Chapitre 163
Traductrice : Moonkissed
Ceux réunis dans la CASE Hall regardèrent autour d’eux et se rendirent compte qu’ils étaient les fans de Han Sion.
L’agence ayant limité la taille des bannières, la plupart tenaient de petits panneaux — et la plupart portaient le nom de Han Sion.
« Ce qui veut dire… »
…que la séance de dédicaces de Han Sion se tenait ici.
À l’entrée, on avait vu que le MICE Center comptait, outre CASE, d’autres salles comme ECO, PAPER, etc.
Donc les fansigns des autres membres avaient lieu ailleurs.
Ce qui transforma l’hypothèse en certitude, ce fut l’intro familière lancée sur la scène encore vide.
[Never Played Around] de SINCE.
Lorsque Coming Up Next avait été diffusé, le grand public s’était contenté de : « Wah, même ça, Han Sion peut le faire ? »
Mais pas les fans d’idols.
Cette scène avait fait grand bruit, et beaucoup étaient devenus fans de Han Sion grâce à ce titre.
Rien d’étonnant : il dépassait l’original.
Là où l’original forçait le trait au point de lasser même des fans de longue date, Han Sion, lui, gardait le contrôle parfait de la ligne.
Tout en assumant à la perfection des parties prévues pour sept personnes.
Encore aujourd’hui, ce passage circule dans les communautés de cover d’idols comme un contenu légendaire.
À cet instant-là.
Han Sion apparut enfin sur scène.
Percant les cris de 350 personnes, il sourit, chanta et dansa.
[« Légères effusions, blagues audacieuses
Temps passés ensemble, mine blasée »]
Il n’avait pas beaucoup modifié la chorégraphie de SINCE.
Parce qu’à mal s’y prendre, on risquait de sembler se moquer des aînés — il fallait rester prudent.
Mais en conservant les moves clés, il avait ajouté des gestes, déplacé des accents rythmiques ; ces détails sautaient aux yeux.
[« Quand on y pense… »]
Han Sion est vraiment singulier.
À sa première apparition médiatique, beaucoup avaient dit qu’il n’avait pas « le profil idol ».
Compréhensible : le morceau qui l’avait fait connaître du grand public était [Tony Bright] de Melisma.
Un blues Delta des années 1940, réarrangé façon Chicago blues — d’où son surnom de « Hip-Sion ».
Mais Han Sion ne se limite pas à ça.
Il a des couches et des couches de talent.
Chant, composition, arrangement, concept : rien ne lui résiste.
Il danse même très bien.
Contrairement au chant, il n’a pas une « signature » en danse, mais sa capacité à digérer n’importe quelle chorégraphie est exceptionnelle.
Pourtant, les fans de Han Sion ne l’aiment pas « pour son talent » seulement.
Han Sion a quelque chose de plus.
Plus précisément : sur scène, il a quelque chose.
[« Je faisais genre… mais moi,
Pas une seule fois
Je n’ai joué. »]
Hors scène, il semble indifférent à tout.
Parfois sombre, parfois apathique.
Mais dès qu’il pose le pied sur scène, tout change.
Comme s’il allait mourir s’il ratait cette prestation.
Comme si cette chanson était la dernière de sa vie.
Il brûle tout.
Voilà la vraie raison pour laquelle on aime Han Sion.
Et c’est aussi ce qui lui a donné la force de supporter sa longue régression.
L’effort absolu sur scène, et les acclamations hors scène.
C’était son seul réalisme.
[« Pas une seule fois
Je n’ai joué. »]
Quand le refrain prit fin, la chorégraphie déferla.
— Bonjour.
Il acheva son chant, salua — et l’hystérie explosa.
Des « Salut », des « Tu nous as manqué », des vivats à son nom.
— Merci infiniment. De me soutenir.
C’était sincère.
Parce que ceux qui s’étaient rassemblés ici étaient ceux qui tentaient de le sauver.
D’ordinaire, je suis quelqu’un de posé ; sur scène, je deviens émotif.
Sans m’en rendre compte, je me suis mis à parler beaucoup, à répondre aux questions.
Le MICE Center est conçu pour des conférences internationales et des débats, avec une réflexion sonore maîtrisée.
Autrement dit, quand le public parle, on l’entend très bien sur scène.
Même sans micro.
Après un long échange, je fis une pause.
J’avais sans doute trop bavardé.
Je me relevai et gagnai le piano à queue, déjà en place.
