Chapitre 23
Traductrice : Moonkissed
Pendant que les jurés feuilletaient le conducteur pour préparer la deuxième manche, Blue lança :
— Mais, Président… on peut vraiment caser tout ça dans l’épisode 1 ?
Le plan d’origine était de boucler la sélection de la Team B dès le premier épisode.
Comme le format reposait sur l’affrontement entre Take Scene et la Team B, tout ce qui arrivait avant le « bouton du défi » n’était pas jugé crucial.
Bien sûr, il fallait donner un peu de lumière aux membres de la Team B au début, mais seulement après avoir fixé la line-up.
Trop insister avant risquait d’affaiblir l’engagement et d’éparpiller l’attention du public.
Mais pour Blue, si la deuxième mission s’avérait, elle aussi, explosive, entasser tout ça en un seul épisode serait du gavage.
Le pré-mission avait été prenant, la première scène pleine de dramaturgie.
Et, comme prévu, Choi Dae-ho haussa les épaules.
— Le producteur Kang a dit pareil. Il envisage de scinder les épisodes 1 et 2.
— Il a senti l’odeur de l’argent Han Sion, hein ?
— Ouais. On dirait qu’il pense que Under the Streetlight va cartonner.
Les caméras n’étant pas encore allumées, l’ambiance était cash. C’est là que Lee Chang-jun s’en mêla.
— Au fait, ils ont retrouvé le compositeur ? De Flowers Bloom ?
— La prod fouille encore. Apparemment c’est un étranger. Ils restent discrets.
— Si c’est un étranger, grosse chance que ça vienne d’un songwriting camp, non ?
Lee Chang-jun tripota le conducteur en disant ça.
C’était le seul juré qui vivait encore de la composition.
Choi Dae-ho avait composé par le passé, mais il avait complètement basculé producteur.
Du coup, Lee savait que la première scène de Han Sion allait faire du bruit chez les compositeurs.
Pour être précis, c’est le talent de Han Sion qui allait faire parler.
Il connaissait Flowers Bloom.
Mais il n’avait jamais envisagé une seule seconde que l’original ait pu être écrit pour une voix masculine.
Comment Han Sion avait-il eu cette idée ?
Et si c’était vrai ?
Il l’avait encensé pendant l’évaluation, mais en y repensant, ça lui laissait un drôle de goût.
Si Han Sion avait raison, alors il avait un instinct musical meilleur que le sien.
Pas forcément de meilleures compétences — pas encore, du moins — mais l’instinct peut être une arme plus tranchante que la technique.
— N’empêche… pourquoi il rape, lui ?
— Hein, oui ? C’est le genre à se sacrifier pour équilibrer la distrib des parties ?
— On dirait pas, hein ?
— Le producteur Kang a carrément dit qu’il espérait que la deuxième scène se plante. Mieux vaut un crash net qu’une tiédeur.
Les jurés papotèrent encore de la mission 2… jusqu’à réaliser qu’ils n’avaient parlé que d’un seul gars : Han Sion.
— Évitons de nous fixer sur une personne.
La remarque de Choi Dae-ho, à moitié pour lui-même, récolta des hochements.
Peu après, le tournage reprit.
L’ordre entre l’Équipe Gagnante et l’Équipe Perdante fut tiré au sort ; les « perdants » passèrent d’abord.
Ils avaient bien tenté de changer de nom, trouvant ça de mauvais augure, mais la chef scénariste avait refusé.
Pas la peine de baptiser une équipe d’un soir, avait-elle dit.
Soit.
— On appelle la première équipe.
Blue, en hôte avisé, choisit de dire « première équipe » plutôt que « équipe perdante ».
Les cinq montèrent donc sur scène.
Goo Taehwan, Lee Ion, Kim Hae-woon, Nam Sung-il, Park Sung-joo.
Taehwan, je l’avais croisé sur la première mission, et le visage de Lee Ion, impossible de l’oublier.
Pour les trois autres, je ne savais pas grand-chose.
Je savais qu’ils rappaient, mais leur niveau était au mieux moyen.
