Chapitre 165
Traductrice : Moonkissed
Les membres se sont rassemblés autour de moi, l’air sombre.
Pendant les trois premiers jours, ils disaient encore des choses comme « Demain, ça ira mieux », pleins d’espoir, mais à présent ils avaient l’air vidés.
Au début, j’étais interloqué ; en y repensant, c’est surtout un peu triste.
Dans ma première vie, j’étais bien pire qu’eux.
Autant en caractère qu’en compétence.
Ça sonne comme un discours de vieux, mais en tant que type qui a davantage vécu, je dois les aider.
— Pour gagner de l’argent n’importe où, il faut comprendre les caractéristiques de l’industrie.
— L’industrie ?
— On est dans le show-business, non ? Montrer et faire du commerce.
— C’est vrai.
— Donc vous devez décider clairement ce que vous allez montrer. Qu’est-ce que vous avez fait en allant busker ?
Je n’avais même pas besoin de demander.
Ils ont dû simplement chanter.
Avant les maquillages de camouflage, ça aurait passé.
Trois Mois, Cent Jours, ce n’est pas seulement de la notoriété : on a aussi de bonnes têtes.
J’aime lire les commentaires sur le site officiel, et je vois souvent ça.
Si le critère, c’est le physique, Ion passe d’office.
Et pas seulement Ion.
Taehwan et les autres sont plutôt beaux aussi.
C’est comme ça qu’ils ont franchi la pré-compétition féroce de Coming Up Next pour devenir finalistes.
Petite digression : quand j’ai commencé à bosser en Corée, je ne les trouvais pas si beaux — sauf Ion.
À force d’avoir vécu en Occident, mes standards de beauté s’étaient alignés là-bas.
Mâchoires carrées, pommettes saillantes, front étroit, côté « masculin » ce genre de choses.
Mais maintenant je sais qu’ils sont beaux.
— Même avec du maquillage spécial, si vous aviez vraiment embarqué le public, parlé avec eux, cherché la réaction, ça aurait peut-être marché. Mais vous êtes juste restés raides à chanter, pas vrai ?
À mes mots, Ion et Taehwan ont hoché la tête lentement.
— Pareil pour Jaesung, et pour Saemiro. Sans show, pas de business.
— Alors on fait quoi ?
— Deux voies. Soit vous trouvez quelque chose à montrer qui ne soit pas votre apparence ; soit vous trouvez quelque chose qui n’a pas besoin de mise en scène du tout.
Ça, c’est la théorie de base ; ensuite, les possibilités sont infinies.
S’ils n’accrochaient pas, j’étais prêt à détailler — mais, surprise, ils ont tout de suite saisi.
— Hmm, genre concours de composition ? Ou concours de chant.
J’ai acquiescé aux mots de Taehwan.
La Corée est petite en surface, mais sa base artistique est large.
Par rapport à la population, il y a des myriades d’aspirants chanteurs, et donc des concours à l’infini.
Si on regarde bien, il existe plein de concours locaux de chant avec de petits prix.
Et encore plus de concours d’écriture/composition.
— Mais si on en gagne trop, ça peut laisser une mauvaise impression. Les autres auront l’impression que ce n’est pas juste.
Étonnamment, c’est Jaesung qui a objecté.
— Non, hyung. On ne concourt pas avec la notoriété de Trois Mois, Cent Jours. Au contraire, c’est bien.
— Hein ?
— Parce qu’on concourt pour prouver nos compétences. Quand quelqu’un est bon, les autres ne perdent rien à cause de lui.
— Hmm…
J’ai hoché la tête, avec l’impression d’entrevoir un pan du passé tu de Jaesung.
Il a peut-être raison.
Honnêtement, je me mets mal à la place des amateurs.
Ma première vie remonte à plus de cent ans.
— Quoi d’autre ?
— Une idée comme ça : des OST de webtoon ?
— Des webtoons ?
— Ces temps-ci, beaucoup ont de la musique. Il y a de bonnes chansons, mais aussi pas mal de faibles. Et les webtoons ont déjà leur propre élément “show”.
