Chapitre 159
Traductrice : Moonkissed
Au moment où Pinpoint fut interprétée, une belle foule s’était déjà rassemblée sur le live du festival de l’université de Gunam.
La nouvelle s’était répandue en temps réel : Trois Mois, Cent Jours jouait tout l’album, en medley, en direct.
Au début, les gens pensaient que Trois Mois, Cent Jours glisserait des pistes non promues entre les titres promus.
Mais en réalité, c’était exactement l’inverse.
À part State of Mind, les morceaux promus étaient drastiquement raccourcis, tandis que l’accent était mis sur les morceaux non promus.
Normalement, ce serait un choix déroutant, mais cette fois, ça marchait.
Parce que les chansons étaient bonnes.
— Vous gardiez ces morceaux pour vous ? Trop égoïste.
— ;; Tu pouvais acheter l’album toi-même.
— ㅎㅎㅎ Je viens de le commander.
— C’étaient quoi, les chansons entre Resume et State of Mind ??? Je les veux dans ma playlist.
— Survival Tactics et We made it !
— Ah, c’était deux morceaux ?
— Ouais ouais, ils ont fusionné les deux en un seul.
— Je suis le seul à rembobiner la piste 1 en boucle ? Koo Taehwan est incroyable ㅠㅠㅠ
On vit à une époque où écouter des albums entiers est devenu rare.
Alors les artistes ont tendance à minimiser le nombre de pistes sur un album.
Mais Trois Mois, Cent Jours ne cachait pas l’amour qu’ils portaient à leur propre album.
Si ça parle aux gens, ça devient une fierté magnifique. Sinon, ça n’est qu’un amour-propre stérile.
— C’est bien de les voir fiers de leur album.
— Ouais, les morceaux sont bons. J’aurais dû tenter quand c’est sorti.
C’est alors que Pinpoint commença.
Démarrer le morceau-titre presque à la fin de la chanson était osé, mais les talents de mashup de Han Sion étaient ahurissants.
La manière dont la fin de Pinpoint se raccordait sans couture à la fin de State of Mind était stupéfiante.
Si on ne savait pas, on croirait que ça a toujours été composé ainsi.
La chanson avançait, en partant de l’interlude tant encensé par Mary Jones.
Elle atteignit le refrain, suivie de la chorégraphie de groupe.
Puis l’outro.
Quand l’album est sorti, les fans aux oreilles fines ont laissé des commentaires du genre :
— Je repasse en boucle la transition de Pinpoint vers Holiday.
— Ion, qu’est-ce que t’as fait ?!
On voyait bien que Han Sion avait soigné la jonction entre Pinpoint et Holiday.
Mais l’intention de Han Sion avait échoué.
Non — Ion avait échoué.
Pour être exact, il n’y avait pas eu assez de temps pour réaliser pleinement l’idée d’origine.
Alors Han Sion avait simplifié la transition initialement prévue et l’avait incluse dans l’album.
Han Sion considérait que c’était une réussite modeste.
Son objectif initial était de toute façon extrêmement difficile.
Ion s’était blâmé d’avoir échoué.
Il avait déjà peu de parties sur l’album, et voilà qu’il ratait son unique grand rôle.
Mais un échec n’est pas condamné à le rester.
Pendant toute la promo de l’album, Ion avait pratiqué l’outro de Pinpoint.
Pas la version album, l’originale.
Le moment était venu de la révéler au monde.
♬♪♪♪♪
Quand Pinpoint atteignit la dernière figure chorégraphiée, le beat s’amincit radicalement.
Dire que le beat — s’amincit est étrange, mais il n’y a pas de meilleure expression.
Les couches d’effets disparurent, ne laissant que la mélodie cœur.
Et ce n’était pas tout.
La mélodie centrale de Mary Jones commença lentement à se déconstruire.
La boucle principale se brisa, les transitions s’évanouirent.
Les sons synthétiques se fragmentèrent en notes isolées, des pans de la progression d’accords se décollèrent.
Comme si l’on faisait jouer un vinyle fêlé.
À cet instant, la voix d’Ion surgit.
[Ehm— EHmm]
Sa voix s’infiltra dans le paysage sonore en dissolution.
Par endroits, il fredonnait.
