Chapitre 19
Traductrice : Moonkissed
La prestation s’acheva.
Tandis que les candidats applaudissaient sur indication de l’équipe de production, les jurés se penchèrent, chuchotant avec intensité entre eux.
Au terme de leur aparté, ce fut Blue qui leva la main.
— PD-nim, on pourrait regarder la captation de la performance originale de la chanson ?
Les émissions d’audition sont bien plus scénarisées qu’on ne le croit.
Beaucoup de scènes sont écrites, et même ce qui paraît spontané suit souvent un déroulé de A à Z.
Plus tard dans la compétition, il n’est pas rare que les éliminations ou les passes soient décidées avant même la prestation.
Mais là, ce n’était pas le cas.
Les choix de chansons des candidats n’avaient pas été révélés à l’avance.
Et même les jurés ne se souviennent pas de toutes les performances de toutes les chansons.
— On peut la passer sur le grand écran, que les candidats regardent aussi ?
— Oui, allons-y.
Bientôt, la scène de Way From Flower apparut sur l’écran derrière la scène.
— Ah, oui.
— C’était comme ça.
Les candidats, bien que tentés de réagir, gardèrent le silence.
On dit que les fandoms de girl groups sont plus « légers » que ceux de boy groups — mais pour les fans hardcore, c’est faux.
La moindre parole de travers ici pouvait valoir une annulation en règle par un fandom de premier plan.
N’empêche, tous pensaient la même chose.
« C’est gênant. »
« Pourquoi ont-ils monté la tonalité ? »
« Techniquement, ils ne l’ont pas montée — c’est Sion qui l’a baissée… »
Mais la version de Han Sion donnait l’impression d’être l’originale.
Celle de Way From Flower sonnait comme une reprise — et pas une très bonne.
Ce qui était stupéfiant.
Ils n’avaient entendu la version de Sion qu’une seule fois, et l’originale des dizaines de fois.
Ça voulait dire qu’une seule performance de Sion avait laissé une empreinte plus forte que d’innombrables écoutes de la « vraie ».
Les jurés échangèrent des regards, acquiesçant.
À la fin de la vidéo, le premier à saisir le micro fut le mentor Blue.
— Han Sion ?
— Oui ?
— Pourquoi tu n’as rien dit ? Je n’étais même pas au courant !
— Vous voulez dire la chorégraphie ?
— Oui. Tu as inversé le sens de certains mouvements, non ?
Techniquement, Han Sion n’avait pas inversé toute la chorégraphie.
Retourner toute la routine n’aurait pas eu de sens.
Mais les gestes-clés — il les avait bel et bien retournés.
Des mouvements où les mains devaient pousser pour ouvrir devenaient des tirés pour refermer.
Des pas qui s’ouvraient vers l’extérieur se refermaient vers l’intérieur.
Des ouvertures de buste se changeaient en replis.
Le plus fou ?
Tout paraissait parfaitement naturel — et collait à l’ambiance modifiée du morceau.
C’est pour ça que personne n’avait rien vu venir — ni les candidats, ni les jurés.
Même pas Blue.
La réponse de Han Sion fut simple.
— Je pensais que ce serait plus fun de vous laisser regarder sans le savoir.
Quelle réplique insolente.
Ça revenait à ne pas voir Blue comme un mentor ou un juré — mais comme un spectateur.
Mais quand on a les moyens de son aplomb, ce genre d’insolence devient du charme.
Choi Tae-ho enchaîna.
— Tu exprimais la chute des fleurs, hein ?
— Oui, c’est bien ça.
— Pourquoi ?
— À la première écoute, les paroles m’ont paru à double tranchant. Elles allaient aussi bien à l’éclosion… qu’à la chute.
— Tu peux développer ?
C’était une réponse de surface — mais pas un mensonge.
« Mettre un point à la fin de la longue nuit / Enfin dire bonjour au monde — hi »
À l’origine, ces paroles signifiaient la fin d’une longue nuit d’hiver glacée et le salut au printemps.
Mais pour Han Sion, elles sonnaient plutôt comme un adieu final — juste avant la chute.
