Chapitre 13
Traductrice : Moonkissed
— Hahahaha !
Cette fois, c’est le PDG Choi Dae-ho qui éclata de rire.
Contrairement à Lee Chang-jun, ce n’était pas un rire totalement inconscient des caméras.
On voyait bien qu’il en avait conscience — le genre de rire qui prépare un compliment.
Mais ça ne voulait pas dire que c’était faux.
Parce que cette performance était vraiment audacieuse, et incroyable.
— Alors, qui commence pour les critiques ? Quelqu’un ?
— J’y vais.
Blue leva la main — même s’il n’avait toujours pas compris exactement ce que Han Sion avait fait.
Avec son niveau de compréhension musicale, il ne pouvait pas saisir tout le tableau. Il en avait une vague idée, certes, mais pouvait se tromper.
Faire semblant de savoir ce qu’on ne sait pas, c’est le meilleur moyen de se ridiculiser — ou de passer pour un poseur prétentieux.
Le mieux, c’était donc de réagir comme un spectateur. Aller avec l’émotion.
Blue se décida et se mit à couvrir Han Sion d’éloges.
C’était une performance satisfaisante.
Bien sûr, on pouvait chipoter.
Ça aurait sonné bien mieux avec un vrai groupe plutôt qu’un simple MR en fond.
Et même si le matériel audio était correct, l’EQ du micro était bien trop générique. Ajuster les médiums et les aigus à son timbre aurait fait une vraie différence.
De plus, le grand hall du centre de congrès était trop vaste pour un public si réduit. Sans traitement acoustique suffisant, les réverbérations étaient pénibles.
Pas au point de créer une latence perceptible — mais quand même pas idéal.
Mais dans l’ensemble ? Toujours satisfaisant.
Vu mon niveau vocal actuel et mon timbre pas encore totalement affiné, j’ai montré mon meilleur.
C’est peut-être de la superstition personnelle, mais si ma première scène d’une régression foire, toute la boucle finit souvent en crash.
Content d’avoir franchi ce premier obstacle proprement.
Je pensais à tout ça pendant que Blue poursuivait son flot de compliments.
En tendant l’oreille…
Oui. Ce gars n’a aucune idée de ce que j’ai fait.
Peut-être qu’il se méfie au cas où il se tromperait ?
Ou alors il laisse sciemment le technique au compositeur Lee Chang-jun ?
— Je mets 10 sur 10.
Je m’inclinai après avoir reçu la note parfaite de Blue.
— Merci.
Au tour de la coach vocale Yoo Seon-hwa.
Je la rencontrais pour la première fois, mais ses évaluations de mon timbre et de ma technique étaient pile.
Ça sentait la vraie pro.
— Je mets 10 aussi.
Puis le PDG Choi Dae-ho prit le micro.
Je pensais qu’il finirait, mais il passa troisième.
— Tu as fait ça exprès, n’est-ce pas ?
— Pardon ?
— J’attendais moi aussi — pendant tout le couplet — que le refrain tombe. Et puis je me suis rappelé… qu’on n’a droit qu’à un couplet. Alors…
Choi ajouta simplement :
— Je mourais d’envie d’en entendre plus.
Exactement.
Une star doit toujours laisser les gens curieux.
Ça ne veut pas dire se cacher comme un ermite avec un concept de mystère.
On peut montrer son côté terre-à-terre en émissions de variétés, autant qu’on veut.
Mais en musique ?
Il faut toujours laisser les gens se demander ce que tu feras ensuite, et comment tu le feras.
Je ne répondis pas par des mots — juste par un sourire.
Pas arrogant. Juste ce qu’il faut de fierté et de joie.
— Coming Up Next… le titre veut à peu près dire “et après ?”, hein ?
— Oui.
— Bon, c’est encore tôt… mais pour l’instant, le “next” le plus attendu, c’est toi, Han Sion. Bien joué.
Choi me mit 10 lui aussi.
— Ah, donc tous les commentaires musicaux retombent sur moi, maintenant ?
— Tu as ri le plus fort et tu te défiles ?
— D’accord, d’accord. J’ai ri.
Lee Chang-jun ricana encore et saisit le micro.
Sans attendre, il leva son carton “10”.
— Bon, la note, c’était évident. Parlons musique, maintenant.
— Oui, monsieur.