[Notre—]
Ailleurs, il glissait des mots.
[Ehhmmm Ce soir—]
D’autres fois, il mêlait mots et fredon.
Tandis que la mélodie se dispersait et s’adoucissait, Ion lui insufflait de la vie.
Dans la version album, cela — reconstruisait Pinpoint en insérant sa voix dans la mélodie qui se dissolvait.
Puis ça s’estompait pour se rattacher à Holiday, qui démarrait sur une progression d’accords semblable.
Même ça, c’était déjà une trackjection très honorable.
Peut-être que Han Sion et Ion étaient trop durs envers eux-mêmes.
Mais ce qui se passait là dépassait cela.
Ion ne recréait pas la mélodie de Pinpoint.
Il insérait de nouvelles notes, créait de nouveaux sons.
— … !
— C’est Holiday !
Les fans sur place hurlèrent.
L’intro de Holiday avait commencé.
C’était comme de la magie qui se déployait sous leurs yeux.
La voix d’Ion se mêlant aux sons en dissolution de Pinpoint devenait sans accroc l’intro de Holiday.
Même si les deux morceaux partagent des accords proches, comment était-ce seulement possible ?
Sans la moindre dissonance.
Un drum décontracté mais ferme entra.
Tandis que la voix d’Ion continuait, le beat éclata pleinement.
Une trackjection parfaite.
— Wouaaaaah !
— Waaaaah !
Sur le beat enjoué de Holiday et les acclamations du public, l’ouverture de Koo Taehwan commença.
[Aujourd’hui est une belle journée
Bonjour,
Démarre le moteur]
En dansant légèrement sur une choré signée Choi Jaesung, la chanson se poursuivit.
[Le ciel est si bleu
Les nuages si blancs
Notre humeur, à toi et moi]
Ion, large sourire aux lèvres, recula après avoir chanté.
Holiday, Summer Cream et Apiary.
Le trio easy listening de la seconde moitié de l’album, le plus aimé du grand public.
Alors qu’On Saemiro avançait et qu’Ion se retirait, Han Sion et Ion échangèrent un regard.
Ils se sourirent.
Bien, hein ?
Parfait.
L’émotion passa.
Lors du tournage de Coming Up Next, Han Sion avait un jour enregistré les membres chantant un accord de do majeur.
À la réécoute, seule la voix d’Ion ressortait durement.
C’était pour prouver que son timbre était trop tranchant et se fondait mal.
Assez cruel, d’une certaine façon.
Mais Han Sion, sérieux en musique, devait être honnête avec ses membres.
Pourtant, à l’époque, Han Sion ne leur avait pas tout dit.
Oui, le timbre d’Ion ressortait.
Il ne se fondait pas.
Mais, une fois un certain niveau atteint, la voix d’Ion pouvait faire ça.
Un timbre unique.
Han Sion ne croyait pas qu’Ion puisse atteindre ce niveau.
Même Han Sion lui-même avait mis des années à placer des hauteurs parfaites avec sa voix.
Et Ion, qui n’avait pas régressé comme lui, ne pouvait sûrement pas y arriver si vite.
Mais Han Sion avait tort.
Ion n’avait pas encore beaucoup de parties sur l’album ni de couplets à lui.
Sa voix exigeait toujours des ajustements d’EQ et un placement soigneux.
Autrefois, c’était pour masquer ses faiblesses.
À présent, c’était un dispositif pour mettre en valeur ses forces.
Avec le bon réglage, la voix d’Ion pouvait devenir une signature sonore unique.
Peut-être pas pour le 2e album, mais pour le 3e…
La voix d’Ion hyung pourrait définir la couleur de l’album.
pensa Han Sion.
Désormais, Trois Mois, Cent Jours possédait deux éléments essentiels d’un chef-d’œuvre.
Koo Taehwan, qui crée des intros parfaites.
Ion, qui crée des trackjections parfaites.
Et par-dessus—
Un vocaliste qui, à force d’innombrables régressions, avait atteint le niveau le plus élevé.
[Fancam du festival de l’université de Gunam – Trois Mois, Cent Jours]
[L’idol qui a joué tout son album aujourd’hui]
[Le groupe qui a transformé un festival en concert — full album]
La performance de 37 minutes et 13 chansons de Trois Mois, Cent Jours fit grand bruit.
