Chapitre 150
Traductrice : Moonkissed
Album 14. Prolifération
Titre : The First Day
Artiste : Sedalbaekil (Trois Mois, Cent Jours/Three Months and One Hundred Days)
Piste : 14
Liste des titres :
La montée en puissance des services de streaming a dévalorisé les albums, et l’arrivée des smartphones a presque effacé leur sens même.
Les gens ne se souciaient plus des albums.
Ils se souciaient des chansons.
Autrefois, la musique d’un artiste était définie par des albums. Aujourd’hui, elle l’est par des morceaux.
Dans ce contexte, il n’existait que deux types de personnes qui écoutaient un album en entier.
D’abord : les fans.
Ils essayaient de lire les narrations au sein des albums et de comprendre l’intention de l’artiste.
Les fans de Trois Mois, Cent Jours, qui attendaient déjà avant minuit, ont appuyé sur lecture dès la sortie de l’album.
Puis vinrent les cris de joie.
14 pistes.
68 minutes de durée.
Un album complet, chose rare dans la K-pop actuelle.
Et chaque piste était délicieuse.
Même si Colorful Struggle, Resume et State Of Mind étaient déjà sorties, les entendre dans le contexte de l’album procurait une autre sensation.
— C’est dingue. Trop bien.
— J’étais un peu surpris que State Of Mind ne soit pas la title, mais après avoir entendu Pin Point, je comprends !
— Pin Point déboîte. Je sens qu’ils vont performer en tenue militaire.
— Summer Cream est complètement folle ???
— 2222222 meilleur moombahton de l’histoire de la K-popㅠㅠㅠㅠㅠ
— Voilà à quoi doit ressembler une nation !
— Qu’est-ce qui arrive à Lee Ion ? Je boucle en continu la transition Pin Point → Holiday.
— J’ai cherché, Apiary veut dire rucherㅠㅠㅠㅠ Les paroles frappent fort !
— On est les fleurs ?
— C’est sans doute la métaphore, non ??
— L’intro est déjà insensée, non ?
Le tchat en direct sur le site officiel de Trois Mois, Cent Jours défilait à toute vitesse.
Les fans partageaient leurs impressions sur chaque piste en temps réel.
Les fans écoutaient l’album entier parce qu’ils aimaient et vénéraient l’artiste.
Tant que le résultat n’était pas extrêmement décevant, ils critiquaient rarement.
Le deuxième groupe qui écoutait des albums entiers, en revanche, était très différent.
Si les premiers étaient les fans, les seconds étaient les critiques.
Partout dans le monde, pas seulement en Corée, le rôle des critiques musicaux rétrécissait.
Pour eux, The First Day de Trois Mois, Cent Jours était un album bienvenu.
Dans un marché où les albums se réduisent, sortir un 14 pistes, bonus compris, était significatif.
Mais savoir s’il était simplement massif ou véritablement de haute qualité ne pouvait se décider qu’à l’écoute.
Les critiques écoutèrent et…
« C’est quoi ce délire ? »
Ils s’émerveillèrent.
Ou plutôt, restèrent bouche bée.
Tout le monde savait déjà que Han Sion était un compositeur de génie.
En fait, les critiques évaluaient son talent encore plus haut que le grand public.
Han Sion ne montrait aucun tic de signature (mannerisms) dans son écriture et se déplaçait sans couture entre les genres.
Et ce n’est pas tout.
Il composait à un rythme stupéfiant.
Au vu du nombre de chansons qu’il avait déversées après Coming Up Next, c’était remarquable.
Mais faire de bons morceaux et faire un bon album sont deux choses différentes.
Même au Billboard, beaucoup d’artistes cartonnent en single et se plantent en album.
Agencer des pistes avec une cohérence narrative, maintenir un flux — ce n’est pas facile.
Pourtant, Trois Mois, Cent Jours, et Han Sion, y sont parvenus à la perfection.
Un album magnifique.
« Il n’y a… rien à critiquer. »
Rien à chipoter.
Peut-être le seul petit bémol était que le message de l’album était un peu prévisible ?
Et peut-être qu’il contenait trop de genres ?
Comme le suggère le titre The First Day, cela représente les débuts de Trois Mois, Cent Jours.
Les pistes 1 à 4 dépeignaient leurs émotions en entrant dans un nouveau monde.
En particulier la piste 3, Freedom is not Free, enchaînant sur la 4, Resume, prolongeait magnifiquement le fil émotionnel.
Les pistes 5 à 7 mettaient en avant leur combativité.
Les amateurs de sons durs adoreraient cette section.
Survival Tactics (piste 5) présentait leurs stratégies de survie, menant aux pistes 6 et 7 pour compléter l’ensemble.
La piste 8, Pin Point — la chanson titre — représentait leur succès.
Les pistes 9 à 11 basculaient vers des genres easy-listening, reflet d’un bref repos après le succès.
Les pistes 12 et 13 revenaient au travail, refermant l’album.
Le K-pop Remix bonus de Colorful Struggle soulignait que leur métier principal restait la musique d’idols.
Le message était prévisible même avant la sortie.
C’était une petite déception.
Mais pas de quoi critiquer.
Parce que…
« C’est un album de début ! »
C’était l’album de début de Trois Mois, Cent Jours.
Les critiques étaient déconcertés.
Peu importe la manière dont ils l’écoutaient, ça ne sonnait pas comme un début.
On aurait dit un maître chevronné composant un hymne pour la K-pop moderne.
Les goûts varient, mais les plus grands albums coréens sont souvent considérés comme Because I Love You de Yoo Jae-ha et Deulgukhwa de Deulgukhwa.
L’aura de The First Day était similaire.
Comme le début d’une légende.
[The First Day de Trois Mois, Cent Jours : le sommet de la discographie idol K-pop]
…Un tel enchaînement de pistes pourrait facilement paraître dispersé.
