Chapitre 122
Traductrice : Moonkissed
L’un des préjugés courants, c’est que les musiciens classiques méprisent la musique populaire.
Bien sûr, il y a des gens comme ça. Ils se considèrent comme des connaisseurs d’une culture musicale raffinée et traitent la pop comme de la malbouffe bon marché.
Mais ils sont encore plus nombreux à simplement apprécier la musique populaire pour le plaisir.
Il y a même eu un musicien classique qui, à la question « Qui est ta prima donna ? », a répondu : « Madonna ».
C’était une blague pleine d’esprit, mais tout de même : quelqu’un qui pense que la pop est inférieure n’aurait pas pu répondre ça.
De la même façon, beaucoup de musiciens classiques en Corée appréciaient la musique populaire.
Surtout parmi les étudiants en musique classique, nombreux étaient ceux qui aimaient les idols de K-pop.
Parce qu’avant d’être des étudiants en classique, c’étaient des jeunes enthousiastes devant des stars.
Cela ne signifiait pas qu’ils louaient la perfection musicale des idols qu’ils soutenaient.
Honnêtement, il y avait souvent des zones perfectibles.
Mais ce n’était pas important.
Ils n’encourageaient pas des musiciens déjà aboutis, mais des personnes qui travaillaient désespérément dur.
Et puis… Trois Mois, Cent Jours est apparu.
Au début, personne ne prêtait attention à ce groupe au nom ambigu.
Mais à mesure que Coming Up Next gagnait lentement en popularité, et que les chansons sorties là-bas commençaient à entrer dans les classements, les choses ont changé.
— C’est quoi, ce rythme du thème principal ?
— Je n’ai jamais vu un contrepoint pareil en pop.
— C’est qui, le guitariste ?
— Ce n’est pas une forme sonate, ça ?
Une musique qui surprenait même les étudiants en classique ne cessait de sortir.
Bien sûr, la musique de Trois Mois, Cent Jours n’était ni difficile ni ésotérique.
Il y avait plein de boucles typiques, et les mélodies visaient clairement l’écoute facile.
N’empêche que les subtilités techniques incrustées dans les morceaux étaient impressionnantes.
Mais le plus stupéfiant, c’est que le public adorait.
Étudier la théorie ne signifie pas forcément savoir écrire de la bonne pop.
Il existe quantité de compositeurs stars sans formation formelle, qui s’appuient uniquement sur leur talent naturel.
En ce sens, la musique de Trois Mois, Cent Jours était fascinante.
Elle exsudait une sophistication sans ostentation, tout en captivant les foules.
Ainsi, les étudiants en musique ne croyaient pas que Han Sion avait appris la musique tout seul.
Ce n’était pas quelque chose qu’on peut apprendre en autodidacte.
Il avait forcément étudié officiellement, mais choisissait de ne pas le révéler pour une raison ou une autre.
Et en fait, ils avaient raison.
Han Sion avait déjà essayé la musique classique.
Herbert von Karajan a vendu plus de 200 millions de disques, et Luciano Pavarotti, le prince du contre-ut, en a vendu plus de 100 millions en tant que ténor.
Mais ce monde-là est vraiment réservé aux génies.
Même un régresseur ne pouvait pas le dominer.
Et dans le milieu classique, où la relation maître-élève est cruciale, il était quasiment impossible pour un aspirant de vingt ans d’entrer dans le circuit principal.
Après seulement trois régressions à essayer, Han Sion a abandonné.
Mais durant ce temps, il avait énormément progressé musicalement.
Bien sûr, dans la chronologie actuelle, cela n’était pas arrivé, et ce n’était pas très important.
Quoi qu’il en soit, ce qui comptait, c’était que la musique soit bonne.
À présent, Han Sion était surnommé « l’idole des étudiants en musique » parmi les filières classiques.
Beaucoup ont vécu leur première expérience de fan grâce à Han Sion, et même ceux qui avaient d’autres favoris avaient toujours Han Sion comme second préféré.
C’était pareil chez les musiciens hommes.
Écouter les chansons de Trois Mois, Cent Jours donnait l’impression d’apprendre comment appliquer des techniques classiques d’une façon qui plaise au grand public.
Il n’y avait aucune raison de ne pas aimer.
Park Sang-woo, étudiant en violon dans une grande école de musique, ressentait la même chose.
Il aimait sans aucun doute la musique de Han Sion.
Ses sentiments envers le groupe Trois Mois, Cent Jours s’apparentaient à de l’affection.
Mais il n’avait jamais, de sa vie, envisagé de rejoindre le fan-club d’un boys band…
Et pourtant, il s’y retrouva inscrit.
