Chapitre 158
Traductrice : Moonkissed
Depuis très longtemps, je réfléchis à ce qui fait un « bon album ».
Non, ce n’est pas qu’une réflexion.
J’ai mené beaucoup d’expériences.
J’ai déjà sorti un album en compilant douze singles qui avaient chacun atteint la 1re place du Billboard Hot 100.
J’ai déjà composé un morceau de 50 minutes, l’ai découpé en huit pistes et l’ai sorti tel quel.
J’ai fait des choses absurdes comme placer des titres hip-hop en première moitié, suivis de titres hard rock en seconde.
Certaines de mes expériences ont donné des résultats étonnamment bons, d’autres ont échoué d’une manière que je ne comprends toujours pas.
On pourrait penser qu’à présent, j’aurais trouvé une définition d’un bon album…
Mais je n’ai toujours pas de conclusion.
Je ne sais toujours pas quel genre d’album pourrait se vendre à 200 millions d’exemplaires.
Mais j’ai au moins compris quelques ingrédients essentiels.
D’abord, il faut une intro qui rende les gens fous.
L’intro de « Sweet Child O’ Mine » de Guns N’ Roses est peut-être le riff de guitare le plus réussi de l’histoire humaine.
Quelqu’un a dit un jour à propos de Sweet Child O’ Mine :
À moins d’être en danger de mort, personne n’arrêterait la chanson après n’avoir entendu que cette intro.
Mais le guitariste de Guns N’ Roses n’est pas le technicien le plus virtuose.
Ce n’est pas quelque chose d’impossible à reproduire, ni bâti sur une progression d’accords spéciale.
Des notes simples, des accords simples.
Mais ça rend dingue.
Le premier titre de notre album est comme ça.
Je ne comprends pas pourquoi on ne couvre pas davantage notre première piste d’éloges.
En Occident, beaucoup choisissent la piste 1 comme la meilleure, mais en Corée, moins.
Peut-être une différence de sensibilité.
Nous méritons plus de louanges.
Nous méritons des dithyrambes, de l’émerveillement.
Nous l’avons gagné.
Et Koo Taehwan l’a encore plus gagné.
La seule partie de l’enregistrement où on a eu un « ok » en une prise, c’est ici.
Quand je l’enregistrais, même la respiration de Koo Taehwan me semblait rythmique.
Il a vraiment franchi un cap.
J’ai pris le relais après Koo Taehwan.
Il y a des chanteurs qui brillent davantage dans la comparaison.
Koo Taehwan est de ceux-là.
Plus son point de comparaison est élevé, plus il sonne comme un meilleur chanteur.
Même si je chante plusieurs fois mieux que lui, quand je remplissais la barre avec un phrasé similaire…
Normalement, le rythme d’ouverture s’éteindrait.
Ma voix effacerait la présence du chanteur précédent.
Mais étrangement, le rythme de Koo Taehwan restait vif.
Comme si le riff de guitare d’Eric Scott résonnait avec la voix de Koo Taehwan qui persistait là où elle ne devrait pas.
Moi-même, je ne sais pas pourquoi.
Ce n’est pas quelque chose qu’on peut forcer.
Et j’en suis profondément satisfait.
Qu’il y ait, dans mon équipe, des éléments que même moi, qui ai consacré ma vie à la musique, ne comprends pas pleinement.
Et que ces éléments servent notre album.
Pendant ce temps, je sentais le public nous fixer, bouche bée.
Alors ?
C’est mieux que d’écouter l’album, hein ?
Si vous ne l’avez pas encore acheté, vous en avez envie maintenant.
Pendant que la piste 1 jouait, on bougeait à peine.
Que ce soit Choi Jaesung qui chante, ou Ion, on restait simplement debout à chanter.
Une démission de nos devoirs d’idols.
Les idols sont d’abord des performeurs et doivent remplir la scène.
Mais juste pour cet instant, peu importait.
Avec le riff de guitare d’Eric Scott en toile de fond, les voix de Trois Mois, Cent Jours remplissaient la scène.
Ce qui ne veut pas dire…
Qu’on n’avait pas envie de danser.
Boum !
Vers un quart de la piste 1, alors qu’On Saemiro allait lancer son refrain, un bruit d’explosion d’obus a tonné et un synthé rugueux a jailli.
