Chapitre 123
Traductrice : Moonkissed
Le kit du fan-club de Trois Mois, Cent Jours a provoqué une énorme sensation.
Et pas seulement dans le milieu idol.
Même les gens — lambda étaient curieux.
Logiquement, ça n’avait aucun sens.
Il y a quelques jours à peine, on avait appris que Trois Mois, Cent Jours n’avait pas d’agence et qu’ils se débrouillaient en label indépendant.
Les gens s’amusaient du twist selon lequel Trois Mois, Cent Jours n’était pas un groupe d’idols mais plutôt un groupe indie, au point de leur coller le surnom un peu étrange d’« indie-dols ».
— MDR même leur nom ne sonnait pas idol dès le départ.
— Le nom était du foreshadowing depuis toujours~
— Mais sérieusement, ils sont vraiment bons. J’ai écouté Seoul Town Funk en boucle. S’ils font un concert à Hongdae, j’y vais direct.
— Grave ! Pas besoin d’une billetterie de dôme de folie. Et ce sera pas cher.
— Je parie qu’ils peuvent remplir au moins 1 000 places.
— Ce genre de trajectoire n’est peut-être pas si mal ?
Au lancement du recrutement du fan-club, la réaction du public se résumait à « on dirait qu’ils ont besoin d’argent. »
Le milieu idol, lui, était bien plus froid.
Alors quand le kit du fan-club de Trois Mois, Cent Jours a été dévoilé, tout le monde a été inondé de points d’interrogation.
— Comment c’est seulement possible ?
— Trois Mois, Cent Jours n’a même pas un énorme tirage, donc le coût unitaire doit être élevé, non ?
Il est courant que les petits groupes perdent de l’argent à vouloir produire un kit digne de ce nom.
Mais le kit de Trois Mois, Cent Jours jouait dans une autre ligue.
Du coffret au design en passant par les matériaux des articles — rien n’était en défaut.
Même la qualité des figurines était élevée, et le paiement comme la livraison étaient d’une rapidité fulgurante.
Sachant qu’ils n’avaient pas d’agence, c’était inexplicable.
En voyant ça, ceux qui s’étaient moqués du recrutement du fan-club de Trois Mois, Cent Jours ont vite changé de ton.
— MDR leurs parents doivent être blindés. La belle vie.
— Première fois que je vois un “idol brise-dos” (spine-breaker idol) MDR
— Maintenant on comprend pourquoi ils étaient si culottés. Ils avaient quelque chose derrière.
— Je suis le seul à penser que ça ruine la culture idol ?
— Ça va forcément mettre la pression sur les autres groupes. Irresponsable.
Mais ça ne servait à rien.
— Hein ? Ils disent que les membres ont financé le kit eux-mêmes ?
— Regardez, on a cette fonctionnalité sur notre site. Stylé, non ? MDR
— (Photo)
— (Lien) Et voilà un lien de streaming MDR
— Ça répond à votre question ?
Le site officiel de Trois Mois, Cent Jours comportait de nombreuses fonctionnalités, dont une section « Ask to Three Months and One Hundred Days. »
D’après la description, n’importe quel membre du fan-club pouvait y soumettre une question.
Mais toutes les questions n’allaient pas jusqu’à Trois Mois, Cent Jours.
Les membres pouvaient voir celles des autres et voter pour ou contre.
Les questions fortement plébiscitées recevaient la mention « best » et étaient envoyées à Trois Mois, Cent Jours.
Celles trop downvotées étaient retirées.
Quelqu’un avait demandé des précisions sur le processus de fabrication du kit.
Les questions portant sur la source de financement étaient massivement downvotées et disparaissaient, mais interroger le processus en lui-même était autorisé.
Les membres de Trois Mois, Cent Jours ont rassemblé ces questions et tenu un live Q&A.
Ils ont parlé de qui avait choisi quels articles, des propositions de design, ont confirmé que la couleur officielle était le bleu profond, etc.
Et, naturellement, le sujet des coûts de production est venu.
— Les coûts de production viennent des royalties que nous avons gagnées avec les chansons sorties pendant Coming Up Next.
— On a vraiment vidé nos poches !
