Chapitre 117
Traductrice : Moonkissed
— Désolé, mais ça ne m’intéresse pas.
« Quoi ? Pourquoi ? »
— Ce n’est pas le moment pour des activités solo.
Eddie m’avait apporté une belle opportunité, mais A COLORS SHOW n’était pas le genre de contenu sur lequel je devais apparaître seul.
Je savais que c’était une excellente plateforme.
Ce n’était pas un contenu « one shot » destiné à devenir viral puis à s’éteindre ; c’était un format avec de la longueur.
J’avais déjà vu des vidéos vieilles d’un ou deux ans exploser subitement et gagner en popularité.
Mais pour moi, maintenant, ça n’avait pas d’intérêt particulier.
Je n’avais plus besoin de mettre en avant « Han Sion » individuellement.
Jusqu’ici, je n’avais pas eu d’autre choix que de parer les attaques de Choi Dae-ho, mais c’est fini.
Ce n’est pas le Resume de Han Sion qui a dominé le classement hebdomadaire — c’est le Resume de Trois Mois, Cent Jours.
C’est le moment de construire le fandom et d’ancrer Trois Mois, Cent Jours dans la conscience du public.
Consommer davantage de « moi » serait contre-productif.
Le moment viendra peut-être où je devrai me remettre au premier plan une dernière fois — probablement quand on sortira notre EP.
Ce sera la dernière.
Donc je n’avais aucune raison d’apparaître seul dans Colors Show juste pour me faire un nom sur la scène occidentale.
Si je veux la réussite Billboard, il y a des voies bien meilleures.
« Mais… »
— Je serais intéressé si c’était pour le groupe.
« Three Months and One Hundred Days ? »
— Oui.
Recevoir des louanges à l’étranger fonctionne toujours comme un contenu puissant en Corée.
Et pas seulement en Corée, d’ailleurs.
Ça marche tout aussi bien aux États-Unis.
Eddie semblait réticent.
— Je doute que COLORS accepte. Les groupes, ça colle pas trop à leur style.
« C’est vrai. Même quand ils invitent des bands, ils utilisent rarement beaucoup d’harmonies, non ? »
— Tu connais bien.
Oui, je connais Colors Show très bien.
Encore mieux qu’Eddie ne le pense.
Ils ont un certain déclencheur.
— Alors, que penses-tu de ça ? On tourne une vidéo nous-mêmes et on leur envoie. Que l’équipe regarde.
« Tu veux passer par une pré-audition ? »
— Exactement.
« Confiant ? »
— Toujours.
« Très bien, fais comme tu veux. Moi, perso, je voulais te voir performer. »
— Il y aura d’autres occasions. Merci.
« C’est maintenant que tu dis ça ? »
Il a grogné, mais Eddie est un type bien.
On a continué à discuter un peu.
« Au fait. Alex a retrouvé tous les musiciens de session des Players. »
— Ah oui ?
« Ouais. C’était quoi déjà le nom du guitariste ? »
— Dave Logan.
« Voilà. J’ai entendu dire qu’il a des tremblements ? »
Exact.
À cette époque, il devait lutter contre des tremblements dus à l’alcool.
Plus tard, il essaierait de régler ça avec du cannabis et finirait dans un centre de désintox à Chicago.
— Mais son feel est bon.
« Je sais pas, je l’ai pas encore entendu jouer. Tu les as trouvés où, ces gens ? »
— C’est un secret. S’ils sont pas assez bons, ça sert à rien de s’acharner. Leur donner une chance, c’est déjà bien.
« Nan, Alex a l’air de bien les aimer. Il envisage de monter un groupe. »
— C’est bien.
J’espère que les amis de GOTM décrocheront une belle opportunité, mais je ne veux pas forcer.
Je l’ai essayé dans d’innombrables vies — ça n’apporte pas toujours le bonheur.
Le bonheur et le succès sont des choses qu’on doit combattre pour obtenir soi-même.
« Ah, et Roots Robbie veut vraiment te rencontrer. »
Roots Robbie.
Un musicien reggae légendaire — ou bientôt légendaire.