La transition était fluide et spectaculaire.
Tout le monde a semblé reconnaître l’intro immédiatement.
Pourquoi ?
— Aaaaaaaah !
— Wouaaaaa !
Les cris ont éclaté.
K-pop Struggle.
La chorégraphie de groupe a commencé.
Une choré qui subdivise les temps tout en intégrant de grands mouvements.
Techniquement, la piste 2 de l’album est Colorful Struggle dans sa version d’origine.
Mais comme c’est une performance, on a sorti la version piste cachée : K-pop Struggle.
Ssssssh !
Notre chorégraphie s’intensifiait, et un feu d’artifice a jailli d’un des effets de scène.
Comme les festivals universitaires n’autorisent que les balances, on ne s’était pas répété avec ces pyros — mais c’était parfait.
Bang !
Tandis que les flammes montaient, notre freeze s’est calé pile sur l’explosion.
Le public, qui s’apprêtait à scander le refrain de K-pop Struggle, a marqué une pause.
Désolé, pas encore.
On a déjà joué ce morceau trop de fois à la télé, non ?
Depuis la pose figée, on a inversé nos mouvements comme une bande rembobinée.
La piste 3, Freedom is not Free, a commencé.
J’ai co-composé avec huit musiciens, et pourtant notre album a plus de huit titres.
Celle-ci, comme Resume, est une originale.
La liberté n’est pas gratuite.
Chacun de nous a payé son prix pour gagner la liberté de Trois Mois, Cent Jours.
Mais pleurnicher sur la difficulté de ça, c’est ringard.
Sur le beat staccato caractéristique du jersey club, Choi Jaesung a ouvert la bouche.
[Pas de modèles
Ce soir est si bon
Dedede- Drive]
C’est la seule chanson de notre album où quelqu’un d’autre que Koo Taehwan ouvre l’intro.
Pourquoi ?
Jaesung collait tout simplement mieux à ce rythme.
Au passage, cette chanson n’a pas de chorégraphie.
Juste de la danse libre.
Quand Choi Jaesung chante, Ion danse ; quand Ion chante, Koo Taehwan danse.
À l’ère des directs omniprésents, dite « ère du million de streamers », il allait de soi que quelqu’un diffusait en live la performance de Trois Mois, Cent Jours à l’université de Gunam.
Pour un festival ordinaire, même avec la popularité de Trois Mois, Cent Jours, il n’y aurait pas tant de monde connecté.
Mais Trois Mois, Cent Jours avait annoncé sur les réseaux que, pour le reste des events universitaires, ils ne joueraient que des pistes d’album — poussant les gens à chercher des streams.
— Oh, celui-ci a la meilleure image.
— Oui. Le son est moyen, mais la vidéo est bonne. On dirait pas un stream au téléphone.
— Ce ne serait pas le flux officiel du BDE ? L’angle donne cette impression.
— C’est autorisé ?
— On s’en ficheㅋㅋ Les festivals universitaires ne font même pas payer l’entrée.
Les gens ont zappé de stream en stream et ont fini par se regrouper sur celui avec la meilleure image.
De toute façon, les streams perso avaient des qualités audio similaires.
Certains regardaient depuis le début, mais la plupart sont arrivés juste pour Trois Mois, Cent Jours.
Donc, au fur et à mesure que le festival approchait du final, le nombre de spectateurs montait.
Et enfin—
— Wouaaaaa
— Ils sont là !!
— TROP MIGNONS !
— Pourquoi il y a des étrangers ici ?
— Ce sont des musiciens du Billboard, voyons.
— Leur outfit est dingue.
Quand Trois Mois, Cent Jours a démarré soudain par la piste 1, les gens ont regardé avec curiosité.
— C’est bon, ça.
— Ouais. J’ai acheté l’album après avoir entendu la piste 1.
The First Day est indéniablement un chef-d’œuvre.
Même les critiques qui avaient d’abord descendu l’album ont dû rétracter ou corriger leurs papiers, penauds.
Mais ça ne veut pas dire que toutes les pistes ont reçu la même attention…
— Attends, là c’est la piste 3 ?
— Ils font les pistes dans l’ordre ?