L’idée de Saemiro était très bonne.
Comprendre la théorie et, aussitôt, dégainer une alternative concrète, ce n’est pas facile.
Mais ils ont été meilleurs que prévu.
— On envoie des mails aux auteurs ? Du genre : on veut faire la musique de votre série ?
— On est des inconnus, alors on devrait faire des maquettes et les envoyer. Qu’ils nous embauchent si ça leur plaît.
— Oh, pas mal.
— Et les jeux vidéo ?
— Les jeux, c’est dur. La musique est souvent bouclée dès le dev.
— Mais pour les mises à jour, les refontes, ils ont peut-être besoin de titres en plus.
— Hmm, dramas et films, évidemment impossible… des web-dramas ?
— Oh, ça se tente ?
Comme les idées fusaient, je me suis un peu retiré.
C’était une bonne direction.
Avec assez de niveau, les opportunités ne manquent pas.
Pendant qu’ils rapporteront des petits gains, moi je décrocherai le gros coup.
Voyons voir.
Combien faudrait-il gagner ?
— D’après vous, il faut combien pour un voyage luxueux ?
— Peut-être cinq millions de wons ? Ce serait bien d’avoir un peu de rab.
— Cinq millions ?
— C’est trop ? Mais c’est notre premier voyage à l’étranger.
— Tu es allé aux États-Unis.
— Ce n’était pas un “voyage”.
J’ai ri à la réponse de Saemiro.
Il avait pourtant l’air d’avoir le plus profité des manèges.
Et à cinq, qu’est-ce qu’on fait avec cinq millions ? Rien qu’un surclassement d’hôtel te les mange.
— Très bien. Vous avez l’idée, maintenant ?
— Mais Sion, toi, tu n’as pas dit ce que tu allais faire.
J’ai haussé les épaules à la question de Taehwan.
— Quoi que vous imaginiez, j’apporterai plus.
— En composant et en vendant des chansons aux agences ?
— Ça, c’est mon dernier recours.
Parce que c’est ennuyeux. Je n’y toucherai que si mes autres plans foirent.
— Bon, on se disperse.
Ainsi, Trois Mois, Cent Jours… non, les membres déguisés en seconds rôles inconnus, se sont mis en route pour gagner leur croûte à leur manière.
Là, le vrai fun commence.
Le groupe indé Evening Promise a bondi de joie en apprenant sa qualification pour la finale d’un concours jeunesse de la ville de Séoul.
Les concours jeunesse publics acceptent généralement les 9–24 ans.
Heureusement, le plus âgé d’Evening Promise avait 24 ans : ils rentraient dans les clous.
— On peut gagner, hein ?
— Bien sûr. On est bons, ces derniers temps.
C’était pour se donner du cœur, mais pas entièrement faux.
Evening Promise se débrouillait bien.
À leurs dates mensuelles, ils avaient un noyau dur d’une quarantaine de personnes.
En comptant connaissances et passage, ça faisait souvent 60–70.
Pour qui est habitué à la pop mainstream, 70 semble peu ; pas pour l’indé.
Combien de groupes à Hongdae attirent 70 personnes rien qu’à leur nom, sans invités ?
Vingt équipes au maximum ?
Donc top 20 de la scène indé de Hongdae.
Probablement moins.
Cette progression rapide, ils la devaient à avoir joué avec Trois Mois, Cent Jours.
Ils avaient vu Trois Mois, Cent Jours sur scène à Brown Basic, à Hapjeong, de leurs propres yeux.
En les regardant — bouger, chanter, répondre — ils avaient compris :
Ah. C’est comme ça, la musique, et une performance.
Avoir un modèle qui te touche l’âme accélère ta croissance, même si le genre diffère.
Cette expérience a beaucoup propulsé Evening Promise.
— OK, on y va !
— Let’s go !
Ainsi, Evening Promise a rejoint le concours jeunesse avec 13 équipes.
