Chapitre 145
Traductrice : Moonkissed
Je déteste ce foutu show-business.
Les industries qui vendent des performances contre de l’argent rongent l’âme de leurs membres et effacent leur personnalité.
Là où se trouvait l’âme, pousse le mercantilisme ; là où se trouvait le caractère, la « vendabilité » devient nécessaire.
Au début, les artistes se concentrent sur le côté business.
Combien ils ont gagné, combien ils vont gagner, combien ils pourraient gagner.
Mais lorsque le succès devient une routine, le business s’estompe et ils déplacent leur attention vers le show lui-même.
Ils réfléchissent à la quantité qu’ils doivent montrer pour rendre les gens heureux.
Ce n’est pas mauvais en soi.
Être capable de créer quelque chose qui apporte de la joie est un immense talent.
Le problème, c’est qu’à un moment, le standard de l’artiste cesse d’être le sien et devient le vôtre.
Suis-je vraiment en train de sourire ?
Ou est-ce que je souris parce que vous aimez ça ?
Au moment où cette confusion s’installe, le concept de soi se dissout, et l’esprit s’effondre.
J’ai vu d’innombrables chanteurs se tourner vers l’autodestruction pour surmonter cela.
De l’extérieur, ça paraît absurde : « Ils gagnent tant d’argent, pourquoi vivre comme ça ? »
Mais je comprends.
L’autodestruction est la manière la plus simple de prouver à soi-même qu’on existe encore.
Et moi, alors ?
À errer sans fin dans ces lignes temporelles fermées, où trouver la preuve de ma propre existence ?
Même si j’essaie des comportements autodestructeurs, je ne sens rien.
Des mains tremblantes d’alcoolisme ? Un reset, et c’est réglé.
Jeter des centaines de milliers de dollars par la fenêtre d’un hôtel ? Sans signification.
À un moment, j’ai même développé une schizophrénie au fil des régressions répétées.
Non, pas même la schizophrénie. Ce n’est pas une maladie si l’on n’a aucun sens objectif de la réalité.
Mais un jour, dans une salle de concert, une pensée m’est venue.
Même si tout cela est un délire schizophrénique, même si c’est une farce à la Truman Show—
La joie de ceux qui acclament ne peut pas être fausse.
Même si je disparais, même si cette ligne temporelle s’effondre, la joie qu’ils ont déjà ressentie en écoutant ma chanson ne s’évanouira pas.
Une réalisation simple, mais que je n’ai acceptée qu’après des dizaines de régressions.
À partir de ce moment-là, mon standard est devenu vous.
Dans ces lignes temporelles closes dépourvues de standard objectif, c’était mon seul réalisme.
Aujourd’hui, je veux ça à nouveau.
Ce n’est ni un stade, ni une salle de concert.
C’est juste une émission musicale créée purement pour le show-business.
Mais je veux quand même me sentir vivant.
Je veux faire hurler même ceux qui ne soutiennent pas Trois Mois, Cent Jours, jusqu’à s’oublier.
— D’accord. On a compris.
— Allons-y.
Les membres m’ont répondu d’un coup.
Ai-je dit quelque chose à voix haute ?
J’ai dû marmonner, perdu dans mes pensées.
À cet instant, le staff de l’émission fit signe, et nous montâmes sur scène.
Peu après—
L’intro de State Of Mind commença.
On entendit le crépitement des flammes, traversé par un long sifflement grave.
Les membres de Trois Mois, Cent Jours restaient immobiles en formation, sans que cela paraisse figé.
Puis.
[Focus……]
[State of mind !]
Avec la voix de Lee Ion lançant l’intro, une mélodie tranchante mais rugueuse se déversa.
Porté par la ligne mélodique, comme toujours, Koo Taehwan ouvrit le bal.
[Confus
En dedans
Choses dangereuses]
Autrefois, pendant Coming Up Next, Han Sion avait conseillé à Koo Taehwan d’essayer de chanter sur un rythme deux-quatre.
Parce que Taehwan n’exploitait pas pleinement son sens unique du rythme.