Le seul qui sortait un peu du lot, c’était Kim Hae-woon, avec son original en pré-mission.
La scène des « perdants » démarra sur Buster Call de Black Star, un groupe souvent qualifié d’« idols hip-hop ».
Choix inattendu.
J’étais tombé sur Black Star en me documentant K-pop : cinq rappeurs et un vocaliste.
Donc Lee Ion au chant, tout le monde le reste en rap…
Goo Taehwan a du sens du rythme, mais il n’est pas fait pour le rap.
Sans doute poussé à rapper à cause de ce qu’il avait montré en première mission.
Mais ce n’est pas parce qu’on sait surfer un two-step qu’on est bâti pour le rap.
Si c’était le cas, le jazz hip-hop et le groove R&B n’existeraient même pas.
Comme prévu, son couplet d’ouverture sonnait bancal.
Et l’Équipe Perdante commit la même erreur que la Gagnante aurait commise si je n’avais pas coupé court.
Ils s’étaient obsédés de synchro — et ça ne matchait pas.
Pire, à force de vouloir tout caler, ils ont flingué ce qu’ils faisaient bien.
Ironie : ça fit briller Lee Ion comme jamais.
D’ordinaire, son timbre est difficile à fondre dans un ensemble, mais sur ce morceau, il ressortait — en bien.
Seul chanteur et porteur du pont, son grain sonnait « unique » plutôt que « dépareillé ».
Lui, il aurait ses quatre sélections.
Les remarques des jurés résonnèrent avec mes pensées.
— Vous avez pris la choré trop à la légère. Une choré mal calée, c’est pire que pas de choré du tout.
— Le choix du morceau déçoit aussi. C’est censé être hype, mais votre nervosité a siphonné tout le fun.
— Lee Ion, c’était mieux qu’attendu. Même si tu as manqué de souffle sur le bend — tu l’as senti aussi, hein ?
Score : 72.
Mouais, généreux.
Moi, j’aurais mis 27.
Et puis, s’ils disent que ce sont les sélections qui tranchent, à quoi bon ces points ?
— Équipe suivante, en place.
En croisant les « perdants » tête basse, je montai.
Quand l’Équipe Gagnante apparut en uniformes de boy-scouts, la coach vocale Yoo Sun-hwa prit la parole la première.
— Avant de commencer, j’aimerais savoir comment vous avez réparti les parties. Qui a décidé ?
— C’est venu naturellement. Personne ne s’est battu pour une ligne.
— Vraiment ? Donc le rap de Han Sion, ça s’est « décidé naturellement », ça aussi ?
— Oui. Je pense que chacun a fini avec ce qu’il fait de mieux.
Si culotté que fût son répondant, même Yoo Sun-hwa en resta une seconde déstabilisée.
À ses yeux, Han Sion était déjà un vocaliste « fini ».
S’il lui demandait un coaching, elle n’aurait rien à dire techniquement.
Elle ne l’avait pas assez entendu pour jauger son expressivité, certes, mais quand même.
Qu’un chanteur terminé se mette à rapper, ça l’agaçait.
Pas par anti-rap — par crainte qu’il pense : « Ma place est acquise, je vais laisser de l’espace aux autres. »
Attitude qui peut paraître noble au public…
Mais ici, c’est le show-business.
Ceux qui osent, pas ceux qui ménagent, survivent.
Les tendres ne survivent pas dans une survival.
— Une dernière question. Tu te noterais comment, en chant et en rap ?
— Hmm…
Après une micro-pause, Han Sion lâcha un truc invraisemblable.
— En chant… 70. En rap… peut-être 80.
— …Tu n’inverses pas, là ?
— Non.
Les autres ne s’en doutaient pas, mais Han Sion était d’une sincérité totale.
Il savait exactement jusqu’où son chant pouvait aller.
Avec deux ans de voix et un peu de timbre tuning, il pourrait atteindre 100.
Donc, pour l’instant, 70, c’était honnête.
Le rap, lui, il avait renoncé à le « parfaire ».
Il avait déjà tenu trois semaines n°1 au Hot 100 et vendu quadruple platine avec un album rap.