L’instrument avec lequel je suis le plus « familier », c’est la guitare.
Quand je travaillais plus en musicien qu’en vocaliste, je jouais surtout de la guitare, et la plupart de mes idées me venaient en grattant.
Mais l’instrument que je maîtrise le mieux n’est pas la guitare.
C’est le piano.
Parce que, au cours d’une boucle où j’ai tenté la musique classique, j’étais pianiste.
Sans atteindre le sommet du monde classique, j’ai fini 4e ex æquo au Concours Chopin.
Le charme du piano, c’est la richesse mélodique.
Quand on atteint le point où l’on peut incruster de l’émotion dans ces mélodies, on peut « parler » au piano.
Et j’ai atteint ce niveau.
— Comme vous le voyez, je suis seul… alors pour le reste, les Time Traveler s’en charge.
À peine avais-je dit ça que des voix disséminées ont crié « TT ! »
— …TT va s’en charger.
Je commence à m’y faire, mais c’est encore un peu gênant.
Les rires ont fusé — ma gêne leur semblait attachante, peut-être.
Pour m’en défaire, j’ai attaqué tout de suite.
Dès l’intro toute simple, des exclamations ont jailli.
C’était [RESUME].
Le bedroom pop se distingue par des mélodies simples et vaporeuses, mais on peut aussi le jouer comme ça.
♬♪♩♪♪♩♪
Un piano flamboyant a étoffé l’intro de Resume.
La ligne principale, connue de tous, demeurait intacte, mais j’ai serti les alentours d’ornements.
Celle qui m’a enseigné le piano classique, c’est la grande maîtresse hongroise Lili Fischer.
Quand j’ai défié le classique à vingt ans, on ne devient normalement plus l’élève d’une sommité à cet âge-là.
Il faut commencer avant quinze ans, au plus tard.
Mais mon talent lui parut trop précieux — elle m’a pris.
Au bout du compte, elle m’a pourtant dit, fermement, que je ne deviendrais pas un pianiste de premier plan.
La raison tenait en peu de mots.
— Quand tu joues, tu te laisses trop emporter par l’émotion.
— Tu es né pour transmettre l’émotion — mais tu imposes tes sentiments aux autres.
Au début, j’ai nié.
Lors de ma dernière tentative en classique, j’ai fini par l’admettre.
Elle avait raison.
Je veux que les gens ressentent ce que je ressens en écoutant ma musique.
Mais la musique classique réclame un large champ d’interprétation, et accueille des sentiments divers.
Je n’étais pas fait pour ça.
La pop, c’est un peu différent.
Parce qu’il y a des paroles.
Quand on écoute Resume, je veux que l’on sente la chaleur, que l’on soit heureux.
Je n’imagine pas qu’on puisse l’écouter autrement.
Heureusement, les fans partagent ce ressenti.
Les variations flamboyantes retombèrent sur la mélodie originale.
Depuis la scène, je voyais les TT chanter à l’unisson.
[« Woo— Salut
As-tu
Fait de beaux rêves
Toute la nuit »]
Leur justesse m’a bluffé.
Le timing, parfait.
[« Woo— Salut
Commence la journée
Un peu plus tôt
Matin tout neuf »]
Cette fois, j’ai chanté avec eux.
Je n’avais pas prévu d’interpréter des parties qui ne sont pas les miennes, mais l’enthousiasme m’a emporté.
Ainsi, on a envoyé Resume à pleine puissance.
Le plus drôle ? Quand je prenais le refrain, les fans ne chantaient pas.
Ils laissaient mes parties intactes.
Comme s’ils voulaient savourer ma voix, entière.
Avouez que résister à l’envie de chanter le refrain, c’est fort.
[« Nous voilà
Sincèrement
En train d’espérer — »]
À la coda du refrain, j’ai replacé une variation.
Nouveaux cris — inépuisables.
Cette fois, c’était Summer Cream.
Petit théâtre ? Fan-meeting ? Fansign ?
Ou animation ?
Un événement qu’on ne savait pas nommer se poursuivit sans relâche.
Les quinze premières minutes, on a enchaîné trois titres sans MC ; puis un animateur est apparu.
Une tête vaguement vue à la télé — ou pas.
Peu connu, mais très bon pour canaliser l’échange entre Han Sion et les TT.
On avait expressément pris quelqu’un de doué.
— Numéro 33 ! Venez sur scène ! Pensez à votre vœu en montant !
De toute évidence, ce n’était pas un fansign « normal ».