La très attendue vidéo live de Summer Cream engrangea des vues à toute vitesse.
Mais ce n’était pas tout.
[On a le droit de faire ça ? Ion qui bâtit une mélodie avec sa voix]
Visuellement, Ion avait toujours rivalisé d’éclat avec Han Sion.
Mais musicalement, il n’avait pas été sous les projecteurs.
Tandis qu’On Saemiro brillait grâce à Masked Singer, que Choi Jaesung le faisait via Stage Number Zero, et que Koo Taehwan était le « maître des intros », Ion restait inaperçu musicalement.
D’où l’impact plus grand que prévu de cette fancam.
Elle se propagea doucement mais férocement dans les communautés d’idols.
Mais comme c’était une fancam, certains restaient sceptiques.
— Je dis pas qu’il a mal fait, mais y’avait pas mal d’AR en couche, non ?
— Ouaisㅎ Dire que c’était 100 % live, c’est du biais de fan.
Sur place, c’était clair à l’oreille, mais sur des fancams, ce n’était pas simple de distinguer le live de l’AR.
Mais le lendemain de Gunam—
Trois Mois, Cent Jours organisa un live sur leur site officiel, une première depuis un moment.
Cette fois, ils rejouèrent tout le set, encore plus travaillé que lors du festival.
Ils avaient même changé de tenues — c’était très intentionnel.
Et contrairement à Gunam où ils avaient filé sans trop parler, là, ils partagèrent beaucoup d’anecdotes.
[Hier on n’avait pas beaucoup de temps. On a même dépassé, donc on n’a pas pu papoter.]
Han Sion expliqua notamment en détail la trackjection d’Ion.
[En fait, on utilise des accords dominants ou diminués pour l’intensité, et les tritons créent de la tension, non ? Le timbre d’Ion hyung fonctionne particulièrement bien avec…]
— Qu’est-ce qu’il raconte ?
— Fais genre tu comprends. Il est trop passionné.
— Wow incroyable !
— Tritons !
— Diminués !
La plupart ne comprenaient pas un traître mot.
Le live fut ensuite monté et mis en ligne sur la chaîne officielle de Trois Mois, Cent Jours.
Ainsi, la période de promotion de The First Day approchait doucement de sa fin.
Certains disaient que ça se terminait trop vite.
Les ventes domestiques avaient ralenti, mais les ventes hebdomadaires à l’étranger augmentaient en réalité.
Cela signifiait que des retardataires découvraient encore l’album — il avait encore de la réserve.
Même ces ventes domestiques dites « ralenties » écrasaient toujours celles de la plupart des autres artistes (hors première semaine).
Mais Trois Mois, Cent Jours avait tranché, et les fans reçurent bientôt une excellente nouvelle.
Le planning du fansign serait annoncé cette semaine, et un concert suivrait juste après la fin de Stage Number Zero de Choi Jaesung.
Stage Number Zero sonnait grandiose au début, mais le format était en fait simple.
Après des qualifs régionales, c’était devenu Stage Number 100.
Pas littéralement 100 personnes — plutôt environ 130, regroupées par catégories proches.
De là, jusqu’à Stage 50, les missions se faisaient en performances de groupe.
De 50 à 25, on passait aux duos.
Même si on disait — duos, c’était en gros des face-à-face.
À présent, Stage Number 25.
À partir d’ici, chacun devait prouver ses capacités en solo.
C’était aussi le moment où les agences commençaient le scouting.
Évidemment, Choi Jaesung avait atteint sans encombre le Stage 25.
Le montage donnait l’impression qu’il se donnait à fond, mais honnêtement — c’était trop facile.
Recevant la direction de Han Sion au quotidien, s’alignant sur les intros de Koo Taehwan, les aigus d’On Saemiro, et la précision d’Ion—
Comparé à l’enregistrement d’une guide track d’album, la plupart des missions étaient plus simples.
Et à ce stade, Choi Jaesung comprit enfin ce que Han Sion lui avait dit un jour.
« Si nos membres concouraient à armes égales dans Stage Number Zero, c’est probablement toi qui irais le plus loin. »