trois Mois et Cent Jours.
Trois Mois et Cent Jours – Lee Ion (21) : Joyeux anniversaire, Sion. Comme ce n’est pas un jour de tournage, profite avec des amis. Tu veux quelque chose en cadeau ?
Trois Mois et Cent Jours – Koo Taehwan (20) : Bon anniv. Je pensais t’envoyer un humidificateur — t’en as déjà un ?
Trois Mois et Cent Jours – Choi Jaesung (18) : Hyung ! Mille félicitations pour ton anniversaire !! Je t’ai envoyé un cadeau en MP !
Trois Mois et Cent Jours – On Sae-mi-ro (20) : Joyeux anniversaire. Passe une belle journée.
Les messageries me fatiguent un peu, ces temps-ci.
Pourquoi faut-il qu’elles poussent les anniversaires comme une alerte à la une ?
Et le plus drôle…
Beau-père (oncle par alliance) : Je crois que j’ai été trop dur avec toi tout ce temps. Je suis désolé.
Même mon oncle par alliance a envoyé des excuses et un cadeau.
Quel clown.
Il pense vraiment que ce genre de carotte va marcher ?
Ou alors… il est plus perspicace que je ne le croyais.
Maintenant que je suis légalement majeur, je peux saisir le tribunal de la famille pour demander la tutelle.
Difficile d’imaginer un gamin de vingt ans planifier tout ça froidement, mais si son cadeau est un coup en prévision de ça… je pourrais presque lui reconnaître du flair.
Cela dit, la personne que je devais voir aujourd’hui n’était pas là pour me fêter.
Elle était là pour me défendre.
Maître Choi Ji-woon.
— T’as de la chance d’être né en mars. Si ça avait été vers septembre, ça aurait été le bazar.
— Ouais, c’est vrai.
— Alors, le médecin ? Il faut toujours une déclaration d’état végétatif pour tes parents.
J’aimais bien la façon dont Choi Ji-woon restait strictement pro, sans compassion tiède.
Normal : il facture dix milliards de wons d’honoraires. C’est du premium.
— Le diagnostic devrait être finalisé d’ici la semaine prochaine.
L’oncle Hyun-soo exécute toujours mes demandes. Pas d’exception cette fois.
— Alors on enclenche. La compétence devrait tomber au tribunal de Seocho.
— Vous vous sentez confiant ?
— Dans un autre tribunal, je dirais 70 % de chances. C’est déjà haut.
— Et à Seocho ?
— 700 %.
Je l’ai déjà entendue une dizaine de fois, celle-là, mais je lui rends quand même un petit regard admiratif.
Ensuite, on a parlé du partage du butin.
Les actifs liquides seront immédiatement réalisés et partagés. Certains titres seront vendus plus tard.
— Pour l’immo, je trouverai un agent et on vendra vite. Inutile de parier sur le marché.
Là, Choi Ji-woon m’a lancé son premier vrai regard humain.
— Je dois te poser la question en adulte. Ça te va ? Cette maison doit être pleine de souvenirs.
— Ça va. Ce n’est que de la pierre.
Et je le pense. Mais en réalité je ne la vendrai pas.
Vendre une maison prend du temps ; pendant que Ji-woon attend la vente, je peux placer l’argent ailleurs et dégager un profit.
De quoi couvrir ses frais.
Je lui ai aussi dit que je participais actuellement à l’audition de M Show. Il était content.
Il a dit que c’était bien de montrer que je fonctionnais normalement dans la société, plutôt que d’être catalogué PTSD post-accident.
Après l’entretien, j’ai quitté l’étude et regardé mes messages.
Le premier venait du PD Kang Seok-woo.
Chris Edwards et HR ont contacté. Après avoir entendu ton arrangement de « Flowers Bloom », ils ont décidé de prendre l’avion pour la Corée.
Ils ont des trucs à régler, ils arrivent dans deux semaines.
Sympa.
J’ai remercié le PD Kang, puis j’ai ouvert le message du chef d’équipe Seo Seung-hyun chez HR.
BVB et Double M ont confirmé les paiements. Merci de vérifier.
Et NOP comme Drop Out ne comptent pas toucher aux originaux, à part la répartition des parties.
Ils demandent si tu accepterais de gérer toi-même les arrangements.
Qu’est-ce que je leur dis ?
Ils veulent laisser les originaux intacts ?
C’est juste un prétexte pour obtenir mes coordonnées ?
Hmm. Qu’est-ce que je fais ?
Honnêtement, I’m Not Your Man, que NOP a pris, ça ne me dérange pas.
La structure n’est pas le sujet — c’est l’impact sonore.
Tant qu’ils ne touchent pas à la mélodie principale, ça ira.
Mais Selfish, celle que Drop Out a choisie, sonnera affreuse si on dérègle la structure, même à peine.
En y repensant… c’est un peu décevant.
Je voulais voir comment l’industrie K-pop interpréterait mes titres.
Autant faire l’arrangement moi-même.
Après avoir confirmé le virement, j’ai envoyé la moitié au chef d’équipe Seo avec un message.
Frais envoyés.
OK pour faire l’arrangement, mais à distance et par mail.
En fait, j’enverrai un brouillon dans la journée avec répartition des parties et guide vocal. Servez-vous-en pour négocier.
S’ils acceptent, pressez-les à fond sur le cachet d’arrangement.
S’ils payent assez, j’offre mix et mastering en bonus.
J’ai lâché du lest sur le fee de composition parce que je voulais que le deal se fasse.
Mais l’arrangement ? C’est autre chose.
Ce n’est pas l’argent — c’est l’honneur. Les frais créatifs, c’est la fierté d’un créateur.
Et pour le mix/master… si c’est pour qu’un ingé à côté de la plaque ruine tout, je préfère le faire moi-même.
