Chapitre 37
Traductrice : Moonkissed
Le commentaire le plus liké parlait du buzz de M-Show, suivi de questions sur la générosité des notes.
Malgré tout, on sentait l’intérêt monter.
Certains disaient même que l’émission vaudrait peut-être le coup d’œil si les deux équipes étaient vraiment au niveau décrit dans le fanreport.
— Mais “yang-kki”, ça veut dire quoi ?
— C’est l’abréviation de yangachi-kki. (Note : Ce mot signifie une personne Punk ou Rebelle. Ou voyou)
— Koo Taehwan ?
Han Sion émit un petit hmm pensif et inclina la tête vers Koo Taehwan avec une légère perplexité.
Koo Taehwan se demanda ce que ce geste voulait dire, mais ne posa pas la question.
Il sentait que la réponse risquait d’être inattendue — et il n’avait pas envie de l’entendre.
Ce que les membres de Trois Mois et Cent Jours ignoraient, c’est que les voyous auxquels Han Sion avait eu affaire pendant plus d’un siècle étaient du genre américain.
Ceux qui prennent de la drogue, sortent des armes, tombent dans la délinquance comme si de rien n’était.
Donc le terme coréen ne lui parlait pas vraiment.
Sans savoir tout ça, Koo Taehwan reprit :
— C’est quand même fascinant. Quelqu’un nous a regardés et nous a notés comme ça.
— Là, c’est flatteur, mais tôt ou tard on se mangera du hate.
— C’est vrai, mais honnêtement, ça ne me semble pas réel. On dit que les commentaires haineux font vraiment mal.
— Jaesung l’a dit tout à l’heure, mais Sion, t’es super à l’aise avec les gens. Moi, je me sens toujours gauche et gêné.
À la remarque de Lee Ion, Han Sion répondit d’un ton léger :
— Les fans sont ceux qui achètent nos albums. Ils sont précieux.
— Les albums ?
— Ouais. Quelqu’un a dit un jour qu’acheter un album, c’est utiliser une monnaie inestimable pour posséder un moment de la vie de quelqu’un.
— C’est joli comme idée… mais pourquoi t’as traité ce quelqu’un de “morveux” ?
— Comme ça.
Han Sion haussa les épaules et se leva.
— On remballe ? J’ai des plans ce soir.
— OK, allons-y.
En rangeant, Koo Taehwan ressentit un petit tiraillement.
Il allait très bien il y a quelques minutes — et d’un coup son humeur retombait.
Le temps passé avec Trois Mois, Cent Jours était plus confortable que prévu.
On Saemiro dégageait bien une drôle d’onde négative, mais ce n’était pas dirigé contre moi.
On n’aurait pas dit qu’il souhaitait que je me retire, ni qu’il espérait que je reste.
Je ne sais pas trop ce que c’était.
Même après avoir vécu si longtemps, je ne lis pas les gens à la perfection.
Bref, dans cette ambiance détendue, j’ai un peu trop parlé.
La phrase que j’ai dite à Lee Ion — c’est quelque chose que le démon m’a dit, un jour.
Je l’ai rencontré trois fois.
La première, quand j’ai signé le contrat.
Sur les lieux d’un accident de voiture — le temps figé, la mort de mes parents suspendue, et moi projeté dans une ligne temporelle scellée.
Tout ce qu’on m’a dit ce jour-là : je devais vendre 200 millions d’albums, et une fois fait, on me renverrait dans la timeline de mon choix.
Le reste, je l’ai compris tout seul, à force d’essais et d’erreurs douloureux.
Seuls les albums physiques comptent. Acheter des albums avec mon propre argent — même via quelqu’un d’autre — ne compte pas. Produire des albums ne compte que si ma contribution est suffisamment substantielle.
Et puis il y a cette règle maudite : au moment où j’abandonne, la régression se déclenche.
D’une cruauté rare.
La deuxième rencontre est arrivée quand j’étais brisé mentalement.
Cette période est floue, mais je crois que j’essayais l’EDM.
J’étais détruit, coincé dans une boucle de régressions inconscientes.
Je voyais l’avocat Choi Ji-woon, je clignais des yeux, et je me retrouvais de nouveau au carrefour. Je passais les portiques de l’aéroport, je clignais, et retour au carrefour.
Au pire, on me transportait en ambulance depuis le crash — je fermais les yeux, je les rouvrais, j’étais à nouveau dans la carcasse.
J’étais submergé par la conviction que ça ne marcherait jamais.
