Chapitre 124
Traductrice : Moonkissed
La vidéo commençait dans un espace entièrement blanc, au centre duquel reposait une guitare électrique d’un noir d’encre.
Alors que la caméra s’attardait sur la guitare, on entendait au loin un léger bruit blanc statique…
Clac, clac.
Le son rythmé de pas résonna de quelque part.
À cet instant, une main surgit et saisit la guitare, et, comme par magie, un câble noir relié à un ampli apparut.
Quand la caméra remonta de la main, Han Sion entra dans le champ.
Souriant, Han Sion commença à jouer de la guitare électrique.
C’était un solo magistral.
Du genre qu’on attribuerait au guitariste tête d’affiche d’un légendaire groupe de hard rock.
La caméra restait serrée, captant Han Sion qui se balançait avec passion en jouant.
En frottant brutalement le corps de la guitare, il heurta la caméra, qui se déporta, et Lee Ion apparut.
[As I look around me !] (Note : Les paroles sont en anglais dans la RAW alors je garde.)
La ligne d’ouverture jaillit, presque comme un cri.
Lourde de réverb, au moment où la phrase retentit, la guitare de Han Sion s’embrasa de nouveau.
Mais, fait intéressant, la puissance de la guitare diminua ; elle devint au contraire plus mélodique.
Comme si Lee Ion était la première guitare électrique et Han Sion la seconde, plus mélodique.
[Satan wanna put me in bowtie.]
D’ordinaire, Lee Ion s’efforçait de marier sa tessiture coupante et rugueuse avec une grande précision.
Mais cette fois, il ne cacha pas du tout sa rugosité.
En réponse, la guitare de Han Sion adoucit encore davantage son jeu.
Ce qui avait commencé comme une intro hard rock avait, en deux mesures à peine, glissé vers un rock contemporain.
Juste alors, Koo Taehwan surgit de nulle part dans l’espace blanc et se mit à chanter.
Tout l’espace vira à un orange vif et lumineux.
[What you gonna do?]
Depuis longtemps, Han Sion classait le talent de Trois Mois, Cent Jours en dessous de celui des autres équipes qu’il avait montées.
Constat froid mais juste, sachant que ses équipes précédentes gravissaient le Billboard et raflaient des Grammys comme on monte la colline du quartier.
Mais il y avait une exception : Koo Taehwan.
[I need all the love,]
Le timbre, la prononciation et la technique vocale peuvent se corriger.
À moins de naître avec un timbre — malchanceux comme Lee Ion, tout cela peut se travailler.
Mais le sens du rythme de Koo Taehwan, lui, était véritablement inné.
Même avec l’autotune ou un logiciel de timing, c’est impossible à reproduire.
Combien d’air on met dans chaque mot.
Combien de temps on retient son souffle entre les mesures.
Quand inspirer, et quand vider ses poumons.
Tous ces innombrables paramètres se mêlent instinctivement pour créer ce qu’on appelle le « rythme ».
[I mean all of us]
Sous la lumière orange éclatante, Koo Taehwan chanta exactement comme Han Sion avait toujours voulu le voir.
Sa voix possédait une élasticité si riche que ce qui sonnait d’abord comme du rock contemporain devenait à présent du R&B contemporain à base rock.
Au moment où Koo Taehwan inspira à la fin de sa courte partie, la caméra tourna, et le monde vira au violet.
Simultanément, Choi Jaesung se mit à danser avec enthousiasme sur la guitare électrique.
Le « breakdown » à l’origine du hip-hop vient de la batterie.
Le cœur humain se cale sur un rythme extérieur, et à mesure que la batterie accélère, le cœur suit, amenant le cerveau à interpréter cela comme de l’excitation.
C’est exactement là que la danse de Choi Jaesung se plaça.
Il démarra d’abord, puis la batterie, en retard, suivit — déstabilisante au début, mais finalement addictive.
Ce qui n’était qu’un puissant solo de guitare chez Han Sion prenait maintenant des allures de section samplée en boucle, tandis que le cri de guerre initial de Lee Ion devenait un chant mélodique.
Les échos rythmiques de Koo Taehwan flottaient dans la batterie, que Choi Jaesung embrassa pleinement.
Le message que cette scène voulait transmettre était simple :
Nous excellons individuellement.
Mais imaginez ce que nous pouvons faire en nous unissant.
L’écran se remplit de lumière bleue.
La couleur de Trois Mois, Cent Jours.
[As I look around me!]
Lee Ion cria de nouveau, mais cette fois sans agressivité.
Toujours tranchant, mais désormais fondu dans le beat.
Ce n’était pas une déclaration de guerre.
C’était simplement le signal que la chanson commençait vraiment.
Puis On Saemiro entra à une octave plus haute.
Colorful Struggle.
À l’origine, Han Sion avait écrit cette chanson, épuisé par le show-business.
Le public ne voyait que le clinquant, mais derrière se cachait une lutte constante.
Comme le disent les paroles, Satan veut l’affubler d’un nœud papillon (du genre qu’on porte aux funérailles), mais seul l’amour peut le sauver.
Alors il n’avait d’autre choix que de chanter.
[In front of a dirty mirror]
Seul le miroir taché connaît toute son histoire.
Mais chose étrange : bien que Han Sion ait chanté Colorful Struggle dans presque chaque régression, et l’ait confiée à d’autres quand il ne le pouvait pas, il ne l’avait encore jamais interprétée en équipe.