« La chaleur autour de moi / Ta main qui effleure ma peau / Peut-être que tout ça, c’était pour aujourd’hui »
Même cette « chaleur » donnait ce sentiment.
Plutôt qu’anticiper la douceur du printemps, c’était comme se cramponner aux derniers restes de chaleur — juste assez pour endurer l’hiver qui vient.
On pourra objecter : fallait-il vraiment tordre à ce point une chanson printanière ?
Mais c’est ça, l’art.
Ces candidats sont peut-être des rookies qui chantent une chanson un peu bancale — ça reste de la musique. Donc de l’art.
Et l’interprétation d’une œuvre appartient au récepteur.
Même si ce récepteur est quelqu’un piégé dans des régressions infinies, qui éclot et se fane encore et encore.
Choi Tae-ho fit une drôle de moue, puis hocha la tête.
— Tu as changé la tonalité pour mieux exprimer ton interprétation des paroles ?
— Il n’y a pas eu de réarrangement. J’ai seulement modifié la hauteur.
Pour être précis, il y avait plusieurs passages où baisser la hauteur seule aurait rendu le morceau bancal.
Han Sion avait subtilement changé la diction vocale à ces endroits.
Mais même ça, ce n’était pas un réarrangement complet — plutôt un rubato admis (liberté de tempo au service de l’expression).
— Oui, appeler ça un arrangement, c’est compliqué. Si tu facturais des frais d’arrangeur juste pour un changement d’octave, tu te ferais incendier.
Le compositeur Lee Chang-jun lança la blague.
— Et pourtant, l’humeur du morceau a complètement changé. C’était incroyable.
Puis tous deux partirent dans une conversation musicale fouillée — du genre qui ne passe jamais à l’antenne.
Au moment où la prod se demandait s’il fallait couper, la discussion toucha un point diffusable.
— Attends une seconde, Han Sion. Il y a un truc qui cloche.
— Oui ?
— À t’entendre, on dirait que tu penses ne rien avoir changé ?
— Exact. Je pense que c’est la forme originale.
— La forme originale ?
— Je crois que « Flowers Bloom » a d’abord été composé pour une voix masculine. En production, ils l’ont sans doute transformé pour une chanteuse.
« … »
— Donc je n’ai rien changé. J’ai juste ramené le morceau à sa version initiale.
Laisser passer cette réplique, c’eût été manquer de sens du drama.
Peu importe combien ils appréciaient Han Sion, une émission a besoin d’épices.
Et Han Sion savait probablement ce qu’il faisait en le disant.
— Tu veux dire que tu penses que ta version est meilleure ?
Han Sion secoua la tête.
— Pas du tout. J’ai chanté cette version parce que je suis un homme. Si j’étais une femme, j’aurais chanté l’originale. Je voulais juste chanter cette chanson.
— Pourquoi ?
— Parce que je l’adore. Les paroles me parlent.
— Mais…
Choi Tae-ho s’interrompit, puis se tut.
Il venait de comprendre le piège de Han Sion.
Ce gamin évitait sciemment toute mention directe d’une différence de qualité entre les deux versions.
En fait, il parlait comme s’il n’y en avait aucune.
Pour le coincer, Choi aurait dû lâcher une phrase du genre :
« Mais ta version n’est-elle pas bien meilleure que l’originale ? »
Impossible à dire.
C’était un piège.
« Petit malin… »
Et il y avait un piège encore plus redoutable.
On ne pouvait pas demander :
« Avais-tu vraiment besoin d’assombrir à ce point une chanson printanière joyeuse ? »
Pas quand on connaissait l’histoire de Han Sion — et ce qui était arrivé à ses parents.
En bref, il n’avait laissé aucun angle d’attaque.
Et techniquement, on ne pouvait rien reprocher à sa performance.
Il ne restait donc qu’une option aux jurés.
Le complimenter.
« Ta scène avait tout — chant, danse, et même l’interprétation. On dirait un artiste déjà formé. »
« Je pensais que la danse serait ton point faible, pas du tout. Tenir un solo avec une telle présence, ce n’est pas facile. »
« La choré d’éclosion aurait été difficile en solo, mais le thème de la fleur qui tombe marchait encore mieux seul. »
Des louanges, de toutes parts.
