Chapitre 154
Traductrice : Moonkissed
Yeom Seong-hoon était un homme ordinaire d’une cinquantaine d’années.
Oppressé par des chefs incompétents, bousculé par des juniors compétents, imaginant sans cesse démissionner…
— Pfff.
Comme n’importe quel père ordinaire, il apaisait sa journée avec du samgyeopsal et du soju en pensant à sa famille.
Dans sa jeunesse, il avait été un jeune homme plein de rêves, tentant diverses choses avec ses amis, mais tout cela n’était plus que des souvenirs.
L’homme dans le miroir perdait lentement ses cheveux et prenait du ventre — un homme d’âge mûr.
Troublé par ces pensées soudaines, Yeom Seong-hoon entra chez lui.
Même s’il regrettait que les conversations avec sa fille adolescente diminuent, sa femme et sa fille restaient son tout.
— Tu es rentré ?
— Où est Juhee ?
— Dans sa chambre, elle écoute de la musique.
— Ah bon ?
Il pensa passer la voir, puis décida d’abord de prendre une douche.
Quand il sortit, sa fille l’attendait au salon.
— Papa.
— Qu’y a-t-il ?
— Tu connais ces gens-là ?
— Ces gens-là ?
Elle lui tendit un boîtier de CD.
— Un album ?
— Fais attention !
— Attention à quoi ? Mais de qui tu parles ?
— Ceux qui sont listés là.
À l’intérieur du boîtier qu’elle ouvrit avec précaution, il y avait un livret avec les crédits.
— Hein ?
Les noms inscrits lui parurent étranges.
Eric Scott, Yankos Greenwood, Moscos…
Les noms des héros qui avaient coloré sa jeunesse y étaient tous, serrés les uns contre les autres.
Bien sûr, il y avait des noms qu’il ne connaissait pas, mais la plupart étaient des musiciens incroyablement célèbres.
Au début, il pensa qu’ils avaient juste écrit les noms de musiciens qu’ils admiraient, mais en y réfléchissant, ce n’était pas possible.
C’étaient des crédits.
— Ce serait ça ? Emprunter des mélodies ?
Il ne connaissait pas le mot « sampling », mais il en comprenait l’idée et pensa à quelque chose du genre. Mais sa fille ajouta :
— Les musiciens qui ont co-composé ça sont censés être des vieux de la vieille super célèbres, alors je me demandais si tu les connaissais.
— C’est co-composé ?
— Oui.
— Comment ?
— Hein ?
Un seul, ce serait possible.
Yeom Seong-hoon savait qu’aujourd’hui, les agences d’idols investissaient beaucoup d’argent.
Une entreprise pouvait payer une somme énorme pour engager un grand artiste.
Mais pas un « huit ».
Et, parmi eux, quatre étaient des légendes qui avaient secoué la pop américaine quand Yeom Seong-hoon avait la vingtaine.
Il connaissait aussi deux des quatre autres noms.
— C’est qui, Trois Mois, Cent Jours ?
— Tu les connais, papa. Under the Streetlamp.
— Ah, ces gamins ?
— Oui.
— Qu’est-ce qu’ils sont ? Fils d’hommes politiques ? Non, ça suffirait même pas. Des héritiers de chaebol, peut-être ?
Sa maigre imagination n’allait pas plus loin, mais il n’avait pas besoin d’imaginer.
Voyant les yeux ronds de son père, sa fille se lança avec enthousiasme dans les explications.
Yeom Seong-hoon resta bouche bée en l’écoutant.
Chacun a eu sa période de jeunesse.
Ses yeux avaient peut-être faibli avec l’âge, mais lui aussi avait jadis brillé.
Avant d’entrer à l’armée, Yeom Seong-hoon jouait dans un groupe.
Pas comme métier, juste en hobby.
À l’époque, on parlait de group sounds, pas de band, et la musique coréenne restait toujours mineure.
Comme il les avait enviés, ces groupes japonais qui entraient au Billboard en répandant un city-pop aux thèmes tokyoïtes.
Après l’armée, il s’était éloigné de la musique pendant la recherche d’emploi, puis, après le mariage, l’avait complètement oubliée.
Mais voir les noms des héros qui avaient rempli sa jeunesse réveilla sa curiosité.
— On écoute ça comment ? Sur l’ordinateur ?
Ils n’avaient pas de lecteur CD à la maison, alors il demanda. Sa fille en apporta un de sa chambre.
— Qu’est-ce que c’est ?
— Ça faisait partie des goods de l’album.
— Goods ?
— Ils le donnent quand tu achètes l’album.
— Ça ? Combien coûtait l’album ?
— Trente-cinq mille wons.
Ça paraissait cher pour un simple album, mais bon marché si le lecteur CD était inclus.