— Jaesung… t’étais pas obligé de le dire comme ça.
— Ah, oui.
— Techniquement, la plupart appartiennent à Sion, mais une fois qu’on aura fait les règlements, on partagera équitablement.
— Ion hyung, “règlement”, c’est pas un mot bizarre dans ce contexte ?
— Ah, c’est vrai. On appelle ça comment alors ?
— Hmm… partage des revenus ?
Lee Ion a essayé de jouer les aînés sages tout au long du Q&A, mais comme c’était en direct, l’information s’est inévitablement répandue.
— MDR un groupe qui n’a même pas débuté en music shows mais qui a déjà un solide revenu de royalties ?
— Vu que Sion détient la majorité, je parie qu’il a mis tout l’argent de Under the Streetlight et Falling Flower là-dedans.
— Honnêtement, même les deux chansons qu’il a données à Drop Out et NOP ont dû suffire.
— Ah oui, celles-là aussi.
— Regardez à quel point Sion tient à l’équipe. Il serait dans son droit de garder ça pour lui !
En vérité, l’explication de Trois Mois, Cent Jours était une demi-vérité, soigneusement mise en scène.
Il était vrai qu’ils avaient utilisé leurs revenus de royalties pour financer le kit.
Des morceaux comme Seoul Town Funk et Resume avaient très bien marché.
Mais cela ne couvrait que la production.
Si l’on considère le coût du dortoir, des salles de répétition, du développement du site et de l’app, du personnel de gestion du site et du fan-club, de l’entreposage, de l’expédition, de la logistique, des costumes et du maquillage…
Faire tourner une équipe coûte bien plus.
Une énorme part avait été couverte par la fortune personnelle de Han Sion.
Ils ont toutefois cadré la communication ainsi pour soigner leur image.
Être vus comme des « idols quémandeurs » n’est pas bon, mais des « idols fils à papa » non plus.
La détermination touche davantage les fans.
Mais ils n’avaient pas menti.
Les « coûts » de production avaient bien été entièrement financés par eux.
C’était donc une vérité mise en scène.
Même si le fandom ignorait tout cela, il s’en trouva enhardi.
Leur argumentation était blindée.
Le fandom était petit, donc il n’attaquait pas en premier, mais s’il était pris pour cible, il pouvait riposter très fort.
— Ce n’est pas parce que vos idols ne le font pas que les nôtres n’en sont pas capables.
— Peut-être qu’un rookie sans royalties n’y arriverait pas… Oh, je vais m’arrêter là !
— Pourquoi prendre soin des fans serait-il vu comme un sabotage culturel ?
Résultat : les inscriptions au fan-club ont explosé.
Les indécis ont rejoint, et même beaucoup de « jamais de la vie » ont changé d’avis.
Certains qui juraient qu’ils ne s’inscriraient jamais ont fini par s’inscrire.
— Je n’aimais pas Trois Mois, Cent Jours à cause de Han Sion, mais je les vois différemment maintenant.
— Ouais, le gamin est un peu impertinent, mais il a l’air de vraiment respecter ses fans.
— Même si je trouvais leur musique bonne, je n’avais pas envie de devenir fan… mais là, ça m’a touchée.
— Beaucoup de gens revendent les goodies offerts pour se faire de l’argent, mais eux ont l’air réglo. Je ne vais pas fangirler, mais je les soutiendrai.
Les gens se sont laissés happer par le récit d’un groupe sans compagnie qui met son propre argent dans le kit.
À ce stade, la vision de l’industrie du divertissement sur Trois Mois, Cent Jours a commencé à changer.
Le show-business, c’est émouvoir pour gagner de l’argent.
Au premier regard, on pourrait croire que les décideurs agissent à l’instinct et à l’intuition.
Mais en réalité, c’est l’inverse.
Un drama « chef-d’œuvre à 3 % d’audience » vaut moins qu’un soi-disant « navet à 13 % ».
Même si les gens critiquent la qualité des produits dérivés, s’ils se vendent, c’est un succès.
Puisque l’instinct et le « ressenti » ne se quantifient pas, tout le monde s’accroche aux chiffres.