— Tu as arrangé toi-même, n’est-ce pas ?
— Oui.
— Tu as monté ça quand ?
Il y a deux heures, dans la salle de pratique.
J’ai entendu la chanson dans le taxi en venant. C’est un morceau que je chantais souvent enfant, et la nostalgie m’a frappé.
Puis, quand la mission “un couplet” a été annoncée, l’idée a cliqué.
Mais dire tout ça sonnerait fanfaron.
— J’ai eu une idée et j’ai travaillé longtemps dessus.
— Je veux bien te croire. Ce n’est pas le genre de chose qu’on fait du jour au lendemain. C’était une expérience très astucieuse.
Lee Chang-jun sourit chaleureusement et lança l’explication.
Les gens mouraient d’envie de savoir ce que j’avais fait.
— L’harmonie. Il a ajouté de l’harmonie.
— Ça ne sonnait pas comme de la simple harmonie, pourtant , dit Yoo Seon-hwa.
Lee acquiesça.
— Exact. Ce n’était pas l’harmonie classique. Normalement, quand on parle d’harmonie, on veut dire des voix superposées qui s’épousent bien.
Prenez les notes Do-Mi-Sol — c’est un accord de Do majeur.
Si la voix lead est sur Do et qu’on ajoute Mi et Sol, on obtient une harmonie agréable.
Évidemment, les chansons réelles sont plus complexes qu’une ligne monodique, mais l’idée de base est là.
— Mais ce que Han Sion a fait, c’est ajouter des tons avec sa voix qui ont changé l’atmosphère globale de la chanson.
Lee s’emballa.
— Imaginez ceci : et si vous jouiez un riff de guitare électrique par-dessus un MR de karaoké ? Ça mettrait de la vie, non ?
— Oui, à condition que ça colle.
— Eh bien, c’est ce qu’il a fait. Plutôt que simplement chanter, il a utilisé sa voix comme un instrument. Et ça demandait d’atteindre des hauteurs précises.
— Attendez… on peut faire ça ?
— Pas avec les morceaux modernes. Et même avec les anciens, ce n’est pas simple. Mais Under the Streetlight avait une structure qui le permettait.
Il avait raison.
Avec le temps, les progressions d’accords en musique se sont diversifiées, avec beaucoup de touches expérimentales.
Regardez les accords diminués ou augmentés — autrefois rares, ils passent désormais dans les mélodies principales.
Ce qui rendait cet arrangement possible, c’est que Under the Streetlight repose sur des accords très statiques.
Et j’ai le type de savoir-faire d’arrangeur qui permet de jouer avec ce genre de matériau.
— Et à moins d’être incroyablement doué, on ne peut pas réussir ça. C’est d’une difficulté folle de viser juste avec la voix — surtout par-dessus un MR.
Il n’avait pas tort. Je peux même reproduire des notes bémolisées avec précision, à la voix.
Ce n’était pas toujours le cas. Mais à force de pratique, j’ai appris.
Si je continue, je pourrai exprimer jusqu’aux micro-intervalles à mon prime.
— Disons que c’était une fusion entre théorie musicale et talent brut. Un réarrangement fait vocalement. Brillant.
Il ne semblait pas ignorer ce que j’avais fait en plus — il l’a juste laissé poliment de côté.
Il y avait d’autres ficelles.
J’ai utilisé des dissonances volontaires pour créer de la tension avant le PRÉ-HOOK, et joué avec le rythme via de légers bends.
J’ai même ajusté un peu les paroles pour coller au changement de gamme.
Par exemple en passant de « geogi-eseo » (là-bas) à « geogie » (cet endroit).
Mais si je déballais tout ça, les téléspectateurs n’allaient pas suivre.
Ce niveau d’explication était probablement parfait — facile à comprendre, et satisfaisant pour moi aussi.
Honnêtement, j’avais un passif avec Lee Chang-jun.
— Passif sonne plus dramatique que la réalité — c’est digéré depuis longtemps.
N’empêche, j’étais sincèrement ravi de son feedback aujourd’hui.
— Merci.
— …C’était quoi, ça ?
Le réalisateur principal (PD) de Coming Up Next, Kang Seok-woo, se tourna vers son assistant.
— J’en sais rien.
— Ce n’est pas que moi, hein ? Je ne suis pas le seul à ne rien capter ?