« Est-ce seulement de l’intelligence ? Ou de l’instinct ? »
Il avait sûrement eu envie d’étaler son talent.
Mais il savait qu’en se vantant, la discussion basculerait sur la différence de qualité entre les versions.
Choi Tae-ho en resta plus sonné que par la virtuosité musicale de Han Sion.
À la fin des retours, la note tomba : 39 points.
Choi, encore un peu vexé de s’être fait balader, lui colla un 9.
Après la scène, je me rassis et sentis des regards sur moi.
J’ai beau avoir vécu mille vies, je ne lis pas dans les pensées.
Mais si je devais deviner…
« Pourquoi ce salaud est-il passé premier pour casser la courbe… ? »
« J’irai lui parler ? Il est quasi assuré pour la Team B. »
« Putain. Le monde est injuste. Il sait chanter et danser. »
Oui, probablement quelque chose comme ça.
Ce ne sont pas des suppositions en l’air — c’est fondé sur mille vies à traîner en coulisses.
Pendant que je pensais à ça, Koo Taehwan me jeta un coup d’œil et hocha la tête.
Ça voulait sans doute dire : « T’as assuré. »
J’ai répondu d’un signe, genre : « Assure, toi aussi. »
Puis je reportai mon attention sur la performance suivante.
Vint ensuite le rappeur Park Sung-joo.
Ex æquo dernier avec Koo Taehwan à la pré-mission, mais il avait perdu à pierre-feuille-ciseaux et devait passer juste après moi.
Il est probablement éliminé.
Puis Choi Jae-sung, un vocal.
Pas mal.
Il n’excellait en rien de précis, mais n’avait pas de vraie faiblesse non plus — un profil équilibré.
Un peu court pour l’instant, mais avec de l’entraînement, il pourrait être très bon.
Mais… quelque chose me disait qu’il m’était familier.
J’étais presque sûr de l’avoir déjà vu quelque part, sans réussir à remettre.
Je me suis dit que sa voix m’éclairerait.
J’oublie les visages et les noms — jamais les timbres.
Mais je ne parvenais pas à le situer.
J’avais un vague souvenir d’une performance renversante d’un type avec ce timbre-là.
« Bizarre… Si c’était vraiment lui, il aurait plus de potentiel. »
Peut-être a-t-il percé dans la comédie musicale, d’où mon décrochage.
Je le fixais, agacé, et il jeta un regard dans ma direction en plein chant — puis fit une erreur.
« … »
Tu es censé regarder les jurés, pas moi.
Un peu penaud, je détournai les yeux.
Ça l’a visiblement détendu et il a repris.
Probablement un garçon timide.
Et la timidité, ça ne se corrige pas.
J’espère qu’il sera éliminé pour qu’on ne se retrouve pas dans la même équipe.
Ensuite vint celui que j’avais aidé : Koo Taehwan.
Il avait choisi un titre intéressant.
« Slow Down » de la méga-star R&B LAZY BOY.
Même en Corée, presque tout le monde connaît Lazy Boy.
Peut-être pas son visage — mais à l’oreille, on reconnaît.
On l’entend tout le temps dans les moments émotionnels des émissions de variétés.
Slow Down est l’un de ses morceaux les plus polarisants.
Il est très lent et entièrement bâti sur la performance vocale.
Si tu chantes moyen, ça sonne plat et maladroit.
C’est pour ça qu’il est devenu un mème : le détecteur de niveau vocal.
Ce mème l’a rendu viral.
Personnellement, je n’ai jamais trouvé que c’était une grande chanson.
Dans une vie, j’ai même rencontré Lazy Boy. Il m’a dit l’avoir écrite comme une blague — un truc fait pour qu’on ricane.
Puis un challenge de cover « sérieuse » a explosé sur YouTube et ça l’a mis mal.
Bref, ce n’est pas un super choix pour une émission d’idols.
Et ça ne colle pas non plus à Taehwan.
Comme prévu, les jurés ont tous penché la tête.
Tout le monde avait la même expression :
« Il va vraiment chanter ça ? »
Alors Taehwan m’a lancé un regard et a serré le micro.