Yeom Seong-hoon n’en connaissait pas les détails, mais l’édition standard du premier album complet de Trois Mois, Cent Jours coûtait 13 000 wons.
La version standard comprenait un livret, l’album, deux photo cards et un livret de paroles.
L’édition limitée coûtait 35 000 wons et ajoutait des photo cards inédites, un album photo, et même un lecteur CD.
Ainsi, non seulement les fans mais aussi des acheteurs non-fans prenaient tous l’édition limitée.
Même ceux qui se fichaient des goods voulaient le lecteur CD.
Au début, on pensait qu’ils fourniraient une machine chinoise bon marché, mais après la vidéo unboxing postée par Trois Mois, Cent Jours, ces doutes s’évanouirent.
Design bleu profond, net, et fabrication par une marque coréenne d’audio bien connue.
Certains se demandaient si Trois Mois, Cent Jours se souciait seulement de gagner de l’argent, mais pour Han Sion, c’était plutôt accomplir un vieux rêve.
C’était quelqu’un d’obsédé par l’idée de mettre un lecteur CD dans chaque foyer du pays.
Si le gouvernement l’autorisait, il financerait volontiers sur ses propres deniers un projet de bien-être national — un CDP par foyer.
Mais Yeom Seong-hoon n’en savait rien et commença à écouter l’album de Trois Mois, Cent Jours en début de soirée avec le lecteur prêté par sa fille.
Et il fut ému.
Il sentait les traces des héros qu’il aimait, disséminées dans la musique.
La piste 1, qui porte le même titre que l’album, The First Day.
Dès que retentit le brillant son de guitare qui annonce l’intro, il visualisa un Blanc aux cheveux bouclés, cigarette au coin des lèvres.
Eric Scott.
Un nom qui revient toujours quand on parle des trois ou cinq plus grands guitaristes.
L’idole des guitaristes, loué pour avoir porté le solo de guitare à un tout autre niveau.
Il avait peut-être la soixantaine désormais, mais, dans l’esprit de Yeom Seong-hoon, Eric Scott resterait à jamais trentenaire.
Cependant, Yeom Seong-hoon fut tout aussi surpris en écoutant la chanson suivante.
C’était l’intro de Koo Taehwan, salué comme atteignant son apogée sur cet album.
— C’est quoi, ça ?
À son âge, Yeom Seong-hoon n’avait pas de préjugé particulier contre les idols.
Les propos selon lesquels les idols seraient des produits d’usine aux voix formatées par un entraînement répétitif, seuls certains les tenaient.
Il n’en savait même pas tant, donc il n’avait pas de préjugé.
Mais il en avait un sur le niveau de la musique coréenne.
Quand Led Zeppelin interprétait Stairway to Heaven, la Corée en était encore au son karaoke.
Quand Eric Scott paralysait Wembley avec son solo, les guitares et basses coréennes se cantonnaient à l’accompagnement rythmique.
Bien sûr, c’était une vision personnelle un peu biaisée.
La Corée avait aussi ses génies brillants.
Ce préjugé venait peut-être de la correction nostalgique qui rend sa jeunesse plus éclatante qu’elle ne l’était.
Parce que la musique avait rempli ses vingt ans.
C’est pour ça que c’était d’autant plus surprenant.
Eric Scott, Moscos, Yankos Greenwood…
Ils étaient tous utilisés comme des dispositifs.
Ils n’étaient pas le centre de la musique.
Le centre, c’était le groupe d’idols Trois Mois, Cent Jours.
Yeom Seong-hoon écouta ainsi l’album de Trois Mois, Cent Jours, puis voulut réécouter mais se fit gronder par sa femme.
Elle lui demanda comment il comptait aller travailler demain.
Dans son rêve, il avait vingt ans et se tenait sur scène.
Le lendemain matin.
Empruntant le lecteur CD à sa fille, il réécouta l’album dans le métro, en allant au travail.
Au bureau, il en parla on ne sait comment.
Et il fut de nouveau surpris.
— Moi, je préférais Keith Richards à Eric Scott.
— Keith Richards n’a pas beaucoup profité de la renommée des Rolling Stones ?
— Voyons, chef. N’importe quoi. Keith Richards est un génie.
— Mais quand même, pour la guitare, c’est Eric Scott.
— Eric Clapton, c’est bien le maître de l’art de la lenteur, hein ?
— Ah, souvenirs… Il y avait un café près de Dongmyo qui passait des bootlegs des charts Billboard…
Il n’était pas le seul à idolâtrer les musiciens de cette époque.
Ses collègues du même âge, pareil.
Ils s’étaient éloignés depuis longtemps de la vie culturelle, mais avaient simplement oublié.
