Chapitre 162
Traductrice : Moonkissed
Le retrait de Choi Jaesung fut annulé.
La société de Trois Mois, Cent Jours, SBI, signa officiellement avec SBN un contrat de coproduction/sponsoring.
« Les noms se ressemblent, et… je ne sais pas, c’est plaisant, » lança le PD, content pour rien.
Franchement, « sponsoring » ou pas, à lire les clauses, c’était quasiment du grand banditisme.
Et encore : nos conditions étaient sans doute plus clémentes que celles d’autres boîtes.
Parce qu’ils n’essayaient pas d’acheter la notoriété du candidat.
D’ordinaire, quand des agences partagent les profits avec un télé-crochet, c’est qu’elles reconnaissent que l’émission a aidé l’artiste à percer.
Mais pour Choi Jaesung, l’histoire était autre.
Même sans s’étendre, prétendre que Trois Mois, Cent Jours doit sa célébrité à Stage Number Zero relevait de l’absurde.
À la rigueur, individuellement, l’émission a pu peser pour Jaesung ; au bout du compte, Jaesung est membre de Trois Mois, Cent Jours.
La chaîne a donc ajusté les conditions dans des limites raisonnables.
En signant, on apprit une chose amusante : pas mal de candidats du Top 10 s’intéressaient à notre société.
Ils disaient que si on passait à des contrats de partage de profits (plutôt que du sponsoring), on pourrait aussi s’associer avec certains participants.
Mais pour un groupe qui n’a pas encore un an d’existence, « produire » d’autres chanteurs, c’est n’importe quoi.
Le simple fait qu’on nous fasse ce genre de proposition prouvait toutefois que Trois Mois, Cent Jours sortait de l’ordinaire — rien là de vexant.
Quoi qu’il en soit, l’arc « Stage Number Zero » de Choi Jaesung touchait à sa fin.
L’émission n’ayant pas de vie en dortoir, il n’y avait plus grand-chose à surveiller.
Restaient exactement trois priorités :
Les deux premières allaient avancer à leur rythme ; la troisième commençait.
Choi Se-hee, qui avait basculé de Drop Out à Trois Mois, Cent Jours, était si prise par sa vraie vie qu’elle ne voyait plus le temps passer.
Quand la vraie vie s’emballe, les hobbies passent au second plan.
Elle n’avait pas cessé d’être fan pour autant : elle jetait encore un œil régulièrement aux réseaux officiels et au site.
Deux jours plus tôt, elle avait écouté l’émission de radio où Trois Mois, Cent Jours était passé, et attrapé divers contenus.
Mais, à la différence d’autres fans, elle n’attendait pas le fansign avec fébrilité — elle avait même complètement oublié le formulaire auquel elle avait répondu.
Disons plutôt qu’elle l’avait relégué dans un coin de sa tête.
Et puis, une fois sa vie un peu redescendue, une question lui vint soudain :
« Au fait, c’est quand, le fansign ? »
À cet instant précis :
[Serait-il possible d’inviter Choi Se-hee ?]
Si la notification avait émané d’une appli lambda, elle aurait 100 % cru à une pub et zappé.
Voire supprimé l’appli.
Mais non.
Couleur bleu profond lumineuse, aussi sérieuse que la charte de Trois Mois, Cent Jours : c’était l’appli officielle du site.
Se-hee tapa dessus en hâte : trois options apparurent.
Rien d’extravagant.
Juste des horaires.
Samedi 21 octobre – 17 h
Dimanche 22 octobre – 14 h
Samedi 28 octobre – 16 h
Le lieu était déjà fixé — un centre de conventions à Séoul —, sans possibilité d’en changer.
Comme elle vivait à Séoul, pas de problème.
La première pensée de Se-hee fut purement fan :
« Je ne peux pas faire les trois ? »
Visiblement, non.
Après avoir vérifié son agenda, elle choisit le 21 octobre.
Le 22 marchait aussi, mais plus tôt, c’est mieux ! Et les samedis, c’est plus fun que les dimanches.
Même en choisissant le 21, elle ne pensait pas que ce serait « confirmé ».