Quand ils sont montés, spectateurs et jurés de Sangsu Madang ont applaudi.
Et ils ont tout détruit.
— Excellente performance. Même dans un concours adultes, vous seriez compétitifs.
— Il reste une pointe d’amateurisme, mais c’est son charme.
Éloges des spectateurs comme des jurés.
Eux-mêmes ont senti que c’était leur meilleure date.
Chanter mieux en live qu’en répét’, ce n’est pas facile.
Mais l’avoir ne serait-ce qu’une fois, et ta progression s’accélère.
C’était leur bénédiction.
— Je crois qu’on peut gagner… !
Chuchotaient-ils, quand l’artiste suivant est arrivé.
Et là.
— …
— …
— … C’est quoi ce délire.
Ils se sont heurtés à un mur.
Dans ce concours jeunesse où la plupart se produisaient sous leur vrai nom ou le nom du groupe, un vocaliste solo est apparu sous le nom de scène Mimyo.
Grosse monture de lunettes démodée, visage curieusement maladroit.
Pas laid, mais étrangement artificiel.
Ni le public ni les jurés n’en attendaient grand-chose, à voir, mais alors…
— WAAAAAAH !
Son chant était dément.
À ce point que les 200 personnes présentes ont hurlé.
Ce n’était pas un concurrent.
C’était un carnage.
— Qu’est-ce qu’on aurait pu faire pour le battre ?
Evening Promise s’est demandé, sans trouver de réponse.
Ainsi, le grand prix et 2 millions de wons sont allés à Mimyo.
Pendant qu’Ion massacrait les concours, l’autrice de webtoon Min Hee-young, nom de plume Mini0, a reçu un mail.
[Bonjour ! Je suis un grand fan de votre webtoon et je voulais vous envoyer une chanson que j’ai composée !]
Ce n’était pas le premier.
Comme les fanarts ou lettres, des — fan-songs arrivaient parfois.
Elle répondait toujours avec gratitude, sans jamais se dire qu’elle en mettrait une sur son œuvre.
Min Hee-young a cliqué machinalement, téléchargé la piste.
Et, à l’instant où l’intro a retenti—
— … ?!
Elle a sursauté.
Elle a vite mis son casque et réécouté, sérieuse.
— … !
Encore plus secouée.
Parfait.
Le webtoon qu’elle sérialisait était une romance historique : une médecin moderne se retrouve projetée à l’époque Goryeo et tombe amoureuse du prince héritier.
Et on y était au moment critique.
L’héroïne, menacée de mort par une fausse accusation de trahison, révèle sa véritable identité au prince.
Le prince, qui hait le surnaturel à cause de la mort mystérieuse de sa mère.
La peur, le tremblement.
La supplication désespérée d’être crue.
Et sa confiance à lui.
Toutes ces émotions finement mêlées la rendaient folle à exprimer.
Et voilà que…
Une chanson réglait tout.
— Est-ce seulement possible ?
Mais oui.
Parfois, un poème convainc plus que cent essais, et une chanson secoue plus qu’une heure entière de vidéo.
Reste qu’il était dur de croire qu’un inconnu puisse remuer à ce point.
Le chanteur Miro disait être un inconnu.
Sous le choc et plongée dedans, Min Hee-young s’est reprise.
La chanson… n’était pas finie.
Juste au moment où le refrain culminait, la piste s’arrêtait.
Le refrain était superbe, mais coupé net.
Il devait au moins se répéter deux fois, non ? Et il fallait clairement un second couplet.
— … C’est… une erreur ?
Ils n’avaient quand même pas lâché faute d’inspiration !
Elle a renvoyé un mail dans la foulée, et a reçu la réponse : le reste n’était pas composé.
Mais ils pouvaient le terminer rapidement — via une commande formelle.
Comme l’agence prend en charge ces coûts, rien n’empêchait Min Hee-young.
La version achevée est arrivée très vite — parfaite.
La société a un peu tiqué sur le tarif, mais c’était si bon qu’elle l’aurait payé de sa poche s’il l’avait fallu.