Mais chaque fois que l’animateur lançait un segment, Han Sion descendait de scène pour signer, à tour de rôle, et papoter.
Il enfilait même les cadeaux sur-le-champ, devant eux.
En vérité, Han Sion était bien occupé avec ses 350 personnes ; les autres membres, moins.
Ion en avait environ 180, les autres autour de 100 chacun.
Le temps ne manquait pas — chacun a vécu « sa » rencontre à sa façon, dans « sa » salle.
On Saemiro, peu expansif, s’appuyait beaucoup sur le MC ; Choi Jaesung, plein d’énergie, avait préparé mille choses lui-même.
L’essentiel, c’est que tout le monde s’amusait.
Et Trois Mois, Cent Jours répondait avec franchise.
Même aux questions un peu effrontées, ils répliquaient sans se démonter.
— Le n°1 du visuel dans l’équipe ? Probablement moi.
Les fans d’Eion éclatèrent de rire — il était simplement… objectif.
Le premier fansign à se terminer fut logiquement celui de Choi Jaesung, avec le moins de participants.
Le contenu et la forme variaient selon chacun, mais la trame restait proche.
Naturellement, les petits groupes finirent d’abord.
Les fans de Jaesung pensaient que c’était fini ; mais, guidés par lui et les fan-managers, ils montèrent dans des bus devant le MICE Center.
Bien sûr, libre à eux de rentrer ; seuls deux s’en allèrent — presque en larmes.
Quand les fans de Choi Jaesung arrivèrent dans un gymnase voisin, la salle d’Onsaemiro venait aussi de finir.
Les groupes convergèrent vers le gymnase, et Han Sion fut le dernier.
Après avoir signé à ses 350 fans, il les rejoignit.
Le gymnase, pas loin du MICE Center, avait été loué par Trois Mois, Cent Jours et équipé d’un son haut de gamme.
Pour un concert.
Même s’ils aimaient majoritairement Han Sion, certains voulaient aussi voir Koo Taehwan ou On Saemiro.
D’autres, bien qu’ayant « choisi », étaient en vérité OT4.
Surtout les 1re géné de TT : après avoir traversé toute l’ère Choi Taeho avec Trois Mois, Cent Jours, ils aimaient tout le monde.
Quelques fans d’Ion boudaient Han Sion à cause de la répartition des lignes, mais ce n’était pas la guerre.
— Bonsoir !
Un hurlement souleva la salle quand Trois Mois, Cent Jours, au complet, entra.
Et le concert commença, devant environ 850 personnes.
Les réseaux et le web furent inondés de retours sur ce fansign.
Normalement, ce genre de posts reste dans les communautés d’idols ; chez Trois Mois, Cent Jours, la faveur et l’intérêt du grand public étaient anormalement élevés.
— Ils sont fous, Trois Mois, Cent Jours ? Ils ne veulent pas gagner d’argent ?
— Pitié, on a assez entendu ça.
— Même pas vendu de merch ?
— Apparemment, tout offert ?
— Pourquoi vous souciez-vous de leurs finances ? Ils en feront, de l’argent. Plus d’un million d’albums, Billboard, etc.
— C’est vrai.
— Ils sont malins : c’est de l’investissement. La loyauté des fans a monté d’un cran.
— Franchement, c’est bien qu’ils n’aient pas d’agence.
— Parlez pas mal de SBI Entertainment.
— C’est quoi ?
— Le nom de leur boîte, mdr.
— Hahaha, ça sonne un peu louches, quand même.
Tandis que le grand public, éloigné de la culture idol, analysait tout ça à l’aune du capitalisme, les communautés idols s’attardaient sur l’intention.
Vu le format atypique et le nombre inhabituel de participants, il y eut certes des regrets.
Mais l’intention ? Limpide.
Rendre l’amour reçu.
— Un peu jalouse, quand même.
— J’ai lu les retours côté Jaesung : ça ressemblait à une petite réunion — à peine 80.
— Han Sion, lui, semblait débordé ?
— Plus de 300, forcément. Mais c’était carré.
À force de commentaires, quelqu’un posta même une estimation détaillée des coûts.
Beaucoup se dire que Trois Mois, Cent Jours ne cherchait vraiment pas à « faire du fric »…
— Bon, si on commençait à en gagner, maintenant ?
À ce stade, c’était faux.
Parce que le tournage de Self Made, produit par le PD Kang Seok-woo, venait d’officiellement démarrer.