Alors le démon est réapparu.
Comme la première fois, il a forcé ma logique et mon intellect à se remettre en marche.
Il a parlé — ou plutôt, a fait passer le sens.
Il a dit que ça ne faisait même pas mille ou dix mille ans — pourquoi ce problème survenait-il ?
Que mes chances de réussite augmentaient de façon régulière à chaque régression.
J’ai été un peu choqué.
Je pensais que le démon passait ces contrats sans fin avec d’autres, pour corrompre et consumer les âmes.
Je ne m’attendais pas à des questions posées si posément.
Mais je me suis emporté. En colère.
Au lieu de répondre, j’ai posé les questions qui me hantaient.
Pourquoi les albums ? Si ce n’est pas une blague cruelle, donne-moi une raison.
La réponse m’a pris à revers :
À l’ère primitive, l’offrande.
À l’ère barbare, le massacre.
À l’ère des conquêtes, la guerre.
Tout cela enrichissait la valeur de la mort.
Mais avec l’avènement de la civilisation, la mort a perdu sa valeur, et la richesse l’a gagnée.
Le monde n’est plus mû par ceux qui s’arc-boutent face à la mort —
Il est remué par ceux qui se disputent la richesse.
Oui, l’argent.
Tenter de posséder un moment de la vie de quelqu’un avec une monnaie échangeable contre n’importe quoi — c’est l’offrande. C’est le culte. C’est la conquête.
Je me tiens à la croisée des valeurs, me repaissant des désirs qu’elles lient.
Tu n’as été choisi que comme agent.
Je n’avais rien à répondre.
Je n’avais même plus besoin de demander pourquoi les albums.
Dans cette logique, un art fixe comme la peinture, ou une performance comme la danse, ne convenait pas.
Étrangement, comprendre la logique du démon a stabilisé mes émotions en miettes.
Peut-être que j’étais dévoré par la peur que tous mes efforts ne soient qu’un divertissement sadique pour lui.
Après ça, j’ai posé d’autres questions.
J’avais peur, oui — mais je me suis dit que je n’aurais peut-être pas d’autre chance. Et, curieusement, le démon semblait vraiment vouloir que je réussisse.
Quand j’ai demandé pourquoi seuls les physiques comptaient, il a dit que ce qui n’est pas comptabilisé n’est ni véritablement possédé, ni arrimé à un désir lié à la valeur.
Quand j’ai demandé s’il avait passé des contrats avec d’autres — Beethoven, Mozart — il a répondu que c’étaient des âges de barbarie et de conquête.
Ma dernière question : quelles étaient mes chances actuelles de réussite ?
La réponse :
100 %.
Si je supportais l’épreuve du temps, alors 100 %.
C’était la deuxième rencontre.
Quant à la troisième…
Je n’ai pas envie d’y penser.
Je ne veux plus jamais revivre ça.
Merde.
Je viens de me replonger là-dedans.
Ce n’était pas la réponse à donner à Lee Ion.
Laisser échapper ce genre de chose, ce n’est pas mon genre.
Peut-être que je me suis trop relâché depuis mon retour en Corée.
À ce moment-là, mon téléphone vibra.
— Han Sion ? Tu peux passer à la chaîne tout de suite ?
C’était le PD Kang Seok-woo.
On dirait qu’il a eu vent de ma prise de bec avec Fade.
Kang Seok-woo se dérida un peu en écoutant le rapport sérieux du PD Kim Dal-in.
— Han Sion a dit qu’il est sûr de pouvoir faire venir Chris Edwards ?
— Euh, oui.
— Tiens. Comment a-t-il deviné qu’on galérait sur les cachets d’apparition ? Il a tiré ça au hasard ?
— Je… je ne sais pas ?
— C’est plutôt fort. T’as vérifié auprès de HR pour la version arrangée de Flowers Bloom ?
— …Pas encore.
— Pourquoi ?
— Sunbae, c’est pas ça le sujet du moment ? Han Sion a dit qu’il se retire si Fade ne s’excuse pas…
— Ah, ça ?
Kang Seok-woo eut un petit rire.
— Tu crois qu’il était sérieux ? Il n’est pas idiot.
— Alors, son intention ?
— Aucune idée. Mais je pense qu’il sait très bien de quel côté penche la balance.
— Hein ?
— Bref, vas-y. Je vais lui parler moi-même.
Quand Kim Dal-in partit en maugréant, Kang Seok-woo passa un coup de fil.
Environ quarante minutes plus tard, Han Sion arriva au studio.