Bref, tout ça était plutôt réjouissant.
Mais la vraie affaire était dans le dernier message.
Vidéo
Un message vidéo de Fade.
Enfin, « message vidéo », ça fait bizarre.
Appelons un chat un chat — une vidéo d’excuses.
— Je présente mes sincères excuses pour le trouble causé par mon humeur sur le plateau…
Ouais, Fade est malin.
Excuses impeccables, ton humble, crédible.
Ce genre de truc ne doit jamais sonner forcé — sinon, ça devient de la munition pour plus tard.
Et si moi je publiais cette vidéo ?
Les gens pourraient même se retourner contre moi pour avoir fait durer l’affaire alors que j’avais déjà reçu des excuses.
Sans le contexte, on dirait que je cherche l’embrouille.
Si, à l’inverse, Fade avait posté une excuse bâclée ?
C’est lui seul qui se serait fait laminer.
En ce sens, son coup est parfait.
Donc je dois répondre parfaitement aussi.
Merci d’avoir fait le premier pas et présenté des excuses de façon mature.
Même si notre première rencontre nous a abîmés tous les deux, j’espère que ce sera l’occasion de construire de la camaraderie sur le tournage.
Si un jour l’équipe de Fade rend ça public, ma réponse fera bouclier.
N’empêche… son regard.
J’ai géré ça rationnellement, mais il doit vraiment me haïr.
Ça pique un peu.
On avait même arrangé les choses pour qu’il n’ait pas à venir à Yeoksam — juste envoyer la vidéo.
Il aime peut-être le métro ?
Coming Up Next est une télé-réalité compétitive entre deux équipes, mais prend aussi la forme d’un docu-variété.
Les gens pensent connaître les idoles, mais en réalité ils ignorent beaucoup de leur vie.
La plupart s’imaginent que c’est juste des beaux gosses qui s’entraînent, apprennent des chansons écrites par d’autres et montent sur scène.
Si ce n’était que ça, pourquoi seuls quelques-uns réussiraient pendant que la majorité échoue ?
Ce n’est pas que tous les ratés soient moches, nuls ou mal entraînés.
Donc Coming Up Next veut montrer le quotidien de Take Scene et de Trois Mois et Cent Jours, donner des coulisses au public.
Cette immersion émotionnelle doit booster l’attachement et l’engagement.
Le 5 mars, le tournage principal a commencé.
Dix candidats ont emménagé en dortoir.
Mieux que ce que je pensais.
C’est ce que je me suis dit en regardant les lieux, badge « Han Sion » sur la poitrine.
L’émission a loué une villa avec piscine à Pocheon, pas loin de Séoul.
Deux bâtiments jumeaux, en miroir de part et d’autre de la piscine centrale.
Take Scene à gauche, Trois Mois et Cent Jours à droite.
— N’ouvrez pas vos valises. Laissez les bagages dans le couloir commun et revenez.
— D’accord !
Les dix ont commencé à déposer leurs affaires comme demandé.
On ne se connaissait pas, mais l’instinct de se regrouper jouait déjà.
Dès que j’ai posé mes sacs, le reste de Trois Mois et Cent Jours s’est instinctivement agglutiné près des miens.
On dirait que j’ai apporté le plus d’affaires, et On Sae-mi-ro le moins.
En fait, presque rien — juste un petit sac de shopping.
J’ai jeté un œil par curiosité. Contrairement à son apparence, c’est un vrai bonhomme.
Même si on nous avait dit de ne pas prendre de fringues à cause des sponsors, débarquer uniquement avec lotion et crème solaire ?
Côté opposé, j’ai croisé le regard noir de Fade.
J’ai souri en articulant : « Tu veux t’excuser encore ? »
Il s’est mis à trembler — il a compris, visiblement.
Pas mal en lecture labiale, hein ?
Mais s’il fait un esclandre ici, les producteurs le prendront très mal.
La fougue juvénile a droit à un joker. Un seul.
À ce moment-là, quelqu’un a lancé :
— Oh ! Mentor !
Blue se tenait devant la villa, le sourire chaud.
Aucun autre juge en vue — donc c’était pour une intro, pas une éval.
— Allez, tout le monde, rassemblement. J’ai des annonces.
La scénariste en chef, à côté de Blue, nous a appris que la diffusion était avancée de deux semaines.
— On nous a donné deux semaines d’antenne en plus, mais le calendrier a été tiré vers l’avant. C’est clair ?
— Donc l’émission dure dix semaines au total ?
— Exact. On comptait vous le dire plus tôt, mais…
Elle a jeté un regard vers moi et Fade, avec une légère hésitation.
Un petit rappel à l’ordre — prenez ça au sérieux.
— Bref, le premier épisode est dans 16 jours. Nerveux ?
— Ça veut dire qu’on pourrait être en direct ?
Le visage de Jaesung a blêmi.
La scénariste a ri comme si c’était absurde.
Elle a expliqué que les épisodes 1 et 2 étaient déjà quasi montés, et que ce qu’on filmait là servirait pour l’épisode 3, ou la fin de l’épisode 2.
— « Il y a quatre semaines d’écart entre tournage et diffusion. Zéro chance d’être en live. »
Après les explications, la scénariste a reculé, et Blue a claqué des mains pour marquer la coupe.
Clap !
Le « vrai » tournage a commencé par un catch-up talk.
Rien de compliqué.
On a félicité les membres de l’Équipe B et demandé ce qu’ils pensaient du nom Trois Mois et Cent Jours.
On a demandé à Take Scene leur état d’esprit et leurs résolutions.
Comme ils viennent de Lion Entertainment, ils ont l’habitude les uns des autres et se sont montrés détendus.