Chapitre 116
Traductrice : Moonkissed
Je n’avais absolument aucune idée de ce dont ils parlaient.
Bien sûr, je savais ce que sont les photocards.
Mais j’ai été surpris d’apprendre que c’était un produit crucial.
Même à l’époque où j’étais actif avec For The Youth, je ne voulais pas vendre de MD (marchandise).
Les fans n’ont qu’une somme d’argent limitée. S’ils dépensent pour des goodies, ils n’auront peut-être plus les moyens d’acheter des albums.
Bien sûr, si on le voulait, on pourrait packager des goodies avec les albums.
Sortir des éditions limitées avec du merch inclus.
Certains vont même jusqu’à restreindre les goodies pour qu’on ne puisse les obtenir qu’en achetant des albums, gonflant ainsi les chiffres.
Mais tout cela ne serait pas comptabilisé dans les ventes d’albums suivies par le Diable.
« Si tu tentes de posséder l’instant fugace de quelqu’un avec une monnaie qui ne s’échange contre rien d’autre, c’est de la dévotion, du culte et de la conquête. »
La définition des ventes d’albums selon le Diable.
Par cette définition, les achats non motivés par un désir sincère ne sont pas comptés.
Acheter par obligation ou par astuce marketing n’a aucun sens.
Il faut le vouloir.
En ce sens, les fansigns sont pareils.
Je me souviens que pour les événements fansign de For The Youth, il fallait acheter plus de 100 albums.
Environ 130, je crois.
Je me souviens parfaitement de ces chiffres quand il s’agit de ventes d’albums.
Mais même là, le Diable ne compterait pas les 130.
Cela dépend de la sincérité de l’acheteur.
Quelqu’un peut vraiment vouloir 30 exemplaires et en acheter 100 de plus juste pour le fansign — seuls 30 seraient comptés.
Ou quelqu’un peut ne vouloir qu’un album mais en acheter 129 de plus uniquement pour le fansign — un seul serait compté.
C’est pour ça que je me concentre avant tout sur le qualité des albums.
Même si quelqu’un l’achète pour un fansign, la qualité doit être suffisante pour qu’il soit heureux d’offrir les extras.
Et ceux qui les reçoivent pourraient devenir fans après écoute.
Par ailleurs, ça ne doit pas être un album qu’on écoute une fois et qu’on oublie.
Ça doit être quelque chose qui revient en tête — qu’on a envie d’écouter encore et encore.
C’est ainsi que les albums se vendent régulièrement.
The Dark Side of the Moon de Pink Floyd est resté 949 semaines dans le Billboard 200.
Pas des jours — des semaines. Soit 18 ans.
Aucun gimmick marketing ne permet ça.
C’est purement la puissance de la musique et la cohérence organique d’un album.
Pour cette raison, je me suis toujours concentré sur la qualité musicale elle-même et je me suis peu préoccupé des goodies ou de la fan-culture.
Peut-être que j’en savais un peu quand je produisais For The Youth, mais c’était il y a bien plus de cent ans.
Je ne pensais pas revenir un jour dans la K-pop.
Alors entendre tout ça de la part des membres était fascinant.
— Et puis il y a la culture du support — comme les cafés d’anniversaire…
En écoutant, quelque chose ne collait pas.
— Je comprends que tout ça existe, mais est-ce que tous les fandoms le font vraiment ? Pas seulement certains groupes ?
— Bien sûr, tout le monde le fait.
— Non, je veux dire même les groupes impopulaires ?
— Oui. Moins tu es populaire, plus tu dépends de la fan-culture. Ce petit fandom est précieux.
Vraiment ?
— Ça ne fait pas un peu too much ?
— Pas du tout. Pourquoi ça le ferait ?
À force d’écouter, j’ai compris que j’avais mal saisi quelque chose de crucial.
Je pensais qu’on gagnait d’abord en popularité, puis qu’on construisait un fandom cœur.