L’un de mes préférés.
« Dis-lui de me sortir un bon moombahton. »
— Moombahton ? Pourquoi ?
« Parce que ça marche très bien en K-pop. »
— Justement, il a dit qu’il voulait transformer une des sources que tu lui as données en moombahton.
« Vraiment ? »
C’est rare.
Neuf fois sur dix, il serait parti en roots pur.
Après avoir papoté un moment, j’ai raccroché.
À ce moment-là, les membres de Trois Mois, Cent Jours étaient passés aux consoles.
Des jeux d’horreur, qui plus est.
Ils avaient trop peur la nuit, mais en plein jour, ils prenaient un peu de courage.
Quand je me suis assis, On Saemiro a jeté un œil depuis derrière un coussin, les yeux plissés vers l’écran, puis s’est tourné vers moi.
Il devient de plus en plus poulpe chaque jour.
Impensable dans l’Amérique macho.
— C’était qui ?
— Eddie.
— Chris Edwards ? Qu’est-ce qu’il a dit ?
— J’ai entendu un truc intéressant. Allez, éteignez le jeu.
— Attends, hyung. Je dois juste récupérer ce journal d’expérience dans le sous-sol—
Clac —
J’ai débranché la console. Choi Jae-sung m’a fixé, abasourdi.
— La réunion n’est pas finie. Rassemblement.
— C’est toi qui as traîné au téléphone.
— Saemiro.
— Hein ?
— Tu as ton passeport ?
— Non.
— Fais-le. Maintenant.
— Pourquoi ?
— On part aux États-Unis.
— Hein ?
Leurs yeux se sont arrondis.
On n’avait rien à faire pendant le développement de l’app de toute façon. Timing parfait.
Il était temps de préparer Colors Show.
Et par préparer, je veux dire qu’on va définitivement performer.
L’Amérique est mon terrain de jeu.
Choi Dae-ho resta un moment silencieux, le rapport en main.
— Décalez à dans trois semaines.
— Ça ira ?
— On n’a pas le choix.
— Bien, monsieur.
Une fois son subordonné sorti, Choi Dae-ho s’enfonça dans ses pensées.
Le calendrier de début de Take Scene était désormais fixé.
Dans trois semaines à partir d’aujourd’hui.
Pendant un mois complet, Take Scene aurait un planning chargé.
Maintenant que la date était bloquée, Lion Entertainment allait bourrer chaque heure de leur temps.
S’ils avaient été des rookies complets, même l’influence de Lion n’aurait pas suffi à un tel planning.
Mais grâce à la popularité acquise dans Coming Up Next, c’était possible.
N’empêche…
— On a presque l’impression que Trois Mois, Cent Jours a gagné.
Voir le nom de Trois Mois, Cent Jours trôner au sommet des charts hebdomadaires avait un goût amer.
Surtout en sachant que Trois Mois, Cent Jours aurait pu finir chez Lion.
Il n’y a pas longtemps, Choi Dae-ho avait bu un verre avec le PDG de Double M.
Il lui avait demandé pourquoi ils avaient laissé Dropout apparaître dans la télé-réalité de Trois Mois, Cent Jours.
Autoriser Dropout à apparaître compliquait la vie de Lion.
Le récit public devait être celui d’un Trois Mois, Cent Jours persécuté par le cartel de l’entertainment. Au lieu de ça, on aurait dit que Lion agissait seul.
Double M comprenait la position de Lion, bien sûr.
À part cette apparition, Dropout n’a plus jamais mentionné Trois Mois, Cent Jours, ni parlé du compositeur de Selfish.
N’empêche, Choi Dae-ho était curieux.
Double M respectait Lion, alors pourquoi accepter d’apparaître tout court ?
À jeun, il avait demandé :
— Pourquoi l’avoir fait ?
— Tu parles de la télé-réalité de Trois Mois, Cent Jours ?
— Oui. Au début, j’ai cru que tu avais une rancune contre moi.
— Allons, PDG Choi. On sait tous les deux comment ce métier fonctionne. On nous appelle les Big 3, le cartel, des usines à stars… mais tu sais comme moi comment on opère.