Mais maintenant, qu’il s’agisse du deux-quatre ou du un-trois, Taehwan maîtrise les deux.
Demandez ce qui fait une « bonne chanson », et vous obtiendrez mille réponses.
Demandez ce qui fait une hook song, et Han Sion répondra d’abord ceci :
Une intro qui te happe instantanément.
Un son qui te fait t’arrêter dans la rue.
Koo Taehwan avait ça.
Non, Trois Mois, Cent Jours avait ça.
[Voyage dangereux
Me voilà
à te regarder—]
Relayant Taehwan, Choi Jaesung prit le relais.
La chorégraphie suggérait un pas en avant.
Mais Jaesung cassa le tempo par deux et fit un pas en arrière.
Cela créa une illusion d’optique, façon moonwalk, mais il ne recula pas sans cesse.
Lee Ion et On Saemiro saisirent ses épaules et le poussèrent en avant.
[Parfois
Tu me regardes
Comme si tu ne pouvais pas comprendre
Je sais, je sais]
Tandis que les autres membres affinaient leurs points forts, Lee Ion s’était concentré à gommer ses faiblesses.
Il ne pouvait pas effacer la rudesse de son timbre.
Mais si Ion touchait pile la note, Han Sion pouvait transformer cette rudesse en charme.
Cette section en était l’exact exemple.
Dans la chorégraphie complexe, les voix de Saemiro et Ion se mêlaient si étroitement qu’on ne distinguait plus qui chantait quel mot.
« Parfois » — Saemiro.
« Tu me regardes » — Ion.
« Tu ne peux pas comprendre » — retour à Saemiro.
« peux pas » et « comme si » — Ion, encore.
Techniquement, ce n’était pas un simple « partage » de paroles.
Mélodiquement, ce n’était pas découpé par vers.
Han Sion avait écrit des mélodies que Saemiro pouvait porter seul, puis avait délibérément laissé des interstices pour qu’Ion vienne les combler.
Quand Ion plaçait exactement ses notes, cela ajoutait un grain déformé.
La ligne était nette quand Saemiro chantait seul.
Mais quand Ion entrait, elle gagnait une patine « sale », presque distordue.
Et personne ne rejetterait cette saleté-là.
— Wow, putain.
— Quoi ?
Les émissions musicales sont cruelles.
Les fans encouragent d’ordinaire leur groupe et ignorent les autres.
Mais l’harmonie créée par Saemiro et Ion était irrésistible.
Visuellement éblouissante, et hypnotique à l’oreille.
Ce léger déséquilibre captivait plus qu’une harmonie parfaite.
Puis Han Sion glissa vers l’avant et commença à chanter.
State Of Mind était distinctement de l’emo hip-hop.
Chose rare chez Han Sion, qui adore mélanger les genres, cette chanson restait dans un seul registre du début à la fin.
On associe souvent l’emo hip-hop au mumble ou cloud rap, mais ses racines sont dans le rock hardcore.
Plus précisément, il a évolué depuis le post-hardcore.
Ainsi, l’emo hip-hop mêle mélodies émotionnelles, variations rythmiques complexes, et structures chaotiques.
Et Han Sion en est le meilleur au monde.
[Avec mes deux pieds au sol
La sensation commence
Thème illusion
Une frontière distante
Fantasie et délusion]
Il est entré off-beat, a fait tomber la mélodie d’un demi-ton, puis l’a soudainement tirée vers l’avant.
Tout expert serait stupéfait de sa gestion du souffle.
La mélodie, d’abord off-beat, atterrit sur le temps, mais passa du timing caisse claire au timing charleston.
Est-ce sur le temps ou à côté ? Personne ne pouvait trancher.
Mais Han Sion ne s’obsède plus des technicalités.
Tant que ça sonne bien, ça suffit.
La mélodie « tirée » se posa naturellement contre le beat, traçant une ligne claire.
La partie la plus magique, ce fut…
— Frontière !
— Délusion !
Les fan-chants du public, pile sur le temps.