Autrement dit, je pensais qu’on diffusait la musique au plus grand nombre d’abord, puis que la popularité de l’artiste suivrait.
C’est comme ça que marche Billboard.
Si tu deviens populaire dans l’underground de LA, tu commences à passer à la radio à LA, puis en Californie, puis dans les États voisins, puis tu vises Billboard avec un marketing adéquat.
À ce stade, les agences arrivent pour produire des clips, caler des talk-shows, et la star-power commence à compter.
Avant ça, tout est dans la musique.
Bien sûr, toutes les histoires de succès ne suivent pas exactement cette formule.
On va bientôt le voir — après le COVID, des stars visuelles vont débuter directement via Instagram et TikTok.
Il y a aussi ceux qui réussissent avec un concept unique : R&B sexy mais look nerd, par exemple.
Mais malgré tout, les agences américaines préfèrent traditionnellement le succès drivé par la radio.
Surtout pour des artistes minoritaires comme moi, qui n’ont guère d’autre choix que de compter sur la radio.
Donc, j’avais prévu d’aborder le succès en Corée de la même manière.
De Under the Streetlamp à Resume, tout suivait le plan.
Mais les idols K-pop semblent fonctionner autrement.
On ne construit pas le fandom après être devenu populaire — on le construit dès le début, en parallèle du début.
Dans beaucoup de cas, c’est le fandom lui-même qui rend la stardom possible.
Donc mon plan d’attendre d’avoir du succès avant de bâtir un fandom était biaisé.
Pas besoin d’être borné avec ça.
Chaque culture a ses règles, et il faut les respecter.
— Je comprends. Alors qu’est-ce qu’on fait ?
— D’abord, on doit lancer le site officiel / la communauté et commencer à recruter des membres du fan-club.
— Continuez. Balancez toutes vos idées.
Les membres ont commencé à énumérer leurs suggestions.
Ils ont parlé de V Live — que je connaissais déjà —, du recrutement des membres de 1ʳᵉ génération, d’offres exclusives pour les membres (surtout des photocards), et de calendriers d’upload réguliers sur nos SNS officiels.
— Mais Sion, est-ce que V Live nous acceptera seulement ? N’importe qui ne peut pas y diffuser. Et puis il y a Lion Entertainment à considérer.
J’ai hoché la tête non aux inquiétudes de Lee Ion.
— Choi Dae-ho n’a aucune influence là-bas.
Comme pour les plateformes de streaming, V Live n’est pas géré par une des grandes agences.
— Mais leurs politiques internes peuvent nous refuser.
Autant que je sache, V Live n’autorise que des artistes reconnus. Trois Mois, Cent Jours est dans une zone grise.
On n’a pas d’agence, on n’est jamais passés en music shows.
On a une forte notoriété, mais les entreprises n’acceptent pas sur des critères vagues comme ça.
Il doit y avoir des conditions précises.
Mais ça n’a pas d’importance.
En les écoutant, une nouvelle idée m’est venue.
— J’ai une bonne idée.
— Laquelle ?
— Faisons notre propre app.
— Tu veux dire une app version du site officiel ?
— Non. Tant qu’à faire, voyons grand. Développons une app qui inclut tout ce dont on a parlé.
Live streaming, messagerie, uploads photo par les membres, annonces d’agenda, préventes de billets, un espace pour que les fans uploadent des photos — on peut tout mettre.
Évidemment, je ne veux pas forcer toutes les activités sur l’app.
D’après ce que j’ai entendu, les fans aiment faire des choses par eux-mêmes — panneaux de métro, dons caritatifs, cafés d’anniversaire, etc.
Donc on laissera ces initiatives fans-led, mais on intégrera le reste dans l’app.
— C’était quoi, le truc que vous avez mentionné tout à l’heure ? Topkoo ? On peut créer un espace pour ça. Et pour l’échange de photocards…
En fait, pourquoi les faire échanger ?
Je devrais juste permettre aux fans d’acheter directement les photocards qu’ils veulent.