— Je vais demander à mon fils.
— Tu peux écouter sur YouTube.
— Comment on fait ?
La pause déjeuner prit fin.
Le lendemain, la plupart en restèrent aux paroles, mais le chef écouta vraiment l’album.
Et il n’arrêta pas de l’encenser.
Qu’est-ce que la vie en entreprise ?
Quand ton supérieur fait quelque chose, le mieux est de s’y joindre.
À moins que tu ne détestes ça.
Yeom Seong-hoon vit certains collègues acheter l’album.
Et en vit d’autres se réjouir d’avoir quelque chose à partager avec leurs enfants.
Pour Han Sion, les légendes du Billboard n’avaient rien d’extraordinaire.
C’étaient des gens qu’il avait rencontrés d’innombrables fois au fil de nombreuses régressions et avec qui il avait sans cesse travaillé.
Donc organiser des co-compositions avec ces légendes pour The First Day n’était qu’un coup de buzz.
Au moment de la production, Trois Mois, Cent Jours avait encore besoin d’un gros sujet pour percer la pression de Choi Taeho.
Mais ces légendes familières à Han Sion étaient des fragments de l’instant le plus lumineux d’autrui.
Elles redonnaient vie à une époque qui ne reviendrait jamais.
Comme le voyage dans le temps dans l’univers de Trois Mois, Cent Jours.
Ainsi, l’album commença à se vendre en silence.
Sans buzz brûlant.
La génération 40–60 agissait mais parlait peu.
Mais c’était comptabilisé.
La première semaine de Trois Mois, Cent Jours : 220 000 exemplaires.
En semaine 2, grâce à la salve de critiques des légendes du Billboard, les ventes ne chutèrent pas.
Beaucoup en Corée achetèrent l’album sur le tard, et les achats groupés explosèrent à l’étranger aussi.
La deuxième semaine atteignit 340 000 exemplaires.
Il est rare que la deuxième semaine dépasse la première.
On s’attendait donc à une chute marquée en semaine 3.
Mais non.
Les acheteurs étrangers tardifs et le pouvoir d’achat silencieux des 40–60 maintinrent la cadence.
La troisième semaine atteignit de nouveau 220 000.
Ventes totales en 3 semaines : 780 000.
Pas particulièrement impressionnant du point de vue de Han Sion…
[La force pure de la musique ! Le 1er album complet de Trois Mois, Cent Jours, The First Day, frôle le million ?]
[Le 1er album complet de Trois Mois, Cent Jours devient un album d’écoute familiale.]
[Les héros des souvenirs des pères ouvrent les portefeuilles.]
Pendant ce temps, Trois Mois, Cent Jours avait sécurisé la première place dans les émissions musicales des trois grandes chaînes coréennes.
Face à cela, certaines agences s’activèrent rapidement.
Elles ne pouvaient pas croire que Han Sion avait obtenu les légendes du Billboard par la seule force de la musique.
Cette industrie n’est pas si naïve. Il doit y avoir eu une magouille en coulisses.
Mais c’était un malentendu des agences coréennes.
Les légendes n’étaient pas — pures par nature.
Mais elles avaient gagné tant d’argent et d’honneurs qu’elles pouvaient se permettre d’être pures dans le choix de la musique.
La réponse des légendes était simple.
[Envoyez la musique.]
Mais ceux qui envoyèrent de la musique ne reçurent aucune réponse.
Seul Donald Magus répondit.
[Cette progression mélodique est pire que ce que j’écrivais à dix ans.]
Ils n’eurent qu’une remontrance.
Peu importe comment le monde change, les musiciens doivent rester ancrés.
Le plus important, c’est le sens du réel.
Notre musique a ému la Corée pendant trois semaines, mais nous ne devons pas nous enivrer.
Une fois publiée, la musique vit sa vie.
Quoi qu’on fasse après, la musique ne s’améliorera pas.
Il n’y a qu’un seul moyen de faire mieux.
Créer le prochain album.
Tandis qu’il pensait à cela, le PD Kang Seok-woo prit la parole.
C’était une réunion pour la rubrique variété de M-Show, dont le format venait d’être arrêté.
— Le thème, cette fois, c’est un séjour healing de busking. On ira sans doute en Espagne.
— D’accord.
— Mais ça, c’est la partie 2. La partie 1 sera tournée en Corée.
La partie 1 ?
— Vous devrez gagner votre budget voyage en Corée. Selon la somme récoltée, le séjour sera luxueux ou super frugal.
— Vous voulez dire, le gagner via des missions ?
— Non. En dehors de ce que donne la chaîne, vous devez gagner de l’argent réel. En cachant votre identité de Trois Mois, Cent Jours, uniquement par la musique.