RÉALISME.
Preuve de vie.
Même ceux qui n’étaient pas venus pour Trois Mois, Cent Jours restaient bouche bée.
Je veux que le plaisir auditif se reflète dans ces yeux grands ouverts.
À cet instant, la chorégraphie explosa.
Découpage fin des temps, grands mouvements, les membres se croisaient à gauche et à droite, reliant des gestes de mains.
La séparation puis l’unisson produisaient une unité.
State Of Mind, au fond, parlait d’états mentaux.
Pas seulement le récit du clip.
Han Sion et Trois Mois, Cent Jours avaient longtemps erré dans la confusion.
Après Coming Up Next, ils avaient choisi le risque plutôt que la sécurité.
Ils avaient réussi, sans trouver de répit.
Des dangers planaient encore, des regards critiques observaient toujours.
Comme les paroles de Taehwan : confus.
Comme les lignes de Jaesung : un voyage dangereux ; comme les voix de Saemiro et Ion : incompris.
Han Sion se tenait sur une frontière entre illusion et délire.
Même les deux pieds au sol, il ne pouvait faire confiance à l’endroit où il se tenait.
Mais c’est pour ça—
[La- La
Focus on me
State of Mind]
Se concentrer sur l’état d’esprit.
Même si ce n’était plus le mien, mais le nôtre, ce n’était pas grave.
Parce qu’ils étaient unis en pensée.
Quelque part, des acclamations indignes d’un music show éclatèrent.
Même s’ils n’avaient pas une seconde pour se regarder pendant la performance, les membres savaient.
Ils savaient quelles expressions tous portaient.
Probablement—
Ils souriaient.
— Wow, bordel !
— Vous voyez ça ?
— Je croyais que le MV était incroyable, mais non mdr. C’est Trois Mois, Cent Jours qui est incroyable.
— L’avenir de la K-pop est lumineux.
— La prescience des TT est dingue. Franchement, je trouvais nul leur idée de pousser Trois Mois, Cent Jours vers le full idol — mais à ce niveau ? Wow.
— L’album est à seulement 13 000 wons. J’en prends un ?
— Bienvenue, monsieur !!!!
— Nos gamins n’ont pas l’air intéressés par l’argent ㅠㅠㅠㅠ Ils donnent trop de goodies, c’est génial mais je m’inquiète ㅠㅠㅠㅠ
— T’inquiète mdr. Avec un tel niveau, ils vont exploser. Vraiment impressionnant.
— Sérieux, qui a osé l’accuser d’utiliser l’argent de ses parents ? Après cette scène ? Les agences vont se bousculer.
— Exactement. Après cette perf, ces accusations paraissent totalement absurdes.
— C’est quand les fancams !?
— Hein ? Ils ont déjà la fancam la plus chère du monde sur leur site.
— Ah, celle-là ㅋㅋㅋㅋㅋㅋ
— Mdrrrrrrrr
— Quoi ? Je crois que je deviens fan. Dites-moi, je veux rire aussi.
— HipSion, tu gagnes. Je ravale ma fierté et j’achète l’album. Faut les soutenir pour qu’ils en refassent un.
— Moi aussi mdr. Mais on peut avoir un album full post-hardcore la prochaine fois ? Je paierais 50 000 wons pour un disque rempli de morceaux à la SOM.
— J’achète où ?
— Va juste sur la homepage.
— Pas besoin d’être dans le fanclub pour se connecter ?
— Non. La page de réservation d’album marche pour les invités ou les comptes temporaires.
— C’est quand la prochaine recrue du fanclub ?
L’affaire des parents de Han Sion avait été choquante et énorme.
Les insiders pensaient que les activités de Trois Mois, Cent Jours seraient freinées un moment.
Ils avaient tort.
[SBN Music Taste ‖ Trois Mois, Cent Jours — Colorful Struggle (Kpop Remix)]
[SBN Music Taste ‖ Trois Mois, Cent Jours — State Of Mind]
La musique et la performance étaient simplement trop bonnes.