C’était sa première fois avec Trois Mois, Cent Jours.
[They found me]
Quand la vidéo prit fin, Paul, directeur de production chez Colors Media, referma enfin sa bouche béante.
Il se perdit dans ses pensées.
La première fois qu’il avait entendu le nom « 3 Months 100 Days », il avait été déconcerté.
Trois mois et cent jours ?
Même pour un nom de groupe, c’était bizarre.
Ça lui rappelait quand il avait découvert des noms comme Hollywood Undead, White Zombie ou System of a Down.
Mais après avoir entendu la chanson, ça collait curieusement.
Exactement comme quand il avait d’abord entendu « Cigarettes After Sex » et était resté pantois, avant de comprendre après écoute.
Pourtant, Paul ressentait encore un malaise étrange.
Pourquoi ?
Était-ce parce qu’ils étaient asiatiques ?
Absolument pas.
Paul n’était pas raciste ; il s’intéressait beaucoup au marché et aux artistes asiatiques.
La qualité de la vidéo laissait-elle à désirer ?
N’importe quoi.
Ce qui l’avait impressionné, c’était la perfection avec laquelle les interprètes exécutaient l’intention du producteur.
Techniquement parlant, la composition scénique était un peu chaotique.
Solo de guitare ?
Intro vocale rugueuse avec changements de genre ?
Soudain, une sensation R&B rythmée ?
Un dance break abrupt ?
S’ils sortaient une version audio officielle, l’intro guitare jusqu’au dance break serait probablement coupée.
La « vraie » chanson commencerait ensuite.
Et pourtant, Paul avait été totalement absorbé parce que les interprètes avaient incarné à la perfection la vision du producteur.
Le moindre faux pas aurait tout rendu brouillon, mais il n’y en avait pas.
C’était parfait.
La musique était-elle en défaut ?
— Putain.
Il s’injuria d’avoir seulement pensé cela.
Il analysa de nouveau son ressenti.
— Est-ce parce qu’ils sont trop nombreux ?
C’était un facteur.
Color Show met d’ordinaire en avant un seul artiste — deux au maximum.
Mais si une équipe peut se produire avec une telle cohésion, est-ce vraiment un problème ?
En bref, il ne savait pas ce qui le dérangeait.
Ne trouvant pas de réponse, Paul apporta la vidéo à un autre manager.
Évidemment, l’expliquer était difficile.
— Donc tu me dis que c’est un idol K-pop inconnu, génie, qui collabore avec des producteurs légendaires ?
— Je sais que ça sonne fou, mais regarde d’abord.
— Vous êtes sûr que ce n’est pas un faux ?
— Vrai ou pas, on en parle après.
Le manager réagit exactement comme Paul.
Après visionnage, encore pris dans l’ébahissement, il finit par parler.
— Wow, c’est qui ces types ? 3 Months 100 Days ?
— Des artistes K-pop.
— Mais les boys bands K-pop n’ont pas d’habitude ce feeling.
— Oublie ça pour l’instant. T’en as pensé quoi ?
— La chanson et la vidéo sont excellentes, mais j’ai ressenti… quelque chose de désagréable.
— Hein ? Pourquoi ?
— Ce format — c’est le style de Color Show. À part les changements de couleur fréquents, c’est exactement comme nos productions.
— Et alors ? Plein de vidéos de portfolio nous copient.
— C’est vrai… mais… hein ? Pourquoi ça m’a autant dérangé ?
— Tu vois ? Toi aussi tu le sens ?
— Vous aussi, Chef ?
— Exactement. C’est pour ça que je te l’ai montré.
Ironiquement, ce fut un stagiaire qui résolut leur mystère par accident.
Travaillant à côté, il aperçut la vidéo et lança :
— Waouh ! C’est incroyable !
— Quoi donc ?
— C’est l’équipe new media qui a repris, non ? Ça a l’air trop bien !
— Hein ?
— C’est pour quand ? Je pense que les gens vont péter un câble.
À cet instant, Paul et le manager comprirent ce qui les avait mis mal à l’aise.
La vidéo portfolio de 3 Months 100 Days…
avait l’air meilleure que tout ce qu’ils avaient produit chez Colors Media.
Pas en termes de pure captation ou de montage — il y avait des imperfections.
Mais la présence écrasante des performeurs effaçait toute gêne.
Avec du budget, les aspects techniques seraient faciles à rehausser.
La question la plus importante, c’était l’essence de la vidéo — son concept et son exécution.
Et sur ce terrain, elle dépassait leur contenu officiel.
Le manager prit la parole.
— Chef.
— Quoi ?
— Si on prend ce projet, peut-on faire mieux que ça ?
— …
— Au minimum, il faudrait surpasser cette vidéo portfolio…
Paul ne put pas répondre rapidement.
Mais cela le rendit d’autant plus déterminé.
— On le fera.
— On contacte l’artiste tout de suite ?
— Oui. Prends aussi un interprète, au cas où.
— Reçu.
— Je commence l’analyse avec l’équipe artistique.
Paul était en feu.
Ce qu’il ne réalisa pas, c’est qu’il venait très facilement de donner son feu vert à la venue de Trois Mois, Cent Jours.
Color Show n’avait encore jamais accueilli d’artiste K-pop, ni un groupe entier.
La raison était simple.
Han Sion avait volontairement appuyé sur le bouton panique de Color Show — en produisant quelque chose qui paraissait meilleur que leur propre contenu.