— ㅋㅋㅋㅋㅋㅋㅋHip Sion
— À ce stade c’est Hipdalbaekilㅋㅋㅋㅋ Ils ont été contaminés par lui.
Bien sûr, ils n’interprétaient pas chaque piste en entier.
La piste 1 n’a duré qu’environ un quart.
K-pop Struggle a été jouée comme pure choré.
La piste 3 était assez longue mais n’incluait que le refrain et le deuxième couplet.
La piste 4, Resume, n’a pas été chantée du tout.
On a simplement lancé la MR et profité du singalong massif du public.
— Ils font comme si c’était leur propre concert ?ㅋㅋㅋ Trop stylé.
— Wow, on a rarement des singalongs comme ça pour des boy groupsㅋㅋㅋ
— Resume est la chanson promue par Yang Seokhoon.
— Difficile de le nier.
— Ouaisㅋㅋㅋ Le re-edit réenregistré de Resume était hilarantㅋㅋㅋ
— On peut voir ça où ?
— C’est dans leurs contenus officielsㅋㅋㅋ Va sur la chaîne principale.
— Ah celui-làㅋㅋㅋ Koo Taehwan, maniaque du rythmeㅋㅋㅋ Chef-d’œuvre.
À ce moment-là, tout le monde en était convaincu.
Ils suivaient l’ordre des pistes de l’album.
Même s’ils mélangeaient parfois les prestations ou ne montraient que les parties killing des chansons connues, pas une seule piste n’était zappée.
Après Survival Tactics, on est arrivés à We made it, puis au 7e titre, celui qui avait eu un clip :
— State of Mind !
— Faites celle-là correctement, s’il vous plaît ㅠㅠㅠ
— Je veux entendre la version live complète, pas celle des music shows ㅠㅠㅠㅠ
State of Mind.
Comme s’ils savaient exactement ce que les gens voulaient, Trois Mois, Cent Jours a joué State of Mind presque en entier.
— Chant live dément ㄷㄷㄷ
— Leurs cordes vocales tranchent dans le son pourri comme dans du beurre.
— Sur le niveau, rien à redire. Le sommet de la K-pop, pour de vrai.
— Le comique, c’est qu’il y avait même un débat sur le fait que leurs enregistrements étaient trop polisㅋㅋㅋㅋ
— Et les news ont réglé çaㅋㅋㅋㅋ
— Oh, voilà Pinpoint.
— Celle-là est énorme.
Mais la piste 8, le titre Pinpoint, n’a commencé qu’à la fin de la chanson.
Plus précisément, à partir de l’interlude vers la fin du deuxième couplet, enchaînant direct sur le refrain.
Même si The First Day est déjà salué comme un chef-d’œuvre, il a un défaut.
La plupart des critiques l’ont souligné — des pistes 9 à 11, la bascule vers la section easy listening paraît maladroite.
Surtout la transition de Pinpoint vers la piste 9, Holiday, semblait lâche.
Pinpoint est un morceau explosif à base de techno, tandis que Holiday est un R&B classique, lent et moelleux.
Mais—
À l’origine, un mécanisme de transition était prévu ici.
Il n’a pas intégré l’album parce que le temps était trop serré.
Plus exactement :
— Parce que je n’ai pas pu le faire.
Ion s’en voulait en silence depuis des semaines.
Si la première exigence de Han Sion pour un chef-d’œuvre est l’intro, la seconde, c’est la trackjection.
Transaction.
Pas un mot courant, mais, en production d’album, il désigne la manière dont une piste s’enchaîne avec la suivante.
Les bons albums ont de bonnes trackjections.
Quiconque a écouté des albums entiers connaît ce frisson de nuque dans un enchaînement de pistes.
Surtout pour un album comme celui de Trois Mois, Cent Jours, où l’humeur change radicalement entre sections, c’était essentiel.
À l’origine, c’était à Ion de s’en charger.
— La prochaine fois, hyung.
Il n’avait pas réussi à l’achever pendant la période d’enregistrement.
Le planning était juste trop serré.
Mais maintenant.
Ion allait y parvenir.
Le résultat de nuits écourtées pendant tout le cycle de l’album pour s’exercer—
Ce moment était arrivé.