Un fansign, on n’y entre pas si facilement.
D’ordinaire, il faut faire, prouver, dépenser.
Même si Trois Mois, Cent Jours emprunte sa propre voie, c’est le socle de l’industrie idol…
« Hein ? »
L’écran suivant la déstabilisa.
Liste de ce qu’il fallait apporter, plan d’accès, consignes diverses.
Était-ce une confirmation de participation ?
« Mais… je n’ai rien fait ! »
Ce même étonnement se propagea dans le fandom, avec une certaine confusion.
Les infos circulèrent, on croisa les retours, et quelques hypothèses émergèrent.
D’abord — et c’était le plus sûr —, les membres 1re génération du fanclub semblaient prioritaires.
Des 2e génération recevaient eux aussi des confirmations, mais les dates de notification différaient.
Il semblait que les 1re géné choisissaient d’abord, et que les créneaux restants allaient aux 2e géné.
Autre point : le fansign n’avait strictement aucun lien avec le nombre d’albums achetés.
Entre 1re et 2e génération de « TiTi », les tempéraments divergeaient légèrement.
Pour détailler : la 1re était au stade du lâcher-prise, la 2e encore dans le déni.
En clair, la 1re reconnaissait que Trois Mois, Cent Jours n’avait rien à voir avec les idols « classiques ».
Il y avait des choses qui déplaisaient.
Mais, inversement, énormément de choses à aimer.
Bref, la 1re voyait désormais Trois Mois, Cent Jours tel qu’il est, sans chercher à le conformer à ses propres standards.
Compréhensible : la 1re génération avait tout vécu depuis la fin de Coming Up Next.
Pas d’accès aux music shows, errance dans l’indé, « random place busking » à la place des « random play dance ».
Quand on espérait du variétés, c’est Color Show qui était venu ; six teasers en miettes, etc.
Rien ne se passait « comme prévu ».
Mais Trois Mois, Cent Jours suivait une ligne claire.
Alors les fans avaient atteint le lâcher-prise :
« Tant que nos garçons sont heureux, ça nous va. »
C’était devenu l’état d’esprit général — certains attendaient même la prochaine « dinguerie » inattendue.
À l’inverse, la 2e génération regardait encore Trois Mois, Cent Jours avec les lunettes « idol typique ».
La 2e vague avait été recrutée autour du premier music show et close au premier trophée.
Pour eux, Trois Mois, Cent Jours ressemblait à un grand self-producing group.
Intellectuellement, ils savaient que la couleur était différente ; émotionnellement, ça ne suivait pas.
Dans ce contexte, chez certains 2e géné, l’idée « Ils disent ça, mais ils prendront au nombre d’achats » persista, et ils achetèrent des dizaines d’albums.
Parmi eux, certains n’entrèrent pas.
D’autres, avec trois ou quatre achats, furent pris — preuve que l’accès ne dépendait pas des achats.
À ce stade, le site officiel publia une annonce : la 1re génération avait été sélectionnée en premier, des dates supplémentaires seraient ajoutées pour la 2e.
— Trois Mois, Cent Jours ne ferait pas un peu son intéressant ?
— Un peu, si ? On pige pas où ils veulent en venir, haha. On dirait qu’ils ont convoqué quasiment toute la 1re géné.
— Avec autant de monde, ils vont faire quoi ?
— Probable : quelques photos, et basta.
Les fans de groupes rivaux, peu friands de Trois Mois, Cent Jours, réagissaient ainsi, tout en sachant pertinemment :
Quand Trois Mois, Cent Jours fait quelque chose, ce n’est jamais à l’arrache.
Le 21 octobre arriva vite.
Même des non-fans, curieux de ce qui se tramait, traînaient sur les réseaux.
Arrivée au fansign, Se-hee resta bouche bée.
Le bâtiment paraissait plusieurs fois plus grand qu’un centre de conventions « normal ».
À l’entrée, il était écrit MICE Center — elle ignorait ce que c’était, mais ça semblait un cran au-dessus.
Le plus stupéfiant ? On aurait dit que Trois Mois, Cent Jours avait privatisé l’immense complexe.