— Non.
— …Bon, peu importe, j’imagine.
Du point de vue d’un réalisateur, les critiques importent peu.
Ce qui compte, c’est qu’ils avaient trouvé le personnage principal de l’émission.
Mais plus important encore —
— Pourquoi on ne l’a pas laissé finir la chanson ?!
Voilà.
Sérieusement ?
Après une performance pareille, il fallait le laisser terminer après les retours !
Vous ne voulez pas savoir à quoi ressemble le refrain version Han Sion ?
Il mourait d’envie de l’entendre.
Ça va exploser.
Une fois l’épisode 1 diffusé, le protagoniste ne serait ni Lion Entertainment ni TakeScene.
Pas même Han Sion.
Ce serait la version de Under the Streetlight par Han Sion.
— Mais les autres candidats ne vont-ils pas se sentir lésés ?
Oui, sans doute.
On voyait les six prochains trembler sur leur chaise.
N’empêche…
— Et alors ? Ce n’est pas notre problème.
Tant que ça rapporte.
M-Show se fiche de la cuisine interne de Lion.
Certes, ils sont censés partager une partie des profits des deux prochaines années de TakeScene, mais…
Du point de vue de la chaîne, ce qui compte, c’est l’audience, la pub, et les streams.
Un candidat fond en larmes à cause de la performance de Han Sion ?
Parfait. Cette crise devient du temps d’antenne en plus pour Han Sion.
— Allez me sécuriser une date de sortie. Faites dégager les droits pour un remake.
— …Vous comptez sortir cette pré-mission en single ?
— Ce n’était pas prévu…
— Et alors ? Si une oie aux œufs d’or pond dans ton jardin, tu laisses les œufs ?
— On vit en appartement…
— HÉ !
— …Pardon.
— Je te dis que ça va aller en tendance #1.
— Les recherches tendance, ce n’est plus si puissant.
— Alors ça sera top tendance YouTube. Content ? Monsieur Ko ?
— Je ne suis pas Ko…
— Tu es insupportable, voilà ce que tu es.
Le PD Kang explosa sur l’assistant et cria encore :
— Appelle-les maintenant ! Bloque un studio ! La sortie ! Et négocie avec l’artiste original !
Tandis que l’assistant partait passer les coups de fil, le tournage fit une courte pause.
Les candidats restants étaient trop ébranlés pour enchaîner tout de suite.
Pendant la pause, Kang Seok-woo s’approcha de Han Sion et lui proposa d’aller en studio pour enregistrer une version groupe complet en vue d’une sortie.
Han Sion répondit simplement :
— J’y réfléchirai.
— Y réfléchir ? Pourquoi refuser une occasion pareille ?
— C’est juste… un peu tôt pour décider.
Riche régresseur, il savait déjà.
Face aux diffuseurs affamés d’audience, la pression marche toujours.
DROP OUT.
Un boy group de cinq membres, issu du top label coréen — Double M Entertainment.
Désormais dans leur 8e année, ils restaient les idols idolâtrés par les idols.
Mais DROP OUT avait un trait inhabituel.
Ils avaient floppé, une fois.
À cause de leur chanson de début.
Double M est peut-être aujourd’hui dans le Big 3, mais au moment des débuts de DROP OUT, l’équipe de composition était un désastre.
Leur premier single s’est planté. Le titre suivant, sur le premier album, a coulé aussi.
Vu le niveau, le charme et la présence scénique des membres, les morceaux devaient être vraiment mauvais.
Ils étaient au bord de la disband… jusqu’à ce qui les ait sauvés.
Un titre autoproduit.
Un clip bricolé à l’arrache dans leur dortoir avait explosé.
C’était presque cinématographique.
À partir de là, les title tracks de DROP OUT furent toujours autoproduites.
Ils acceptaient encore, à l’occasion, des morceaux fournis par la boîte en b-sides ou en singles, mais jamais en titre.
Sur un album complet et quatre mini-albums, des dizaines de compositeurs de haut niveau avaient tenté de pitcher des titres — la politique n’avait jamais bougé.
Jusqu’à maintenant.
Pour la première fois, ce principe inébranlable vacillait.
À cause d’un compositeur inconnu nommé « ZION » et d’une chanson intitulée « Selfish ».