— Bonjour.
— Ah, installe-toi. Café ?
— De l’eau ira très bien, merci.
Après avoir reçu une bouteille, Han Sion s’inclina.
— D’abord, je m’excuse pour le remue-ménage.
— Ça va. On m’a expliqué le contexte — tu n’as pas lancé l’histoire.
En privé, Kang pensait bien que Han Sion avait peut-être provoqué Fade exprès.
Et Han Sion savait sans doute qu’il le pensait.
Ils échangèrent néanmoins des politesses.
Puis ils passèrent aux choses sérieuses.
— Je m’assure que Fade s’excuse demain. Tu veux qu’ils passent chez toi ?
— Non, une vidéo d’excuses enregistrée suffira.
— Très bien. Juste par curiosité — pourquoi avoir réagi si fort ? Ce n’était pas juste de la colère.
— PD-nim, je peux être franc ?
— Bien sûr. Vas-y.
Ce que dit Han Sion ensuite, c’était exactement ce à quoi s’attendait Kang.
Han Sion savait qu’il pesait bien plus que Fade dans Coming Up Next.
Il avait pris le risque en connaissance de cause.
Mais une chose surprit quand même Kang — l’analyse que Sion fit de Fade.
— Attends ? Il a délibérément voulu casser le moral de Trois Mois, Cent Jours en sachant que la séquence ne passerait pas à l’antenne ? À ce point calculateur ?
Si Kang avait été sur place pour lire le langage corporel, il l’aurait peut-être senti lui aussi ; à l’entendre seulement, il restait incertain.
Peu importait.
Même si tout ça n’était qu’une démonstration de territoire de la part de Han Sion — ça ne le dérangeait pas.
— Donc, je garantis l’excuse de Fade, et en échange, tu garantis l’apparition de Chris Edwards. Marché conclu ?
— Si Edwards ne vient pas, la balance penche du côté de Fade ?
— Hé, tu ne te fais pas avoir, hein ? Tu as même parlé au PD Go des cachets, non ? Alors, qu’est-ce que tu veux ?
— Hmm…
Han Sion le regarda et finit par dire :
— Un lien qui dure.
— Entre nous ? On en a déjà un, non ? Franchement, je ne pensais pas avoir ce niveau de discussion avec un gamin de vingt ans.
— Je parle de plus qu’une relation candidat-producteur.
— Ah… Tu veux que je te doive un service.
— Ce n’est pas exactement ça…
— Mais bien sûr.
Kang Seok-woo rit.
— Mais tu sais, non ? Les dettes affectives ne comptent que si l’autre vaut la peine qu’on s’en soucie.
Un avertissement : pour encaisser cette dette, Han Sion devrait garder sa place dans l’industrie.
S’il redevenait un quidam après l’émission, Kang n’aurait aucune raison de l’aider.
Kang n’était pas un “gentil”.
C’était un bon partenaire de business.
Et Han Sion l’avait compris.
— Bien sûr.
— Parfait. Quand peux-tu envoyer la version réarrangée de Flowers Bloom que HR a demandée ?
— D’ici demain, fin de journée.
— Très bien. Envoye-la-moi directement.
— J’avais aussi une question. En regardant la chaîne YouTube de Lion Entertainment, je n’ai pas vu Fade.
— Ah, ça ? À l’origine, Take Scene était un groupe de sept. Puis ils sont passés à cinq.
— Deux ont été écartés ?
— Oui. L’un d’eux, Action, tenait la cinquième place — puis a dû se retirer pour des raisons familiales. C’est là que Fade est revenu.
— Je vois.
Han Sion hocha la tête.
— Oui. D’après le PDG Choi, Fade était vraiment en balance jusqu’au bout, donc niveau compétence, il tient la route.
— Il tient. Malgré l’incident, objectivement, il est bon.
— Parfait. Même si vous ne pouvez pas être amis, soyons au moins corrects devant la caméra.
Ils bavardèrent encore un peu, puis se dirent au revoir.
Après son départ, Kang Seok-woo se gratta le menton.
Hmm.
Sous tous les angles, il n’a pas l’air d’avoir vingt ans.
Ses mots sont précis, ses évaluations, froides et affûtées.
C’est exactement ce que Kang préférait.
Si Han Sion avait les mêmes compétences mais un tempérament émotif et instable, Kang n’aurait jamais misé sur lui.
Alors, même si Coming Up Next s’était un peu écarté de son concept initial — le navire avançait dans la bonne direction.