Ce « pourtant » venait, tout naturellement, de sa volonté de pouvoir discuter avec sa crush, une camarade d’études.
— Hm.
Ainsi, quand Park Sang-woo vit le colis arriver au dortoir, son expression fut mitigée.
On aurait dit que le kit du fan-club était arrivé.
Il devait l’ouvrir et le cacher vite, avant que son coloc ne le voie se comporter comme un taré.
Après ça, il enverrait un message à sa crush en feignant l’excitation.
— Qu’est-ce que je suis en train de faire…
Marmonnant, Park Sang-woo saisit un cutter et l’enfonça dans le gros paquet.
Les fans hardcore en tomberaient dans les pommes en voyant ça.
Il ignorait ce qu’il pouvait y avoir dedans, et pourtant il découpait la boîte à l’aveugle !
Sans trop réfléchir, Park Sang-woo démantela et déchira le carton.
Et à l’intérieur…
— Hein ?
Il y avait une boîte bleu nuit, au design extrêmement élaboré.
À l’extérieur, c’était écrit TIME LOCK.
On aurait dit une capsule temporelle — du genre qu’on enterre pour l’ouvrir des années plus tard.
— Pourquoi une capsule temporelle ?
Peu familier avec le lore de Trois Mois, Cent Jours, Park Sang-woo caressa distraitement la boîte.
Le matériau semblait robuste et luxueux.
Ça pourrait même servir à ranger des chaussettes et des sous-vêtements ?
Mais en y regardant de plus près, la boîte s’ouvrait en tournant une molette sur le côté droit.
Il y avait même un mécanisme à ressort ; en la tournant, elle s’ouvrait automatiquement.
— Hmm…
En la voyant, il se dit qu’elle était trop belle pour de simples chaussettes.
Elle convenait mieux à des choses significatives, comme un journal ou des photos.
S’il sortait un jour avec sa crush, ce serait sympa d’y conserver leurs lettres.
À ces pensées, Park Sang-woo commença à inspecter le contenu de la boîte qui s’ouvrait toute seule.
Même s’il n’avait aucune idée préalable de ce qu’un kit de fan-club contenait, il voyait bien qu’il y en avait beaucoup.
Sa crush avait été peinée par des réactions en ligne négatives disant que les produits dérivés de Trois Mois, Cent Jours étaient décevants.
— Est-ce que ça pourrait quand même être considéré comme insuffisant ?
Peut-être.
Il n’avait aucune idée de la composition habituelle des kits d’autres groupes.
Bref, puisqu’il y avait tellement de choses, il commença par les plus petites et faciles.
Un porte-clés haut de gamme, un porte-cartes et des autocollants, tous d’un bleu profond.
La même couleur que la boîte — peut-être que l’un des membres aimait vraiment le bleu nuit.
Après avoir jeté un œil aux stickers, il déballa le photobook épais.
La conception rigide du photobook était plutôt luxueuse.
S’il sortait avec sa crush, ce serait bien d’y coller leurs photos.
Les clichés de Trois Mois, Cent Jours à l’intérieur ne lui firent pas grande impression.
Sauf que Lee Ion était incroyablement beau.
Mais personnellement, Park Sang-woo préférait Koo Taehwan ou Han Sion à l’écrasante beauté de Lee Ion.
Koo Taehwan avait l’air de l’as cool d’un manga de sport, et Han Sion du leader d’un groupe scolaire.
— Qu’est-ce que ça ferait, de ressembler à ça ?
Ensuite, Park Sang-woo ouvrit un petit étui en cuir brun, à peu près de la taille de sa paume.
C’étaient des photocards.
Il en avait assez entendu de ses amis geeks pour savoir ce que sont les photocards.
On en obtient aléatoirement en achetant des albums ou des produits, et les fans achètent ou échangent pour collectionner leurs membres préférés.
Il avait même entendu dire que, pour les groupes d’idols célèbres, les écarts de prix entre les membres populaires et impopulaires étaient énormes.
À y repenser, lors de l’adhésion au fan-club de Trois Mois, Cent Jours, il y avait une option pour choisir les photocards des membres voulus.
Au début, il avait essayé de prendre trois cartes Han Sion, mais ce n’était pas permis, alors il avait choisi Han Sion, Koo Taehwan et Lee Ion.
Han Sion et Koo Taehwan étaient ses préférés, et Lee Ion était le préféré de sa crush.
Ça lui plairait s’il lui offrait la carte, non ?
En vérifiant les cartes dans l’étui, il y en avait six au lieu de trois.
En y regardant de près, il y en avait deux par membre : un portrait serré, une en pied.
Mais il y avait d’étranges chiffres en haut à gauche.
Han Sion : 1997.
Koo Taehwan : 2007.