Et même là, il ne se voyait pas « 100 ».
Au mieux 90, à fond.
Mais le rap ne réclame pas de formation spéciale.
Voix fine ? Tu la joues fine. Rugueuse ? Tu l’assumes.
50 Cent a pris une balle dans la mâchoire et a fait de sa diction pâteuse une signature.
Avec le bon vibe, 80 était réaliste, même maintenant.
C’était sa vérité silencieuse.
Évidemment, Yoo Sun-hwa ne pouvait pas le savoir.
Au moment où elle s’apprêtait à relancer, Lee Chang-jun lui tapota la main.
Un signal muet pour ne pas trop fixer Han Sion.
Ramenée, Yoo conclut par : « On a hâte de voir. »
Après encore deux-trois questions, la scène démarra.
BOY SCOUT de NOP était un tube estival taillé pour les classements de saison.
Le clip s’ouvrait sur des garçons en chemises beige et jeans délavés, échoués sur une île.
Leurs aventures et leur amitié dessinaient le récit de la chanson.
L’Équipe Gagnante respecta ce concept.
Ils débutèrent assis, l’air perdus, sur un fond de bruit de vagues.
Le premier à se lever fut Choi Jae-sung.
Tandis que les autres restaient interloqués, lui affichait un sourire scandaleusement solaire.
Le kick entra, la mélodie jaillit sans prévenir — Jae-sung attaqua le chant.
[Emm, Emm, aujourd’hui c’est Summer day, le soleil m’éblouit…]
Comme contaminé par sa joie, Kim Sung-woo se leva et enchaîna.
[Emm, Emm, aujourd’hui c’est Shining day, j’entends la houle…]
À force d’allers-retours, les visages se mirent à rayonner et l’aventure démarra.
Cette partie, à l’origine, se dansait au cordeau.
L’idée : raconter l’aventure par une choré dynamique.
Mais l’Équipe Gagnante prit un autre chemin.
Au lieu de défiler au pas, chacun se déplaçait comme s’il partait dans une direction différente.
La choré était la même, mais les lignes et orientations divergeaient.
On aurait dit des gosses espiègles.
À un moment, Shim Joo-wan s’arrêta en mode protestation, et Han Sion dut le ré-aspirer dans la formation.
C’était fun à regarder.
À la fin du premier refrain, arriva le moment le plus attendu.
Le rap de Han Sion.
Normalement, on n’en attendrait pas grand-chose.
NOP n’est pas réputé pour du rap cognant.
Leur zone, c’est l’easy listening.
Et BOY SCOUT avait beaucoup de cuivres ; difficile de faire ressortir du rap sans accentuer agressivement.
Mais le concept ne le permettait pas, donc l’original utilisait un rap mélodique, doux.
Même si Sion était un grand rappeur, ici, impossible de « le prouver ».
Et pourtant…
Han Sion fit un truc… cinglé.
Il a perdu la tête ?
Même Choi Dae-ho, rompu aux musiques noires, en resta soufflé.
[Party tonight, pour toute la nuit, on tremblait tous, all hyped—]
Grime.
Sous-genre UK du hip-hop, développé à part des styles US.
Non, il n’a pas basculé UK Garage ni Drill — ça n’aurait pas collé.
Mais le grime a ce rebond unique, ce phrasé percutant.
Il avait mis un accent british, cassé des mots pour l’effet.
Choix inattendu — et parfaitement fonctionnel.
Il avait tranché une section mélodique en syllabes accentuées rythmiquement, la rendant plus accrocheuse.
Peut-être que ça avait échappé à d’autres, mais pour Choi Dae-ho, c’était diablement bon.
Est-ce que ça dérivait un brin du concept initial ?
Peut-être.
Mais on aurait dit des scouts qui se font leur fête secrète.
Comme s’ils avaient trouvé une réserve planquée et s’étaient lâchés pour la nuit.
Sion n’avait pas changé un mot — juste déplacé le vibe et les accents.
Impressionnant.
La scène continua après son couplet, pour s’achever sur le highlight d’On Saemiro.
Et ainsi, la performance de l’Équipe Gagnante s’acheva.