Mais Trois Mois, Cent Jours, par leur maîtrise, transformait ce chaos en diversité élégante, atteignant une unité organique.
C’est l’apex de ce qui est possible dans une discographie d’idols.
Rappelle les débuts de Deulgukhwa et le deuxième album de N.E.X.T…
— Sérieux, Woo-jin hyung, tu compares un idol à Deulgukhwa et N.EX.T ? Décevant.
— Payé ?
— Impossible. Song Woo-jin ne transige jamais. Il a mis deux étoiles au 3e album de Drop Out et a souri même après s’être fait démonter par les fans Dreaming.
— Je pensais que Drop Out 3 était bien ?
— Non, juste la title. Le reste, c’était de la daube.
— Ce hyung ne cire les pompes de personne. Il a mis 5 étoiles ? Song Woo-jin ne met presque jamais 5 étoiles.
— Je vais écouter maintenant.
— Peu importe l’album, Han Sion n’a plus rien à prouver en single.
— C’est qui Han Sion ?
— Tu vivais où ?
— Pourquoi y a autant de co-auteurs, par contre ? C’est legit ?
— Impossible qu’il ait co-écrit avec Lucid Bean & co. C’est juste des samples.
Mais ceux-là étaient des critiques sans préjugés contre la musique d’idols, avec l’oreille fine.
« Ça reste un album d’idols, de toute façon. »
Il y avait des critiques qui écoutaient avec biais.
Les critiques modernes n’étaient pas forcément des experts reconnus écrivant pour des magazines ou des journaux.
Quelqu’un postant sur un blog perso pouvait se dire critique.
La diminution du nombre n’impliquait pas une hausse de qualité.
Ces gens-là se focalisaient sur les crédits de co-écriture de Trois Mois, Cent Jours.
En regardant les crédits de The First Day, de nombreux noms peu familiers apparaissaient.
Chris Edwards, Lucid Bean, Yankos Greenwood — tous des noms réputés listés.
Cela signifiait que Han Sion avait samplé leurs œuvres.
Le sampling n’était pas mauvais en soi.
Du moment que les autorisations étaient obtenues, c’est légalement ok.
Mais les mentionner comme co-auteurs impliquait généralement…
« Du full-sample ? »
Reprendre de larges parties des originaux sans réarrangement significatif.
Ils n’avaient probablement pas vraiment collaboré.
[The First Day : toujours coincé dans la formule idol, parasitaire dans son contexte musical]
…La qualité sonore est indéniablement élevée. Mais la séquence easy-listening de la seconde moitié sape le discours de l’album.
De plus, à l’examen des co-auteurs listés…
— Mais Woo-jin a mis 5 étoiles. Celui-ci en met 2,5 ??
— Il a probablement même pas écouté. C’est pas un album à 2,5.
— Tous les albums d’idols se ressemblent. Juste faits pour danser.
— 2,5 étoiles, c’est honnête, franchement.
— Impossible. Cet album est incroyablement bien fichu.
— Mais si c’est full-samplé, c’est décevant.
— Ouais, si c’est full-sample, je suis deg. Je pensais que Han Sion était un génie.
— Il a pas toujours samplé, de toute façon ?
À ce stade, les critiques de l’album de Trois Mois, Cent Jours étaient des « critiques rentables ».
Tout le pays avait entendu le nom Trois Mois, Cent Jours en boucle toute la semaine.
L’affaire des parents de Han Sion avait conduit aux émissions musicales, à The Masked Singer, et à Stage Number Zero.
Naturellement, les journalistes trouvaient amusant d’opposer des avis et en faisaient des papiers.
Les gens tapissaient les articles de commentaires, mais peu avaient réellement écouté l’album en entier.
— Pin Point est beaucoup trop fort.
— Ouais, le back sound est dingue. On dirait un BGM de jeu.
— Grave, ça a cette vibe.
— Regardez-moi ces gamins qui n’ont même pas fait leur service utiliser des bruitages d’armes mdr
— Ton seul flex, c’est l’armée ?
La plupart n’écoutaient que la title track.
Trois Mois, Cent Jours s’en sortait malgré tout mieux.
Les gens connaissaient déjà des non-titles comme Resume, Colorful Struggle et State Of Mind.
En 24 heures, Trois Mois, Cent Jours domina les charts.
— Bon, ça reste un groupe d’idols. All-kill des charts.
— Yep. Y a un petit débat sur les samples dans les critiques, cela dit.
— Mais la musique est bonne.
— La structure des charts est tellement cassée. Les plateformes de streaming doivent réformer.
— T’as seulement écouté ? C’est le feu.
— Arrête de faire semblant d’être un normie mdr
À terme, les systèmes de charts évolueraient, mais pour l’instant, la domination idol était la norme.
Mais les utilisateurs des communautés d’idols remarquèrent quelque chose.
« Là… »
« Ce n’est pas le fandom. »
Quand les fandoms streament massivement, les pistes rankent dans l’ordre.
Ils enchaînent l’album séquentiellement.
Si les chansons sont bonnes, les auditeurs grand public ajoutent leur poids, propulsant la title en tête.
Mais le chart actuel ressemblait à ceci :
1 — Summer Cream (new)(hot)
2 — Pin Point (new)(hot)
3 — Holiday (new)(hot)
4 — State Of Mind (hot)
L’ordre était mélangé.
Oubliez la critique ou le débat sur le sample — les morceaux eux-mêmes étaient des monstres.
Deux titres easy-listening classés 1er et 3e alors qu’ils sont enterrés en plein milieu d’album.
Puis, une critique étrangère devint virale et fut traduite en coréen.
Le critique était Donald Magus, que Han Sion avait rencontré pendant Seaside Heights.