Lee Eon : ????.
Ça ressemblait à une année-concept.
Han Sion portait des vêtements qui semblaient dater de 1997, et Koo Taehwan portait des skinny jeans populaires à l’époque.
Même leurs styles de maquillage correspondaient subtilement à l’époque — un détail auquel Park Sang-woo n’aurait pas pensé.
Mais Lee Ion était différent.
Il portait un maillot de basket surdimensionné, sans doute XXL, avec rien en dessous.
— Beurk.
Ses instincts masculins réagirent avec dégoût, mais en pensant à sa crush qui adorerait, il regarda de plus près et constata qu’il avait une très bonne carrure.
Si ce n’était pas du photoshop, il s’entraînait plus que ne le laissait croire son apparence.
Park Sang-woo continua d’examiner les autres articles.
Il y avait des figurines Trois Mois, Cent Jours, un tumbler bleu nuit et un mini humidificateur.
— Est-ce que c’est normal d’en donner autant ?
Même si la production de masse réduit les coûts, ça semblait valoir bien plus que 40 000 wons.
Il vérifia deux fois, mais oui — seuls 40 000 wons avaient été facturés.
Il pencha la tête un instant, puis l’accepta simplement.
Ils n’allaient pas faire ça à perte.
Il devait y avoir des moyens de rentrer dans leurs frais.
Mais malgré tout, ça faisait plaisir.
Il chercha pourquoi, et réalisa qu’il était étonnamment amusant de tout déballer.
À part le photobook, tout le reste était emballé de façon opaque, donc chaque ouverture réservait une surprise.
Et la qualité était réellement utilisable au quotidien.
— Aïe.
Il remarqua des rayures sur la boîte du kit, causées par son cutter.
En l’inspectant, quelque chose qu’il n’avait pas vu auparavant attira son regard.
À l’entrée de la boîte à ouverture automatique, il restait encore une enveloppe bleu nuit.
Elle ressemblait à s’y méprendre à une invitation de mariage.
À l’intérieur se trouvaient une carte de membre et une lettre manuscrite plastifiée.
Au dos de la lettre, un code QR.
La lettre en elle-même ne l’intéressait pas, mais en scannant le QR, il tomba sur une page d’inscription qui semblait être le site officiel du fan-club.
— Waouh.
Le site avait aussi fière allure.
On voyait clairement que beaucoup d’argent y avait été investi.
Il hésitait à s’inscrire quand son téléphone vibra.
— … !
C’était un message de sa crush.
Bondissant avec révérence, Park Sang-woo consulta le texto.
[Hey hey hey hey hey, ton kit est arrivé ?]
[Tu l’as ouvert ??]
[Quelles photos il y a dedans ??]
Des photos ?
Il envoya une image du photobook, mais elle répondit en demandant à voir les photocards.
— Elles sont toutes différentes ?
Sans trop réfléchir, Park Sang-woo prit en photo les six cartes et les envoya.
Peu après, un appel entra.
Son cœur chuta, et après une grande inspiration, il répondit.
Et c’est là que Park Sang-woo comprit à quel point il était chanceux.
Il s’avéra que les années des photocards étaient tirées au hasard avec des probabilités différentes.
90 % de chances pour 2017.
9 % de chances pour 2007.
1 % de chance pour 1997.
Et 0,1 % de chance pour un special cut.
Autrement dit, Park Sang-woo avait tiré une carte à 9 %, une à 1 % et une à 0,1 %.
La carte de Lee Eon, marquée ????, était le special cut.
Par curiosité, il calcula la probabilité combinée — un stupéfiant 0,00009 %.
Encore plus rare que de décrocher l’objet le plus rare dans ses jeux en ligne.
Park Sang-woo accepta de donner les six photocards à sa crush en échange de poulet et de bière.
— Merci merci merci ! Je t’achèterai du poulet et de la bière dix fois ! Non — à chaque fois que tu demanderas ! Et je te jure que je ne les revendrai jamais ! Promis !
Sa voix sonnait presque en larmes.
Non, elle pleurait.
Après avoir raccroché, la curiosité piqua Park Sang-woo et il chercha en ligne.
Puisqu’elle avait promis de ne pas vendre, c’est qu’il y avait de la demande — combien ça valait ?
Au moment où il tapa « Trois Mois, Cent Jours fan club kit », une quantité écrasante de résultats apparut.
C’était même numéro un des tendances en recherches en temps réel — le monde entier en parlait.
— Qu’est-ce que… ?
Il était perplexe.
La dernière fois qu’il avait vu quelque chose en ligne sur Trois Mois, Cent Jours, c’étaient censés être des idols pauvres qui ne pouvaient même pas entrer dans des agences de milieu de tableau.