Oui.
Il le savait très bien.
Qu’il s’agisse de Lion, Double M, ou d’une petite agence — produire des idols, c’est toujours pareil.
On se laisse happer par un sentiment indicible quand on cast des trainees, qu’on choisit des chansons, qu’on débutte des groupes.
Les grosses boîtes ne réussissent pas parce qu’elles sont grosses. Il n’y a pas de science solide, pas de formule sûre.
C’est de l’intuition.
Elles ont simplement été chanceuses.
Un peu de meilleurs instincts, un peu de meilleures chances à la loterie.
Ensuite, elles injectent des capitaux massifs pour augmenter encore ces odds.
— Je sais.
— Alors, si tu avais la possibilité d’acheter un ticket gagnant garanti, tu ne ferais pas tout pour l’obtenir ?
— Qu’est-ce que Han Sion t’a donné ?
— Selfish. Tu l’as entendue, non ? Un homme qui a vécu égoïstement toute sa vie supplie désespérément une seule femme.
— Oui. C’est une grande chanson.
— Il se trouve que Selfish fait partie d’une trilogie. L’homme supplie, mais finit par échouer. Il tombe dans le désespoir, commence à la détester — comment disent les jeunes ? Darkening ?
— Oui. Darkening. Je sais.
— Il devient sombre et la hait. Ironiquement, c’est là que la femme commence à l’aimer. Mais l’homme, se rappelant sa douleur, la rejette.
— Tu dis que Selfish a un backstory ?
— Non, je dis qu’il y a une trilogie : Selfish, Twist et Abandon.
Selfish. Twist. Abandon.
Même les titres donnaient le ton.
— Han Sion a apporté les deux autres directement à Dropout.
— Dropout a dû adorer.
— Non. Moi, j’ai adoré. Tu sais ce que Han Sion m’a dit ?
Le PDG Oh poursuivit.
— Il a dit qu’il me vendra les deux chansons à Double M. Comme ça, j’aurai un levier supplémentaire pour les renouvellements de contrat de Dropout.
— C’est… assez romantique. Tu penses que deux chansons feront basculer leur renouvellement ?
— Bien sûr que non. Mais ça me donne une carte de plus.
— ……
— Les chansons sont phénoménales. On a déjà calé les choses avec Dropout. Le prochain mini-album s’intitulera Twist, et le full album suivant sera Abandon.
Ce n’est qu’à ce moment que Choi Dae-ho comprit pleinement l’attitude de Double M.
Si les chansons de Han Sion étaient vraiment des tickets gagnants…
Il ne pouvait pas les blâmer.
Honnêtement, même Resume l’avait sidéré.
Que Han Sion écrive un truc pareil juste après Coming Up Next — et que Trois Mois, Cent Jours le porte aussi bien — c’était stupéfiant.
Ça dépassait de loin ce qu’il attendait de leur niveau.
Alors le PDG Oh ajouta :
— Puis-je te donner un conseil, PDG Choi ?
— Je t’en prie.
— Si tu veux écraser Trois Mois, Cent Jours, il faudra le faire vite et sans pitié. Ces gamins… ce ne sont pas des rigolos.
— ……
— Ou tu peux simplement faire la paix. Les laisser tranquilles avant que ça ne devienne pire.
Choi Dae-ho ne répondit pas.
Il se contenta d’esquisser un sourire et de siroter son verre.
Lion Entertainment et Double M étaient différents.
Lion réussissait avec des sujets provocateurs, une PR agressive et un marketing habile.
Double M se concentrait sur la musique.
C’est pour ça que le PDG Oh parlait ainsi.
Mais Choi Dae-ho n’était pas d’accord.
Peu importe à quel point Trois Mois, Cent Jours monterait, ils ne reviendraient jamais dans le giron de Lion.
Sur un point, cependant, il était d’accord.
Il les écraserait — vite et sans pitié.
Jusqu’ici, il avait été trop soft, pensant qu’ils pourraient encore revenir chez Lion.
Trois semaines avant le début de Take Scene.
Il enterrerait Trois Mois, Cent Jours avant ça.