Ainsi, l’industrie se souciait peu du kit, de la qualité du merch ou des revenus de streaming de Trois Mois, Cent Jours.
Elle s’intéressait à une chose : le nombre d’adhérents au fan-club.
Qui augmentait à un rythme alarmant.
— On essaie de les booker en invités ?
— Le PDG Choi Dae-ho ne va pas péter un câble ?
— Ouais, vrai. Ce type garde rancune à vie.
— Laissons quelqu’un d’autre essuyer les plâtres, et on suivra.
— Être les premiers à les inviter aurait peut-être du sens ?
— Ou on risque d’être blacklistés à vie par Lion Entertainment.
— Ouais, flippant.
Personne n’était prêt à faire le premier pas.
On attendait, en espérant que quelqu’un d’autre brise la glace.
Personne ne voulait devenir la première taupe que Choi Dae-ho allait asséner.
— Contentez-vous d’observer pour l’instant.
C’était la limite que chacun osait franchir.
Mais ailleurs, la compétition pour Trois Mois, Cent Jours avait déjà commencé — les festivals universitaires.
Même si la plupart ont lieu en mai, il y en a beaucoup en septembre et octobre.
Trois Mois, Cent Jours était l’invité parfait pour les bureaux des étudiants qui organisaient ces événements.
D’abord, ils n’étaient pas chers.
Les cachets explosent en saison de festivals, mais celui de Trois Mois, Cent Jours restait raisonnable.
Certaines écoles, choquées par le tarif bas, les avaient bookés sur-le-champ.
Ensuite, ils étaient célèbres.
On ne savait pas combien de temps ça durerait, mais leur buzz actuel grandissait en même temps que la bonne opinion du public.
Enfin, ils avaient de nombreux hits.
Un set de festival universitaire dure généralement 15 à 30 minutes, mais Trois Mois, Cent Jours pouvait remplir tout le segment avec des tubes.
Il n’y avait aucune raison de ne pas les inviter.
Certaines universités les avaient même ajoutés à des line-ups déjà finalisés.
Les gens de l’industrie voyaient Trois Mois, Cent Jours comme une mèche allumée.
Dans le bon sens, cela voulait dire qu’une explosion arrivait.
Dans le mauvais, si on coupait la mèche, il ne se passerait rien.
Pour l’instant, Trois Mois, Cent Jours avait allumé la mèche.
Mais beaucoup de forces extérieures voulaient l’éteindre, voire la trancher.
Et de nombreuses tentations guetteraient Trois Mois, Cent Jours en tant que groupe indépendant.
Si ne serait-ce qu’un membre se laissait débaucher pour former une nouvelle équipe, lancer un boys band à faible risque d’échec deviendrait possible.
Trois Mois, Cent Jours pourrait-il maintenir sa flamme ?
C’était la grande question de l’industrie.
Ce que l’on ignorait, c’est que—
Han Sion n’avait pas allumé qu’une seule flamme.
Colors Media, la société qui produit Color Show.
Le directeur de production Paul avait reçu un e-mail ahurissant ce matin.
Non « pas ahurissant ». In-cro-ya-ble.
En résumé :
L’équipe d’un documentaire d’HBO avait découvert un musicien.
Il connaissait personnellement Chris Edwards et préparait des compositions conjointes avec les légendes ayant participé au documentaire — un génie inconnu.
Mais ce génie était un artiste de boys band K-pop coréen.
Ci-joint : le portfolio vidéo du boys band, que nous recommandons de considérer pour Color Show.
Paul a cligné des yeux, incrédule.
— Comment ça pourrait ne pas être du grand n’importe quoi ?
Même en relisant lentement, ça n’avait aucun sens.
Un génie inconnu travaillant sur des compositions avec des légendes mondiales — et c’est un idol K-pop ?
S’il est inconnu, comment s’est-il retrouvé avec ces légendes ?
La logique était si bancale que Paul ne savait même pas par où commencer.
Plus que tout, c’était juste invraisemblable.
En soupirant, Paul secoua la tête et cliqua sur Lecture.
Avec l’intention de passer un savon à son équipe ensuite.
Mais—
— … !
Han Sion venait d’appuyer sur le « bouton panique » de Color Show.