Parce que…
— Mme Choi Se-hee, merci de vous diriger vers la CASE Hall, tout au fond à gauche, au 2e étage.
Les fan-managers contrôlaient les cartes de membre et répartissaient les arrivants.
Mes sentiments envers les fans diffèrent clairement de ceux de la plupart des chanteurs.
Pour être honnête, au début de ma régression, j’en voulais aux fans.
Je sortais de la bonne musique, sans discontinuer — pourquoi les ventes chutaient-elles ?
Ceux qui hurlaient qu’ils m’aimeraient « pour toujours »… après cinq ans, après dix ans, pourquoi partaient-ils ?
Vous êtes les seuls à pouvoir me sauver, et moi, je vous veux de toutes mes forces.
Pourquoi ne répondez-vous pas à mon désespoir ?
Ce n’était pas tant de la colère qu’une blessure, en vérité.
Alors, parfois, je faisais des caprices contre mes fans.
Clamer l’éternité en sachant qu’ils partiront un jour me rendait triste.
En y repensant, c’est la honte : je boudais, voilà tout.
Ça, c’était au tout début.
Avant de mûrir.
Au fil d’un temps incalculable, j’ai compris.
Le Diable avait raison.
Soutenir quelqu’un de tout son cœur — c’est déjà culte et offrande.
Les fans brûlent leur vie pour m’adorer.
S’énerver parce que ce culte n’est pas éternel, c’est égoïste — c’est leur reprocher de ne pas se sacrifier pour moi à jamais.
D’ailleurs…
Un jour, je disparaîtrai.
Dans un monde où je ne suis plus là, à quoi ressembleront les fans ?
Pleureront-ils ma mort ?
Ou traiteront-ils ma disparition comme une énigme amusante ?
Je n’en sais rien.
Je sais peu de choses de ce que je n’ai pas vécu.
Mais je sais deux choses.
Tant que j’existe, je dois rester digne d’un culte éternel.
Ne pas faiblir, ne pas vaciller musicalement.
Je ne dis pas que je vivrai « concept mystère ».
Même si ma vie privée est exposée, si ma musique reste digne d’adoration, on m’adorera.
Je l’ai appris.
Peu importe l’ampleur d’un scandale familial : si la musique est bonne, on finit par parler de musique.
Deuxième chose : je dois accepter que mes sentiments soient un amour à sens unique.
Les fans peuvent m’abandonner, m’ignorer.
Ils peuvent me quitter pour en aimer un autre.
Ou même me cracher dessus en partant.
Moi, je ne le peux pas.
Parce que les seuls qui peuvent me sauver sont ceux qui vénèrent ma musique et achètent mes albums.
Moi, je ne peux que continuer à donner, pour toujours.
C’est pour ça que j’ai préparé l’événement d’aujourd’hui.
Je ne sais pas ce que les membres ont ressenti en acceptant un fansign qui ne rapporterait pas un sou.
Peut-être que, pour le deuxième album, ils voudront quelque chose de plus « efficient ».
Mais pas aujourd’hui.
Le staff me fait signe.
L’intro me monte dans les ears.
Inutile d’hésiter sur la première chanson.
Le sondage nous a dit qui voulait voir qui, et quelles chansons chacun souhaitait entendre.
Oui : on rencontre « nos » fans, dans « nos » salles.
Puis on se réunit tous ensemble.
Je ne peux nier que j’ai le plus de fans : la plus grande salle, 350 places, est pour moi.
La chanson la plus demandée : « Summer Cream », puis « Resume ».
La troisième est intriguante :
« Never Played Around » de SINCE.
Celle que j’avais chantée pour l’attribution des positions dans Coming Up Next, non ?
Peut-être parce qu’on ne m’a jamais vu si « canaille », elle s’est hissée troisième.
Devant des solos comme « Under the Streetlight » ou « Falling Flowers ».
Ce n’est pas ma chanson, ni une de Trois Mois, Cent Jours, mais peu importe.
J’apparais sur scène : 350 personnes crient comme 3 500.
Ainsi commença un fansign qui tenait bien plus du fan-meeting.