Je ne veux pas que des écarts de prix entre membres deviennent un problème.
Faire dépenser énormément aux fans jusqu’à tomber sur la carte voulue, ça me déplaît.
Certains aiment le hasard, mais pas moi.
S’ils achètent du merch, que ce soit à des prix raisonnables et avec un bon feeling.
La tête pleine d’idées, j’ai sorti mon téléphone pour noter tout ça.
On Saemiro a demandé, hésitant :
— Ça ne va pas prendre une éternité de construire tout ça ?
— Développer l’app ?
— Ouais. Et je ne m’y connais pas, mais j’ai entendu dire que se presser peut provoquer plein de bugs.
Ça ne sera pas un problème.
Les développeurs coréens sont incroyablement rapides et bons.
Même quand je travaillais sur des projets Billboard, on externalisait ce genre de choses en Corée.
Si tu paies cinq fois le prix du marché, des devs coréens feront l’impossible.
Je me souviens avoir proposé à une boîte 10× le tarif s’ils finissaient en 10 jours, 9× pour 11 jours, 8× pour 12 — ils ont souri : « bossons comme des esclaves ! »
Ils ont fini en 9 jours et m’ont taquiné : « tu nous paies 11× ? »
Il y a beaucoup de choses que l’argent ne peut pas acheter, mais une app n’en fait pas partie.
Alors que je cherchais des entreprises, j’ai reçu un appel international d’Eddie.
Ça faisait un moment.
Je lui avais demandé de remettre des morceaux à des artistes majeurs, mais je n’étais pas très pressé.
Je sais déjà comment ça va tourner, de toute façon.
Par politesse, j’ai quand même demandé :
— Tu as livré les tracks ?
« Je suis quoi, ton manager d’agence ? C’est la première chose que tu me demandes quand tu décroches ? »
Ah, c’est vrai.
Mais tu agis comme un manager, quand même.
« Je n’en ai livré qu’à quatre pour l’instant. Il en reste trois. »
Il a été pris par le tournage du docu tout en rencontrant des musiciens, donc ça a un peu traîné.
Compréhensible.
— Alors, quoi de neuf ?
« Tu connais Colors Show ? »
— « Colors » ? Tu parles de celui produit par COLORS Media ?
« Ouais. Tu connais ! »
Bien sûr que je connais.
COLORS.
La plateforme musicale gérée par COLORS MEDIA, basée à Berlin.
Même si c’est une plateforme musicale, leur atout principal, c’est leur esthétique visuelle somptueuse.
Leur contenu phare, c’est A COLORS SHOW.
Format fascinant.
Pas de décor de scène, juste une esthétique de couleur.
Une prestation live de 5 minutes.
Des vocaux purs — sans distractions.
À ma connaissance, en 2017, aucun artiste coréen n’était encore passé dans Colors Show.
Bientôt, certains y passeront — mais des artistes R&B, pas des idols K-pop.
Je ne sais pas si Colors n’aime pas la K-pop ou si ça ne colle pas au concept.
Quoi qu’il en soit, Colors reste une plateforme très populaire.
Leur chaîne YouTube avait déjà plus de 3 millions d’abonnés, avec des vidéos à dizaines de millions de vues.
Mais ce n’était pas encore à maturité.
D’ici 3–4 ans, les abonnés dépasseront les 10 millions, et les vidéos cartonneront au-delà des 100 millions de vues.
Certains artistes perceront grâce à cette émission.
— Je vois. Pourquoi ?
« L’équipe du documentaire avec qui je bosse a des membres de COLORS MEDIA. »
— Hmm.
« Et d’une façon ou d’une autre, ils se sont intéressés à ta musique. Ils ont demandé si tu voudrais apparaître, et j’ai dit oui. »
Au début, j’ai cru qu’il s’était trompé de temps en anglais.
— Tu as dit oui ?
« Oui. »
— Pourquoi ?
« C’est une super opportunité. »
Tu ne venais pas de dire de ne pas te traiter comme mon manager ?